Gauche radicale, extrême-gauche et écologistes dans la présidentielle 2017: un paysage émietté et sans perspective, dominé par Jean-Luc Mélenchon et assez moyennement menaçant pour Hollande

Comme pour d’autres secteurs du panel politique, la gauche de la gauche pourrait bien proposer en 2017 un échantillon de candidatures identique à celui de 2012, façonné par le pur et traditionnel rapport de forces partisan, médiatico-sondagier et institutionnel.

1. A l’extrême-gauche, le paysage est simple. L’échec répété à toutes les élections locales fait que l’existence des avatars du trotskysme ne tient plus qu’au temps de parole gratuit lors de la présidentielle (et à l’influence délirante de leurs inspirations sur une grande partie des décervelés qui constituent « la jeunesse », des médias, de l’université et de l’intelligentsia salariée…). Aussi, LO présentera Arthaud, le NPA présentera Poutou et le POI tentera de présenter Schivardi (déjà candidat en 2007). La quête des 500 signatures sera de plus en plus difficile, le POI ne devant pas y parvenir, mais LO et le NPA sont rôdés à l’exercice. En outre, le soutien indirect du PS –pour affaiblir Mélenchon- n’est pas à exclure (la droite ayant, elle, davantage intérêt à pousser Duflot ou le candidat MRC…).

2. Au sein du Front de Gauche et de ceux qui se rattachent à la « gauche de la gauche », Mélenchon a, comme c’était éminemment prévisible (mais la paresse de ce blog en janvier n’a pas permis de l’affirmer dès le nouvel an!), annoncé sa candidature pour préempter le champ et éviter de s’embourber et de se démonétiser dans des combats internes stériles en vue d’une primaire mort-née. Tout cela était écrit d’avance et il est stratégiquement, politiquement et tactiquement normal que Mélenchon s’impose.

Mais, évidemment, la culture de cette frange de l’échiquier politique rejette les hommes providentiels. Or, Mélenchon, César et tribun et se prenant parfois pour Dieu, est le seul à avoir une assise idéologique (mélange de communisme, de vieux socialisme, d’écologisme radical, voire de praxis trotskyste) et un relais médiatique suffisants pour unifier l’électorat de cette mouvance, empiéter sur le PS et dépasser les 10 %, afin de continuer à exister.

Certes, le PCF est un peu marri de ne pouvoir présenter une tête d’affiche en mesure de le concurrencer et d’en être réduit à fournir les troupes (militants et élus) d’un chef qui n’est pas des leurs. Mais c’est la loi d’airain de la dure réalité politique et partisane… On imagine mal Pierre Laurent en mesure de galvaniser les foules et d’attirer les bobos déçus du socialisme, les gaucho-libertaires, voire quelques électeurs populaires hésitant à rejoindre le FN. Pierre Laurent voire quelque petit ambitieux du PCF (Dartigolles ?) essaiera en vain de nier cette réalité. Seul André Chassaigne pourrait être en mesure de faire un peu d’ombre médiatique à Mélenchon ; mais Pierre Laurent aurait trop peur d’être lui-même évincé et il n’est pas certain que la perspective de retrouver un score à la Lajoinie 1988 (au mieux) vaille vraiment la peine d’user les finances du parti.

D’une certaine manière, l’élément le plus gênant dans la relation entre Mélenchon et le PCF, c’est… le PS. Car il est clair que la technique du « salami » et de la division pourrait bien être appliquée au FG par Hollande. Le PCF dépend tellement du PS pour beaucoup de ses réélections locales qu’il pourrait être tenté de s’autonomiser. Mais le résultat serait le même pour Mélenchon si le PCF ne le soutenait pas : les électeurs sont bien loin de telles subtilités et votent pour un nom qui représente un courant, pas pour des petits logos au dos des tracts.

3. Au sein de la myriade de petits mouvements confidentiels de la gauche réellement radicale, seule Clémentine Autain dispose d’une reconnaissance médiatique suffisante pour envisager de se présenter. Mais le discours sur le « collectif » et la faiblesse des troupes et des structures qui pourraient la soutenir (seul le PCF pourrait faire quelque chose pour elle…) rendent l’hypothèse très peu probable.

Plus largement, pour la gauche de la gauche, c’est un peu Mélenchon ou rien.

Car, tous ces nains ne peuvent exister sans une primaire. Mais de primaire élargie, il n’y aura pas, car les « institutionnels » (Mélenchon, Duflot, voire Faudot) n’y ont pas intérêt, puisqu’ils ont déjà leur structure, voire leur légitimité et leur base électorale. Et, quand bien même il y aurait une primaire, les nains n’auraient aucune chance de la gagner contre le seul candidat à la surface nationale clairement établie, Jean-Luc Mélenchon.

4. Quant à élargir le champ de la gauche radicale pour y inclure les « compagnons de route » ou l’aile gauche du PS, cela ne changerait rien à la domination mélenchonienne.

Il est d’abord peu probable qu’un hiérarque significatif du PS (non, je ne parle pas de Marie-Noëlle Lienemann ou de Gérard Filoche…) fasse dissidence. Comment un ténor ou un demi-ténor du PS peut-il envisager un avenir sans le parti, car il serait contraint d’en démissionner (comme Mélenchon en son temps) ou d’en être exclu. Ce serait perdre toute chance personnelle pour l’avenir, tant il faut passer par les partis existants pour pouvoir progresser, quels que soient les discours sur « la fin des partis ».

En outre, encore faudrait-il que les forces à la gauche du PS acceptent de voir débarquer un nouveau « leader naturel », tout juste sorti du parti du président, mais pas forcément « supportable » au plan personnel, pas forcément très fort en termes de potentiel électoral et qui impliquerait un retrait de Mélenchon, ce qui est inconcevable.

Batho aurait le profil idéologique et personnel et serait probablement disposée à quitter le PS ou à en être exclue, mais elle n’a pas de troupes et ses difficultés relationnelles semblent l’avoir grillée auprès de beaucoup.

Peillon est retraité. Quilès est d’un autre siècle. Lienemann également. Emmanuelli est rentré dans le rang.

Hamon est déjà assez inaudible au sein de son parti en ce moment : il n’a pas besoin de passer pour un traître et de se retrouver en position subsidiaire par rapport à Mélenchon. Il doit surtout cultiver l’après-2017 et éviter de se faire souffler la tête de l’aile gauche et des aubrystes par Anne Hidalgo. Son objectif, c’est clairement d’être le futur concurrent direct de Valls pour l’après-2017, le Copé d’un Valls-Fillon si l’on veut filer une comparaison un peu bancale, tout de même… 😛 car Valls est loin de contrôler le parti… sauf si tous les hollandais le rallient, ce qui est loin d’être acquis.

Montebourg est trop fantasque et bourgeois et, testé dans les sondages au sein de la gauche, il est désormais relativement marginalisé, arrivant derrière Mélenchon. En outre, ses troupes sont quand même assez clairsemées et pas forcément disposées à quitter le PS (Paul, Baumel, Kalfon,… même si Filippetti, issue d’EELV, pourrait sûrement se faire violence une dernière fois, malgré son « embourgeoisement » prononcé). Son heure semble passée ; elle n’aurait de toute façon été que celle d’un Mélenchon plus jeune, plus affable et plus télégénique… Ses velléités de candidature ne peuvent s’exprimer qu’à l’intérieur du PS et il y est trop minoritaire pour prétendre imposer une primaire, qu’il ne gagnerait d’ailleurs pas. Comme cela a déjà été indiqué ici, seule Aubry a la surface suffisante en interne pour, d’abord, forcer à la primaire, ensuite, la remporter. Or, l’affaire des « frondeurs » à l’occasion du 49-3 montre que les vrais aubrystes se pensent et agissent comme des médiateurs entre l’aile gauche du PS (frondeurs « purs et durs » et « montebourgeois ») et le marais hollandais.

– Enfin, les frondeurs n’ont pas fait émerger de leader clair, ne constituent pas un ensemble totalement stable et bien défini (Germain ou Galut sont-ils des frondeurs ?) et ceux qui sont les moins anonymes (Paul, Maurel, Baumel) sont de vrais membres du PS et n’ont pas de raison de le quitter, sauf si Macron en devenait le premier secrétaire. Les frondeurs attendent plutôt leur heure, après la défaite de 2017, pour conquérir le parti via Hidalgo, Hamon ou une alliance avec des hollandais « de gauche ».

5. Christiane Taubira, parmi les « compagnons de route » du pouvoir, est certainement la seule légitime et la seule possible pour affronter Mélenchon ou se présenter contre lui. Mais son positionnement mouvant, ses volte-face tactiques, le mauvais souvenir de 2002 (où elle avait probablement été celle, avec Chevènement, qui avait le plus contribué à l’élimination de Jospin), son autoritarisme et ses relations personnelles (hors champ des caméras) généralement exécrables, affaibliraient nettement sa capacité de nuisance. En outre, s’il prenait à Hollande l’idée de s’en servir contre Mélenchon, l’effet boomerang serait certain, Taubira constituant un réceptacle idéal (et renouvelé par rapport à 2012) pour accueillir les bobos qui avaient assuré un beau printemps électoral à Mélenchon il y a 5 ans ; or, le PS a besoin de ces voix, pas qu’elles glissent de Mélenchon à Taubira, ce qui ne sert à rien ; déjà que Macron semble avoir échappé à son créateur, il ne faudrait pas connaître la même mésaventure sur l’aile gauche.

Quoi qu’il en soit, elle n’a pas montré une appétence particulière ; elle n’est pas particulièrement brillante dans les sondages de popularité ou sur une éventuelle primaire de gauche, même si elle tient la comparaison avec Montebourg, voire le dépasse ; elle n’apparaît nullement connectée au mouvement social et à la contestation gauchiste actuels, ce qui aurait pu lui offrir un tremplin. Surtout, même face à elle, Mélenchon ne renoncerait pas. Toutefois, il perdrait forcément des voix, mais la face du 1er tour n’en serait pas transformée.

6. Le MRC a annoncé son intention de présenter Marc Faudot. Le MRC n’a plus les réseaux locaux d’antan, mais le mouvement chevènementiste est peut-être un des petits partis qui peut encore franchir la barre des 500 signatures, surtout si la droite l’aide un peu… Car cette candidature, si elle a peu de chances de retrouver les élans chevènementistes, pourrait très bien dépasser le 1 % et constituer une véritable gêne potentielle pour le candidat Hollande, surtout si elle trouve une résonance parmi l’aile laïciste et l’aile sécuritaire des socialistes.

7. Robert Hue n’aura pas réussi à devenir ministre (comme Bennahmias, d’ailleurs : ils auront très mal joué, par rapport à l’opportuniste absolue, Emmanuelle Cosse), mais il ne peut non plus rêver à une nouvelle candidature à la présidentielle. Son mouvement, le MdP (mouvement des progressistes) doit donc tenter de présenter le quidam Sébastien Nadot. S’agit-il d’une vraie déception de Robert Hue et d’un coup de pied de l’âne à Hollande ou bien s’agit-il d’une énième manœuvre suscitée par le président sortant pour affaiblir, cette fois-ci, le candidat MRC (leur quête des 500 signatures serait clairement en concurrence directe) ou, encore une fois, Mélenchon ? Hollande fait peut-être à Mélenchon, en se servant de Hue, ce qu’il voulait faire à Duflot, en se servant de Hulot…

Car, si Hollande s’est déjà servi de-ci de-là de Hue pour tenter d’affaiblir Mélenchon et le PCF (et de Bennahmias, puis Placé et Rugy, puis Hulot, pour affaiblir Duflot et EELV), il n’a pas de raison d’aider à une candidature qui ajouterait de la confusion à gauche.

8. S’il est pertinent d’inclure les écologistes d’EELV (les seuls qui seront présents à l’élection) au présent article, c’est que Duflot devrait être leur candidate et qu’ils se situent désormais hors de la gauche de gouvernement, dans un gauchisme libertaire et multiculturaliste qui fait paraître certains vieux communistes (plus bien nombreux, il faut le reconnaître…) pour de vilains conservateurs et réactionnaires…

Les écologistes ont, ainsi qu’expliqué dans un précédent article de ce blog, subi la technique du « salami » appliquée par Hollande. Mais le départ de Rugy, Placé, Pompili, Baupin, Cosse, Durand, etc., n’est problématique pour EELV qu’à court terme et du point de vue médiatique.

D’abord, les écologistes « de gouvernement » ne se sont pas structurés de manière forte et n’ont pas entraîné derrière eux des structures locales et des élus en mesure de leur fournir 500 signatures ; d’ailleurs, ils seraient bien en peine de faire émerger un leader incontestable, quelle que soit la conviction de Placé sur son propre destin personnel… (on serait même tenté d’écrire Destin avec une majuscule!). Certains se rallieront peut-être simplement à Hollande, espérant au moins ne pas faire plus mal que Filippetti en termes de carrière (en termes de vie privée, les écologistes ont déjà fait nettement mieux, avec les divers couples Duflot-Placé, Sas-Placé, Sas-Canfin, Cosse-Baupin, Duflot-Cantat, Pompili et tutti quanti).

Certes, le parti EELV est affaibli, mais il persiste, sa structure de base, sa « marque », son association de financement aussi, l’essentiel des parlementaires, même hors EELV, continuent de l’alimenter financièrement. On n’insistera jamais assez sur l’importance et la force d’inertie liée à la prégnance du financement public, qui fige pour 5 ans les situations à la suite des législatives précédentes, comme l’a montré la difficulté pour Fillon de s’extraire de l’UMP fin 2012. Les recompositions politiques ont lieu dans la foulée d’une présidentielle, en vue des législatives, rarement avant.

De plus, les Verts ont toujours eu un candidat présidentiel depuis 1974. Ils ont même plutôt connu la nécessité de choisir parmi plusieurs possibles (Lipietz-Mamère, Cochet-Voynet, Waechter-Lalonde, etc.).

En outre, l’ambition et l’ego personnels de Duflot rendent peu probable son renoncement.

Comme d’autres (PG, DLF, LO, NPA, MoDem), EELV existe en fait bien davantage par une présence présidentielle tous les 5 ans que par un élargissement progressif du nombre de ses élus et de ses réseaux. La personnalisation, la médiatisation, les phénomènes de « marque » et de name recognition font qu’il vaut mieux, du point de vue de ces structures partisanes, réaliser 2 % à la présidentielle tous les 5 ans et négocier quelques portefeuilles ministériels pour leur petite « élite » interne, plutôt que de tenter de devenir un parti de masse.

La candidature Duflot ne serait menacée que par deux hypothèses peu probables :
– l’émergence d’une candidature interne concurrente : mais les « poids lourds » d’EELV sont partis ; Mamère ne se positionne qu’en recours en cas de défection de Duflot ; seul Jadot pourrait encore concurrencer Duflot, mais celle-ci contrôle probablement davantage de troupes et a la main sur l’appareil ;
une candidature externe forte : Waechter est certes de nouveau candidat mais a peu de chances d’avoir ses 500 signatures (et on a écrit « forte »…) ; le danger vient surtout de Nicolas Hulot, mais son caractère velléitaire et sa difficulté à progresser hors de structures à sa dévotion rendent peu probable la matérialisation d’une candidature ; quand bien même il le serait, il n’est pas certain que Duflot renonce, trouvant toujours prétexte à déceler une tendance trop droitière de Hulot, constatant l’explosion de la bulle médiatique  dudit Hulot ou dénonçant ses lacunes hors du champ environnemental. Enfin, nous y reviendrons, mais la pseudo-surprise de 2017 (il faut toujours qu’il y en ait une avant une présidentielle) est peut-être déjà passée, avec Macron.

