Derniers sondages IFOP et Odoxa pour la primaire de la droite et du centre: stabilisation Juppé-Sarkozy au profit du premier, absence de décollage des petits candidats et plafonnement prématuré de Le Maire

Sondage IFOP pour Valeurs Actuelles, réalisé du 29 mars au 14 avril 2016 auprès d’un échantillon de 548 électeurs se déclarant certains de participer sur un total de 5 775

Sondage Odoxa pour Le Parisien et BFM-TV, réalisé du 17 mars au 29 avril 2016 auprès d’un échantillon de 836 personnes « certaines d’aller voter », parmi 1 660 « comptant y aller », parmi un total de 7 088

1. La primaire de la droite et du centre suscite toujours plus de vocations au sein de LR… L’ajout de Jacques Myard, souverainiste sécuritaire, à la liste des impétrants, les réflexions en cours chez Michèle Alliot-Marie et Henri Guaino, gaullistes traditionnelle et souverainiste respectivement, vont rendre encore plus complexe la quête des 20 parrainages de parlementaires pour les « petits » candidats, d’autant que François Fillon (et bientôt les autres « grands » candidats) vont chercher à gagner la « primaire du soutien/ralliement » (endorsement primary) en monopolisant le maximum de signatures parlementaires.

Si Jean-François Copé, en raison de l’ancienneté de son implantation et des « beaux restes » de sa structure de campagne de la fin 2012, devrait franchir la barre assez facilement et si NKM devrait bénéficier d’une bienveillance sarkozyste et de l’absence de concurrence sur son créneau « de gauche et écologiste », il n’est plus si évident que Mariton parvienne à engranger suffisamment de soutiens. Il pourrait en perdre quelques-uns au sein de l’aile conservatrice si Guaino et/ou MAM se lancent vraiment. Toutefois, il sera peut-être le 7e candidat LR, derrière Fillon, Juppé, Sarkozy, Le Maire, assurés de leur candidature, Copé, quasi-assuré, et NKM, probable (Poisson étant déjà qualifié au titre du PCD).

Pour tous les autres candidats, y compris MAM, le pari paraît très délicat. Même ceux qui, comme Guaino, représentent réellement un courant d’idées spécifique, peuvent être desservis par leur personnalité, ce qui fait tomber de précieux soutiens. Et il n’est même plus la peine d’évoquer les Myard, Didier, Lefebvre, Morano

Les derniers sondages IFOP et Odoxa incluent d’ailleurs Didier, Myard et même Jean Arthuis et ils ressortent à 1 (Didier chez Odoxa) ou à 0 (tous les autres chez Odoxa, tous chez l’IFOP) dans toutes les catégories d’électeurs potentiels… Lefebvre reste collé à 1 et Morano l’a rejoint. Pour tous ceux-là : Game over.

2. Seuls MAM (avec son nom et sur la base d’une nostalgie du RPR) et Guaino seraient en mesure de dépasser ces scores de 1 %, à la condition de parvenir à être candidats. Copé lui-même éprouve quelques difficultés à dépasser les 2 %, y compris lorsque sont considérés les seuls électeurs potentiels proches des Républicains, ce qui montre la concentration de l’électorat autour des 4 candidats principaux.

Les petits candidats déjà déclarés ne progressent en effet pas non plus et c’est notamment le cas de NKM. Son positionnement trop décalé risque bien de la laisser marginale jusqu’au bout. Le fait qu’elle sera probablement la seule femme à concourir constituera certes un avantage au moment des débats, mais de faible importance et/ou anéanti par ses habituelles déclarations iconoclastes ou vite raillées. Quand bien même elle séduirait des électeurs écologistes, de centre gauche ou de gauche, il est peu probable qu’ils se déplacent le 20 novembre pour la soutenir réellement. C’est une bonne nouvelle pour Juppé, qui n’a pas été affecté par l’officialisation (ratée sur le plan médiatique) de la candidature NKM.

Le résultat de ce paysage morcelé est surtout que la prolifération de petites candidatures rend pour le moment inaudibles même les grands candidats. Les médias ont annoncé que la primaire était lancée, mais elle est tellement émiettée qu’elle ne permet pas réellement à la droite d’occuper, pour l’instant, l’espace médiatique, semble-t-il réservé au « produit » du moment, Macron.

Cet émiettement est surtout négatif pour Sarkozy, qui est en retard, dont la stature d’ancien président n’impressionne manifestement pas (plus) et qui se retrouve banalisé. Quoi qu’il en soit, quand bien même cette phase d’éclosion des « envies » de candidatures ne ferait que stabiliser la situation, c’est évidemment favorable à Juppé.

A terme, en reportant le véritable début de la primaire (probablement à la fin août), cette situation peut ne pas être mauvaise pour la droite, qui se déchirera moins longtemps et qui bénéficiera quand même de l’occupation du terrain médiatique en septembre-novembre. Après tout, Aubry s’était déclarée en juillet et la coupure estivale n’avait fait démarrer les hostilités qu’à La Rochelle en 2011.

3. Quant à l’UDI, les dernières nouvelles montrent qu’elle risque de se dissoudre (au sens figuré en tout cas) à l’approche de l’échéance : voulant monnayer son refus initial de participer, elle risque de tout perdre, n’ayant plus le temps de négocier une participation ou de se trouver un candidat unique (Morin refusant de soutenir Lagarde, Hénart refusant Morin, Arthuis parvenant éventuellement à se faire reconnaître par LR, comme déjà expliqué) et finissant par soutenir en ordre dispersé certains candidats LR (Juppé, Le Maire, NKM, voire Fillon), ce qui est déjà le cas de Jégo, ou par s’éparpiller hors cadre (Yade). Ses militants et sympathisants voteront probablement quoi que la structure décide. Mais le plus probable (bien que de peu) reste que les « barons » (Leroy, Sauvadet, Morin, Vigier et même Hénart) prévaudront et imposeront une participation sans candidature à la primaire, quoi qu’en disent Lagarde et Arthuis.

