Derniers sondages IPSOS, IFOP et OpinionWay pour la primaire de la droite et du centre: effritement de Juppé, stabilisation de Sarkozy, absence d’émergence de concurrence tierce

Sondage OpinionWay pour Marianne, réalisé du 19 au 23 mai 2016 auprès d’un échantillon de 808 électeurs se déclarant certains de participer et considérant important d’aller voter sur un total de 9 672

Sondage IFOP pour Paris Match, i-Télé et Sud Radio, réalisé du 28 avril au 20 mai 2016 auprès d’un échantillon de 808 personnes certaines d’aller voter sur un total de 8 604

Sondage IPSOS pour Le Monde et le CEVIPOF, réalisé du 13 au 22 mai 2016 auprès d’un échantillon de 1 134 personnes certaines d’aller voter sur un total de 19 455

1. La participation à la primaire de la droite et du centre reste une inconnue importante, depuis l’article précédent traitant notamment de ce sujet. Le taux de participation oscille de 6 à 12% selon les sondeurs, mais de 6 à 10% pour les sondeurs (IPSOS et IFOP) les plus rompus à l’exercice et disposant des échantillons les plus larges, ce qui, en l’occurrence, est un avantage au regard de l’étroitesse du corps électoral potentiel dans un échantillon habituel de sondés.

Cela donnerait un corps électoral de 2,5 à 4 millions de personnes. Le plus probable est que ce soit le point bas de la fourchette qui soit le plus proche de la réalité, les velléités de participation s’érodant vite lorsque l’échéance se présente finalement, un peu comme l’idée (sincèrement?) généreuse d’inviter pour le dîner la grand-tante Sidonie, si seule mais si… enfin bon.

Même si le corps électoral était réduit à 2 millions, cela dépasserait néanmoins le cœur militant des Républicains. Il faut aussi considérer qu’il est bien possible que la participation progresse d’un tour à l’autre, ceux qui auront été vaincus par la paresse le 20 novembre ou qui auront préféré réduire leur dépense aux 2 euros du second tour se déplaçant alors le 27 novembre.

L’écart sera probablement plus important que pour la primaire socialiste d’octobre 2011 (seulement +0,4 à 0,5 point d’un tour à l’autre) car
– en 2011, aucun candidat ne suscitait un rejet tel que celui suscité aujourd’hui par Nicolas Sarkozy, même dans une partie de la droite;
– en 2011, les électeurs de gauche non socialiste, du centre et de droite susceptibles de participer à la primaire n’avaient pas perdu tout espoir de voir leur candidat (Mélenchon, Bayrou, Sarkozy) bien figurer au 1er tour et/ou se qualifier pour le 2nd tour et/ou l’emporter; aujourd’hui, la qualification de Marine Le Pen paraît si sûre et la situation du sortant Hollande est si périlleuse qu’une partie des électeurs de centre et de centre-gauche, voire de gauche, peut considérer que la primaire de la droite et du centre sera leur seule possibilité d’influer sur l’issue de la présidentielle de 2017; c’est à la primaire de la droite et du centre que l’élection se jouera peut-être;
– il convient de répéter que le PS n’organisera pas de primaire, ce qui motivera peut-être d’autant plus une petite frange d’électeurs de gauche et de centre-gauche à s’exprimer dans la seule vraie primaire disponible. Si des adhérents du PS ont déclenché un contentieux, la direction, hollandaise de fait, peut encore gagner beaucoup de temps, en conditionnant cette primaire « ouverte et citoyenne » à la participation des autres structures de gauche (PCF, EELV, voire PG), ce qui est évidemment exclu. Ainsi, sa responsabilité, y compris juridique, pourrait se trouver exonérée, une situation de force majeure » pouvant être constatée… En outre, les tribunaux rechignent souvent à trop s’ingérer dans la vie interne de ce qui reste une association (sur le plan politique cependant, cet élément s’ajoutera toutefois à la loi El Khomri et aux sorties de Macron pour désespérer un peu plus la base de gauche, ce qui ne fera pas vraiment les affaires du président-candidat, qui compte se réorienter vers la gauche, pour minimiser la « mobilisation différentielle » par rapport à l’électorat de droite);
– la familiarisation avec la pratique des primaires (mais aussi des élections internes à la présidence d’un parti) fait progressivement entrer l’exercice dans les us et coutumes de l’électeur.

2. Pour ce qui est des intentions de vote, il apparaît que Juppé ne progresse plus et semble même s’effriter un peu. L’agitation sociale, les blocages et grèves rappellent le précédent de 1995 et sa gestion peu couronnée de succès par le pouvoir Chirac-Villepin-Juppé de l’époque… Certains électeurs, à droite, peuvent aussi se dire que la « méthode douce » n’est décidément pas la bonne, ce qui n’est comparativement pas favorable à Juppé. En revanche, le rappel que la droite est économiquement libérale, qui ravive la polarisation, ne peut que nuire à l’ensemble des candidats Républicains, sans vraiment toucher l’un plus que l’autre.

Graphique sondages primaire 2016 ensemble

Cet effritement de Juppé ne bénéficie cependant pas spécialement à Sarkozy. Si les petits candidats ne dépassent pas 1% (sauf Copé), NKM ne progresse pas non plus. C’est plutôt Le Maire qui semble en situation de reprendre un peu d’ascendant. Nous avions dit dès le début que la zone d’inflexion entre les deux candidats majeurs se situerait un peu en-deçà des 35% et il est peu probable que Juppé se rapproche des 40. Il n’y a donc là rien d’inquiétant pour lui à ce stade, même s’il est pour le moment peu audible.

Graphique sondages primaire 2016 LR.png

Sarkozy a stoppé son érosion et il reste fort parmi les sympathisants LR, à un niveau équivalent à celui de Juppé. Dans la mesure où le résultat final devrait se situer entre les deux courbes (sauf à ce que les sondeurs soient particulièrement performants et la participation particulièrement forte), c’est une base correcte de départ pour lui. Cependant, le temps disponible pour la campagne se réduit et, avec le championnat d’Europe de football, l’agitation sociale pérennisée et la coupure estivale, il restera 3 mois utiles après la fin août. Sarkozy dirait toutefois que c’est amplement suffisant… Mais la couverture médiatique sera-t-elle aussi généreuse que celle accordée au PS en 2011? C’est peu probable et le CSA, alors qu’il n’avait rien dit en 2011, sera « vigilant » cette fois-ci…

En outre, le PS ne commettra pas la même erreur que celle de Sarkozy et de l’UMP, proprement fascinés et muets pendant quasiment deux mois à l’automne 2011, devant la nouveauté d’une vraie grande primaire et ne sachant pas tellement comment réagir et intéresser les médias à autre chose. Quel cataclysme politique, social, international involontaire aura déclenché Hollande d’ici là? Quelle perturbation volontaire a-t-il déjà concoctée pour parasiter la primaire de la droite et du centre? Tout le monde l’ignore, mais la probabilité en est forte.