Une petite incertitude pèse également, celle des 500 signatures. Les défaites municipales et régionales ont réduit drastiquement le nombre d’élus EELV et il n’y a aucune raison que le PS leur fasse un cadeau. Néanmoins, depuis 40 ans, les Verts n’ont jamais été inquiétés, qu’ils aient présenté des environnementalistes ou des gauchistes, des extérieurs ou des apparatchiks, des candidats médiatiques ou non.

Evidemment, à l’élection, Duflot risque de réaliser un score à la Joly et de se décrédibiliser définitivement. En effet, l’écologisme français des Verts prospère encore sur l’illusion de certains électeurs qu’ils ne font que défendre la nature ; sur ce créneau, une concurrence hulotienne ferait perdre nombre de voix potentielles. Par ailleurs, le rôle d’exutoire pour les électeurs socialistes déçus ou frustrés, qui a assuré de tels succès à EELV aux européennes (2009, mais aussi, de manière relative par rapport au PS, 2014) et aux régionales (2010), fonctionne moins à la présidentielle et bénéficiera davantage à Mélenchon (fonctionnaires, « intellectuels », bobos désargentés), à une candidature centrale (Bayrou s’il parvient à se renouveler, Hulot ou Macron), voire à Juppé (professions libérales, bobos « argentés »). Enfin, il est peu probable que la carrure personnelle de Duflot lui permette de briller au cours de la campagne.

Ce pourrait donc être aussi son échec définitif et, avec la marginalisation qui les attend aux législatives (l’appareil « khmer vert » ayant refusé un accord avec le PS), une période d’éclipse pour EELV. Mais le créneau subsistera et, sauf à ce qu’un Hulot ou un autre personnage ayant une aura médiatique parvienne à structurer différemment le courant ou à ce que les Placé, Rugy et alii soient réellement capables de fonder un parti qui se substituerait à EELV dans le champ politique, les Verts ne disparaîtront pas non plus totalement.

9. Il faut enfin faire un sort particulier aux candidats régionalistes, dont l’apparition impacterait essentiellement la gauche.

Même si l’est de la France montre qu’ils ne sont pas toujours à gauche, le seul ayant quelque chance de rassembler 500 signatures, Christian Troadec, maire « bonnet rouge » de Carhaix en Bretagne, se situe clairement à gauche de la gauche et aurait un effet très négatif pour Hollande dans le centre-Bretagne, voire, si des Occitans, des Catalans, des Basques ou des Corses le soutenaient, dans d’autres régions socialistes. Bien sûr, le concept d’un candidat régionaliste unique semble illusoire et, lorsque des regroupements de listes ont été présentés aux européennes, chaque électeur votait bien pour « son » régionaliste. Néanmoins, il est certain que le président sortant garde un œil sur cette candidature potentiellement dangereuse. Si le ministre de la justice Urvoas, voisin, s’est précipité pour dire qu’il n’aurait pas ses 500 signatures, c’est bien que le risque est réel. Jean Lassalle pourrait cependant lui faire concurrence auprès de petits maires ruraux et l’empêcher d’obtenir des signatures en Béarn et Pays Basque.

De même que Troadec, Oscar Temaru, dans le Pacifique, à la tête d’un parti plutôt « progressiste », pourrait gêner Hollande en Outre-Mer, là où la droite a fortement reculé depuis les années 1980 et où le FN n’a pas réussi à s’implanter. Même s’il a un nom connu, Temaru aura toutefois encore plus de difficultés que Troadec à réunir les 500 signatures, d’autant qu’un soutien d’élus antillais, guyanais, réunionnais ou même néo-calédoniens à sa démarche est loin d’être assuré. Protester et revendiquer de la même manière à l’égard de la métropole est une chose, s’unir autour d’un porte-voix en provenance d’une seule des collectivités d’Outre-Mer, c’en est une autre.

10. Ainsi, Hollande a peu de soucis à se faire sur son aile gauche : hors Mélenchon, il est fort peu probable qu’émergent beaucoup de candidatures entraînant, par elles-mêmes, un « effet 2002 ». Et le paysage devrait être fort banal : Arthaud, Poutou, Mélenchon, Duflot. Et le vote utile jouera, même si peut-être un peu moins qu’en 2012.

En revanche, sa faiblesse propre pourrait très bien favoriser l’émergence de Mélenchon jusqu’à 15 %, si la politique Valls-Macron-Sapin était trop prédominante dans le paysage. En outre, sa faiblesse est telle et son rejet est tellement fort, certes à l’extrême-droite et à droite, mais y compris au centre-droit et au centre, qu’il a fort peu de chances de dépasser son socle naturel, entre 15 et 20 % ; les hypothèses sondagières avec Macron ou avec Valls montrent ainsi un petit effritement à gauche, mais limité à 2 points au maximum, alors qu’existe un gain au centre, d’environ 5-6 points pour Valls, mais jusqu’à 10 points pour Macron. D’ailleurs, Sarkozy, repoussé vers la droite, ne serait pas qualifié pour le second tour, dans une hypothèse Macron-Bayrou testée récemment par ELABE : a contrario, cela souligne la faiblesse personnelle de Hollande.

Mais les « cadeaux » sonnants et trébuchants qui commencent d’être distribués montrent que le président sortant va tenter de plaire sur sa gauche. Il est en effet clair que, dans une configuration de bonne mobilisation à droite (voire de gains au centre en cas de candidature Juppé) et de qualification déjà assurée pour une Le Pen maintenant une orientation populiste et « populaire » (contre la ligne droitière de sa nièce), il ne reste plus à Hollande qu’à s’orienter à gauche pour tenter de mobiliser son camp de base.

Le choix hasardeux de la loi El Khomri et l’absence totale de maîtrise du calendrier ne favorisent pas cette évolution, mais Hollande doit penser que tout cela sera terminé en septembre et que les débats télévisés de la primaire de droite, avec des surenchères libérales (économiquement) et sécuritaires, lui permettront de se couler facilement dans le costume du « recours » de gauche, protecteur, social, un tantinet libertaire et un peu moins « casqué »…

De ce point de vue, « laisser Macron en liberté » a l’avantage de ramener Hollande vers la gauche, ne serait-ce que visuellement, tout en occupant l’espace médiatique et en jetant l’habituelle confusion dont raffole le président sortant.

Ces différents développements nous conduiront ainsi à revenir d’ici le week-end sur l’hypothèse Macron et sur son insertion éventuelle dans les tactiques politiques hollandaises du moment qui consistent à diviser à gauche, à gêner tous ses adversaires mais qui pourraient produire un effet « boomerang » (Hulot, Taubira, Hue et donc Macron).

Publicités

Derniers sondages IFOP et Odoxa pour la primaire de la droite et du centre: stabilisation Juppé-Sarkozy au profit du premier, absence de décollage des petits candidats et plafonnement prématuré de Le Maire

Sondage IFOP pour Valeurs Actuelles, réalisé du 29 mars au 14 avril 2016 auprès d’un échantillon de 548 électeurs se déclarant certains de participer sur un total de 5 775

Sondage Odoxa pour Le Parisien et BFM-TV, réalisé du 17 mars au 29 avril 2016 auprès d’un échantillon de 836 personnes « certaines d’aller voter », parmi 1 660 « comptant y aller », parmi un total de 7 088

1. La primaire de la droite et du centre suscite toujours plus de vocations au sein de LR… L’ajout de Jacques Myard, souverainiste sécuritaire, à la liste des impétrants, les réflexions en cours chez Michèle Alliot-Marie et Henri Guaino, gaullistes traditionnelle et souverainiste respectivement, vont rendre encore plus complexe la quête des 20 parrainages de parlementaires pour les « petits » candidats, d’autant que François Fillon (et bientôt les autres « grands » candidats) vont chercher à gagner la « primaire du soutien/ralliement » (endorsement primary) en monopolisant le maximum de signatures parlementaires.

Si Jean-François Copé, en raison de l’ancienneté de son implantation et des « beaux restes » de sa structure de campagne de la fin 2012, devrait franchir la barre assez facilement et si NKM devrait bénéficier d’une bienveillance sarkozyste et de l’absence de concurrence sur son créneau « de gauche et écologiste », il n’est plus si évident que Mariton parvienne à engranger suffisamment de soutiens. Il pourrait en perdre quelques-uns au sein de l’aile conservatrice si Guaino et/ou MAM se lancent vraiment. Toutefois, il sera peut-être le 7e candidat LR, derrière Fillon, Juppé, Sarkozy, Le Maire, assurés de leur candidature, Copé, quasi-assuré, et NKM, probable (Poisson étant déjà qualifié au titre du PCD).

Pour tous les autres candidats, y compris MAM, le pari paraît très délicat. Même ceux qui, comme Guaino, représentent réellement un courant d’idées spécifique, peuvent être desservis par leur personnalité, ce qui fait tomber de précieux soutiens. Et il n’est même plus la peine d’évoquer les Myard, Didier, Lefebvre, Morano

Les derniers sondages IFOP et Odoxa incluent d’ailleurs Didier, Myard et même Jean Arthuis et ils ressortent à 1 (Didier chez Odoxa) ou à 0 (tous les autres chez Odoxa, tous chez l’IFOP) dans toutes les catégories d’électeurs potentiels… Lefebvre reste collé à 1 et Morano l’a rejoint. Pour tous ceux-là : Game over.

2. Seuls MAM (avec son nom et sur la base d’une nostalgie du RPR) et Guaino seraient en mesure de dépasser ces scores de 1 %, à la condition de parvenir à être candidats. Copé lui-même éprouve quelques difficultés à dépasser les 2 %, y compris lorsque sont considérés les seuls électeurs potentiels proches des Républicains, ce qui montre la concentration de l’électorat autour des 4 candidats principaux.

Les petits candidats déjà déclarés ne progressent en effet pas non plus et c’est notamment le cas de NKM. Son positionnement trop décalé risque bien de la laisser marginale jusqu’au bout. Le fait qu’elle sera probablement la seule femme à concourir constituera certes un avantage au moment des débats, mais de faible importance et/ou anéanti par ses habituelles déclarations iconoclastes ou vite raillées. Quand bien même elle séduirait des électeurs écologistes, de centre gauche ou de gauche, il est peu probable qu’ils se déplacent le 20 novembre pour la soutenir réellement. C’est une bonne nouvelle pour Juppé, qui n’a pas été affecté par l’officialisation (ratée sur le plan médiatique) de la candidature NKM.

Le résultat de ce paysage morcelé est surtout que la prolifération de petites candidatures rend pour le moment inaudibles même les grands candidats. Les médias ont annoncé que la primaire était lancée, mais elle est tellement émiettée qu’elle ne permet pas réellement à la droite d’occuper, pour l’instant, l’espace médiatique, semble-t-il réservé au « produit » du moment, Macron.

Cet émiettement est surtout négatif pour Sarkozy, qui est en retard, dont la stature d’ancien président n’impressionne manifestement pas (plus) et qui se retrouve banalisé. Quoi qu’il en soit, quand bien même cette phase d’éclosion des « envies » de candidatures ne ferait que stabiliser la situation, c’est évidemment favorable à Juppé.

A terme, en reportant le véritable début de la primaire (probablement à la fin août), cette situation peut ne pas être mauvaise pour la droite, qui se déchirera moins longtemps et qui bénéficiera quand même de l’occupation du terrain médiatique en septembre-novembre. Après tout, Aubry s’était déclarée en juillet et la coupure estivale n’avait fait démarrer les hostilités qu’à La Rochelle en 2011.

3. Quant à l’UDI, les dernières nouvelles montrent qu’elle risque de se dissoudre (au sens figuré en tout cas) à l’approche de l’échéance : voulant monnayer son refus initial de participer, elle risque de tout perdre, n’ayant plus le temps de négocier une participation ou de se trouver un candidat unique (Morin refusant de soutenir Lagarde, Hénart refusant Morin, Arthuis parvenant éventuellement à se faire reconnaître par LR, comme déjà expliqué) et finissant par soutenir en ordre dispersé certains candidats LR (Juppé, Le Maire, NKM, voire Fillon), ce qui est déjà le cas de Jégo, ou par s’éparpiller hors cadre (Yade). Ses militants et sympathisants voteront probablement quoi que la structure décide. Mais le plus probable (bien que de peu) reste que les « barons » (Leroy, Sauvadet, Morin, Vigier et même Hénart) prévaudront et imposeront une participation sans candidature à la primaire, quoi qu’en disent Lagarde et Arthuis.

L’UDI n’a pas de Giscard ou de Barre et même plus de Borloo. L’UDF avait déjà du mal à exister dans un système bipolaire, largement partisan et quadripartite ; l’UDI risque la dissolution dans un système tripolaire, surmédiatisé et fortement personnalisé.

4. Pour revenir aux derniers sondages IFOP et Odoxa, ils sont à prendre avec quelque précaution, car réalisé sur un échantillon moins large que d’habitude pour ce qui est de l’IFOP et publié –malheureusement comme d’habitude- avec des données partielles pour Odoxa (moins détaillées sur l’échantillon des seuls « certains d’aller voter » et sur la ventilation parmi les électeurs UDI-MoDem et FN) ; en revanche, Odoxa sonde en continu sur une période d’un mois et demi.

Graphique sondages primaire 2016 ensemble

Graphique sondages primaire 2016 LR

Ces dernières livraisons indiquent essentiellement que l’effet de la déclaration de candidature de Le Maire semble n’avoir été qu’une bulle. Le Maire reste à un niveau plutôt supérieur à sa situation ex ante, mais aucune dynamique réellement profonde ne semble finalement s’être enclenchée, contrairement à ce que l’on pouvait croire. Son côté « techno », son renouveau et sa jeunesse éclipsés par le politicien « iphonique » Macron, sa difficulté à trouver un créneau réellement original alors que Sarkozy, Juppé et Fillon représentent des profils déjà bien établis, le desservent probablement déjà.

François Fillon paraît avoir réussi à lui subtiliser une certaine attention médiatique et refait une partie de son retard. Il est difficile de déterminer sur quels candidats il a gagné du terrain : c’est probablement surtout sur Le Maire, mais Juppé et Sarkozy ne sont pas à l’abri non plus. Il est toutefois peu vraisemblable que son « offensive de notables », certes marquante, suffise à lancer une réelle dynamique de fond.

Juppé s’érode un peu mais reste au-dessus des 35 %. Il n’a pas été significativement affaibli par la bulle Le Maire, sauf chez les électeurs centristes et encore de manière temporaire (ou en raison de l’échantillon bien trop réduit pour disposer de données fiables…). Il reste surtout solide au second tour, continuant de battre Sarkozy même chez les sympathisants LR. Les reports de voix de Fillon et Le Maire lui restent très favorables, entre 60 % et 2/3.

Graphique sondages primaire 2016 2T ensemble.png

Graphique sondages primaire 2016 2T LR.png

Sarkozy se stabilise, mais ne remonte pas. Sa faible exposition actuelle peut plaider pour une future remontée. En outre, il a peut-être atteint un étiage qui constitue une base de reconquête déjà plus élevée que celle de Fillon et Le Maire.