L’UDI n’a pas de Giscard ou de Barre et même plus de Borloo. L’UDF avait déjà du mal à exister dans un système bipolaire, largement partisan et quadripartite ; l’UDI risque la dissolution dans un système tripolaire, surmédiatisé et fortement personnalisé.

4. Pour revenir aux derniers sondages IFOP et Odoxa, ils sont à prendre avec quelque précaution, car réalisé sur un échantillon moins large que d’habitude pour ce qui est de l’IFOP et publié –malheureusement comme d’habitude- avec des données partielles pour Odoxa (moins détaillées sur l’échantillon des seuls « certains d’aller voter » et sur la ventilation parmi les électeurs UDI-MoDem et FN) ; en revanche, Odoxa sonde en continu sur une période d’un mois et demi.

Graphique sondages primaire 2016 ensemble

Graphique sondages primaire 2016 LR

Ces dernières livraisons indiquent essentiellement que l’effet de la déclaration de candidature de Le Maire semble n’avoir été qu’une bulle. Le Maire reste à un niveau plutôt supérieur à sa situation ex ante, mais aucune dynamique réellement profonde ne semble finalement s’être enclenchée, contrairement à ce que l’on pouvait croire. Son côté « techno », son renouveau et sa jeunesse éclipsés par le politicien « iphonique » Macron, sa difficulté à trouver un créneau réellement original alors que Sarkozy, Juppé et Fillon représentent des profils déjà bien établis, le desservent probablement déjà.

François Fillon paraît avoir réussi à lui subtiliser une certaine attention médiatique et refait une partie de son retard. Il est difficile de déterminer sur quels candidats il a gagné du terrain : c’est probablement surtout sur Le Maire, mais Juppé et Sarkozy ne sont pas à l’abri non plus. Il est toutefois peu vraisemblable que son « offensive de notables », certes marquante, suffise à lancer une réelle dynamique de fond.

Juppé s’érode un peu mais reste au-dessus des 35 %. Il n’a pas été significativement affaibli par la bulle Le Maire, sauf chez les électeurs centristes et encore de manière temporaire (ou en raison de l’échantillon bien trop réduit pour disposer de données fiables…). Il reste surtout solide au second tour, continuant de battre Sarkozy même chez les sympathisants LR. Les reports de voix de Fillon et Le Maire lui restent très favorables, entre 60 % et 2/3.

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Sarkozy se stabilise, mais ne remonte pas. Sa faible exposition actuelle peut plaider pour une future remontée. En outre, il a peut-être atteint un étiage qui constitue une base de reconquête déjà plus élevée que celle de Fillon et Le Maire.

A l’inverse de ces interprétations positives, on peut souligner que sa présidence du parti ne l’aide pas spécialement à ce stade et que le processus de la primaire semble désormais bien solidifié (alors qu’il a cherché tous les moyens de le contourner et de le saborder). Son profil sociologique ne s’améliore pas, lui qui ne dépasse Juppé que chez les employés (même plus les ouvriers…), les chômeurs et étudiants et les 25-34 ans : un vrai profil de Nuit Debout ce Sarko ! 😉 Il a perdu au profit de Le Maire à la fin de l’hiver, puis est aujourd’hui quelque peu grignoté par Fillon, ce qui montre qu’il peut s’éroder, comme Juppé. Enfin, Sarkozy est pour le moment essentiellement en situation défensive pour la position de rival de Juppé, et non en situation offensive face à un Juppé qui devrait défendre son capital : sa faiblesse de second tour est la plus inquiétante pour lui car, même revenu à la hauteur de Juppé au premier tour, il ne parviendrait probablement pas à capitaliser sur une dynamique.

5. Dans ses performances potentielles à la présidentielle, Sarkozy a d’ailleurs pour le moment des difficultés un peu similaires à celles de Hollande. Certes, Sarkozy est légèrement plus compétitif que Juppé face à Le Pen, mais il perd beaucoup plus vers Bayrou : comme au 1er tour de 2012, il ne parvient pas à créer une dynamique positive des deux côtés à la fois ; ce n’est pas forcément son but, mais comme Le Pen reste très forte face à lui, même sa stratégie « au peuple » ne fonctionne pas. Sarkozy est réduit à sa base fidèle (qui est toutefois plus large que celle de Hollande, ce qui assure sa qualification, mais par défaut).

Quant à Fillon et Le Maire, c’est leur base intrinsèque qui est trop faible, en particulier face à Bayrou ou Macron. Seul Juppé parvient à ne pas trop perdre sur sa droite ce qu’il gagne fortement sur sa gauche. De ce point de vue, sa dynamique et son electability se confirment et devraient avoir un effet mobilisateur autour de son nom pour la primaire.

Certes, d’aucuns objecteront que le déport de Juppé sur sa gauche est trop important et qu’en campagne, les électeurs regagnent leurs pénates. La polarisation lors de la campagne est un fait ; la sûrement meilleure capacité mobilisatrice d’un Sarkozy que d’un Juppé en est un autre.

Mais deux éléments devraient compenser ces probables défauts de Juppé :
– d’abord, l’électeur socialiste, sans forcément voter pour lui (ce sont des chimères de sondages à un an ou d’éditorialistes politiques ou d’électeurs déçus qui font de grandes déclarations à un an de distance), se démobilisera bien davantage face à Juppé que face à Sarkozy, ce qui diminuera d’autant le score hollandais ; or, dans la configuration actuelle, il suffit d’être au-dessus du candidat socialiste, rien d’autre ne compte vraiment ;
– en outre, Juppé semble désormais solidifier aussi sa base de droite, en tous les cas celle des libéraux et conservateurs modérés, traditionnels, bourgeois. Bien entendu, il est toujours déconnecté des souverainistes, des sécuritaires et des poujadistes et le restera, mais cela ne devrait bénéficier à Dupont-Aignan et Le Pen que de manière insuffisamment significative pour le gêner dans sa qualification pour le second tour, d’autant que la candidate FN est de toute façon déjà qualifiée, sauf accident à la DSK (enfin, de même ampleur médiatico-politique, pas forcément de même nature!).