A ce stade, le favori reste Juppé. C’est d’autant plus vrai que, malgré son effritement, ni Le Maire, ni surtout Fillon ne s’imposent réellement comme une menace réelle pour le duo de tête. Le Maire est certes en position de tirer profit d’une faiblesse d’un deux « grands », étant correctement placé dans les seconds choix des électeurs potentiels des autres candidats, selon IPSOS. Le Maire, s’il se positionnait un peu plus à droite, pourrait profiter d’erreurs de Sarkozy.

Mais le premier « second choix » des électeurs de Sarkozy, c’est Juppé, ce qui valide d’ailleurs l’argument fort du critère d’electability  pour ces électeurs potentiels, Le Maire et Fillon n’ayant pas démontré une capacité à assurer une distance de sécurité suffisante à l’égard de Hollande ou Bayrou pour la qualification au second tour. En sens inverse, Sarkozy n’est que le troisième « second choix » des électeurs de Juppé, montrant que ces derniers adhèrent davantage à la personnalité et/ou aux idées. Cela signifie que Sarkozy ne bénéficierait pas forcément d’une décrue de Juppé et que Le Maire se positionnerait sûrement en alternative.

Juppé est d’ailleurs nettement en tête des seconds choix des électeurs Fillon (38 contre 23 vers Le Maire et 11 vers Sarkozy) et des électeurs Le Maire (40 contre 28 vers Sarkozy et 13 vers Fillon). La marge de progression de Sarkozy n’est donc pas majeure au-delà de son noyau, important, de fidèles.

Enfin, s’il devait y avoir des phénomènes de vote utile supplémentaires, ils bénéficieraient aux deux candidats les mieux placés. Juppé pourrait ainsi bénéficier d’un vote utile aux dépens de Fillon, notamment à l’occasion de ralliements qui, potentiellement, ainsi qu’il a déjà été exposé, toucheraient d’abord Fillon, qui part de très haut. Pour ceux qui rejettent le duopole Juppé-Sarkozy, c’est Le Maire qui pourrait devenir un meilleur pari que Fillon. D’ailleurs, la certitude du vote s’effrite chez les électeurs de Fillon, alors qu’elle progresse, pour devenir juste majoritaire, chez les électeurs de Le Maire et qu’elle est stabilisée à haut niveau (entre 60% et 2/3) chez les électeurs des deux grands candidats, selon IPSOS.

Ainsi, je continue de filer la comparaison (uniquement en termes de dynamique électorale, bien entendu) Hollande-Juppé, Aubry-Sarkozy, Montebourg-Le Maire, Royal-Fillon, voire Valls-NKM et Baylet-Poisson.

3. A cet égard, il faut souligner l’absence totale d’émergence des petits candidats, notamment NKM. Manifestement, son « décalage » permanent n’est pas bien ressenti, l’utilité de sa candidature n’est pas reconnue et elle pâtit d’un vote utile fort en faveur de Juppé. Quant aux autres, y compris Copé, ils n’existent pas médiatiquement et politiquement, se phagocytant les uns les autres.

Mais les débats télévisés de l’automne mettront en valeur, ipso facto, les candidats qui y participeront et un léger éparpillement sera inévitable, même si le précédent du score resté négligeable de Baylet et même le faible score de Valls montrent que l’avantage d’un « vu à la télé » n’est pas toujours décisif, loin s’en faut. Surtout, encore faut-il pouvoir être candidat! Or, il semble que la quête des 20 parrainages parlementaires soit vraiment difficile.

Si Poisson est assuré de sa participation au titre du PCD et si Copé a affirmé avoir les parrainages requis, NKM semble en difficulté et les autres soit en très grande difficulté (Mariton), soit déjà exclus (Myard, Didier, Lefebvre, Morano). Seuls Guaino ou MAM auraient encore les moyens de recueillir les 20 parrainages, mais uniquement si un seul des deux est candidat. A part NKM, toutes ces candidatures potentielles mordraient davantage sur Sarkozy que sur les autres grands et moyens candidats.

Au total, il devrait donc y avoir de 6 à 8 candidats et plutôt 6 que 7 et 7 que 8… L’expérience du PS en 2011 montre que 6 est probablement un maximum pour la clarté des débats. Rappelons que les débats en vue du premier tour sont fixés les jeudis 13 octobre (TF1, RTL, Le Figaro, LCP et Public Sénat), 3 novembre (BFM-TV et i-Télé) et 17 novembre (France Télévisions, Europe 1, LCP et Public Sénat). Pour le second tour, rien n’est fixé à ce jour.

4. Le second tour sera probablement serré, car il y a toujours un phénomène de resserrement naturel dans les compétitions électorales personnalisées et pas trop fortement polarisées (contrairement au second tour de la présidentielle de 2002). Cet écart est d’ailleurs déjà en très léger resserrement.

Graphique sondages primaire 2016 2T ensemble

Graphique sondages primaire 2016 2T LR

En dehors des faiblesses intrinsèques et structurelles de Sarkozy, négocier le second tour sera très délicat pour lui et Juppé reste là encore favori d’une courte tête.

S’il est devancé au premier, Sarkozy ne pourra probablement pas rattraper Juppé. S’il le devance, il bénéficiera du statut enviable de comeback kid et de « surprise divine » et saura en jouer pendant la petite semaine qui sépare les deux tours (soit une semaine de moins que pour une présidentielle). Toutefois, son éventuel succès de premier tour pourrait créer une sur-mobilisation différentielle, fondée, comme expliqué ci-dessus, sur le rejet personnel, favorable à Juppé. Il lui faudrait donc une dynamique très forte et un écart très substantiel.

Car l’écart parmi les électeurs fillonistes et lemairistes risque de lui être défavorable de 5 à 9 points. En effet, si les reports de voix ne sont malheureusement pas testés par tous les sondeurs, il y a désormais suffisamment de données pour réaliser un graphique, même sommaire. Il en ressort que, si les deux grands se partagent 70% et que Le Maire et Fillon se partagent 25 à 30% au premier tour, un différentiel de 20 à 30 points sur les reports de voix des deux moyens candidats vers Juppé et Sarkozy paraît devoir pénaliser lourdement ce dernier.