A l’inverse de ces interprétations positives, on peut souligner que sa présidence du parti ne l’aide pas spécialement à ce stade et que le processus de la primaire semble désormais bien solidifié (alors qu’il a cherché tous les moyens de le contourner et de le saborder). Son profil sociologique ne s’améliore pas, lui qui ne dépasse Juppé que chez les employés (même plus les ouvriers…), les chômeurs et étudiants et les 25-34 ans : un vrai profil de Nuit Debout ce Sarko ! 😉 Il a perdu au profit de Le Maire à la fin de l’hiver, puis est aujourd’hui quelque peu grignoté par Fillon, ce qui montre qu’il peut s’éroder, comme Juppé. Enfin, Sarkozy est pour le moment essentiellement en situation défensive pour la position de rival de Juppé, et non en situation offensive face à un Juppé qui devrait défendre son capital : sa faiblesse de second tour est la plus inquiétante pour lui car, même revenu à la hauteur de Juppé au premier tour, il ne parviendrait probablement pas à capitaliser sur une dynamique.

5. Dans ses performances potentielles à la présidentielle, Sarkozy a d’ailleurs pour le moment des difficultés un peu similaires à celles de Hollande. Certes, Sarkozy est légèrement plus compétitif que Juppé face à Le Pen, mais il perd beaucoup plus vers Bayrou : comme au 1er tour de 2012, il ne parvient pas à créer une dynamique positive des deux côtés à la fois ; ce n’est pas forcément son but, mais comme Le Pen reste très forte face à lui, même sa stratégie « au peuple » ne fonctionne pas. Sarkozy est réduit à sa base fidèle (qui est toutefois plus large que celle de Hollande, ce qui assure sa qualification, mais par défaut).

Quant à Fillon et Le Maire, c’est leur base intrinsèque qui est trop faible, en particulier face à Bayrou ou Macron. Seul Juppé parvient à ne pas trop perdre sur sa droite ce qu’il gagne fortement sur sa gauche. De ce point de vue, sa dynamique et son electability se confirment et devraient avoir un effet mobilisateur autour de son nom pour la primaire.

Certes, d’aucuns objecteront que le déport de Juppé sur sa gauche est trop important et qu’en campagne, les électeurs regagnent leurs pénates. La polarisation lors de la campagne est un fait ; la sûrement meilleure capacité mobilisatrice d’un Sarkozy que d’un Juppé en est un autre.

Mais deux éléments devraient compenser ces probables défauts de Juppé :
– d’abord, l’électeur socialiste, sans forcément voter pour lui (ce sont des chimères de sondages à un an ou d’éditorialistes politiques ou d’électeurs déçus qui font de grandes déclarations à un an de distance), se démobilisera bien davantage face à Juppé que face à Sarkozy, ce qui diminuera d’autant le score hollandais ; or, dans la configuration actuelle, il suffit d’être au-dessus du candidat socialiste, rien d’autre ne compte vraiment ;
– en outre, Juppé semble désormais solidifier aussi sa base de droite, en tous les cas celle des libéraux et conservateurs modérés, traditionnels, bourgeois. Bien entendu, il est toujours déconnecté des souverainistes, des sécuritaires et des poujadistes et le restera, mais cela ne devrait bénéficier à Dupont-Aignan et Le Pen que de manière insuffisamment significative pour le gêner dans sa qualification pour le second tour, d’autant que la candidate FN est de toute façon déjà qualifiée, sauf accident à la DSK (enfin, de même ampleur médiatico-politique, pas forcément de même nature!).

Le sondage IPSOS déjà évoqué dans un post précédent, en reprenant les votes de 2012, montre ainsi que Juppé est aussi efficace que Sarkozy pour conserver un noyau de 55-60% des électeurs de ce dernier. Mais il gagne nettement plus sur les électeurs de Bayrou et Hollande, sans perdre davantage vers Le Pen et Dupont-Aignan. Sarkozy lui-même s’érode davantage que Juppé au profit de Dupont-Aignan dans les plus récents sondages (comme LR a souffert un peu face à DLF lors des régionales de décembre).

La base sarkozyste est donc vraiment réduite à son socle minimal, comme ce fut le cas pour Chirac à chacun de ses premiers tours (1981, 1988, 1995 et 2002). De très bon candidat de premier tour (2007), Sarkozy est devenu « simplement » un bon candidat de premier tour (2012), pour se réduire à un bon candidat de primaire (2016), à défaut d’être vraiment compétitif au premier tour de 2017. Il reste qu’il est tout à fait capable de revenir de loin. Sera-t-il un Jeb Bush 2016 ou un Rubio 2016, ne concrétisant jamais ses promesses ? Ou un McCain 2008, pas vraiment favori et assistant à la défaite de tous ses formidables adversaires successifs (Thompson, Giuliani, Romney, Huckabee) ?

6. Il convient en conclusion d’être très prudent. Juppé peut redevenir arrogant à tout moment. Sarkozy n’est pas encore en campagne ouverte, même s’il est contraint de se rappeler régulièrement au souvenir des sympathisants. Les écarts Juppé-Sarkozy de premier tour ne sont pas abyssaux, notamment auprès des sympathisants LR, les plus susceptibles de voter en novembre prochain. La volatilité dans les électorats périphériques (UDI et FN) est forte. La situation est mouvante parmi les électeurs potentiels qui cherchent autre chose que le duo de tête. La participation extérieure au noyau LR, plus favorable à Sarkozy, reste une inconnue. La bataille ne sera réellement lancée qu’en septembre et les débats télévisés de l’automne seront vraiment décisifs.

Ainsi, même si Juppé dispose d’atouts structurels, la situation reste ouverte. Jusqu’en septembre, il est finalement peu probable que le duo de tête soit menacé. Seule une exposition médiatique favorable lors des débats peut permettre à Le Maire et, moins probablement, à Fillon, de connaître une embellie « à la Montebourg ». Le parallèle Juppé-Hollande, Sarkozy-Aubry, Fillon-Royal, Le Maire-Montebourg tient toujours, à mon sens. Le combat pour la 1e place n’est en revanche pas acquis, loin de là.

Présidentielle 2017 : existe-t-il vraiment des alternatives à Hollande au sein de la gauche de gouvernement ?

Pour faire suite au précédent article sur les difficultés sondagières du président sortant, voyons s’il peut être évincé au sein de son camp.

1. Il faut toutefois le répéter en préambule : Hollande sera candidat. La politique et même la pure politique électorale sont sa vie : il n’a jamais rien fait d’autre, n’ayant jamais été ministre et étant resté très peu de temps responsable d’un exécutif local. En outre, il sait que la volatilité de l’électorat s’est accrue et que le temps médiatique est toujours plus rapide et fractionné, autorisant théoriquement des rebonds significatifs et des victoires surprises. Enfin, il ne veut pas rester dans l’histoire comme celui qui aura renoncé.

Il n’en reste pas moins que, comme évoqué dans un précédent article, une érosion sondagière telle qu’elle le situerait au niveau ou en-deçà de Mélenchon et/ou Bayrou pour une longue période de temps poserait réellement la question de sa candidature. Après tout, des cadres du PS pourraient eux-mêmes finir par demander l’application des statuts du PS qui prévoient l’organisation d’une primaire « citoyenne » et ouverte, même en cas de président sortant.

Cet article n’est donc pas forcément de pure spéculation. Quand bien même le serait-il, c’est le plaisir de la « politicaillerie »…

2. Hollande cherche depuis le début à détruire toute possibilité de primaire, au sein du PS et plus largement, avec le soutien de l’apparatchik Cambadélis et de manière tellement évidente que l’on se demande si beaucoup de gens de gauche et de médias qui croient encore que la hiérarchie élyséenne et solférinienne pourrait la laisser se dérouler sont réellement aussi naïfs… Bien entendu, on proclame partout que l’on souhaite une primaire, d’autant plus que l’on pense exactement l’inverse.

Plus le temps passe, moins l’organisation matérielle en sera possible, évidemment. Il est même probablement déjà trop tard, lorsque l’on voit la longueur du processus au sein de LR.

Ensuite, entretenir le flou sur le périmètre est le meilleur moyen d’assurer que les multiples chapelles de gauche discuteront à l’envi, au-delà même d’avril 2017… Les socialistes ne veulent pas trop l’élargir par peur d’une prise en otage par un candidat extérieur ; la gauche radicale ne veut pas de Hollande lui-même ; les écologistes sont divisés ; chacun a un avis sur l’électorat, sur les candidatures, sur les modalités, sur les engagements réciproques, sur les conséquences sur les candidatures du 1er tour de la présidentielle, etc. Cambadélis peut même se permettre de faire du zèle sur la participation, l’élargissement, l’organisation, car il sait que ce sera toujours inacceptable pour tel ou tel, chaque groupuscule ou candidat putatif en paralysant un autre. Et les distances idéologiques sont telles qu’aucune primaire marge de gauche n’est envisageable.

Ainsi, sous couvert de démocratie, de concertation, de débat, on gagne du temps, on s’assure que rien n’aura été décidé à l’automne, période qui sera ensevelie sous les débats de la primaire de droite et à laquelle il sera trop tard pour organiser quoi que ce soit de sérieux. C’est basique, mais cela fonctionne apparemment très bien.

D’ailleurs, la gauche radicale elle-même n’a pas forcément d’autres visées : Mélenchon n’a que faire des primaires ; les petits candidats potentiels ne veulent pas d’une primaire trop large qui les empêcheraient de gagner sur leur petit créneau.

En interne au PS, la volonté n’est pas forcément farouche non plus, même de la part des opposants à Hollande. Ce serait prendre le risque d’un fiasco: Mélenchon devant plusieurs candidats PS, un président sortant devancé par une candidature interne… du jamais vu.

3. En effet, qui d’autre qu’Aubry pourrait sérieusement contester le leadership hollandais ?

Aubry serait la seule à disposer de l’assise électorale interne, de la légitimité historique et des réseaux nécessaires pour l’emporter sur Hollande. Mais elle n’en a plus envie. Elle est dans un mélange de velléité, d’orgueil et de rancœur, qui l’empêchent d’aller vraiment jusqu’au bout (sa candidature à la primaire de 2011 s’est faite à reculons et elle ne s’est vraiment investie que dans l’ultime débat de second tour contre Hollande : trop tard…), mais font qu’elle ne se reconnaît pas vraiment d’héritier et la motivent pour saboter le parcours des « camarades ». De surcroît, lorsqu’elle a été testée dans un sondage IFOP d’octobre 2014, elle était au même niveau qu’Hollande au 1er tour de la présidentielle, voire pire. Ses défaites successives aux départementales et aux régionales l’ont également fortement affaiblie.

Valls s’est finalement banalisé en tant que Premier ministre et il a quasiment rejoint tous ses prédécesseurs dans les bas-fonds sondagiers. Dans les hypothèses où il est testé à la place de Hollande, il ne fait pas tellement mieux que lui (1 à 2 points d’écart en moyenne). A l’automne dernier, il a probablement raté une sortie du gouvernement à la Rocard (quand ce dernier avait pris –un véritable- prétexte en 1985 pour démissionner, refusant la proportionnelle aux législatives que le machiavélique Mitterrand mettait en place pour assurer un groupe FN à l’Assemblée et gêner la droite, ce qui avait presque totalement réussi). Il lui fallait trouver une bonne occasion, mais elle n’est pas venue. Pire, les attentats du 13 novembre 2015 l’ont contraint à rester, en plus sans que le virage sécuritaire lui profite réellement, étouffé qu’il est entre Hollande et Cazeneuve.

Le but de Valls est maintenant de tenter la prise du PS en 2017, après la défaite. Ce sera difficile. Sa base est faible même s’il a étoffé (un peu) ses réseaux. Il devra surtout tenter de récupérer une bonne partie des hollandais. Ce n’est pas impossible dans le cas des Sapin, Le Drian, Le Foll. C’est beaucoup moins sûr dans le cas des Cazeneuve, NVB, Le Roux, Feltesse, Dray, Cambadélis, soit qu’ils soient plus à gauche (Le Roux, Cambadélis) ou qu’ils veuillent tenter leur propre chance (NVB) ou qu’ils souhaitent déjà passer à Macron (Dray).

Ce dernier est évidemment gênant pour Valls dans la mesure où il lui vole son créneau du réformiste permanent, de la jeunesse et du renouveau. Mais, à terme, ce n’est pas forcément mauvais car cela peut lui permettre de se recentrer au sein du PS et d’occuper la même position que celle de Hollande en son temps. Il pourrait ainsi, au-delà d’anciens rocardiens, rallier d’anciens jospinistes, d’anciens strauss-kahniens de gauche et d’anciens royalistes. Il ne serait pas étonnant de voir Valls, pendant la campagne, si Hollande ne le fait pas suffisamment lui-même, se poser en conscience de gauche… Encore faut-il que Macron ne soit pas complètement externalisé du PS et qu’il reste à bonne distance.

Macron s’inscrit en effet encore dans la gauche de gouvernement et il est justifié d’en dire quelques mots ici. Hollande, en le lançant, a voulu affaiblir Valls, en trouvant plus jeune et plus « perturbateur » que lui, et, dans un second temps, Juppé. Peut-être a-t-il voulu imiter Mitterrand lançant Tapie contre Rocard aux européennes de 1994 (avec un succès certain, puisque Rocard fut ainsi détruit avant la présidentielle de 1995). Mais, comme souvent, Hollande s’est emmêlé les pinceaux : en 1994, Mitterrand achevait son 2e mandat (et sa vie) et n’avait rien à craindre personnellement d’un effet boomerang de Tapie ; aujourd’hui, Hollande n’a rien à craindre de Valls, qui a raté l’occasion (si tant est qu’il en ait eu une) de partir avant de sombrer ; et l’électorat modéré recherchant l’efficacité et la réforme, qui l’avait soutenu en 2012, ne le soutiendra pas en 2017 seulement parce qu’il promettrait vaguement de placer Macron à Matignon.

Finalement, l’opération se retourne contre Hollande,
en brouillant l’image de l’action présidentielle et gouvernementale,
en agaçant toute la gauche, alors qu’Hollande a d’abord besoin de remobiliser son camp et non de penser prendre des voix au centre-droit, ce qui n’est probablement plus possible, vu le niveau de rejet même parmi ces électeurs-là,
en créant une nouvelle menace de candidature potentielle sur son flanc droit, alors qu’il ne peut se permettre de se retrouver coincé en tenaille entre Mélenchon et le centre ; il perd tout le bénéfice de la technique du « salami » appliquée à EELV et de la flatterie appliquée à Hulot, destinées à éviter une candidature au centre-gauche, et de l’innocuité supposée de Bayrou en 2017 (soit qu’il se retire en cas de candidature Juppé, libérant –selon l’espoir de Hollande- quelques points au centre-gauche ; soit qu’il se présente, prenant à Sarkozy davantage qu’il ne prendrait à Hollande).