Le sondage IPSOS déjà évoqué dans un post précédent, en reprenant les votes de 2012, montre ainsi que Juppé est aussi efficace que Sarkozy pour conserver un noyau de 55-60% des électeurs de ce dernier. Mais il gagne nettement plus sur les électeurs de Bayrou et Hollande, sans perdre davantage vers Le Pen et Dupont-Aignan. Sarkozy lui-même s’érode davantage que Juppé au profit de Dupont-Aignan dans les plus récents sondages (comme LR a souffert un peu face à DLF lors des régionales de décembre).

La base sarkozyste est donc vraiment réduite à son socle minimal, comme ce fut le cas pour Chirac à chacun de ses premiers tours (1981, 1988, 1995 et 2002). De très bon candidat de premier tour (2007), Sarkozy est devenu « simplement » un bon candidat de premier tour (2012), pour se réduire à un bon candidat de primaire (2016), à défaut d’être vraiment compétitif au premier tour de 2017. Il reste qu’il est tout à fait capable de revenir de loin. Sera-t-il un Jeb Bush 2016 ou un Rubio 2016, ne concrétisant jamais ses promesses ? Ou un McCain 2008, pas vraiment favori et assistant à la défaite de tous ses formidables adversaires successifs (Thompson, Giuliani, Romney, Huckabee) ?

6. Il convient en conclusion d’être très prudent. Juppé peut redevenir arrogant à tout moment. Sarkozy n’est pas encore en campagne ouverte, même s’il est contraint de se rappeler régulièrement au souvenir des sympathisants. Les écarts Juppé-Sarkozy de premier tour ne sont pas abyssaux, notamment auprès des sympathisants LR, les plus susceptibles de voter en novembre prochain. La volatilité dans les électorats périphériques (UDI et FN) est forte. La situation est mouvante parmi les électeurs potentiels qui cherchent autre chose que le duo de tête. La participation extérieure au noyau LR, plus favorable à Sarkozy, reste une inconnue. La bataille ne sera réellement lancée qu’en septembre et les débats télévisés de l’automne seront vraiment décisifs.

Ainsi, même si Juppé dispose d’atouts structurels, la situation reste ouverte. Jusqu’en septembre, il est finalement peu probable que le duo de tête soit menacé. Seule une exposition médiatique favorable lors des débats peut permettre à Le Maire et, moins probablement, à Fillon, de connaître une embellie « à la Montebourg ». Le parallèle Juppé-Hollande, Sarkozy-Aubry, Fillon-Royal, Le Maire-Montebourg tient toujours, à mon sens. Le combat pour la 1e place n’est en revanche pas acquis, loin de là.

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Primaire de la droite et du centre (2/2): sondages depuis 2015 et forces relatives des candidats dans l’opinion

1. Les règles de la primaire de la droite et du centre des 20 et 27 novembre prochains ont été fixées au printemps 2015. Les sondages à retenir pour tenter de prédire les résultats de cette consultation sont donc tous ceux publiés depuis le 1er avril 2015.

Parmi ceux-ci, ceux se contentant de sonder les souhaits, les pronostics ou l’appréciation du meilleur candidat doivent être écartés. Même s’ils peuvent fournir des indications sur les anticipations de l’opinion (qui ont aussi leur importance, comme il a été rappelé dans l’article précédent), ils sont trop éloignés des intentions des électeurs réels pour pouvoir être fiables.

Les sondages « généraux » sont inclus en raison du faible nombre d’enquêtes publiées. En réalité, leurs résultats ne sont pas fondamentalement différents des sondages les plus proches de la future réalité électorale, à savoir ceux retenant les seules personnes « certaines » de voter. Cette catégorie représente de 7 à 11 % du corps électoral. La proportion sondée était comparable en ce qui concerne le PS en 2011.

Or, dans la réalité, selon que l’on compare avec les inscrits à la présidentielle de 2012 ou avec ceux des régionales de 2011 (élections immédiatement suivante et précédente), la participation au 1er tour de la primaire socialiste s’est située entre 5,8 et 6,1 % du corps électoral (2,66 millions d’électeurs). Au 2e tour, elle fut comprise entre 6,2 et 6,6 % (2,86 millions).

Les souhaits juppéistes de 3 à 4 millions de participants sont sûrement exagérés. Les intentions d’électeurs de gauche, du centre, du FN et indépendants ne tiendront probablement pas face à la paresse, aux deux euros à débourser et à la déclaration d’adhésion à signer. En sens inverse, l’attrait médiatique, l’impression pour certaines franges de l’électorat de choisir et d’être actif, la réalité d’un enjeu réel à la primaire, l’élection présidentielle perdant une partie de son « intérêt » avec la place assurée de Marine Le Pen au 2e tour, peuvent assurer une participation correcte.

Au regard des inscrits aux régionales de décembre 2015, appliquer les taux socialistes de 2011 reviendrait à une participation aux alentours de 2,7 millions au 1er tour (et 3 millions au 2e).

2. Sur l’ensemble du corps électoral potentiel, la tendance majeure est bien entendu l’ascendant pris par Juppé sur Sarkozy dans les 3 derniers mois.

Graphique sondages primaire 2016 ensemble

Toutefois, les sondages d’ensemble doivent être tempérés car, même réduits aux seuls électeurs « certains », ils surévaluent probablement un peu les candidats attirant au-delà des sympathisants des Républicains, en particulier Juppé.

En effet, celui-ci est très largement dominant chez les électeurs de gauche, qui ont également un très léger tropisme favorable à NKM. En revanche, Fillon et Le Maire sont plutôt plus bas que dans les autres électorats. Mais cet électorat de gauche sera probablement assez faible le 20 novembre.

Au centre, Juppé est largement dominant, sans qu’il y ait d’ailleurs de véritable différence entre UDI et MoDem. Dans la mesure où les sondeurs ne font pas toujours la différence et où le reliquat de proches du MoDem est un conglomérat de vrais centristes, de rebelles modérés, d’extrémistes qui s’ignorent, d’écologistes tempérés, de socialistes déçus, les données retenus sont celles portant sur les seuls proches de l’UDI, lorsqu’elle existent, ou sur l’ensemble du centre.