Graphique primaire 2016 reports 2T électeurs Fillon

Graphique primaire 2016 reports 2T électeurs Le Maire

Il peut également être noté que le rejet des électeurs de Fillon à l’égard de Sarkozy semble grandir, tandis que l’écart s’amoindrit légèrement chez les électeurs de Le Maire, qui sont plus nombreux et probablement en provenance de Sarkozy. Quoi qu’il en soit, les reports semblent se profiler à hauteur de 60/30/10 chez Fillon et 55/30/15 chez Le Maire et n’ont jamais été équilibrés ni, a fortiori, favorables à Sarkozy.

Bien entendu, Sarkozy n’a pas encore perdu. Il comptera surtout sur la personnalité de Juppé, qui peut très vite devenir arrogant et perdre sur deux ou trois phrases maladroites, pour rester poli. Les débats risquent fort d’être nettement plus agressifs que ceux du PS en 2011, lors desquels Aubry se retenait de peur d’apparaître comme source de division; ce sera moins les cas à l’automne prochain, les électeurs potentiels de droite n’ayant pas forcément une volonté de « consensus » mais plutôt d’en découdre avec Hollande. Juppé n’a pas non plus la même maîtrise du « traitement » des journalistes, alors que Sarkozy sait alterner onction et punition a tempo. Le biais positif du système médiatique en faveur de Juppé devrait toutefois le prémunir partiellement de toute « curée » journalistique à son encontre, même s’il trébuche, comme c’est assez probable.

Sarkozy peut aussi mettre Juppé en porte-à-faux à l’égard de la « vraie » droite, Juppé ne pouvant, en débat télévisé, complètement renier ses ouvertures centristes et « progressistes » sur les questions sociales, environnementales et sociétales; de ce point de vue, il est plus facile de se battre en outsider, en underdog. Il peut également utiliser le passé et le « passif », en faisant ressortir, non pas forcément des affaires (car le camp adverse, comme des juges anti-sarkozystes, pourraient lui servir sa propre part…) mais des situations d’échec politique (réforme de 1995, dissolution de 1997) pour dévaloriser les avantages électoraux supposés de Juppé.

Il peut enfin compter sur des structures plus fournies et plus aguerries, à même de relayer puissamment ses messages: il n’est de voir que la capacité à médiatiser le « ralliement » de Baroin (qui avait déjà rallié Sarkozy depuis bien longtemps…) pour comprendre que l’équipe réduite de Juppé, ses réseaux un peu usés ou encore trop épars, aura du mal à lutter à l’automne. Son utilisation de l’appareil de LR d’ici la fin août et les facilités que permettront Wauquiez et Woerth après sa démission de la présidence ne peuvent pas non plus nuire…

Juppé peut inversement se rassurer en constatant le rejet de Sarkozy et son identification à Hollande, d’une certaine manière.Ce rejet et les bons reports de second tour constituent sa force, avec, en premier lieu, sa sociologie électorale très favorable (personnes âgées, retraités, CSP+). Il est également le mieux placé, toujours nettement, dans les intentions de vote à la présidentielle, ce qui est rassurant pour l’électeur de droite ou même du centre ou de l’extrême-droite, dont le premier but est de se débarrasser de Hollande (dont le taux d’impopularité frôle parfois les 100% dans les électorats de droite et du FN… ce qui est proprement hallucinant et inédit). Il saura peut-être aussi valoriser des ralliements d’importance ou « surprises »: NKM voire Morano -par énervement « anti-Nicolas »- si elles ne parviennent pas à se présenter; Bertrand, même s’il devrait plus logiquement rallier Fillon (s’il soutient quelqu’un); Pécresse, si elle considère qu’elle peut mieux se valoriser auprès de Juppé en le soutenant dès le premier tour (même si, logiquement, elle devrait rester filloniste). Il est enfin le favori des pronostics des électeurs potentiels eux-mêmes, ce qui est toujours un atout car cela installe psychologiquement un ascendant.

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Derniers sondages nationaux pour les élections régionales 2015 – Quelle interprétation des futurs résultats du premier tour ?

Pour commencer, je peux actualiser les graphiques détaillé et par blocs de tous les sondages nationaux réalisés jusqu’à ce jour. Les derniers sondages IPSOS et ELABE ne changent pas fondamentalement les tendances récentes relevées :

effritement des listes LR-UDI-MoDem au profit du FN et, marginalement, de DLF,

léger mouvement de vote utile de la gauche de la gauche vers le PS.

Sondages nationaux pour les élections régionales 2015

Graphique sondages régionales

Graphique sondages régionales blocs

Ces mouvements issus des événements du 13 novembre dernier semblent toutefois stabilisés.

Les constats nationaux n’excluent pas des dynamiques locales différentes ou accentuées :

la progression du FN semble plus forte dans les régions où il est en retard, mais c’est aussi un effet d’optique, de comparaison par rapport à des précédents sondages régionaux plus anciens,

le PS semble s’éroder dans les régions où il partait favori, stabilisé là où il était déjà faible et un peu plus compétitif dans les régions disputées (Normandie, Bourgogne-Franche-Comté, ARA),

– la droite se comporte mieux là où elle était faible, mais semble en difficulté dans les régions disputées (Normandie, BFC, ARA, voire ALCA).

La droite risque ainsi de pâtir d’une trop grande dispersion de son électorat, avec des scores corrects mais inutiles dans les régions où elle n’a aucune chance, non compétitives. C’est la démonstration du découpage électoralement intelligent des nouvelles régions par un président Hollande attentif à la petite cuisine du gerrymandering (charcutage électoral), ainsi que le post d’avant-hier l’explicitait. Les suffrages de la gauche et du FN sont plus concentrés et répartis plus efficacement sur le territoire au regard des nouvelles frontières régionales.

Quant à la participation, même si certaines enquêtes font état d’une plus grande volonté affichée de mobilisation des sondés, l’abstention brute telle qu’elle est mesurée par les instituts posant la question plus clairement et de manière moins alambiquée (sans référence aux attentats, au « réveil démocratique » et autres fadaises), reste équivalente à celle des départementales de mars 2015 et pas véritablement en diminution par rapport aux régionales de 2010.

Toutefois, il est certain qu’il faudra surveiller l’évolution de la participation lors de la journée de dimanche. Pour rappel, voici les taux de participation à 12 heures et 17 heures et le taux final d’abstention pour les précédentes régionales (2010) et les toutes récentes départementales (2015) :Tableau abstention 2010 2015Quels autres éléments suivre dimanche pour tenter d’analyser correctement les résultats du 1er tour ?

1. Le monde politico-médiatique ayant sa logique propre, souvent déconnectée de la réalité, l’interprétation est quasiment plus importante, au moins à court terme et dans son influence sur les dynamiques en cours, que la réalité des résultats eux-mêmes. Elle dépend de plusieurs facteurs d’ordre général.