Si, finalement, il prenait l’envie à Macron de prendre totalement son autonomie, de se présenter ou, en tous les cas, d’alimenter la chronique encore plus longuement que prévu, il y aurait ainsi le spectre d’un Bayrou jeune ou d’un Borloo à jeun, tous éléments évidemment défavorables à Hollande dans la perspective d’un premier tour « make or break ». La comparaison avec la créature du docteur Frankenstein est donc tout à fait pertinente (même si elle est évidemment très exagérée : cette pauvre créature est quand même beaucoup moins froide et carnassière que Macron 😀 ).

Hollande doit désormais parvenir à le liquider sans en faire un martyr (ce que Macron cherche manifestement) : il ne peut l’éjecter du gouvernement trop vite. Peut-être que s’appuyer sur Valls, le plus menacé par Macron à moyen terme, constituera la solution. Laisser Macron présenter un projet de loi dans lequel il s’enlisera et se dévalorisera ? Ou le « promouvoir » à un poste ministériel en réalité plus exposé ? Le pousser à partir mais dans de mauvaises conditions, en s’assurant qu’aucun parlementaire ne le suivra, afin de lui assurer une destinée à la Villepin ? Mais Macron pourrait lui aussi chercher une sortie à la Rocard 1985.

Toutefois, le destin Villepin 2011 est le plus probable, car le phénomène Macron est largement factice. C’est bien entendu le candidat idéal du « système » médiatique et capitalistique dominant : libéral en économie, libéral sur le plan sociétal, sans aucun tabou, riche, jeune et télégénique. Mais son succès tient largement aux électeurs du centre et de droite, un peu à la manière de Kouchner en son temps (ou de Veil à l’égard du bord opposé). Jamais un Kouchner ou une Veil n’ont réussi à s’imposer nationalement. Et Villepin n’a eu ses moments de gloire en 2011 que parce que les médias (Canal+ l’invitant à répétition, sûrement pour gêner Sarkozy, mais quand même…) et certains bobos riches s’étaient entichés de lui.

C’est de toute façon trop tôt pour Macron. Si certains sondages ont pu le placer assez haut parmi les candidats alternatifs de gauche, ce n’est qu’auprès de l’ensemble des Français (ce qui n’a pas de sens) ou, à gauche, en proposant à la fois Aubry, Hidalgo, Montebourg, voire Hamon (ce qui n’a pas davantage de sens : l’aile gauche ne serait jamais aussi divisée).

Hidalgo, justement, n’est évidemment pas mûre pour être en première ligne cette fois-ci (sur le fond, elle ne le sera jamais :p : je m’exprime ici du simple point de vue tactique et électoral !). Mais elle est clairement en position de reprendre l’aile gauche du PS dès le lendemain de la défaite de 2017. Et donc peut-être le parti lui-même si les non-aubrystes ne se coalisent pas.

Elle a le bénéfice de la place forte parisienne, aujourd’hui plus à gauche que les vieux bastions populaires et seule vraie victoire locale depuis 2012 (avec la consolidation de Collomb à Lyon)… Elle a le bénéfice d’un soutien assez général du courant aubryste, auprès duquel Hamon n’a pas cherché ou réussi à s’imposer. Elle se positionne de manière presque caricaturale en libertaire sociétale et en socialiste vieux jeu sur le plan économique : un mélange évidemment gagnant en interne au PS (et à l’ensemble de la gauche, d’ailleurs). Elle est une femme et elle est d’origine étrangère : fantastique sur le plan symbolique. Son mari, Jean-Marc Germain, ancien collaborateur d’Aubry, est un des chefs des frondeurs et lui assurera le soutien de ces derniers : comme chez EELV, on n’est jamais mieux servi qu’en faisant de la politique en couple (Cosse-Baupin, Sas-Canfin, Placé-Duflot, Placé-Sas, etc.) et MAM et POM sont des petits joueurs !

Bref, un affrontement Hidalgo-Valls se profile probablement à la tête du PS. Peut-être un remake du congrès de Reims de 2008 entre Aubry et Royal (avec Hidalgo et Valls aux premières loges dans chaque camp, d’ailleurs). Toujours est-il que ceux-là ne prendront pas le risque de s’abîmer prématurément à tenter de remplacer Hollande: qu’il perde seul et solde la période pour mieux repartir en 2022…

Hamon aurait pu être le grand espoir de l’aile gauche, mais il a mal manœuvré. Comme Peillon en son temps, il est difficile d’en déterminer les raisons exactes. Faible sens tactique ? Problèmes de personnalité ? Espérance erronée dans une transmission de sceptre de la part de l’acariâtre et bornée Aubry ? Toujours est-il que le fantasque Montebourg l’a emporté dans son « ailleurs » et qu’il ne s’en est pas relevé. Même s’il était resté au gouvernement, la position de ministre de l’Education nationale n’aurait cependant pas été favorable pour la suite d’une carrière politique.

Son tour semble passé, mais peut-être trouvera-t-il quelque possibilité d’alliance avec Valls pour écarter Hidalgo, comme il l’a fait pour écarter Ayrault en 2013-14. Cela reste acrobatique.

Montebourg est trop inconstant. A-t-il d’ailleurs réellement envie de mener une campagne présidentielle ? C’est peu probable. Il n’a jamais structuré de courant et n’a fait que surfer sur son relatif succès à la primaire de 2011. Il commence en outre de ne plus vraiment incarner le renouveau. Il n’aurait une utilité que si Hollande décidait de le rappeler au gouvernement pour tenter de faire de l’ombre à Mélenchon : mais que de couacs en perspective pour un résultat tout sauf assuré…

Fabius et Delanoë sont désormais retirés, leurs troupes s’éparpillant vers Hollande et Aubry. Peillon a abandonné. Moscovici a trouvé sa sinécure pour quelques temps encore. Bartolone s’est « grillé » avec sa campagne régionale. Vallaud-Belkacem est trop jeune et trop prudemment ambitieuse pour se dilapider prématurément (elle n’aurait de toute façon pas l’assise interne suffisante, n’étant pour le moment qu’une personnalité de second rang).

Même s’il y avait contestation de son leadership, Hollande parviendrait à s’imposer, par réflexe légitimiste et par organisation d’une primaire moins « ouverte » et « citoyenne » que ne le prévoient les statuts (en clair, un tranquille vote interne de ratification auprès du reste d’adhérents que comptent le parti et le PRG, plus une ou deux officines à la Bennahmias, à la Placé ou à la Hue). Certes, il serait affaibli, comme Ford par Reagan en 1976, Carter par Ted Kennedy en 1980 ou Bush Sr par Buchanan (repris par Perot, en quelque sorte) en 1992, mais il finirait par être le candidat officiel. Même les demi-sortants Gore et Bush Sr l’avaient emporté sur Bradley en 2000 et Dole et Robertson en 1988. Seul LBJ avait dû renoncer en 1968, mais le bourbier vietnamien était quand même une circonstance très particulière et RFK un opposant autrement brillant que les noms que nous venons d’égrener.

4. Quant à la gauche au sens large, l’effacement de l’extrême-gauche trotskyste, orpheline de ses vedettes Laguiller et Besancenot, l’émiettement de la gauche radicale derrière un Mélenchon désormais banalisé et qui est un moindre mal pour Hollande, et les déchirements des Verts assurent à Hollande une situation moins problématique qu’il ne pouvait le craindre au regard de son affaiblissement inégalé. Nous reviendrons sur la gauche de la gauche et sur les écologistes, mais évoquons quand même ces forces politiques, du seul point de vue hollandais.

Il a parfaitement mené l’opération « salami » sur EELV, tel Staline et Jdanov à la fin des années 1940 dans les pays d’Europe de l’Est, découpant progressivement les autres partis pour renforcer progressivement le PC local et lui faire prendre insensiblement tous les leviers du pouvoir. Aujourd’hui, Hollande applique le même principe à EELV pour rallier (faussement) les élites du parti moyennant quelques menus postes. Hollande n’a même pas besoin que se reconstitue un parti écologiste modéré et le chaos actuel lui convient parfaitement : Cosse, Baupin et Pompili n’ont pas rejoint Rugy, Placé et Bennahmias et restent dans un entre-deux ; il ya quasiment autant de structures que de personnes…. Le PS n’a même plus la nécessité tactique de s’embêter à assurer un groupe parlementaire auxdits cadres ; certains suivront sûrement le chemin de Filippetti en se fondant dans le PS ; mais les convertis de fraîche date sont souvent les soldats les plus ardents… Cela évite aussi qu’une structure efficace soit disponible pour Hulot.

Concernant ce dernier, Hollande a fait tout ce qu’il a pu pour le réduire. Il y est presque parvenu et, si le danger n’est pas complètement écarté, il est suffisamment amoindri pour qu’en cas de décision de Hulot d’y aller quand même, la bulle explose rapidement, selon un schéma bien connu pour les candidatures « autres » (Bové, Coluche, CPNT,…) ou les carrières issues de la « société civile » (Tapie, Kouchner, Schwartzenberg, Breton, Mer et tant d’autres). De ce point de vue, le calcul tactique de Hollande est juste.

Plus largement, le président sortant tentera peut-être d’appliquer la technique du « salami » à la gauche de la gauche. La promesse de circonscriptions législatives permettra peut-être de détacher le PCF de Mélenchon.

De son côté, la « belle alliance populaire » (que l’on me permette un ROFLMAO) a, elle, pour objectif de diluer au maximum les autres candidats de gauche ou de les rapprocher de manière factice pour qu’ils s’entre-déchirent et s’annulent d’autant plus. Ce concept de « dépassement » du PS qu’avait avancé Cambadélis découlait d’une volonté initiale de recréer la France Unie du Mitterrand de 1988. Hollande étant très loin de ce modèle, a minima, le « dépassement » du PS doit servir à brouiller les cartes autour de lui, de manière à ce que la dispersion ne l’atteigne pas directement. Car dispersion vaut disparition, selon son théorème forgé à la lumière (évidente) de la débâcle de 2002.

5. A l’égard de Bayrou, si l’on peut en partie l’inclure dans le champ de la gauche au sens où une bonne partie du MoDem croupion est en réalité un électorat de centre-gauche (le centre-droit étant parti avec la création de l’UDI), Hollande ne peut pratiquer l’attraction-étouffement.

C’est d’abord trop tard. Il a probablement raté une occasion en début de septennat de l’inclure dans sa majorité (un poste de Garde des Sceaux lui aurait suffi). Bayrou s’est éloigné et, même si Hollande aurait encore pu flatter son orgueil à l’occasion de l’arrivée de Valls, les élections locales et la pesanteur des quelques élus dont dispose encore le MoDem l’ont fait rebasculer vers les alliances avec l’UDI et LR.

De toute façon (et c’est peut-être ce que Hollande avait en fait en tête dès 2012), Bayrou peut avoir son utilité en cas de candidature Sarkozy ou de candidatures Le Maire ou Fillon droitisées par l’épreuve de la primaire : il doit gagner au moins autant de voix à droite qu’à gauche. Cela apparaît cependant un calcul bien illusoire, car Bayrou constitue un exutoire supplémentaire (en dehors du candidat écologiste, surtout si c’est Hulot) pour les socialistes déçus, notamment enseignants et fonctionnaires.

Quant aux candidatures éventuelles du pôle centriste-citoyen, avec Corinne Lepage et alii, elles ne seraient que de témoignage et ne passeraient peut-être pas l’obstacle des 500 signatures. L’inquiétude hollandaise à ce sujet est donc modérée.

Au total, ainsi que je l’avais déjà noté, Hollande a, comme Merkel, réussi à éviter l’émergence de concurrents sérieux dans son camp. Son problème est qu’elle a par ailleurs réussi à préserver un 35 % alors qu’il peine à se maintenir à 15 %… Même en tactique électorale, il est déclassé !

 

Derniers sondages pour le 1er tour de la présidentielle 2017: seuils d’alerte atteints à gauche pour Hollande et nivellement derrière Juppé au sein de la droite

Sondage Harris-Interactive réalisé du 11 au 13 avril 2016 pour WE Demain, auprès d’un échantillon de 1535
Sondage IFOP réalisé du 12 au 14 avril 2016 pour iTélé, Paris Match et Sud Radio, auprès d’un échantillon de 1876 électeurs potentiels, extrait d’un total de 2019
Sondage Odoxa réalisé du 14 au 15 avril 2016 pour Le Parisien et BFM-TV, auprès d’un échantillon de 949
Sondage TNS-Sofres réalisé du 15 au 16 avril 2016 pour Le Figaro, LCI et RTL, aurpès d’un échantillon de 1011
Sondage BVA réalisé du 15 au 17 avril 2016 pour Orange et la presse régionale, auprès d’un échantillon de 949 électeurs potentiels, extrait d’un total de 1013

Comme trop souvent, la publication de sondages et les choix des médias agacent…

Il peut s’écouler un mois sans sondage et, en deux jours, nous sommes ensevelis de sondages réalisés à peu près aux mêmes dates. Quel gâchis. C’est encore trop erratique pour mettre en place l’indice agrégé, mais cela suffit à perturber les courbes simples. Bref, il faudra très prochainement envisager de passer aux courbes de tendance.

Le fleurissement des candidatures potentielles entraîne aussi celui des hypothèses sondagières, toujours plus variées, mais malheureusement souvent incohérentes. Passe encore que certains instituts et/ou leurs commanditaires privilégient définitivement l’hypothèse « Juppé sans Bayrou ». Mais pourquoi imaginer l’étendre aussi facilement aux cas de figure où Fillon ou Le Maire est le candidat des Républicains ? S’agit-il de dévaloriser Sarkozy ?

De même, tester l’hypothèse Hulot sans Bayrou est, a priori, gonfler artificiellement le premier. S’agit-il de « pousser » sa candidature ?

Enfin, on peut relever que, chez certains sondeurs, Macron arrive en tête des sympathisants de gauche voire socialistes, mais que c’est un cas de figure sans Hollande et, surtout, avec à la fois Aubry et Hidalgo (et même Montebourg), ce qui n’a pas de sens et divise artificiellement l’aile gauche et permet de favoriser la coqueluche médiatique du moment. De nouveau, une manipulation ?

Car, répétons-le, les sondages ne manipulent pas en soi. Ce sont les questions posées et les hypothèses forgées, essentiellement, par les directions des médias commanditaires qui influent ainsi indirectement sur le paysage politique et tentent de le modeler de manière cachée.

L’avalanche de 5 sondages (IFOP, Odoxa, BVA, TNS-Sofres et Harris Interactive) dans les derniers jours oblige à un décryptage général et tous azimuts, mais le phénomène Macron et l’évolution générale de la gauche appellent de prochains articles sur la situation de la gauche de la gauche et des écologistes, d’une part, et sur les solutions possibles au sein de la gauche gouvernementale, avec une mise au point sur la(es) primaire(s) qui ne verront pas le jour, d’autre part.

IFOP pour iTélé, Paris-Match et Sud-Radio, réalisé du 12 au 14 avril 2016 (échantillon de 1876 parmi un tota

Graphique sondages 1T 2017 Sarkozy-Hollande-Bayrou

Graphique sondages 1T 2017 Juppé-Hollande-Bayrou.png

Graphique sondages 1T 2017 Juppé-Hollande sans Bayrou.png

1. La première question qui se pose a trait à la dérive du sortant Hollande. Il est clair qu’il est déjà candidat ; il est également clair que la direction du PS et lui n’ont jamais eu l’intention d’organiser la primaire, pourtant prévue dans les statuts et que tout adhérent du PS pourrait réclamer (il semble que quelques individus sont enfin prêts à lancer jusqu’au contentieux). Tout discours sur la primaire est dilatoire et n’a pour seul but que de gagner du temps et de prolonger les discussions sur tout aspect de la question qui permet de la suspendre jusqu’aux calendes grecques ou, plus exactement, jusqu’après la primaire de la droite et du centre, moment choisi par Hollande pour se dévoiler et tenter d’effacer un automne qui aura été monopolisé médiatiquement par la droite (ou de profiter d’éventuelles divisions sanguinaires de celle-ci…).