Graphique sondages primaire 2016 UDI

Dans cet électorat, il est remarquable de constater que Fillon et Le Maire ne gagnent rien par rapport à leur score chez les sympathisants LR. Seul Juppé bénéficie de cette ouverture au centre et au centre-droit.

A l’inverse, Sarkozy bénéficie d’une plus-value dans l’électorat FN. Celle-ci est nette, même si l’évolution des autres candidats apparaît erratique, en raison de l’étroitesse de l’échantillon concerné. Néanmoins, la « flambée » éphémère de Morano à l’occasion de certaines de ses déclarations montre que cette frange potentielle d’électeurs est réelle.

Graphique sondages primaire 2016 FN

S’il y a encore peu, il aurait été très présomptueux de la considérer comme fiable, c’est différent au regard des élections locales qui ont montré que l’électorat FN, d’instable, peu constant et peu fiable entre les sondages et l’élection, est devenu le plus « fidèle », le plus mobilisé et le plus fiable. La participation fut en effet solide aux régionales de décembre 2015 et les reports d’un tour à l’autre, aux départementales comme aux régionales, furent assez rigoureux et nets. Sarkozy devrait donc pouvoir compter sur une frange motivée et qui ira réellement voter. Il y aura toutefois là aussi de la déperdition, la déception de 2007 étant passée par là. Il est finalement possible que la plus-value pour Sarkozy sur l’électorat FN annule la plus-value pour Juppé sur l’électorat de gauche et écologiste.

Ainsi, la prudence conseille de tempérer les résultats d’ensemble par ceux portant sur le seul électorat au cœur de la future primaire, soit les sympathisants LR. Sarkozy y devance encore Juppé, mais son avance s’érode et n’est plus suffisante pour compenser l’apport des centristes à l’ancien Premier ministre.

Graphique sondages primaire 2016 LR

3. Cette évolution lente mais continue constitue une première force sondagière de Juppé. Son autre point fort est la répartition de son électorat potentiel. De manière extrêmement nette, plus on est âgé, plus on vote Juppé. Or, la participation électorale et la transformation d’une intention de participer en vote réel sont nettement plus élevées chez les électeurs âgés que les électeurs jeunes. Sarkozy ne devance Juppé que chez les moins de 25, 30 ou 35 ans selon les cas.

Juppé est également dominant chez les retraités (ce qui recoupe bien entendu les données relatives à l’âge) et chez les CSP+. Or, là encore, ces catégories connaissent nettement moins l’abstention. Sarkozy ne devance Juppé que chez les autres inactifs (étudiants), les chômeurs et les ouvriers, catégories qui ont moins de chances de se déplacer le 20 novembre. Juppé est donc bien positionné chez les indépendants, commerçants, artisans, professions libérales, professions intermédiaires et il est compétitif chez les employés et les agriculteurs. Son caractère « attrape-tout » est un atout réel.

Cette force de Juppé, notamment chez les plus de 60 ans, est majeure et elle contrebalance largement sa probable surévaluation liée à un corps électoral potentiel trop à gauche et au centre dans les sondages.

Malgré l’assez forte possibilité d’une « bulle » et les forts doutes que cela engendre inévitablement, l’analyse détaillée des sondages montre que la position de Juppé semble sociologiquement et électoralement solide.

En outre, en termes de concurrence, elle apparaît pour le moment très affaiblie. Ni Le Maire, ni NKM ne sont situés à des niveaux menaçants pour Juppé. Bien entendu, les prochains sondages permettront de détecter l’éventuel effet de leurs déclarations officielles de candidature (Le Maire a gagné en popularité, mais on sait combien les sondages de popularité ont peu d’importance, sauf lorsqu’ils montrent des niveaux durables de rejet, comme pour Sarkozy ou Hollande – même les popularités insolentes de Veil ou Kouchner n’ont jamais servi électoralement à rien). Mais, aux alentours de 10 %, Le Maire est trop bas aujourd’hui pour menacer sérieusement Juppé. Il a même plutôt un peu régressé par rapport au printemps 2015, période à laquelle il bénéficiait encore de l’exposition médiatique lors de l’élection à la présidence de l’UMP de fin 2014.

Il faudra probablement attendre un éventuel « engouement » médiatique (car Le Maire et NKM sont jeune, télégéniques ou femme) ou, surtout, l’effet égalisateur des temps de parole des débats télévisés de l’automne pour voir éventuellement Le Maire grignoter Juppé. Encore faut-il se souvenir que Le Maire a intérêt à se positionner le plus centralement possible au sein de LR et donc à gagner aussi sur Fillon et Sarkozy.

En ce qui concerne Fillon, son niveau est trop bas et étale et la conviction de sa menace trop faible chez les médias, les politiques et… lui-même pour qu’il constitue un réel danger. Toute la question sera plutôt de savoir s’il ne risque pas une marginalisation encore plus nette avec le temps. Il est intéressant de noter que le seul effet discernable des petits candidats est celui de Xavier Bertrand lorsqu’il était testé et situé au-dessus de la marge d’erreur statistique : il prenait assez clairement à Fillon, ce qui est logique au regard de « traces » d’un certain gaullisme social.

Pour les électeurs de Fillon comme de Le Maire, il faut aussi noter que, dans les sondages, leur second choix est Juppé : ce n’est ni Le Maire ou Fillon (respectivement), ni Sarkozy. Ainsi, ce dernier pourrait regagner sur Fillon ce qu’il perdrait sur Le Maire. Il n’empêche que Juppé est sûrement celui qui aura le plus à perdre d’une émergence de Le Maire ou, surtout, de NKM.