L’aspect visuel de la carte électorale sera évidemment très important, car les médias aiment les schémas simples, les couleurs vives, les images animées et, malheureusement, le citoyen se contente souvent d’une perception imposée et d’origine extérieure ou personnelle mais trop superficielle et rapide.

Pour avoir la « vague » que les médias veulent vendre à chaque élection, la Creuse et la Lozère et la Meuse réunies, pourtant désertes, « pèsent » davantage, en termes de superficie, que toute l’Ile-de-France. Autant les médias sont incapables de renseigner subtilement une carte des circonscriptions un soir d’élections législatives ou des cartes cantonales un soir d’élections départementales, autant remplir 13 (ou même 12 si la Corse est exclue) blocs sur une carte de France est à la portée de n’importe quel stagiaire vaguement graphiste de France Télévisions. Il a déjà été question de la masse rose que vont représenter l’ALPC et le LRMP et qui imprimeront une image mentale, tant chez les citoyens que chez une partie des commentateurs et analystes, ce qui minimisera probablement la défaite du pouvoir en place.

Par ailleurs, les résultats sont toujours analysés par rapport aux anticipations réelles ou reconstruites après coup. Le PS a ainsi minutieusement fait jouer des attentes minimalistes dans ses contacts officieux avec la presse, ce qui permettra de présenter la conservation d’ARA ou d’Ile-de-France, voire de BFC ou de Normandie, comme des exploits herculéens. Le message médiatique sera que « c’est moins pire que prévu ». De même, le FN saura présenter toute région gagnée comme un succès métahistorique.

Or, l’anticipation rationnelle et l’analyse réelle, c’est que la tripolarisation rend de nombreuses régions incertaines (ARA, Ile-de-France, BFC, Normandie, en particulier) et que l’interprétation devra être mesurée en raison même de situations serrées potentiellement assez nombreuses. Sinon, le risque sera d’un commentaire excessif comme ceux sur l’effondrement du Labour ou sur l’éclatante victoire de Cameron au printemps 2015.

Les résultats seront aussi perçus au travers du « story telling » que les médias aiment bien développer, l’intérêt commercial primant alors sur l’orientation politique et/ou rédactionnelle. Ainsi, la « progression inexorable » du FN sera probablement mise en avant, avec « à suivre dans le prochain épisode, la conquête de l’Elysée ». Le gouvernement y aura d’ailleurs intérêt afin de minimiser les quelques gains de la droite, de la gêner et de tenter de s’imposer comme le « moi » dans « moi ou le chaos ».

2. Dans la perspective du 2nd tour, une analyse plus spécifique des résultats du 1er tour devra être bien évidemment menée.

Un premier critère résidera dans les reports potentiels entre listes avec, essentiellement, la question déjà abordée de la déperdition des voix de la gauche de la gauche en ce qui concerne le PS et celle du report des voix de DLF vers le bloc de droite-centre-droit ou vers le FN. Malheureusement, seul un sondeur (IPSOS), dans l’enquête d’ampleur menée du 20 au 29 novembre auprès d’un échantillon total de 24 139 personnes, s’est penché sur la question. Sur le moyen terme, en revanche, la question n’a pas été posée systématiquement depuis septembre.

Cependant, l’enquête IPSOS permet de relever, par rapport aux reports mesurés en mars lors des départementales et indiqués dans le post d’avant-hier :

– la confirmation d’un report de l’extrême-gauche vers le PS à hauteur de seulement 56 % (32 % ne choisissant pas et 7 % allant sur le FN), ce qui n’est quand même pas négligeable au regard d’une extrême-gauche à un très faible niveau et donc normalement composée de « purs et durs »; ce chiffre est cependant classique,

– une légère amélioration des reports de la gauche de la gauche vers le PS, comme anticipé hier : les électeurs FG se reporteraient à 72 % sur le PS et les électeurs EELV à 79 % : c’est environ 10 points de plus que lors des départementales, où seuls les duels gauche-FN parvenaient à mobiliser au-delà de 70 % les électeurs FG-EELV ; l’essentiel des autres électeurs FG et EELV ne choisissent pas au 2nd tour,

– un report mitigé pour la droite des électeurs DLF (47 %), le FN prenant sa part non négligeable (29 %) et trouvant là une modeste réserve de voix, en sus du vote « révolutionnaire » de quelques extrémistes de gauche ou de l’appoint d’une poignée d’abstentionnistes (l’essentiel du reste des électeurs DLF ne choisit pas au 2nd tour).

C’est d’ailleurs un point à relever, par rapport aux développements d’hier sur la forte mobilisation des électeurs FN et leur motivation entière dès le 1er tour et plus élevée, désormais, que celle de n’importe quel autre parti : cette situation a un revers en cas de triangulaire, à savoir que le FN n’a que très peu de réserves de voix. Ce serait différent en cas de duel, comme cela fut le cas lors des départementales. Le FN est donc avantagé par le mode de scrutin et par la configuration politique au 1er tour (comme aux européennes), mais pas au 2nd (qui se rapproche alors de la configuration de 1er tour des départementales).

De plus, l’élargissement de l’électorat FN, notamment son rajeunissement et sa « popularisation » font qu’il intègre des catégories traditionnellement plus abstentionnistes que l’électorat CSP+ du PS, d’EELV ou les contingents de retraités de la droite.

En dehors du résultat absolu, l’ordre d’arrivée des listes au 1er tour sera important, car il créera une dynamique (momentum), accentuée par la présentation des gros titres, l’affichage médiatique et l’approche de plus en plus synthétique et simplifiée des événements politiques par les médias et par beaucoup de citoyens eux-mêmes. Sur le fond, cet ordre d’arrivée pourra exercer une « pression » au désistement de la liste la moins bien placée pour affronter le FN. Mais ce phénomène ne devrait jouer qu’à la marge, l’avance des dames Le Pen semblant irrattrapable et la situation en Normandie, Bourgogne-Franche-Comté et Alsace-Lorraine-Champagne-Ardenne ne nécessitant pas de désistement pour battre le FN.

En revanche, une frange d’électeurs adoptera d’elle-même une attitude de « vote utile », d’autant plus que les têtes de liste en mesure de gagner seront acceptables par le camp d’en face : deux candidats UDI en Normandie et BFC, un Républicain modéré en ALCA, un socialiste modéré et discret en Normandie. L’ordre d’arrivée et l’écart entre droite et gauche sera donc essentiel pour l’analyse, région par région, du bloc qui bénéficiera de ce vote anti-FN.

A l’inverse, il n’est pas impossible que ce vote utile soit compensé, en tout ou partie, par une dynamique FN, dans les régions où il arriverait nettement en tête (en dehors de NPCP et de PACA, les régions LRMP voire ALCA sont à surveiller), qui aboutirait à « libérer » des électeurs, de gauche mais surtout de droite, de leurs dernières préventions à le rallier.