Dans ces conditions, il est difficile d’envisager un candidat alternatif au PS ou dans la gauche de gouvernement. Pourtant, si Hollande descend trop bas, n’y aura-t-il pas un moment de basculement, avec des hiérarques socialistes qui auront peur de tout perdre (surtout dans la perspective de législatives dramatiques et si Macron, Hulot, Bayrou, un « citoyen » ou d’autres viennent dangereusement diluer leur créneau politique sur son flanc droit) ?

A quel moment cela peut-il se produire ? D’ores et déjà, le risque d’un nouveau « 21 avril » est intégré. Après tout, un drame inconcevable mais déjà vécu est toujours plus facile à digérer lorsqu’il se reproduit… En revanche, si, de manière durable et dans toutes les hypothèses (surtout dans les seules qui vaillent, c’est-à-dire avec Sarkozy ou avec Juppé sans Bayrou), Hollande passe en 4e position, derrière Mélenchon ou Bayrou, voire glisse en 5e position derrière ces deux derniers, alors une remise en cause du caractère naturel ou légitime de sa candidature pourrait sérieusement émerger.

C’est peut-être cette hypothèse que joue Macron, ultra-moderne, c’est-à-dire situé dans la posture, l’opportunisme calendaire, le très court terme et la pure image : il pense peut-être, au moment où Hollande est réellement mis en cause, profiter d’une fenêtre de lancement de quelques semaines. Si ce n’est pas le cas, il pense qu’il aura au moins occupé une case à prendre, à la place de Valls (dont l’avenir n’existe pas sans le PS et les institutions) et de Bayrou (pour lequel, a priori, 2017 devrait correspondre à sa retraite de la vie politique).

Néanmoins, cette hypothèse reste peu probable :

  • le PS est un parti en réalité très légitimiste, même si moins que feu le RPR;
  • l’influence de Hollande reste très importante et ses rivaux potentiels ont tous renoncé ou sont affaiblis et divisés (nous y reviendrons), comme le montre la, certes, meilleure performance de Valls et Macron lorsqu’ils sont testés à la place de Hollande, mais dans de faibles proportions et avec des conditions favorables : Macron est ainsi testé sans Bayrou, même contre Sarkozy…
  • ce naufrage sondagier du moment tient aussi à une volatilité croissante de l’opinion et est probablement aussi exagéré que l’était le rebond factice de popularité après chaque vague d’attentat,
  • le frémissement en faveur de Mélenchon aura peut-être la même durée que celui du printemps 2012, qui n’avait pas duré, même s’il est évidemment durablement installé au-dessus de 10 %,
  • la tenue correcte de Bayrou tient à une attente peu stable au centre ou « ailleurs », qui pourrait tout aussi bien s’incarner en Hulot ou en un candidat de centre-droit « différent » (non, ce ne sera pas Rama Yade 😉 Comment l’imaginer rencontrant des milliers de petits maires ruraux pour tenter d’avoir ses 500 signatures ?…),
  • mécaniquement, un rebond, même léger, est à prévoir, la peur de l’électeur de gauche d’une débâcle et d’un niveau menaçant du FN arrêtant l’hémorragie et permettant au moins à Hollande de regagner une petite distance par rapport à Mélenchon et Bayrou,
  • une décantation, lorsque le vent de folie Macron se sera calmé (car un autre événement médiatique s’imposera : nouvelles vagues de migrants, Brexit, crise chinoise, explosion libyenne, nouvelle maîtresse officielle, esclandre sarkozyen,… ou il aura été congédié du gouvernement et se retrouvera hors du système socialiste et donc sans beaucoup de troupes), permettra à la gauche de revenir aux candidatures « classiques » et attendues, chacun gérant sa petite boutique (Arthaud, Poutou, Mélenchon, Duflot, Hollande).

Quoi qu’il en soit, Hollande doit résister au croisement des courbes avec Mélenchon voire Bayrou. Il est désormais réduit à son noyau dur et ne devrait plus descendre :

  • son score d’intentions de vote est peu ou prou équivalent à son indice de popularité,
  • même une candidature Hulot ne le fait pas (trop) davantage baisser alors que, normalement, cette candidature devrait être celle qui lui est la plus défavorable, fournissant un exutoire idéal et plus avenant que la candidature Duflot aux socialistes déçus,
  • l’absence ou la présence de Bayrou n’a pas d’influence notable sur le niveau de Hollande : comme le point précédent, cela démontre que Hollande a déjà perdu tout ce qu’il pouvait perdre et devrait désormais rebondir (ou stagner…).
  1. Comme l’extrême-gauche trotskyste (de manière marginale), Mélenchon est à la hausse.

Il est certain que l’agitation sociale contre la loi El-Khomri et contre la politique sécuritaire, thèmes mobilisateurs à la fois pour la « vieille gauche » et pour l’aile bobo-libertaire, lui bénéficient, en tant que seul représentant crédible (au sens de l’obtention d’un score électoral significatif) de la gauche de la gauche. Nous reviendrons sur cette très probable difficulté de ce courant à lui substituer un autre candidat, qu’il s’agisse de Pierre Laurent, de Taubira, d’Autain, d’un Piketty, d’un quelconque représentant de la société civile ou même d’un socialiste qui ferait dissidence. Mélenchon est parti plus tôt, justement pour éviter de se trouver diminué par cette vaine agitation et d’abîmer son statut de représentant médiatique et électoral le plus solide et le plus légitime à la gauche du PS. Seul un Montebourg ou un Hamon (sans parler d’Aubry) en rupture de PS aurait été en mesure de lui contester ce statut.

Néanmoins, l’actualité tournera et Mélenchon, s’il frémit vers les 15 % ou au-delà, reviendra probablement à un niveau de 10-12 %, surtout s’il est plus visible dans les médias, ce qui, désormais, le dessert par effet de répétition et de lassitude.

En revanche, il n’a rien à craindre sur sa gauche, le temps des figures médiatiques à la Laguiller ou à la Besancenot étant révolu.

3. La candidature Duflot semble ne pas accrocher. Elle est très faible chez Odoxa et à l’IFOP. Elle est conforme au niveau habituel des écologistes (2-3 %) pour les autres instituts. Il semble qu’elle ait un peu perdu au profit de Mélenchon (car Hulot, lorsqu’il est testé à sa place fait baisser Mélenchon), n’étant plus très audible ; mais, surtout, elle est en situation de vases communicants avec Hollande, ce qui confirme, même si de manière bien plus marginale que lors des élections européennes ou régionales (EELV dépassant les 10 % lorsque le PS dégringolait), la fonction exutoire du parti vert pour les déçus du socialisme gouvernemental ne souhaitant quand même pas aller jusqu’aux héritiers officiels du communisme.

Une candidature Hulot, testée notamment par Harris Interactive mais en concurrence avec Duflot (et dans les deux cas de figure Sarkozy-Bayrou et Juppé sans Bayrou), prend à cette dernière, déjà pas très haute, mais aussi à Bayrou, à Hollande et à Juppé de manière équilibrée. Etant donné son faible niveau, il est évident que cette candidature est plus défavorable pour Hollande, qui doit se qualifier, mais cela reste dans des proportions assez limitées, comme déjà signalé.

Mais son caractère assez flou, comme le personnage lui-même, confirme que, s’il devait se décider à concourir (ce qui est fort peu probable, au regard de son caractère éminemment velléitaire), sa candidature se dégonflerait probablement rapidement et ne tiendrait pas la distance.

4. Hormis le cas particulier de l’hypothèse Hulot, l’électorat Bayrou est de nouveau le plus instable. Clairement, le nom Bayrou suffit à fédérer 8 à 10 %, mais il est devenu un simple réceptacle, au-delà du noyau centriste historique (qui était précisément à cet étiage, mais s’est en partie dissous à mesure du recul de la vieille démocratie chrétienne), d’une frange flottante pour laquelle la moralité publique est l’essentiel et le rejet des partis fondamental. Il ne s’agit pas ici du petit contingent modéré qui recherche l’efficacité économique et politique et qui a soutenu DSK, Borloo, Bayrou, Hollande en 2012, et qui soutient Juppé ou Macron aujourd’hui. Il s’agit d’un contingent « civique », qui s’incarnerait tout aussi bien dans une candidature Lepage ou équivalente, éventuellement chez Hulot ou dans une candidature de la « société civile ». A l’extrême, une partie de ce courant se retrouve sur Dupont-Aignan, Le Pen ou Mélenchon, si Bayrou et aucun autre candidat équivalent n’est présent, par refus absolu du duopôle PS-LR.

5. Dupont-Aignan est à la hausse, même si c’est limité. Il peut envisager de rentrer dans ses frais de campagne, ce qui prolongerait la vie de son mouvement politique. Il semble en mesure de prendre quelques électeurs de droite, dès lors que Juppé n’est pas le candidat LR. Seul Juppé empêche une fuite, déjà constatée aux régionales, des plus de 65 ans vers le candidat DLF. Même Sarkozy n’y parvient pas.

C’est un premier signe de la faiblesse croissante de Sarkozy. Même le cœur de son électorat semble avoir perdu, en partie, foi en son succès. Or, une bonne partie de sa dynamique tient à une capacité supposée à mener une bonne campagne. Si, effectivement, en vue d’une présidentielle, il s’est montré performant malgré l’adversité, ses résultats locaux sont en revanche très décevants, soit en tant que président de la République, soit en tant que président de LR. Il semble désormais que même les sondages présidentiels lui font perdre une partie de son avantage comparatif.

Désormais, il n’est pas tellement plus performant que Fillon ou Le Maire. L’écart avec Juppé s’est même accru et pèsera lourd dans les décisions des électeurs de la primaire de la droite et du centre. Le fait qu’il ne tienne plus aussi bien l’électorat âgé et que le profil sociologique de son électorat potentiel se soit brouillé n’est évidemment pas favorable.

Avec ces sondages et avec la multiplication des candidatures à droite, y compris sur l’aile la moins modérée, sa situation se banalise, alors que continue le flot d’informations sur les « affaires » et que la « ringardisation » de Hollande semble également l’emporter.

Alain Juppé apparaît désormais dominateur. Il lui faudra toutefois bien gérer l’inévitable décrue des sondages qui, si elle est trop rapide ou trop visible médiatiquement, peut créer une dynamique négative qui s’entretiendrait d’elle-même. Il reste que ses atouts sont forts, avec un soutien de catégories d’électeurs qui sont les plus fiables en termes de participation électorale et les plus stables dans leur choix.

6. Le Pen est globalement stable, sauf chez Odoxa, où elle repart au-dessus des 30 %. Il reste à voir s’il s’agit d’un retour de son électorat à son instabilité habituelle ou si l’institut a quelques difficultés dans ses redressements…

Sa situation est désormais solide autour de son noyau populaire bien établi. Elle est même un peu plus performante au second tour. Elle ne progresse toutefois plus au 1er tour et la question de l’avenir du FN reste entier : que faire de son actif électoral ?

Graphique sondages 2T 2017 Sarkozy-Le Pen

7. Cela nous amène logiquement à évoquer le second tour, qui reste, un an avant l’échéance, beaucoup plus incertain encore que le premier tour. En effet, à distance, les électeurs donnent encore une intention de 2e tour équivalente à celle du 1er et donc basée sur un choix véritable, une préférence de personnalité ou un rejet idéologique. Dans la réalité, la polarisation politique et l’égalisation médiatique font leur œuvre et les duels sont plus serrés, notamment en cas de duel gauche-droite, aujourd’hui peu probable.

Graphique sondages 2T 2017 Sarkozy-Hollande

En outre, il faut tenir compte d’un probable « tir de barrage » médiatique intense en cas de qualification de Marine Le Pen pour le 2nd tour : « le fascisme ne devant pas passer », tout sera bon pour relancer les réflexes de vote anti-FN, sauf peut-être en cas de duel Sarkozy-Le Pen. Cela créera forcément une mobilisation à son désavantage, qui ne s’exprime évidemment pas à un an de distance dans de simples sondages et qui ne se matérialisait que faiblement aux élections locales, même si, aux régionales, cet effet a clairement joué là où il y avait un risque de victoire du FN et là où il y avait forte médiatisation.

Graphique sondages 2T 2017 Juppé-Le Pen

Quoi qu’il en soit, la domination des candidats de droite sur le FN ne fait pas de doute, même si Marine Le Pen fait nettement mieux que son père en 2002.

Graphique sondages 2T 2017 Hollande-Le Pen.png

Surtout, elle semble en mesure d’inquiéter Hollande s’il parvenait à se qualifier pour le 2nd tour.

Même si les reports de voix ne sont pas toujours mesurés ou publiés par les sondeurs, il apparaît clairement des traits forts et nouveaux pour 2017 :

le candidat socialiste est très bas dans les reports du FN comme de LR. Les sondages de popularité montrent que, depuis plusieurs années, il a perdu toute confiance de leur part et que le rejet est total. C’est ce qui fait qu’il perdrait probablement, même face à un candidat LR affaibli, n’ayant plus aucun report depuis le FN (alors qu’il pouvait espérer 10 à 20 % selon les années). C’est ce qui fait qu’il n’est plus protégé par des reports significatifs de droite face à Le Pen. Seuls les électeurs MoDem et UDI sont encore dans un réflexe de « front républicain ». Les moments où Hollande a repris l’avantage sur Le Pen sont les périodes post-attentats. Bien entendu, il faut être très prudent car il est aujourd’hui très bas et ne peut que rebondir ; en outre, l’exaspération ambiante donne toujours un bonus à Le Pen ; enfin, les médias reprendront leur défense du pouvoir en place lorsque les candidatures se seront décantées à gauche et que la polarisation reprendra ses droites. Néanmoins, voir un président sortant menacé par la présidente du FN est en soi un petit événement ;

les reports de Mélenchon vers Hollande ne sont corrects que dans le cas d’un duel face à Le Pen (encore dépassent-ils péniblement les 50 %) ; face à la droite, la gauche radicale considère que c’est « blanc bonnet et bonnet blanc » ;

les reports de gauche vers la droite se sont érodés et l’assimilation de Sarkozy au FN fait que seul Juppé peut espérer des reports corrects. Même Fillon et Le Maire ne sont pas si écrasants face à Le Pen, puisqu’en-dessous des 2/3 des voix ;

les électeurs de Bayrou détestent Sarkozy et ne le soutiennent que faiblement majoritairement face à Le Pen ; mais ils ne le détestent pas au point de lui préférer Hollande : c’est équilibré, alors qu’en 2012, Hollande avait pris l’avantage sur Sarkozy dans cet électorat, qui avait surtout boudé Sarkozy, plus que rallié massivement Hollande ;

– en fin de compte, l’électorat FN s’est surtout solidifié et forme un « noyau dur » fidèle d’un tour à l’autre et d’une élection à l’autre. La capacité de progression au 2nd tour de Marine Le Pen reste insuffisante. Mais, pour élargir sa base électorale, elle ne pourrait que s’éloigner de la rhétorique qui plaît à cet électorat populaire dans lequel elle l’emporte très largement. Objectivement, elle a intérêt à ce que Hollande gagne, pour tenter l’implosion de la droite et essayer de prendre le leadership de l’opposition si le président sortant se succédait à lui-même. Cet élément peut être important dans la manière dont se déroulera la primaire de la droite et du centre, mais aussi dans les suites de celle-ci si la réconciliation est impossible après trop de déchirements.