Dans un premier temps, la multiplicité de candidatures nuit en revanche aux petits candidats qui ont du mal à se faire entendre (les cas Copé et NKM le démontrent déjà). Les annonces de soutiens qui vont être égrenées au cours des prochains mois seront également difficiles pour les petits candidats (et pour Fillon, comme l’expliquait l’article précédent). Déjà, Juppé a engrangé un soutien surprenant avec le député-maire d’Ajaccio, Laurent Marcangeli, pourtant plutôt sarkozyste. Cela lui permet de démontrer une capacité « attrape-tout », déjà effective dans sa sociologie électorale. Cela lui permet également de mailler davantage le territoire et de contrebalancer un peu la force de l’appareil LR, que Sarkozy tente d’uniformiser à son profit : ainsi, le ralliement de Michel Havard à Juppé (après Perben) le renforce dans l’important département du Rhône.

4. Les sondages sur le 2nd tour sont encore trop épars pour dégager de réelles tendances, si ce n’est que Juppé est écrasant au centre et au centre-droit, que la situation s’est équilibrée au sein des sympathisants LR même si elle est instable et que l’électorat FN donne encore une petite préférence à Sarkozy. Les courbes sont toutefois trop erratiques pour être encore représentatives.

Les reports entre les deux tours sont en revanche assez nets et constants : Juppé prend la moitié des électeurs Fillon et plus de la moitié des électeurs Le Maire ; Sarkozy prend un tiers des électeurs Fillon et entre un quart et un tiers des électeurs Le Maire. Cela signifie que si Juppé devance Sarkozy au 1er tour, il aura une dynamique intrinsèque favorable.

Il ne faut toutefois pas que sa « bulle » gonfle trop et élève les anticipations à l’excès, de peur de susciter un récit médiatique dévalorisant au soir du 1er tour. En 2011, Hollande avait ainsi plutôt sous-performé et s’était situé à 39 % et non au-dessus de 40 %, tandis qu’Aubry avait sur-performé et dépassé le seuil de 30 %. C’est l’effet d’accumulation des désistements en sa faveur, l’absence d’effet du débat télévisé et le souhait de désigner un candidat en mesure de battre Sarkozy qui lui avaient permis d’éviter un retour d’Aubry. Juppé pourrait bien être confronté à une situation comparable en novembre prochain. A ce stade, le seuil de croisement de Juppé et Sarkozy est probablement aux alentours de 35 à 37 %. Il s’élèvera peut-être une fois le paysage des candidatures éclairci, puis rebaissera avec la valorisation des autres candidats que le duopôle de tête dans les débats télévisés.

L’avenir dira si l’analogie Juppé-Hollande, Sarkozy-Aubry, Le Maire-Montebourg, Fillon-Royal, NKM-Valls a quelque chance de se réaliser…

Primaire de la droite et du centre de novembre 2016 (1/2) : état des forces

La primaire de la droite et du centre doit se tenir les 20 et 27 novembre prochains. Quelle est en sera la physionomie ?

1. Les quelques tentations d’avancer la primaire ont vite disparu. C’est tout à fait logique. Le vent de panique subi par la droite après l’alerte du 1er tour des régionales, le 6 décembre dernier, a fait craindre une trop longue période de division entre les candidats potentiels.

Mais, avancer la primaire aurait fait perdre à la droite le bénéfice d’une couverture médiatique à nulle autre pareille. Les socialistes en ont largement bénéficié à l’automne 2011. Or, l’automne précédant une élection présidentielle est une période dangereuse de vide. La campagne ne démarre véritablement qu’en janvier et l’automne est toujours une période propice à l’éclosion de phénomènes politiques éphémères mais troublants pour l’ordre des partis, au travers de flambées sondagières au profit de candidats mineurs (Villepin ou Borloo en 2011).

En outre, désigner un candidat trop tôt augmente la durée d’exposition de celui-ci à l’examen médiatique, au test de sujets de campagnes de dénigrement par des médias hostiles ou par de futurs candidats opposés, à la commission de gaffes ou de fautes politiques, à l’usure prématurée, à l’enlisement dans les négociations d’appareil en vue des législatives.

Les dates choisies sont peut-être un peu tardives car les humeurs des perdants de la primaire ne seront pas encore calmées en janvier, mais elles sont un moindre mal du point de vue de la droite et du centre. Le mois d’octobre retenu par le PS en 2011 était sûrement idéal.

2. Même si l’UDI fait monter les enchères, sa participation à la primaire ne fait pas de doute. La déception subie par la droite et le centre au 1er tour des régionales et les sondages pour le 1er tour de 2017 qui n’assurent de la qualification que Juppé (même Sarkozy étant menacé par le candidat socialiste) ne lui laissent pas vraiment le choix. Présenter directement un candidat au 1er tour de la présidentielle est l’assurance soit d’être étouffé (en cas de candidature Juppé), soit de faire perdre la droite et le centre (dans tous les autres cas) en ajoutant à la dispersion déjà probable avec une candidature Bayrou (certaine en cas de candidature Sarkozy, probable dans les autres cas, Fillon ou Le Maire).

En tant que parti associé à la primaire, l’UDI pourrait alors présenter un candidat qui n’aurait pas besoin de passer par les pré-requis statutaires de l’article 4 de la charte de la primaire : 2 500 adhérents issus de 15 fédérations au moins et 250 élus issus de 30 départements au moins, dont 20 parlementaires, avec un maximum d’un dixième issu d’un seul département dans chacune des deux catégories.

En revanche, chaque parti concourant à la primaire ne peut avancer qu’un candidat, ce qui exclurait un « doublon » Lagarde-Morin. Sauf si chaque composante de l’UDI peut se présenter en ordre dispersé, ce qui n’est juridiquement pas clair. L’Alliance centriste d’Arthuis et Folliot s’est déjà prononcée en ce sens.

Il est toutefois fort possible que l’UDI ne se risque pas à engager un candidat dans le processus de la primaire. Ce candidat prendrait le risque d’un score similaire à celui de Jean-Michel Baylet en 2011, tant Juppé, voire NKM, préempteraient son électorat potentiel et tant les autres chapelles au sein de l’UDI feraient tout pour le faire couler. D’ailleurs, son autorité au sein de l’UDI serait fortement affaiblie et il remettrait en cause ses chances ministérielles pour l’après-2017.