L’analyse locale se focalisera sur les régions compétitives, disputées :

– en Ile-de-France, l’écart entre les listes de droite et du PS devra être suffisant (plus de 10 points) pour que Valérie Pécresse ne soit pas rattrapée ; si le PS venait à terminer derrière le FN, il serait fini ;

– en Centre-Val-de-Loire, la configuration est similaire, le PS étant encore davantage en difficulté s’il termine 3e derrière le FN ;

– en Auvergne-Rhône-Alpes, il en est de même pour Laurent Wauquiez ; si celui-ci déçoit au 1er tour, en n’ayant pas une avance nettement supérieure à 5 points, il sera sans doute défait au 2nd ; si le FN passait devant le PS, Laurent Wauquiez serait en revanche fortement aidé ; de même, une liste de la gauche de la gauche au-delà de 10 % pourrait gêner le PS en le forçant à un accord déportant celui-ci vers sa gauche ;

– en Normandie et Bourgogne-Franche-Comté, c’est l’ordre d’arrivée qu’il faudra regarder, notamment entre droite et FN (le PS n’étant pas en mesure de finir mieux que 3e) : si le FN est en tête, cela peut paradoxalement avantager le candidat UDI par effet de vote utile de la part des électeurs de gauche ; l’écart entre gauche et droite sera également important, si la droite veut maintenir suffisamment de dynamique entre les deux tours ;

– en ALCA, l’arrivée du FN en tête au 1er tour peut, de la même manière, agir comme un catalyseur d’un soutien d’électeurs de gauche à la liste de droite ; en revanche, si Philippe Richert arrive à devancer ou à égaler le FN dès le 1er tour, il ne sera pas inquiété ;

– en Languedoc-Roussillon-Midi-Pyrénées, le score de la liste Onesta (qui peut dépasser les 10 % et est devenue manifestement la seule liste en dehors du « tripole » à pouvoir le faire en France continentale) et, accessoirement, celui de la liste Saurel, seront à surveiller pour estimer les difficultés éventuelles d’entre-deux-tours pour Carole Delga ; toutefois, en ces moments d’ »union nationale », il est peu probable qu’une division rédhibitoire se mette en place ; seul un score très important de Louis Aliot dès le 1er tour, au-delà des 35 %, pourrait lui permettre d’être une menace réelle ;

– en PACA, si l’écart est suffisant et/ou si le niveau absolu du FN est aussi élevé que dans les sondages, MMLP sera proche de la victoire.

Dans les autres régions, le suspense est très faible : la situation de la liste Troadec par rapport au seuil des 10 % peut être surveillée en Bretagne, même si son message gaucho-régionaliste est assez inaudible en ce moment et s’il risque quelques déperditions de la frange très rebelle de son électorat au profit du FN ; la ventilation des voix en NPCP aura évidemment une influence sur le débat national d’entre-deux-tours sur le « front républicain », mais pas sur les résultats locaux.

A cet égard, comme aux départementales, il y aura une effervescence médiatique et politique autour des désistements, retraits, fusions et autres fronts républicains. Dans la mesure où, de part et d’autre, il n’y a pas de réel souhait en ce sens au-delà des incantations de principe et où, de toute façon, ce serait un cadeau pour le discours et le positionnement du FN, il y a aura très probablement des triangulaires dans toutes les régions de France continentale. La droite pourra dire qu’elle est devant le PS, le PS pourra dire que le total gauche est au-dessus de la droite, les listes EELV et FG seront systématiquement en-dessous de 10 % et n’auront donc pas leur mot à dire : tout sera réuni pour que le débat s’éteigne sans résultat mardi soir, après avoir obstrué tout le champ médiatique jusqu’au dépôt des listes pour le 2nd tour.

3. Enfin, l’analyse des résultats devrait se faire par comparaison avec les élections régionales précédentes (2010): Tableau résultats rég 2010

Ainsi, au regard des sondages du moment, l’ensemble droite-centre-droit devrait peu progresser, voire stagner, ce qui n’est évidemment pas satisfaisant pour ce qui constitue normalement la principale force d’opposition au gouvernement et au président. L’échec risque d’avoir des conséquences très négatives sur le déroulement de l’année 2016. Ce blog y reviendra.

L’ensemble des gauches devrait s’effondrer de 10 à 15 points, ce qui est très mauvais, mais s’explique aisément par l’impopularité sans précédent et les performances jugées déplorables, tant sur les thèmes marqués à gauche que sur les thèmes plus « libéraux », du président et de son gouvernement.

Le principal gagnant serait alors le FN, en mesure de gagner une quinzaine de points. La base de départ lui est favorable, puisqu’il n’avait pas, en 2010, complètement récupéré de son traumatisme de 2007 et que le chef déjà vieillissant n’en finissait déjà plus de partir.

Même si la droite fait mieux que dans les sondages (ce qui est normalement le plus probable), son petit succès sera éclipsé par la forte victoire du FN. D’un certain point de vue, pour François Hollande, ce sera mieux que rien.

Ces analyses globales permettront surtout de déterminer en quoi le combat pour 2017, qui débutera dès le 1er janvier 2016, sera modifié. Sans anticiper, il est clair que la lutte est désormais celle pour l’unique place restante face à Marine Le Pen en mai 2017. Ce blog y reviendra longuement.

En attendant, après les dernières publications de sondages de ce vendredi, je ferai demain un pronostic personnel d’avant 1er tour, afin de justifier une tradition désormais bien établie… celle qui veut que je me trompe toujours en matière d’élections françaises…

 

Quel pronostic pour les élections régionales 2015 ? (post-13 novembre)

La survenue des attentats du 13 novembre 2015 a créé un contexte légèrement plus favorable à la gauche que ce qui pouvait être anticipé depuis les départementales de mars 2015 (cf. post précédent).

1. Ces événements produisent d’abord un effet direct. Le fait d’être au pouvoir avantage, puisque l’attention médiatique est focalisée sur les mesures officielles et puisque tout succès qui suit le drame (et vu la nullité crasse des terroristes, tout sanglants qu’ils soient, ce n’est pas très compliqué d’en avoir) est forcément porté au crédit du gouvernement.

En outre, la chape de plomb de l’ »unité nationale » (et, en France, les réflexes d’une presse majoritairement de gauche) empêche l’opposition de faire valoir ses opinions, voire son existence médiatique, surtout quand, comme c’est le cas aujourd’hui, elle n’a pas agi différemment des socialistes (Libye, Syrie, réduction des effectifs de sécurité, maintien d’un Vigipirate purement médiatique et psychologique), quand elle s’exprime de manière dispersée et quand elle ne sait pas trouver le bon moment et la bonne forme pour porter la critique.