Nous reviendrons également prochainement sur la dernière livraison IFOP sur la primaire de la droite et du centre, qui voit Le Maire incapable de confirmer son embellie.

Derniers sondages IFOP et IPSOS pour le premier tour de la présidentielle 2017: un Hollande profondément affaibli et s’érodant en tous sens

MISE A JOUR: cet article a fait l’objet d’un ajout sur les 3 phases de dégradation de Hollande depuis 2012

Sondage IFOP réalisé du 11 au 13 mars 2016 pour Sud Radio, auprès d’un échantillon de 1026 électeurs potentiels, extrait d’un total de 1096
Sondage IPSOS réalisé du 11 au 20 mars 2016 pour Le Monde et le CEVIPOF, auprès d’un échantillon de 13693 électeurs potentiels, sur un total de 20319

1. C’est une première évidence depuis de longs mois, mais il convient de la répéter car elle ne semble pas complètement prise en compte par le monde politico-médiatique et elle influencera forcément les résultats de la primaire et l’organisation des candidatures « secondaires », au centre, à la gauche de la gauche et chez les divers écologistes (sujets sur lesquels nous reviendrons successivement dans les prochaines semaines): Marine Le Pen sera au second tour de la présidentielle de 2017.

Il ne reste donc plus qu’une place disponible pour le « système », pour les partis traditionnels de gouvernement. Il est donc essentiel pour ces derniers de sélectionner un candidat bien positionné et pouvant bénéficier d’une dynamique électorale (momentum). Cela signifie d’abord d’être capable de rassembler, pour l’essentiel, sa base partisane et électorale. Cela signifie ensuite de pouvoir exprimer une position sur sa gauche sans faire fuir d’électeurs sur sa droite et inversement.

C’est ce que Mitterrand avait porté au plus haut point en 1988. C’est ce que parvenait à faire, peu ou prou, Sarkozy en 2007, même si une certaine déperdition se faisait jour au centre au profit de Bayrou, compensée par des gains sur le FN et par une bonne mobilisation. C’est ce que semblait parvenir à faire DSK, mais sans certitude car le positionnement de Hollande était meilleur. C’est ce que parvient à faire Hollande en 2011-12, positionné centralement au sein du PS et, ensuite, capable de faire le discours (formellement grotesque, mais il fallait bien « quelque chose » pour les médias et la mythologie de la campagne) du Bourget sans perdre le noyau de centristes ballotté de DSK à Borloo, à Bayrou, à Hollande, et de jouer au social-démocrate responsable sans trop perdre vers Mélenchon (malgré l’attirance des bobos pour ce dernier lors d’une flambée sondagière aussi éphémère que les passions soi-disant amoureuses de ceux-ci 😀 cf. le blog sondages2012) ou en tout cas en compensant par un anti-sarkozysme très mobilisateur. C’est ce que parvient à faire, pour le moment, Juppé.

C’est ce que Jospin n’a pas pu faire en 2002, trop prématurément « présidentiel », modéré et responsable et perdant sur sa gauche et vers l’extrême-droite. C’est ce que Sarkozy ne parvenait plus à faire en 2012, perdant au centre ce qu’il espérait gagner sur le FN ou inversement; bref, dominé par les forces centrifuges, alors qu’une dynamique électorale est centripète. C’est ce qu’Hollande, mais aussi les autres candidats socialistes potentiels, ne parviennent pour le moment pas à réaliser.

Lorsque Montebourg ou Aubry ont été testés en 2014-15, ils perdaient largement vers Bayrou ce qu’ils gagnaient sur leur gauche. Mais ils pouvaient aussi ne rien gagner sur leur gauche, Montebourg se retrouvant alors derrière Mélenchon, en 5e position après Le Pen, Sarkozy et Bayrou. Lorsque Valls a été testé, il est apparu peu différent de Hollande dans son positionnement ou, lorsqu’il a perdu un peu de sa superbe auprès des socialistes eux-mêmes, un peu plus compétitif face à Bayrou et même directement face à Sarkozy, mais perdant sur sa gauche sa plus-value au centre et à droite. Avec le dernier sondage IFOP, la candidature Macron est -logiquement- encore plus caricaturale de ce point de vue: très compétitive face à Bayrou mais catastrophique sur la gauche avec une déperdition très nette vers Mélenchon.

Ainsi, par défaut, Hollande se retrouve comme le moins mauvais candidat socialiste… C’est ce que pour quoi il a travaillé depuis 4 ans… Le seul problème, c’est que son pari est réussi mais à un niveau inférieur à 20%. Merkel a de même éliminé chacun de ses adversaires potentiels au fil des années, mais en préservant une attractivité supérieure à 35, voire à 40%. Hollande a bien émasculé Aubry, Fabius, étouffé Valls, Hamon, marginalisé Montebourg, Peillon, mais il l’a fait sur fond de rétrécissement du PS: il est devenu le borgne au milieu des aveugles. Gagner en descendant n’est pas une réussite politique…

C’est sur ses faiblesses et ses quelques points d’appui que nous nous concentrerons aujourd’hui.

2. Au préalable, il faut affirmer que François Hollande sera candidat à sa succession. Comme beaucoup d’autres animaux politiques français, il est un professionnel pur de la politique; peut-être même plus que les autres, car il n’a jamais été ministre et trop peu élu local: il a toujours gravité en cabinet, en parti politique, dans le microcosme médiatico-politique. C’est sûrement ce qui explique à la fois sa victoire d’anguille en 2011 puis 2012, mais aussi son incapacité à gouverner et agir depuis 2012.

C’est ce qui fonde le pronostic quasi-certain d’une nouvelle candidature: il ne vit que pour cela, il ne sait rien faire d’autre et seules les campagnes et le simple statut de vainqueur (même pas celui de gouvernant) l’intéressent. Il n’est là que pour jouir du pouvoir, après en avoir été le commentateur si longtemps. En 2011, Royal posait la question de ce que les Français répondraient à ce que Hollande avait fait en 30 ans de vie politique, donnant elle-même la réponse: rien.

Bref, il sera évidemment candidat et tout ce qu’il fait est dans cette optique, même lorsque c’est petit, même lorsque cela rate: réviser la constitution à l’occasion des attentats était évidemment une pure manœuvre politicienne, qui a cependant mieux « fonctionné » à gauche qu’à droite, dans son objectif de division. La tactique du salami appliquée aux Verts (départ du parti, désorganisation des groupes parlementaires, entrées au gouvernement,…) n’a pas non plus d’autres but, même si elle ne devrait pas porter tous ses fruits (nous y reviendrons).

3. Mais, tout candidat qu’il est déjà, il présente évidemment énormément de faiblesses.

– Sa popularité est indigente, retombée dans ses plus bas de l’automne 2014. Même Sarkozy n’avait pas atteint ces niveaux et nous disions déjà à l’époque qu’avec de tels scores, il est impossible de gagner, quelle que soit la fiabilité relative des cotes de confiance.

De plus, cette popularité extrêmement faible et même inédite concerne l’ensemble des tranches d’âge et des CSP. Même les restes de forces au sein des CSP+ et des catégories intermédiaires (socialement et en âge) tendent à s’effacer ou pèsent moins face à un Juppé.

Les intentions de vote sont à l’avenant pour le 1er tour.

Graphique sondages 1T 2017 Sarkozy-Hollande-Bayrou.png

Graphique sondages 1T 2017 Juppé-Hollande-Bayrou

Graphique sondages 1T 2017 Juppé-Hollande sans Bayrou

– Son absence de dynamique électorale se reflète dans les résultats aux élections intermédiaires (même si ce fut masqué aux régionales) et aux législatives partielles: les socialistes ne (se) mobilisent plus. Certes, face à Sarkozy, de guerre lasse, les socialistes reviendraient probablement voter pour leur candidat, mais face à un Juppé, le différentiel de mobilisation et de participation serait terrible.

En outre, même face à Sarkozy, l’émiettement à gauche, que craint depuis toujours Hollande, devrait se produire quand même: un candidat écologiste sera présent, Mélenchon est déjà là, un candidat à gauche du PS est probable, qu’il s’agisse de Taubira, d’Autain, d’un dissident PS ou d’un représentant de la société civile bobo-gauchisto-libertaire, sans compter d’éventuelles surprises régionalistes (Troadec) ou une confirmation de la candidature du MRC chevènementiste si elle obtient 500 signatures. Selon la formule consacrée: nous y reviendrons.

Certes, face au candidat préféré de Hollande (Sarkozy), il est plus fort, avec un électorat plus polarisé et plus mobilisé (et des médias plus conciliants). Mais il devra alors automatiquement faire face à Bayrou, qui devrait être le réceptacle naturel des CSP+, des « macroniens », du MEDEF de gauche (!), voire de certains enseignants.

Sa seule orientation est aujourd’hui de viser le second tour par défaut… ce qui n’est pas vraiment entraînant, ni valorisant.

– Son positionnement politique n’est plus maîtrisé. Sa grande force passée, y compris lorsque DSK était dans la course, c’était d’être au centre du PS.

Aujourd’hui, il a été contraint de se déporter sur la droite du parti. Or, si l’opération Macron consistait initialement à créer une aile « droite » pour se recentrer visuellement, elle est sur le point d’échouer, car Macron n’est plus vraiment identifié comme socialiste. Celui qui tenait auparavant ce rôle (Valls) n’a plus de spécificité, est accaparé par la gestion du quotidien comme tout Premier ministre (surtout avec un Président qui ne fait rien) et a déteint sur le Président, le « couple » exécutif étant confondu dans l’esprit de beaucoup.

Il a laissé un espace trop important sur sa gauche et permis à Aubry de commencer son opération de vengeance (qu’elle poursuivra à la moindre occasion, ne souhaitant plus rien pour elle-même d’ailleurs). En outre, les déçus sont nombreux dans la jeunesse et parmi les électeurs de gauche. Le niveau tout à fait honorable de Mélenchon dans les sondages (alors qu’il ne contrôle plus les troupes communistes, qu’il n’a pas réussi à rallier Duflot, que ses ouvertures internationales ont échoué et qu’il est un candidat vieillissant et peu renouvelé) montre bien qu’une partie de la gauche boudera Hollande, comme elle avait omis de soutenir Jospin en 2002.

Certes, le « 21 avril » empêchera peut-être que Hollande tombe à moins de 17%. Mais, il n’est aujourd’hui même plus assuré d’une 3e place, si Bayrou retrouve une seconde jeunesse, si la campagne de Mélenchon gagnait en dynamique ou si Hulot s’en mêlait.

– Quand bien même il essaierait un repositionnement à gauche, ou un approfondissement au centre, il perdrait immédiatement de l’autre côté tout gain, voire davantage. C’est le propre des candidats ayant perdu la confiance de leurs électeurs potentiels, des bases de force fidèles et toute dynamique positive. Même avec une campagne accrocheuse, Sarkozy perdait au centre et à gauche quand il se faisait plus « dur »; il perdait vers le FN lorsque son électorat potentiel se remémorait les promesses non tenues sur la sécurité ou la TVA.

Depuis 2012, si l’on en croit les sondages d’intention de vote dans l’hypothèse Hollande-Sarkozy-Bayrou (la seule testée systématiquement, mais, depuis le printemps 2014, les sondages Hollande-Juppé confirment les tendances), Hollande a connu 3 phases principales de dégradation:
de son élection à l’automne 2014, c’est l’électorat populaire qui a continué de fuir la gauche pour se réfugier dans le vote ou l’intention de vote FN; d’une certain manière, cette « fuite » est la moins grave car ces électeurs sont surtout susceptibles de s’abstenir et, en tous les cas, ne rejoindront jamais la droite; mais elle est la plus profonde et la plus durable par rapport à l’histoire de la gauche;
– puis, de l’automne 2014 aux régionales de 2015, Hollande a (re)gagné puis reperdu au centre et au centre-droit, d’abord à la faveur des attentats et du positionnement « régalien », puis en raison de la déception qui a suivi, d’autant plus forte que les attentes et espoirs furent élevés et même ressuscités; les attentats ont ramené à Hollande ce noyau d’électeurs flottants, modernistes et éduqués (ou supposés tels 😉 ), ceux qui avaient évolué entre DSK, Borloo, Bayrou, Hollande et qui adorent aujourd’hui les idoles Juppé et Macron; ceux-ci avaient déserté Hollande après la déception gestionnaire connue dès l’été 2012 et progressivement enracinée au fil des échecs économiques et sociaux et des preuves de faiblesse dans la gouvernance et la réforme; Hollande a même un peu mordu sur l’électorat de droite dans une dynamique d’ « union nationale » qui n’a finalement pas duré; l’échec de la révision constitutionnelle et les palinodies sur le code du travail pourraient avoir définitivement détourné cet électorat globalement centriste de Hollande (seul un 2e tour face à Le Pen le verra revenir vers le socialiste); l’accumulation des attentats et la « peur » que s’est faite la droite lors des régionales devraient de même avoir ramené au bercail LR les quelques électeurs égarés lors de cette année 2015;
– enfin, depuis décembre 2015, Hollande semble perdre sur sa gauche vers Mélenchon, en raison d’un chômage durablement élevé et des attaques macroniennes et vallsiennes sur le code du travail, et au centre-gauche vers Bayrou (ou, bientôt peut-être, vers un Hulot), en raison de fonctionnaires, d’enseignants et de CSP+ déçus sans se décider à rallier Juppé, en raison du souvenir de 1995.

Ce phénomène de fuites bilatérales ou alternées est très délicat à contrecarrer et à inverser. A vrai dire, aucun contre-exemple évident ne vient à l’esprit dans l’histoire de l’élection présidentielle.

Dans son propre camp, les rancœurs sont fortes, tant il traite les autres avec désinvolture et dans une relation de pur intérêt. Des ennemis traditionnels comme Aubry, Lamy, Lebranchu, des alliés comme Peillon , Pellerin, Filippetti, des amis comme Rebsamen, peuvent tous témoigner à des degrés divers de ce « traitement » et beaucoup ne l’aideront évidemment pas… La lassitude s’est aussi emparée de fidèles comme Le Foll.