Certes, il reste possible que le souhait d’existence médiatique de Jean-Christophe Lagarde le pousse à se présenter, pour bénéficier des débats télévisés et parce qu’il ferait le calcul (erroné) qu’il se retrouverait dans la position d’un Valls plutôt que dans celle d’un Baylet. Il est également possible que Lagarde renvoie l’ascenseur à Sarkozy : celui-ci octroie des investitures législatives généreuses à l’UDI en échange d’une candidature à la primaire à même d’éparpiller un électorat normalement juppéiste ; les sondages montrent toutefois que la marge de manœuvre d’un Lagarde (ou d’un Morin) est très ténue.

L’autre parti bénéficiaire de cette participation directe à la primaire sera très probablement le PCD (parti chrétien-démocrate). Son président, Jean-Frédéric Poisson, essaiera de faire entendre la voix des catholiques au sein de la droite. Mais, si Hervé Mariton parvient à se présenter, il sera en concurrence directe pour ces voix, qui risquent de s’éparpiller entre l’aile libérale et l’aile sociale (boutiniste).

3. Quant aux autres candidats putatifs, en interne aux Républicains, le respect des règles de l’article 4 de la charte risque bien de faire beaucoup de victimes, en particulier la clause relative aux 20 parlementaires (un temps établie à 30, ce que NKM n’a cessé de combattre). Ainsi, les « petits » candidats seront peu nombreux à aller jusqu’au bout.

Hervé Mariton n’est pas totalement assuré d’atteindre ce seuil, mais le noyau libéral et quelques élus conservateurs sur le plan sociétal (qui n’auront pas besoin de soutenir Poisson) pourraient lui suffire ; aucun grand candidat n’aurait véritablement intérêt à l’aider dans sa quête car il risque de perturber les débats télévisés avec son franc-parler, gêne Sarkozy auprès de la droite catholique et se situe sur le même terrain économique que Fillon. Seul Juppé pourrait avoir un intérêt, mais mineur, à le voir concourir.

NKM veut se présenter mais il n’est nullement certain qu’elle obtienne suffisamment de soutiens parlementaires ; si elle y parvient, c’est que Sarkozy aura permis que ce soit le cas, pour gêner Juppé et éparpiller les voix de gauche et du centre qui viendraient participer à la primaire ; notons d’ores et déjà que ce calcul sarkozyste pourrait être de courte vue, car, plus il y aura de candidats au 1er tour, plus il y aura de risques qu’ils se rallient tous à Juppé, selon la pratique prête à se réveiller du « tout sauf Sarkozy » ; de ce point de vue, les ralliements à Hollande avaient recréé une dynamique en faveur de ce dernier alors qu’Aubry avait réussi à remonter au 1er tour (en tous les cas, à faire un peu mieux que ce que les sondages prévoyaient). NKM n’est pas appréciée en interne, mais elle est contrainte de faire du bruit médiatique pour exister. Sa seule autre solution serait de récupérer l’UDI, mais elle ne saurait être cheffe de parti, elle serait mal accueillie par une Jouanno ou un Jégo, sans parler de Lagarde, et cela ferait un peu « Blanche-Neige et les 7 nains » version George Miller (voire Franck Miller, comme on voudra).

MAM a subi un revers face à Luc Chatel à la présidence du Conseil national des Républicains. Même si son score ne fut pas déshonorant, elle escomptait bien créer la surprise. Mais nous ne sommes plus en 1999 et le parti n’est pas suffisamment désespéré ou en manque de candidats pour faire appel à elle. Il est fort peu probable qu’elle candidate, car elle gênerait trop de monde. Son compagnon Patrick Ollier (« POM »…) la dissuadera sûrement, préférant un ralliement à un « grand » candidat qui assurerait encore quelques retours intéressants après 2017 (présidence d’une assemblée, Conseil constitutionnel, etc.). MAM n’est, d’une certaine manière, pas assez « petite » pour avoir intérêt à se présenter et courir le risque d’un mauvais score. Elle n’aurait pas trop de difficultés à avoir les signatures d’une vingtaine de parlementaires, mais ce ne serait pas stratégiquement pertinent.

Xavier Bertrand et Christian Estrosi ne sont plus candidats. Le second n’y serait pas parvenu. Le premier dispose de soutiens suffisants, mais il lui serait difficile de se dédire aussi vite, malgré une certaine popularité et une image quelque peu revivifiée après les régionales. Il est toutefois certain qu’il vaut mieux pour lui cultiver une autre image pendant quelques temps et revenir sur la scène nationale en deuxième partie de mandat 2017-2022, avant la future défaite de la droite aux élections régionales en Nord-Picardie (la région revenant structurellement au PS ou au FN, quels que soient les éventuels succès de Bertrand). L’absence de Bertrand dans la primaire ne bénéficiera probablement à personne en particulier, le gaullisme social n’étant plus la marque de Fillon et les autres candidats ayant tous un élément rebutant pour les « bertrandistes » (Juppé trop centriste, Le Maire trop peu social, Sarkozy trop crispant sur le plan personnel).

Henri Guaino semble hésiter. Il est assez seul et peu apprécié humainement au sein du parti, mais il pourrait tout à fait récupérer des signatures suffisantes de gaullistes sociaux et de souverainistes. La non-candidature de Bertrand et le probable renoncement de MAM lui laissent un espace. Sa candidature serait de témoignage. Il est toutefois peu probable que Sarkozy l’accepte car elle mordrait sur son électorat, même si, potentiellement, ce serait le seul candidat de 1er tour à le rallier au 2nd.

Nadine Morano ne parviendra pas à être candidate. Sauf si elle joue la carte d’un parti extérieur, comme le CNIP. Elle a démenti mais, que ce soit elle ou que ce soit le parti lui-même qui soit à l’origine de l’idée, le CNIP peut constituer un canal possible de candidature. Toutefois, dans la mesure où la guerre est déclarée entre l’ancien président et l’ancien secrétaire général devenu président (mais de manière contestée), LR pourrait tout simplement refuser une participation de ce parti à la primaire. D’ailleurs, la perspective de voir un illustre inconnu (Bruno North) ou un « mal connu » (Gilles Bourdouleix) venir prendre du temps d’antenne pour prôner l’alliance avec le FN devrait refroidir LR… Autant le fait que Baylet ait plaidé pour le cannabis à l’automne 2011 était « cool », surtout auprès du petit monde médiatique et de l’électorat potentiel des socialistes, autant l’irruption d’un CNIP qui ne sert même plus, comme du temps de Pasqua, à recycler les transfuges RPR-FN ou FN-RPR, serait du plus mauvais effet…

Frédéric Lefebvre a fait part de son souhait d’être candidat. Il est probablement le seul à penser qu’il peut y parvenir.