Enfin, la machine à décerveler médiatique, par obnubilation et peur, par désinformation due à l’excès de pseudo-informations, par réflexe prédominant sur la réflexion et par rareté de l’analyse lucide et impartiale, bat son plein et convainc, aussi surprenant que cela puisse paraître, une frange de Français que le couple Hollande-Valls agit correctement.

Les courbes sondagières montrent un effet immédiat pour le PS, mais qui n’est pas majeur et qui lui a simplement permis de refaire le terrain perdu depuis septembre.

Sondages nationaux publiés depuis la rentrée 2015

Graphique sondages régionales

Ce petit graphique compile tous les sondages nationaux relatifs aux régionales. Les voici rapidement listés :
ELABE pour Marianne des 22-23 septembre,
ODOXA pour BFM-TV et Le Parisien des 24-25 septembre,
Opinion Way pour LCI et Metronews des 7-9 octobre,
ELABE pour Atlantico des 13-14 octobre,
TNS-SOFRES pour RTL, LCI et Le Figaro des 13-23 octobre,
IPSOS pour France 3 des 30 octobre-2 novembre,
Opinion Way du 13 novembre (non publié),
Harris Interactive pour 20 Minutes des 17-19 novembre,
Opinion Way pour LCI et Metronews des 18-19 novembre,
TNS-SOFRES pour RTL, LCI et Le Figaro des 20-23 novembre,
IPSOS pour France 3 des 21-24 novembre,
IFOP pour Le Journal du Dimanche des 23-25 novembre,
Harris Interactive pour 20 Minutes des 24-26 novembre.

Etant donné que le nombre de régions où les scores anticipés sont serrés est élevé, cet effet direct et ce petit bonus pour le PS ne sont pas à négliger. Cela est notamment vrai dans la région disputée qui n’est pas menacée par le FN : Auvergne-Rhône-Alpes.

Cependant, dans les régions à la fois disputées et menacées par le FN, cet effet direct, s’il peut jouer au second tour, ne permet de toute façon pas à la gauche, divisée, de dépasser la droite au premier tour. Or, une pression s’exercera pour un retrait ou une fusion entre les deux tours et pas seulement dans les seuls cas médiatisés (PACA et Nord), mais aussi en Normandie et Bourgogne-Franche-Comté, voire ALCA.

Il est peu probable qu’un retrait ou une fusion se réalisent : dans le premier cas, cela signifierait accepter, pour tout un ensemble de formations (de gauche ou de droite gouvernementale) d’accepter de disparaître d’une région pendant 6 ans ; dans le second cas, ce serait offrir au FN la justification d’un de ses principaux angles d’attaque sur l’ »UMPS » et l’installer définitivement en parti du peuple contre le système et lui ouvrir de belles perspectives pour 2017. Bien sûr, il y aura, formellement, une forte pression nationale, mais probablement de façade, car il est inimaginable qu’un Premier ministre demande à son camp de se faire hara-kiri. Surtout si son président, lui, préfère une victoire FN à une victoire Républicaine et se dit qu’après tout, au second tour, tout est possible pour une gauche certes divisée mais éventuellement plus importante que les deux autres pôles du triangle (ce qui pourrait être le cas en Normandie).

Il est plus probable que ce seront des électeurs modérés, centraux, urbains ou « privilégiés » qui réaliseront concrètement le « front républicain » en votant, pour une petite fraction d’entre eux, pour la liste qu’ils considéreront comme ayant le plus de chances de l’emporter face au FN. De ce point de vue, l’ordre d’arrivée sera essentiel et la manière dont, localement, les résultats seront perçus jouera à plein. Arriver en tête au premier tour ou, en tout cas, en tête des partis non-FN, pourrait aider la droite et le centre, même là où ses candidats ne sont pas les plus fameux.

Le phénomène a pu être observé dans certaines législatives et municipales, moins, il est vrai, pour les départementales.

2. Il y a aussi l’effet indirect des attentats du 13 novembre. Le FN, qui n’est pas (encore ?) l’opposition officielle, n’a pas besoin d’en rajouter. Or, lorsque le thème est sécuritaire (et n’est plus l’emploi ou la faible croissance), le FN mord davantage sur la droite que sur la gauche.

Le même graphique que précédemment, mais avec des regroupements par blocs et des courbes de tendance (polynomiales de degré 2, au vu du faible nombre de valeurs de la série), montre la fiable croissance du PS, mais les gains réels du FN, au détriment du bloc de droite et du centre, même en y incluant l’UPR et DLF.

Sondages nationaux publiés depuis la rentrée 2015, avec courbes de tendance

Graphique sondages régionales blocs

De plus, la dispersion des leaders de la droite, au sein de laquelle tout sujet devient l’occasion d’un positionnement différencié, ne peut qu’être renforcée sur un sujet de « souveraineté » et de sécurité, sur lequel les électeurs de droite et les participants potentiels à la primaire de novembre 2016 attendent davantage leurs hérauts.

De manière secondaire, Debout la France et même la petite Union populaire républicaine de l’ancien pasquaïen François Asselineau grappillent les suffrages d’électeurs de droite qui aimeraient une position plus forte et plus gaullienne, à défaut d’être gaulliste, de la part de leur parti officiel. Néanmoins, ces électeurs ne veulent pas forcément aller jusqu’au vote FN ou sont conscients des faiblesses programmatiques de ce dernier ou même de son positionnement nettement à gauche sur certaines autres thématiques.

Les régionales pourraient jouer le rôle, à droite, d’une élection de contestation interne, d’une manifestation de mauvaise humeur, d’un « défouloir », sans conséquence majeure aux yeux des électeurs concernés et avant que ne s’engage le vrai débat de la primaire, qui pourra capter l’attention médiatique et politique et écrasera probablement tout le champ disponible pour DLF, l’UPR ou toute autre petite formation de droite prétendant exister.

Dans le graphique détaillé, les courbes montrent d’ailleurs assez clairement une érosion du bloc droite-centre-droit au profit, non seulement du FN, mais aussi de DLF.

Toutefois, le temps médiatique et le temps humain en général devenant de plus en plus courts, par la magie d’une éducation papillonnante et superficielle, de smartphones utilisés comme des outils de dispersion et d’émiettement cérébral et d’une volonté de s’étourdir dans un flots d’informations parcellaires pour oublier la perte d’identité et de sens de la vie – bref !-, ces effets pourraient n’être que limités, tant les soufflés retombent désormais très vite.