Sans parler de ceux qui auront intérêt à sa chute, car leur victoire sera plus facile en 2022 face à la droite: Valls au premier chef évidemment, mais aussi, de manière moins nette (car trop faibles, trop jeunes ou trop indécis selon le cas), Montebourg, Hamon, Hidalgo, voire Macron ou Vallaud-Belkacem. Le syndrome Chirac 1981 est une évidence dans leur cas…

– Les événements économiques et politiques ne devraient pas être plus favorables qu’ils ne sont: chômage, ralentissement chinois, atonie européenne, bourbier syrien, tensions avec l’Allemagne, nouveaux attentats qui n’auraient plus d’effet « union sacrée » mais bel et bien un effet dépréciatif sur l’incapacité du pouvoir à protéger le pays, etc. Aucune amélioration à attendre des événements…

– Enfin, depuis 1978, toutes les élections générales (présidentielle et législatives, en considérant bien entendu qu’elles ne font qu’un événement électoral en 1981, 1988, 2002, 2007 et 2012 puisque tenus dans la foulée) ont conduit à un résultat inverse à l’élection suivante et à une alternance.

Seules font exception les échéances de 1995 et de 2007. Mais la victoire de Chirac sur Balladur en 1995 -après un affrontement homérique ayant focalisé toute la campagne, Jospin se retrouvant presque spectateur et tout étonné de figurer au second tour- ne fut-elle pas une forme d’alternance? Et la victoire de Sarkozy de 2007 n’était-elle pas celle de la « rupture » avec le chiraquisme fainéant et mourant?

4. Face à cette lourde litanie de handicaps, peu d’éléments de force émergent et ils ne sont que partiels.

– Le soutien médiatique pourrait jouer un peu en sa faveur, mais seulement en cas de candidature Sarkozy. Même si le FN devait s’envoler (ce qui est peu probable), le soutien médiatique irait à Juppé encore davantage, en cas de candidature de ce dernier.

Car, en cas de victoire de Juppé à la primaire, le système médiatico-culturalo-entreprenarial le ralliera largement, dans l’attente du futur « poulain » du système, déjà placé sur orbite, Macron. Et l’on sait combien la vulgate médiatique influe sur les élections, malgré le fait que beaucoup d’électeurs s’en défendent et prétendent voir clair… Après tout, même Sarkozy avait partiellement réussi son entreprise de séduction des médias en 2007. Sans parler de Hollande lui-même, ami, connivent et concubin de la petite classe des journalistes politiques, des éditorialistes et des patrons de médias, des années 1990 à 2012.

– La gauche de la gauche reste émiettée et aucune candidature de gauche en mesure de le devancer n’apparaîtra. Seule une dissidence socialiste de poids pourrait le faire mais ne se produira pas, car chacun a trop besoin du parti pour l’échéance suivante (Hamon, Valls voire Montebourg) ou reste fidèle par inertie ou pour l’histoire (Aubry).

Mais même cet avantage est relatif. Certes, Hollande ne devrait pas finir 4e ou 5e, mais Mélenchon conserve son socle de 10% et c’est un peu aussi… Marine Le Pen qui est l’autre candidate de gauche… Certes, elle doit faire face au dilemme qui fait qu’elle ne peut plus progresser qu’en rassurant les personnes âgées de droite, tout en essayant de ne pas perdre ses récentes conquêtes de gauche. Toutefois, elle a clairement un avantage compétitif à gauche, sur les sujets touchant à l’Europe économique ou migratoire. La ligne Philippot permet de siphonner à gauche et la simple actualité terroriste suffit pour que le FN reste le FN sur la sécurité et l’embrouillamini culturalo-ethnico-religieux (comme l’économie pour les Tories ou les sujets de défense pour le GOP).

– Il faut répéter qu’une candidature Sarkozy pourrait l’avantager un peu. Mais, outre la redynamisation de Bayrou, elle le place en situation de complète dépendance à la primaire de la droite et du centre, lui faisant repousser sa candidature officielle à une période où les débats de la primaire devraient avoir donné un avantage à la droite.

L’horizon est donc particulièrement sombre pour Hollande et il est difficile de ne pas penser que, structurellement, il a déjà perdu. Toutefois, c’est ce que nous disions pour Sarkozy dès le début de 2011 et il avait quand même réussi à se rapprocher -un peu mais pas autant que veulent bien le faire accroire les Hortefeux et Buisson- de Hollande…

Derniers sondages IPSOS, Odoxa et IFOP pour la primaire de la droite et du centre: avancée de Le Maire au détriment de Sarkozy et Fillon

1. Les dernières livraisons d’Odoxa (sondage réalisé du 18 février au 10 mars 2016, pour le compte du Parisien-Aujourd’hui en France et de BFM-TV auprès d’un échantillon de 426 personnes certaines d’aller voter, parmi 965 comptant aller voter, parmi un échantillon total de 4036), de l’IFOP (sondage réalisé du 23 février au 18 mars 2016, pour le compte de Paris-Match, iTélé et Sud-Radio, auprès d’un échantillon de 768 personnes certaines d’aller voter, extrait d’un échantillon total de 8090) et de l’IPSOS (sondage réalisé du 11 au 20 mars 2016, pour le compte du Monde et du CEVIPOF, auprès de 1282 personnes certaines d’aller voter sur un échantillon total de 20319) montrent une « certitude » de participer à la primaire exprimée autour de 6 à 10% du corps électoral. La tendance est en légère érosion et retrace à peu près celle observée pour la primaire socialiste de 2011. Dans la réalité, la participation effective à cette dernière fut inférieure et plus proche de 6% du corps électoral, ainsi que cela a été détaillé dans l’article du 8 mars dernier.

S’il n’est pas assuré que la participation atteigne les 3 millions, un volume de 2 millions de votants apparaît désormais comme une base assurée et probablement un seuil de 2,5 millions atteint. Cela constituerait un volume suffisant pour avantager Juppé et ne pas trop s’éloigner des sondages. Il convient toutefois de noter une situation un tantinet moins défavorable pour Sarkozy dans le sondage IPSOS dont l’échantillon est nettement plus large et permet de dépasser nettement le seuil des 1000 pour les électeurs « certains » d’aller voter à la primaire.

2. Ces dernières livraisons confirment cependant l’avance globale de Juppé. Elles confirment aussi que celui-ci a désormais rattrapé Sarkozy au sein même de l’électorat LR, davantage susceptible de se mobiliser, ou plus exactement que Sarkozy a continué de s’éroder pour rejoindre Juppé aux alentours des 35%, chiffre pivot que nous avions déjà évoqué. Les avantages sociologiques de Juppé, déjà soulignés, auprès des personnes âgées et des CSP+, c’est-à-dire ceux qui se déplaceront en plus grand nombre, persistent mais sont complétés par une avance de Juppé dans quasiment tous les compartiments.

En effet, la nouveauté de ces sondages -plutôt massifs et donc assez représentatifs- tient, non à l’érosion de Sarkozy en tant que telle, mais à son érosion au profit de Le Maire dans des catégories (CSP+, professions intermédiaires, personnes âgées, personnes d’âge intermédiaire) où il continuait d’être relativement compétitif. L’électorat potentiel de Sarkozy, comme d’ailleurs, désormais, celui de Fillon, apparaît comme composite, voire désarticulé, déconnecté des zones de force traditionnelles et reposant sur des catégories d’âge (25-34 ans, les plus jeunes semblant, au moins temporairement, sensibles à l’arrivée de Le Maire « sur le marché ») ou sociologiques (ouvriers, chômeurs, mais même plus employés) peu fiables quant à leur participation finale.

Il en est de même pour Fillon, qui se retrouve au même niveau chez les CSP+ que dans les catégories populaires, perdant ainsi tout le bénéfice de sa campagne de 2012 pour la présidence de l’UMP et tout le bénéfice de son travail sur le projet. Le grignotage de Fillon par Le Maire était -souvenez-vous, fidèles lecteurs!- attendu.

Graphique sondages primaire 2016 ensemble

3. L’autre face de cette situation évolutive est donc l’émergence relative de Bruno Le Maire. Il convient là de souligner combien, non seulement les médias, mais aussi les instituts eux-mêmes (dans leurs commentaires pré-mâchés), peuvent parfois décrédibiliser les sondages en en faisant une interprétation tronquée, une présentation partielle, qui ne rendent pas justice à la pertinence en général correcte des chiffres eux-mêmes. Odoxa a en effet mis en valeur un Le Maire rattrapant presque Sarkozy.

En réalité, le sondage Odoxa comporte plusieurs vagues sur la période mi-février/mi-mars, comparées à une enquête « point zéro » datant de début février (et qui complète en réalité les sondages déjà engrangés). Les vagues successives confirment certes (comme le dernier sondage IFOP) la progression globale de Le Maire sur la période. Mais celui-ci ne s’est fait menaçant pour Sarkozy qu’au moment de sa déclaration de candidature, qui lui a donné une visibilité plus importante et qui l’a fait gagner en notoriété.

Depuis ce maximum, il a un peu régressé, tout en finissant à la mi-mars à un niveau supérieur à celui du début de l’année. Mais il faut aussi ajouter que la progression de Le Maire sur l’ensemble de l’électorat le fait simplement revenir à son niveau du printemps 2015, à une époque où il bénéficiait encore de sa visibilité à l’occasion de la campagne pour la présidence de LR et d’une médiatisation sur le dossier de la destruction réforme du collège. En soi, le phénomène n’est donc pas inattendu, ni exceptionnel.

Graphique sondages primaire 2016 LR

En revanche, ce qui est notable, c’est sa réelle progression au sein de LR et, semble-t-il, principalement au détriment de Sarkozy. Juppé n’est en effet pas affecté par cette progression, ni dans l’ensemble, ni auprès des sympathisants LR, même s’il l’est auprès des électeurs centristes, mais selon l’IPSOS seulement.

A cet égard, les écarts entre sondages sur les électorats FN (Le Maire rejoignant Sarkozy selon l’IPSOS) et centriste montrent que les seules mesures un peu fiables sont celles auprès de l’ensemble du corps électoral potentiel et auprès des sympathisants LR, la « vérité » se situant probablement entre les deux.

Cette évolution de Le Maire peut-elle conduire à une configuration différente, avec un duel Juppé-Le Maire pour le second tour? Sans être impossible au regard de l’influence des médias, de l’attrait du consommateur-électeur pour la « nouveauté », le « changement » et de l’instabilité chronique du monde post-moderne, cela reste peu probable:
Sarkozy n’est pas encore réellement en campagne; il dispose de l’appareil du parti et aura de nombreux relais locaux, militants, électoraux et politiques; il pourra se rattraper en débat, face à des adversaires, dont Le Maire, moins à l’aise dans l’exercice; c’est-à-dire de quoi faire face à un Le Maire assez technocratique;
– Le Maire devrait se décaler encore un peu plus sur la droite pour étouffer Sarkozy, ce qu’il ne voudra pas faire, de peur de perdre son positionnement central au sein du parti et parce que ce n’est pas sa nature; en outre, sa faible spécificité de fond serait encore davantage brouillée, le laissant réellement avec comme seul argument le renouvellement des générations, ce qui est un peu court;
– l’intérêt de Le Maire peut être davantage de se rendre indispensable pour le second tour à un Juppé pas aussi dominateur qu’aujourd’hui; il ne pourra en effet se substituer à Juppé comme candidat de l’aile modérée; mais, s’il se substituait à Sarkozy, il se retrouverait en opposition à Juppé, futur vainqueur, sans pour autant pouvoir récupérer l’aile plus dure, promise alors à Wauquiez.

Néanmoins, le tableau n’est pas favorable pour Sarkozy: à force d’être un outsider, certes plein de promesses, on risque de le rester, comme l’ont montré Walker, Bush, Rubio, etc. face à Trump. Déjà, la « dispute » tactique (gagner au centre, en siphonnant Bayrou voire Hollande, ou gagner à droite ou « au peuple », en siphonnant Le Pen) semblait tourner à l’avantage de Juppé (les seconds choix des électeurs de Sarkozy, qui vont d’abord vers Juppé, montrent l’attrait de ceux-ci pour l’argument de l’efficacité électorale: si Sarkozy n’est pas plus performant dans les sondages sur la présidentielle, même le cœur de ses soutiens risque de douter).

Mais, en outre, la « dispute » quant à la personnalité semble échapper également à Sarkozy, qui s’érode même auprès de ses soutiens premiers. Car, si Le Maire n’apporte pas grand-chose de nouveau sur le fond, il semble, au moins conjoncturellement (mais c’est déjà énorme lorsqu’il s’agit d’interroger des électeurs sur un choix électoral) séduire sur le simple renouvellement personnel. Sarkozy peut toutefois se rassurer en considérant qu’en la matière, le retournement est également possible et que les débats pourront l’aider davantage que le « gris » Le Maire (ou le « doublement gris » Juppé…).

Cela promet des affrontements internes d’autant plus durs qu’ils seront personnels et que le fond comptera moins (le seul ayant adopté des positions de fond assez complètes -Fillon- étant inaudible et/ou à contre-emploi par rapport à son gaullisme social d’origine). La violence décuplée risque de laisser des traces et cela vaudra d’autant plus si Juppé l’emporte, car il faudra bien qu’il manœuvre pour empêcher Sarkozy de lui nuire ensuite. Woerth, Chatel, voire Wauquiez auront alors probablement leur utilité… pour circonvenir Sarkozy et l’empêcher de rééditer le « soutien » des éléphants à Royal en 2006-07, avec l’efficacité que l’on sait…

4. En parallèle de l’émergence de Le Maire, la stabilité à faible niveau de NKM est à noter. Certes, elle pourra toujours jouer sur le fait d’être une femme dans les débats, mais resservir l’argument « royaliste » sur la différence évidente, qui se voit, sera délicat. Quant à son positionnement, il est trop modéré pour pouvoir prendre, sachant que l’espace est déjà occupé par Juppé, qui aura pour lui l’avantage de l’electability. Encore empêtrée dans la recherche de parrainages, n’ayant pas bénéficié d’une fenêtre médiatique favorable pour le lancement de sa candidature, elle risque de vite épuiser ses possibilités d’aborder les débats de l’automne en meilleure position.

Pour NKM, comme pour Copé, Fillon, voire Sarkozy, les débats pourraient devenir un jeu de quitte ou double assez dangereux. En 2011, les campagnes atones d’Aubry et Royal étaient devenues trop dépendantes du résultat des débats, ce qui est fort dangereux (comme lorsqu’un Giuliani faisait dépendre sa campagne de la Floride en 2008 ou lorsqu’un Rubio jouait au yo-yo en fonction des prestations lors des débats télévisés). A l’inverse, Hollande pouvait se contenter de « gérer » son avance et de ne pas faire de gaffe (le vide de ses interventions en était sidérant, mais le format des émissions lui permettait de passer à travers les gouttes…).

Valls et Montebourg n’avaient, eux, pas grand-chose à perdre, ayant déjà imposé leur nom, et pouvaient profiter au contraire des débats pour s’affirmer définitivement comme incontournables et façonner des « personnages ». De manière équivalente, Le Maire, voire Mariton plus marginalement, pourront davantage tirer parti des débats.

5. Quant aux autres petits candidats, ils n’émergent pas, à l’exception de Morano auprès de l’électorat FN, qui ne se déplacera de toute façon pas en masse et qui est assez erratique dans les sondages pour le moment. Quoi qu’il en soit, la candidature Morano est très peu probable.

A ce propos, notons l’arrivée de Geoffroy Didier parmi les « petits » candidats sans chance réelle de franchir la barre des 20 parrainages parlementaires. Certes, il est sûrement mieux placé que Frédéric Lefebvre de ce point de vue, mais il n’est pas mieux placé que NKM et sûrement moins que Copé ou même Mariton.