Jean-François Copé, en revanche, devrait trouver sans problème les soutiens parlementaires nécessaires. Juppé, Le Maire et Fillon pourraient avoir intérêt à le voir affaiblir Sarkozy. Outre les aigreurs personnelles sur l’affaire Bygmalion-campagne de 2012, apparemment très profondes, il ne faut pas oublier qu’à l’origine, Copé est un chiraco-juppéiste (comme Woerth à l’époque du chiraquisme élyséen). Pendant le quinquennat Sarkozy, la position de Copé fut assez antagoniste de l’Elysée, avec sa « coproduction législative », notamment, lorsqu’il présidait le groupe UMP à l’Assemblée. Pendant la campagne de 2012, Copé, devenu le dirigeant de l’UMP, n’a soutenu fortement Sarkozy que pour enrichir ses amis de Bygmalion mieux récupérer l’aile sarkozyste du parti après la défaite très probable du président sortant. Le positionnement « dur » de Copé pour l’opinion (qui, sous influence des médias et de l’actualité, a tendance à trop voir les choses sous le seul prisme sécuritaire – et de l’emploi) cache en réalité une orientation plutôt technocratique (et donc pas entièrement libérale), mais d’orthodoxie financière et d’opportunisme social et culturel. Si Copé, en raison de son score probable, n’est plus qu’un « petit » candidat, en revanche, sa surface médiatique gênera Sarkozy, son aisance en débat et son contentieux avec Fillon gêneront ce dernier, sa proximité de profil avec Le Maire pourrait « banaliser » celui-ci (qui est, en outre, plus vite en difficulté dans un débat). Surtout, entre les deux tours de la primaire, il est fort probable qu’il rallie Juppé, donnant à celui-ci une image de rassemblement, y compris sur sa droite, qui, médiatiquement et électoralement, contribuera à isoler Sarkozy, de la même manière que Martine Aubry n’avait réussi à rallier aucun des autres candidats du 1er tour de la primaire de 2011 (Valls, Baylet, Royal, Montebourg avaient tous soutenu Hollande, même si seulement à titre personnel et après hésitations pour ce dernier). Copé devrait encore amplifier le « tout sauf Sarkozy », qui cherche à s’exprimer depuis la fin 2010 (avec, déjà, la recherche timide et éphémère d’une solution de remplacement –Borloo, Fillon, Juppé- à un candidat qui paraissait déjà perdant d’avance, Sarkozy gardant alors « au chaud » Fillon et Juppé pour éviter que, hors du gouvernement, ils se posent en « recours » pour 2012).

Poisson, Copé, Mariton et NKM : jusqu’à 4 petits candidats paraissent probables, ce qui fait beaucoup, notamment pour l’organisation des débats télévisés. Sans atteindre le format des primaires du GOP de cette année, la primaire à 6 (en fait 5+1, avec le temps de parole de Baylet permettant aux autres candidats de se reposer, de s’éclaircir la voix ou de s’en servir pour attaquer un autre candidat…) du PS de 2011 serait dépassée.

4. En effet, 4 « grands » candidats semblent assurés d’y participer.

Bruno Le Maire est dans une position intermédiaire. Il tente réellement d’être LE candidat. Après tout, s’il réussit (à cause des arguments qui peuvent séduire : la « jeunesse », du « renouvellement », de l’« outsider », de l’« underdog »), il pourra surfer sur une vague médiatique et un story-telling favorables, de rajeunissement, de surprise. S’il échoue, ce qui est le plus probable, il se positionnera fortement pour Matignon ou pour un grand ministère. Il aura pu négocier chèrement son ralliement d’entre les deux tours, sûrement encore mieux que Montebourg, Royal et Valls, tous récompensés dès 2012. Il sera probablement dans la situation d’un Montebourg, faisant mieux que prévu dans les sondages (par effacement de Fillon et différence de génération et parce que, de partiellement inconnu, il intègrera le cénacle étonnamment limité des hommes politiques que 95 % des Français connaissent) et attendant le dernier moment pour se rallier.

Ouvrons une parenthèse : ce point pourrait d’ailleurs tenter d’autres candidats potentiels. Cependant, soit ils n’ont pas une base suffisante en interne (Chatel, de surcroît déjà gêné par la présence du libéral Mariton), soit ils sont sur le déclin (Raffarin), soit ils ont d’autres outils pour faire valoir leur importance (Baroin, par l’AMF et la franc-maçonnerie), soit ils prendraient trop de risques par rapport à leurs bases actuelles de pouvoir (Pécresse, au surplus trop peu « identifiée » idéologiquement pour fédérer suffisamment d’électeurs ; Wauquiez, devenu de toute façon déjà incontournable). En ce qui concerne Wauquiez, seul un effacement de Sarkozy pourrait lui laisser le champ libre. Tant que Sarkozy est candidat, il a intérêt à se positionner pour récupérer son courant (comme Copé attendait la chute en 2012 et comme Valls surveille la fin du hollandisme en 2017), soit lorsque Juppé aura gagné la primaire, soit après 2017, que Sarkozy perde ou qu’il devienne un président croupion dont tout le monde préparera la succession en 2022. Wauquiez peut même espérer récupérer l’ensemble du parti en 2017, ce qui serait sûrement plus fort encore que viser Matignon ou un grand ministère.
Si Sarkozy glissait vraiment trop dans les sondages ou était définitivement rattrapé par les « affaires » (au sens d’un flux médiatique vraiment trop négatif), ce qui est loin d’être le plus probable, Wauquiez pourrait envisager une candidature dès 2017. Ce serait probablement imprudent, mais le personnage n’a pas froid aux yeux et peut toujours se souvenir de l’âge de Cameron, de Renzi ou de Rubio (ou… d’Ed Miliband !). Revenons à Le Maire.