3. Il n’en reste pas moins que ces événements ont accru la perspective d’une évolution structurelle : celle du passage d’une tripolarisation entrevue lors des européennes de 2014 et des départementales de 2015 vers une bipolarisation d’un genre nouveau, qu’elle soit synthétisée par une opposition centre/périphérie, insiders/outsiders, establishment/marges.

Il est désormais clair –et ce sera probablement une dimension importante de la présidentielle de 2017- que la gauche et la droite gouvernementales se disputent largement un même espace électoral, même si elles gardent des zones de force bien spécifiques (ce blog y reviendra plus largement ultérieurement).

Or, la nouvelle vague terroriste a déplacé les électeurs de droite dure ou traditionnelle (qu’il s’agisse des commerçants-artisans-entrepreneurs non encore « FNisés », des agriculteurs encore fidèles ou des courants traditionnels, vieux gaullistes ou catholiques) vers le FN (d’autant plus facilement qu’un scrutin régional est perçu comme sans enjeu fondamental).

D’autre part, très marginalement, le positionnement sécuritaire du gouvernement a encore éloigné ce dernier (sur le plan électoral) de l’aile gauchiste la plus dure, renforçant la dérive du PS vers le bayrouïsme ou le borlooïsme, rencontrant de plus en plus la propre évolution de l’aile juppéiste de la droite, en particulier sur le plan sociétal.

Le FN se retrouve donc le représentant quasi-exclusif de la France populaire. Dans ce rôle, Nicolas Sarkozy a évidemment quelques difficultés à convaincre, par ce qu’il est et par sa « trahison » des promesses de la campagne de 2007. Jean-Luc Mélenchon est trop difficile à suivre dans ses positionnements et son comportement, n’étant pas parvenu à structurer la gauche de la gauche, intrinsèquement chaotique, et ayant beaucoup de réflexes d’insider bobo, en matière sociétale et environnementale notamment. Martine Aubry n’a finalement jamais rien tenté.

En conséquence, localement, l’électeur modéré paraît et pourrait se reporter, même marginalement, sur le candidat de l’establishment qui lui paraît le plus à même de l’emporter face au FN. Cela pourrait expliquer que ce soit Valérie Pécresse qui progresse dans les sondages post-13 novembre, plutôt que Claude Bartolone (finalement un mauvais choix, plombé par l’image de « don » de Seine-Saint-Denis et par un profil peu bobo-compatible, au contraire d’une Pécresse alliée à Marielle de Sarnez), mais que ce soit plutôt Jean-Jack Queyranne qui progresse en ARA alors que Laurent Wauquiez, plus populiste et sécuritaire dans le discours, se retrouve coincé entre FN et un PS rhônalpin « boboïsé » et écologisé, comme Nicolas Sarkozy le fut un peu en 2012.

En suivant cette logique, il n’est pas impossible que les attentats « profitent » à la gauche en Normandie et Bretagne et à la droite en Centre-Val-de-Loire et Bourgogne-Franche-Comté.

Dans cette dernière, comme en Alsace-Lorraine-Champagne-Ardenne, le FN progresse aussi au détriment de la gauche, achevant un processus d’absorption de l’électorat populaire, ce qui, par contrecoup, le rend quand même menaçant pour la droite. Les sondages régionaux –qui ne seront pas récapitulés ici- montrent d’ailleurs que Marine Le Pen a déjà atteint son plafond en Nord-Pas-de-Calais-Picardie. Les autres régions du nord et de l’est achèvent peut-être une évolution similaire.

En revanche, en Languedoc-Roussillon, comme en ARA et surtout en PACA, le FN gagne directement des voix sur la droite.

4. Si l’émergence du FN au milieu des années 1980 avait été en partie favorisée par un électorat de droite, ses gains sur l’électorat populaire des deux bords avaient été importants à la fin des années 1980 et dans les années 1990, avec le départ des mégrétistes et l’émergence du premier « marinisme » historique (le « ni droite ni gauche » de Samuel Maréchal). Les années 2002-2007 avaient vu Nicolas Sarkozy tenter de reprendre l’électorat populaire de droite, pour finalement échouer à réduire durablement le FN. La « dédiabolisation » du FN à partir de 2011 a surtout consisté en réalité à « populariser » le FN, en reprenant, en un vaste mouvement tournant, tout l’électorat populaire de la gauche (ouvriers, employés, chômeurs, jeunes « petits Blancs »).

Depuis le 13 novembre, le FN se montre capable de conserver cet électorat, échaudé par le traitement ridicule du chômage effectué par le président Hollande, tout en progressant de nouveau dans un électorat de droite soit appartenant aux marges (monde rural), soit déçu de l’éclatement permanent de son camp (de l’affrontement Copé-Fillon jusqu’au grand écart Juppé-Sarkozy) et surtout de l’incertitude fondamentale de l’orientation que prendra la droite en 2016-17 : Europe/nation, modération/volontarisme, protection/libéralisation, etc. La gauche gouvernementale ne sait pas non plus où elle va, mais au moins connaît-elle son candidat. Une partie de l’électorat de droite n’a peut-être pas non plus apprécié les hésitations des Républicains tiraillés entre le FN d’un côté (conduisant à tenter de briser l’ »unité nationale » très tôt) et la pression médiatique et centriste de l’autre (conduisant finalement à « rentrer dans le rang » et à sembler s’aligner sur les injonctions médiatiques et à soutenir peu ou prou les gouvernants).

Le FN se place en principal parti d’opposition, avec une situation originale d’ »attrape-tout« . Le dernier sondage IFOP en Nord-Pas-de-Calais-Picardie est très éclairant de ce point de vue et pourrait bien préfigurer la future configuration politique nationale, dans ses tendances, non dans ses niveaux absolus bien entendu.

Même si leur effet positif direct pour la gauche risque bien d’être imperceptible dans les urnes, les événements du 13 novembre ont donc surtout un impact négatif pour la droite, dont le positionnement est délicat et qui perd une frange de son électorat au profit du parti se réclamant de l’ordre, de l’autorité et de la sécurité.

5. Pour établir des pronostics, les sondages locaux sont évidemment de grand secours, car leur répétition éventuelle permet de dégager des rapports de force globaux.

Cependant, il convient d’introduire un certain nombre de données liées à la participation et à la mobilisation qui permettent de relativiser les tendances présentées par les médias, au niveau tant national que régional.

La participation absolue est un premier élément important. En effet, de plus en plus, les campagnes électorales réussies dans les démocraties occidentales dépendent de la capacité à mobiliser son propre électorat (le fameux GOTV, get out the vote) : ainsi, si les Démocrates ont gagné deux fois avec Obama, mais ont largement perdu les Midterm elections de 2010 et 2014, c’est bien en raison de la mobilisation différentielle entre les deux partis, qui ne gagnent pas vraiment de nouveaux électeurs mais font davantage voter leurs électeurs « naturels ». Le succès (assez relatif) de Cameron comme celui (encore plus relatif) de Netanyahu en 2015 relèvent de la même logique.