3 hypothèses peuvent être émises à son sujet:
– la jeunesse « moderne » ose tout, ne s’embarrasse de rien, surtout pas de l’expérience ou de l’autorité, a compris que le culot payait dans le système médiatico-libertaro-capitaliste actuel et Didier s’est dit: pourquoi pas moi, surtout que les Wauquiez, Le Maire, NKM, Pécresse, Bertrand, Baroin allaient occuper le terrain pour longtemps et que, derrière, les places commençaient à devenir enviées: Peltier, Retailleau, Philippe, Apparu, Béchu, Darmanin, Larrivé, Solère, nombreux sont les deuxièmes et troisièmes couteaux à émerger et à figurer en bonne place dans les différentes écuries présidentielles,
– Sarkozy ne l’a pas promu dans son équipe rapprochée et le protégé d’Hortefeux se regimbe, énième créature sarkozyste à échapper à son maître (aux côtés de Morano, Dati, Lefebvre, Estrosi, Mariani,…),
– il s’agit d’une candidature éphémère téléguidée par Sarkozy et Hortefeux pour brouiller les cartes et ridiculiser globalement la primaire (en espérant toujours qu’elle n’ait pas lieu et que Sarkozy soit désigné « à la Bonaparte ») ou, à défaut, occuper le terrain du « renouvellement générationnel » pour éviter que Le Maire confirme cette embellie relevée plus haut, et, finalement, organiser un « ralliement » de Didier à Sarkozy, histoire de jouer par avance ce qui risque de se produire en faveur de Juppé entre les deux tours.

6. Quant aux candidats hors LR, Poisson est presque assuré de sa participation au titre du PCD. Le CNIP va sûrement être débouté.

L’UDI a voté « non » mais participera de toute façon, soit en considérant que l’accord final obtenu sera « suffisant », soit que ses troupes (électeurs, mais aussi militants, voire barons locaux) participeront sans se soucier de cadres dirigeants qui se déconsidéreront encore un peu plus. En outre, certaines composantes pourraient participer, comme l’AC de Jean Arthuis. Si le bureau politique de LR l’acceptait, ce serait sûrement un casus belli avec Lagarde, Morin et Hénart; mais, inversement, cela peut constituer un contre-chantage car Arthuis, moins connu que Lagarde et Morin et dont le parti est moins « puissant » que les radicaux de Laurent Hénart, pourrait profiter de la tribune des débats pour venir troubler le jeu interne de l’UDI. De plus, le profil d’Arthuis serait idéal, du point de vue sarkozyste, pour gêner de « sage », technocratique et fiscal conservative Juppé. Tout reste donc possible, même si le petit théâtre centriste n’aura que peu d’importance une fois la mécanique de la primaire vraiment lancée, les appareils partisans ne contrôlant pas leurs troupes électorales.

7. Enfin, le second tour reste très favorable à Juppé, même si plus serré sur les seuls sympathisants LR. Il n’empêche que la tendance reste bonne pour lui sur le long terme et que les reports des électeurs Fillon et Le Maire sont nettement majoritaires. C’est là, après l’érosion sociologique et politique continue de Sarkozy, sa deuxième faiblesse majeure: même en cas de premier tour correct (32-36%), voire réussi (37-40%), il risque de partir de trop bas pour l’emporter.

En conclusion, l’évolution de Le Maire est désormais à suivre. Fillon en sera-t-il, comme je l’anticipe (avec amertume mais résignation ;D), totalement marginalisé? Le Maire va-t-il retomber quelque peu, une fois l’effet de la médiatisation passé, ce qui me paraît le plus probable? Sarkozy continuera-t-il son érosion et devra-t-il revoir son calendrier pour se dévoiler plus tôt, dès ce printemps, de crainte d’être trop distancé par Juppé? L’effet d’une réelle entrée en campagne de Juppé sera également à surveiller car les premiers « accidents » pourraient alors se produire, même s’il garde sous le pied quelques moyens financiers et des annonces probablement nombreuses de ralliements divers et variés, dans une primaire des endorsements qu’il devrait maîtriser.

Prochainement, nous reviendrons sur les sondages pour le premier tour de la présidentielle de 2017 et sur la faiblesse structurelle, voire rédhibitoire, du président-candidat.

Dernier sondage ELABE pour la primaire de la droite et du centre: avantage consolidé pour Juppé

Je prends désormais l’habitude d’actualiser les graphiques de la primaire (et prochainement de la présidentielle) dès la publication d’un nouveau sondage. Ce sera l’occasion éventuelle d’articles généraux. A défaut, ceux-ci viendront à leur heure (et plus tôt que plus tard, au regard des déclarations de candidatures qui fleurissent plus rapidement que prévu!).

Etant donné le nombre encore limité de sondages sur la primaire de la droite et du centre, un indicateur agrégé ne serait pas pertinent. Il n’est d’ailleurs pas certains que les budgets des médias soient suffisants pour que ce flux se renforce considérablement… A défaut, des courbes de tendance pourront être ajoutées aux graphiques, avant l’été ou, au plus tard, en septembre.

1. Vient donc d’être publié un sondage ELABE pour L’Opinion et BFM-TV, réalisé au 16 février au 16 mars 2016, auprès d’un échantillon de 5001 personnes, au sein duquel un sous-échantillon de 513 personnes se déclarant « certaines » d’aller voter a été extrait. Comme pour ceux de l’IFOP, d’IPSOS et une partie de ceux d’Odoxa et de BVA (mais contrairement, pour le moment, à ceux d’Harris et de YouGov), l’échantillon est donc concentré sur les personnes déclarant avoir fermement l’intention de participer.

Ainsi qu’il a déjà été expliqué, l’incertitude sur la composition du corps électoral est un point important à garder en mémoire. Même ceux se déclarant « certains » d’aller voter n’iront pas tous. Il n’en reste pas moins que le niveau de participation déclarée est toujours aux alentours de 9-10%.

Auprès de l’ensemble des sondés « certains » d’aller voter, un véritable écart se dessine désormais:

Graphique sondages primaire 2016 ensemble

Les tendances précédentes, notamment celles des dernières enquêtes IPSOS et IFOP, sont en effet confirmées:

Alain Juppé est dominant, au premier comme au second tour. Plus la personne est âgée, plus elle est qualifiée, plus elle est urbaine, plus elle soutient Juppé. Or, ce sont aussi les électeurs les plus susceptibles de se déplacer. Sa force sociologique et géographique est donc confirmée et constitue, pour le moyen terme, une assurance minimale contre le dégonflement de la « bulle » qui ne manquera pas de l’atteindre.

Nicolas Sarkozy, pour la première fois, est même devancé parmi les sympathisants LR, tant au premier qu’au second tour. C’est clairement une mauvaise nouvelle. Son effritement se confirme.

Graphique sondages primaire 2016 LR

– Pour l’un et l’autre, l’évolution est d’ailleurs déconnectée des variations des courbes de popularité qui, comme de coutume, ne veulent pas dire grand-chose, sauf lorsqu’elles sont durablement déprimées pour les gouvernants (Sarkozy en 2010-2012, Hollande depuis quasiment le début et surtout depuis l’automne 2014, malgré les « parenthèses » des attentats).

Les autres candidats ne parviennent pas, pour le moment, à s’imposer face aux deux principaux protagonistes, notamment les deux autres « grands », qui font pour l’instant plutôt figure de « moyens », Le Maire et Fillon. Certes, un très léger frémissement se fait peut-être sentir pour Le Maire et NKM, à la suite de l’officialisation de leur candidature; encore cela n’est-il pas vraiment discernable du « bruit » statistique et n’est-il peut-être qu’un effet de court terme lié à la médiatisation passagère. Fillon semble quant à lui sorti des bas-fonds de l’an dernier; son rétablissement reste toutefois très limité; l’impression est qu’il regagne un peu de terrain au détriment de… Sarkozy, mais ce n’est peut-être que visuel, même si ce ne serait pas illogique au regard de son discours martelé de réforme.

Quoi qu’il en soit, l’éparpillement brouille manifestement la lisibilité des candidats petits et moyens. Il est important de noter que l’émergence de ces candidats ne gêne pas, pour le moment, Alain Juppé alors que, hormis Copé, aucun candidat moyen ou petit ne devrait être en concurrence directe de Sarkozy. C’est pourtant lui qui poursuit son effritement.

Graphique sondages primaire 2016 FN.png

– Le seul électorat présentant une certaine volatilité est celui des sympathisants FN, avec une Nadine Morano parfois assez haute (ici, 15%), mais fort variable, en contrepoint de… Juppé. Cette configuration curieuse montre bien que l’échantillon est trop faible ou que cet électorat, trop incertain, ne participera que faiblement à la primaire. Quoi qu’il en soit, le très bon score de Juppé auprès des électeurs UDI (ou centristes en général lorsque l’institut ne détaille pas) fait plus que gommer l’éventuelle influence des sympathisants FN sur la primaire.

Graphique sondages primaire 2016 UDI

– Enfin, les reports de voix du premier au second tour sont à peu près constants et renforcent la crédibilité d’ensemble des sondages en vue de la primaire. Ainsi, les électeurs Fillon du premier tour se reportent à 23% sur Sarkozy et 56% sur Juppé, ceux de Le Maire à 25% sur Sarkozy et à 50% sur Juppé. Cela signifie que Sarkozy doit impérativement arriver en tête du premier tour, pour créer une dynamique nouvelle, regagner une image de vainqueur électoral et profiter de l’effet de surprise. C’est un minimum, mais il sera peut-être aussi contraint de viser un niveau de premier tour élevé (au-dessus de 40%) afin de parer les effets du « tout sauf Sarkozy ».

Même si le nombre de sondages comportant des chiffres de second tour est limité, j’inclus désormais les graphiques de second tour, pour l’ensemble et pour les sympathisants LR (auprès des centristes et des sympathisants FN, l’intérêt est moindre et le nombre de données réellement limité à ce jour).

Graphique sondages primaire 2016 2T ensemble

Graphique sondages primaire 2016 2T LR

2. Un point d’actualité mérite d’être clarifié à propos de la primaire: l’incurie de l’UDI à décider de sa participation ne devrait pas voir d’effet majeur sur les scores des candidats.

Si l’UDI participe, elle peut le faire avec un seul candidat ou avec plusieurs candidats. Dans ce second cas de figure, encore faut-il que les impétrants obtiennent les 20 parrainages de parlementaires. Ce n’est pas évident dans la mesure où certains parlementaires de centre-droit ne voudront pas entrer dans la guerre des chapelles centristes ou soutiendront directement un candidat LR, car les statuts ne l’interdisent pas… Le Maire est déjà soutenu officiellement par des parlementaires UDI et Juppé ou NKM pourraient bien l’être également. Evidemment, une autre solution consisterait, pour Les Républicains, à accepter la candidature de tel ou tel au titre de son parti, lui évitant alors de devoir recueillir les parrainages parlementaires, à l’image d’un Jean-Frédéric Poisson pour le PCD. Déjà, Jean Arthuis, au nom de l’Alliance centriste, souhaite participer. Il est toutefois peu probable que LR accepte d’arbitrer ainsi entre chapelles centristes et chacun sera probablement renvoyé à la « maison commune » UDI.

Quoi qu’il en soit, en cas de participation de l’UDI (soit de son seul président, soit de plusieurs candidats), leur score sera celui d’un Baylet en 2011. Même les sympathisants de centre-droit privilégieront Juppé ou Le Maire ou même NKM, par vote utile ou, de manière marginale pour les seuls militants, par souhait de détruire le leader de la chapelle d’à côté (des NC votant pour affaiblir Lagarde, des FED cherchant à barrer Morin ou Arthuis, des Radicaux cherchant à affaiblir tous les autres,…). Seuls les quelques « réseaux » banlieusards et les amis aux méthodes peu recommandables de Lagarde pourront apporter quelques paquets de voix issues de Drancy, Bobigny et Le Bourget, grands fiefs historiques de la droite et du centre, comme chacun sait… Plus généralement, un « parti » comme l’UDI ne contrôle pas ses troupes et il est évidemment loin le temps où, par exemple en 1981, le RPR pouvait faire voter Mitterrand et le PCF Giscard avec une réelle portée concrète.

Si l’UDI ne participe pas, cela n’empêchera nullement ses électeurs de participer et, même s’il faudra un petit peu de pédagogie, ils en seront bien entendu conscients, s’ils ne le sont pas déjà pour les plus motivés d’entre eux. Tout ce que l’UDI aura alors réussi à faire, c’est à se déconsidérer encore davantage, chaque leader ne se positionnant que pour ennuyer l’autre et pouvant changer d’avis dans l’instant (en témoigne un Morin qui, de manière tout à fait réaliste, pense initialement qu’il ne faut pas présenter de candidat par peur d’une marginalisation complète, mais qui, de manière plus hystérique, demande qu’il y en ait plusieurs si finalement l’UDI participe, pour éviter que Lagarde soit le seul médiatisé au moment des débats…).

La conséquence plus néfaste pour la droite et le centre d’une non-participation à la primaire, au-delà d’un affichage médiatique négatif (mais éphémère une fois le véritable combat lancé), serait qu’elle anticipât une candidature séparée à la présidentielle. Paradoxalement, cette situation handicaperait davantage un Sarkozy, qui ne semble pourtant pas s’empresser de sécuriser la participation de Lagarde à la primaire, commettant probablement une véritable erreur de calcul.

Quoi qu’il en soit, le risque est cependant assez faible. Tout d’abord, de la même manière qu’à la primaire en cas de participation, chaque chapelle centriste ferait tout pour freiner la quête des 500 signatures par la chapelle concurrente. Ensuite, les sondages incluant Hervé Morin en 2011 montraient bien qu’il stagnait à 1-2%, alors même qu’il était plus visible médiatiquement et qu’un électorat centriste cherchait vraiment à s’identifier à un candidat. De fait, seul Borloo, à l’époque, avait la possibilité de n’être pas seulement un figurant; à défaut, c’était Bayrou, voire DSK puis Hollande, qui captaient cet électorat. Aujourd’hui, une candidature Juppé absorberait totalement le centre-droit; une candidature Sarkozy entraînerait l’émergence d’un Bayrou repositionné au centre-droit, étouffant l’UDI; dans les deux cas, une candidature Hulot serait également un désavantage pour un impétrant UDI et l’annonce de Jean Lassalle viendrait perturber la recherche de parrainages. Bref, le risque est faible et l’UDI l’agiterait uniquement pour faire monter les enchères sur les investitures législatives.

Quel que soit le plaisir que l’on peut éprouver à suivre les péripéties de ces combats de nains au sein de ce qui se veut une sorte de successeur du MRP et de l’UDF, la participation ou non de l’UDI à la primaire de la droite et du centre ne devrait donc être qu’un épiphénomène, même si les candidats eux-mêmes (notamment Juppé et Sarkozy) semblent y accorder une certaine importance, car probablement trop insérés dans la petite comédie politico-médiatique.

Très prochainement, j’actualiserai les courbes des sondages relatifs au premier tour de la présidentielle de 2017. Maintenant que l’élection présidentielle américaine et que les résultats en Floride, Caroline du Nord, mais surtout Ohio, Illinois et Missouri ont malheureusement tué tout suspense, il faut bien trouver un « os à ronger » !

Nikki Haley for President ! Nikki Haley 2020 ! 😉