En l’occurrence, la très forte concentration de l’électorat de droite et du centre-droit sur les personnes âgées et les retraités lui donne un avantage mécanique en période de forte abstention et pour des élections qui restent locales, malgré les vedettes politiques en lice et les enjeux du moment. En effet, plus l’électeur est âgé, moins il s’abstient. La performance meilleure que prévu des Républicains et de l’UDI aux départementales de mars 2015 est largement due à ce motif, qui est de première importance car assez stable et systématique dans le temps.

Par ailleurs, l’ »unité nationale » et la soi-disant volonté de « résistance » par le vote ne paraissent pas devoir aboutir à une participation sensiblement supérieure, qui permettrait au PS de mobiliser des électeurs supplémentaires. Les sondages les plus récents qui publient une évaluation de la participation ne montrent pas de frémissement significatif et la mobilisation ne devrait pas être bien meilleure qu’en 2010 (53,6 % d’abstention).

La mobilisation différentielle des partis pourrait en revanche jouer, même si elle peut s’exprimer dans plusieurs directions divergentes et si son sens consolidé est difficile à déterminer.

Il est ainsi possible qu’un phénomène de « vote utile » se fasse jour à gauche. Certes, les courbes sondagières actuelles ne paraissent pas montrer d’érosion massive du bloc PG-PCF-EELV. Le graphique détaillé n’est cependant pas forcément clair car, en fonction des instituts de sondages et de leurs méthodes, la ventilation entre les deux ensembles FG et EELV est différente. Certains instituts ont tenu compte des réalités locales (toutes les configurations existent : FG seul, PCF seul, EELV seul, PG-EELV, FG-EELV,…), d’autres non. Certains ont proposés plusieurs choix, d’autres ont fondu l’ensemble. Bref, il est difficile de prévoir la répartition interne au sein de la gauche de la gauche, mais le graphique par blocs montre que l’ensemble EELV-FG se situe autour de 12 %, avec un léger effritement qui semble parallèle au petit regain du PS.

Etant donné le retour des mauvaises nouvelles pour le gouvernement (notamment la forte hausse du chômage), l’actualité « écologique » et les critiques à sa gauche contre l’ »Etat policier » (encore s’agit-il d’un gouvernement de gauche !), il est néanmoins peu probable que ce « vote utile » soit massif. Seule la liste régionaliste de gauche de Christian Troadec pourrait en pâtir en Bretagne (avec quelques fuites rebelles et populistes d’anciens « bonnets rouges » vers le FN également), ce qui l’empêcherait de franchir les 10 % et de se maintenir, seule chance minime pour la droite d’espérer une divine surprise.

En revanche, peut-être le report des voix de la gauche de la gauche sera-t-il meilleur au second tour. En effet, en reprenant les sondages déjà évoqués, relatifs aux départementales de mars 2015, le report du FG vers la gauche au second tour, en cas de duel avec la droite, se limitait à 65 % (IPSOS) et celui de l’ensemble FG-EELV à 63 % (ODOXA). Ce n’est qu’en cas de duel gauche-FN que les pourcentages augmentaient un peu, à 70 et 73 % respectivement. La déperdition était donc importante, mais était alors probablement liée aux questions économiques et sociales et une conséquence de la loi et des diverses déclarations d’Emmanuel Macron. Il n’empêche que la déperdition à gauche est clairement plus importante depuis 2012.

Une autre évolution importante des années 2010, passée relativement inaperçue, est la capacité du FN à fidéliser son électorat. Dans les années 1980 et 1990, avec un point emblématique au 1er tour de la présidentielle de 2002, le FN était systématiquement sous-évalué dans les sondages. Comme pour ce qui est des « shy Tories » au Royaume-Uni, il y avait une gêne à admettre voter pour le FN et Jean-Marie Le Pen. Ce phénomène est largement effacé depuis la « dédiabolisation » mariniste. Aux départementales de 2015, c’est même l’inverse qui s’est produit, avec une légère surévaluation du FN. Celle-ci est néanmoins difficile à interpréter, entre une meilleure mobilisation des autres électorats pour « faire barrage » et répondre aux imprécations de Manuel Valls et un phénomène de défouloir dans les intentions de vote mais non dans les votes eux-mêmes : une sorte d’intention de vote protestataire.

Il est fort possible que le FN subisse la même (petite) déception aux régionales qu’aux départementales. Mais il reste que, désormais, la situation est inversée par rapport à l’avant-2011 : les électeurs du FN sont, dans les sondages, ceux qui sont le plus sûrs de leur vote et le plus convaincus. Les études sur les élections partielles montrent qu’ils sont les plus stables et les plus fidèles. Ils étaient auparavant les plus instables, à une époque où le FN avait récupéré la fonction tribunicienne et protestataire du PCF. Aujourd’hui, il s’agit davantage d’un vote de conviction, d’affirmation.

Ceux qui sont les plus incertains dans leur vote sont les électeurs potentiels d’EELV et du MoDem, composantes d’un « marais » flottant sur lequel ce blog reviendra.

Enfin, la mobilisation différentielle peut jouer au niveau régional, en fonction de la qualité de la campagne ou, en tous les cas, de sa perception et de la présentation qu’en fait la presse locale. Il est certain que la soumission de cette dernière à certains barons régionaux (à l’exemple de Jean-Yves Le Drian en Bretagne) facilite la campagne. Il est ainsi loin d’être sûr que le choix d’Hervé Morin ou celui de François Sauvadet soit le meilleur pour la droite et le centre-droit, ni celui de Claude Bartolone ou, de manière plus évidente, de Christophe Castaner et de Pierre de Saintignon pour le PS. Au FN, la piètre qualité de certaines têtes de liste (comme Sophie Montel en BFC) reste inoffensive, tant la personnalisation nationale autour de la cheffe et de sa famille élargie (Marion Maréchal-Le Pen, Louis Aliot) joue comme l’arbre cachant l’(absence de) forêt.

Aussi, pour synthétiser les évolutions sensibles depuis le 13 novembre, une carte moins bleue que dans le post précédent s’impose :

Pronostics post-13 novembre 2015

Régionales 2015 pronostics post-13 nov

Il s’agit là d’une carte de synthèse qui se veut aussi « objective » que possible, hors des exagérations médiatiques et des évolutions trop éphémères de sondages situés dans la marge d’erreur. Mon pronostic personnel viendra vendredi.

Demain, il sera question des interprétations possibles des futurs résultats du 1er tour et de leurs conséquences à surveiller sur la physionomie du 2nd tour.