Ses atouts : l’élément générationnel (malgré les cheveux gris et l’allure technocratique) comme celui du renouvellement (pas entièrement équivalents) sont évidemment la base de sa campagne.
Une certaine image de probité et de compétence technique est sûrement à cultiver.
Son positionnement politique est assez central et il n’effraie aucun électeur potentiel de la primaire, même si, sociologiquement, un électeur FN aura davantage de mal à s’identifier à lui.
Il ne pourra que progresser dans les sondages, ce qui donnera, même fictivement, l’apparence d’une « dynamique ».
Le fait que Thierry Solère, lemairiste, soit l’organisateur de la primaire peut lui donner un petit avantage, dans la connaissance des bureaux de vote, notamment, et dans la capacité à adapter son équipe un peu plus en amont. Mais les représentants des autres candidats sont aussi très attentifs… et très fins connaisseurs de la carte électorale…

Ses faiblesses : même si Hollande en a finalement promu beaucoup, même si les médias sont… bizarres (pourquoi Pellerin, Azoulay ou Macron seraient-ils des éléments de « fraîcheur », là où on raillait les Fabius, Juppé, Copé et consorts ?), le fait d’être énarque n’est pas porteur.
Son corpus idéologique n’apparaît pas clairement. Il ne se rattache à aucune famille précisément, même de loin, et cela peut brouiller inconsciemment son image, déjà formellement assez lisse.
S’il n’est pas désagréable, il n’a pas véritablement de charisme.

Toujours est-il que Le Maire n’a rien à perdre. En phase ascendante, il ne doit sa force qu’à la légitimité du vote, car son équipe et ses soutiens internes sont trop restreints et sa spécificité idéologique trop faible. Il lui est donc indispensable de participer à la primaire, pour pouvoir compter ensuite (exactement comme Montebourg, même si celui-ci était encore plus isolé au sein du parti). Et il comptera forcément, car il est plutôt compétent et organisé et que la droite ne croule pas sous les profils corrects, un tantinet avenants et qui ne soient pas des repoussoirs. Il peut terminer Premier ministre, ministre des Affaires étrangères ou ministre des Finances, mais sera de toute façon dans le carré dirigeant.

François Fillon joue sa dernière chance d’un destin présidentiel. Il a lui-même brûlé ses vaisseaux en s’engageant à un mandat unique et à renoncer à sa carrière politique en cas d’échec aux primaires. Il donne presque l’impression de se convaincre lui-même qu’il ira jusqu’au bout… ce qui n’est pas si bon sur le plan de l’image… Il gâche d’ailleurs sûrement une chance de finir ministre de la Défense (sa spécialité initiale, qu’il n’a jamais pu faire fructifier) ou président de l’Assemblée nationale. Il n’a rien à perdre et sera surtout gênant pour Sarkozy car c’est probablement sur lui qu’il concentrera ses attaques, même si Le Maire a probablement un positionnement électoral équivalent et constitue donc son adversaire direct.

Ses atouts : son positionnement au sein des Républicains est normalement idéal, comme, d’ailleurs, celui de Hollande en 2010, avant la chute de DSK (ce qui me faisait dire alors qu’il n’était nullement assuré que ce dernier l’emporte, notamment face à la seule subtilité hollandaise : la « normalité », qui visait autant DSK que Sarkozy, en réalité), ou celui d’Aubry après la chute de DSK. Il est en effet aux environs du milieu du parti.
A l’extérieur du parti, il n’indispose que peu de monde, que ce soit au FN, à l’UDI, au MoDem ou même à gauche. Cette capacité « attrape-tout » est, sur le papier, une force.

Ses faiblesses : sa personnalité et son manque de crédibilité dans sa détermination sont ses principales faiblesses. Il n’entraîne pas et n’enflamme pas : c’est un Benoît XVI davantage qu’un François… C’est sûrement dommage, mais le système médiatique n’est pas fait pour lui…
De plus, de manière seulement accessoire (car peu perçue par l’opinion), son virage libéral peut brouiller son image et lui faire perdre sa capacité à rassembler les troupes séguino-souverainistes et gaullistes sociales.
Si l’élection de 2012 à la présidence de l’UMP a renforcé ses réseaux internes, ils sont fragiles et les défections commencent à être inquiétantes (Bussereau, Baroin, Woerth, Ciotti,… Pécresse hésitante, Goujon et Lamour louvoyants,…).
En outre, sa modération personnelle par rapport à un Sarkozy est estompée par la présence de Juppé et son avantage comparatif sur ce point a disparu.
Surtout, les quelques sondages réalisés avec une hypothèse Fillon au 1er tour de la présidentielle l’ont placé au mieux à égalité avec Hollande et plus souvent en dessous de celui-ci. Ce problème d’electability est essentiel.

Nicolas Sarkozy sera candidat. Comme Mitterrand, comme Chirac, comme Hollande, toute spéculation sur sa renonciation paraît avoir très, très peu de chances de se réaliser. Il est né et ne respire que pour cela. Cependant, comme je le pensais en 2012 (même si je pensais que ce serait Copé qui l’en empêcherait… :P), il ne devrait pas parvenir à franchir la primaire. Il a désormais trop de faiblesses pour cela.

Ses atouts : sa combativité, sa maîtrise médiatique, son charisme (lorsque la dynamique n’est pas trop négative, toutefois) ne sont plus à démontrer. Sa base au sein du parti est forte, sa maîtrise de l’appareil lui donne des moyens de pression (investitures notamment, mais aussi nomination des secrétaires des fédérations départementales, qui pourront organiser les bureaux de vote à leur main).

La base militante des Républicains reste une force pour lui et c’est un électorat qui votera de manière certaine. Le légitimisme et le bonapartisme sont encore puissants, comme l’a montré le bon score de Copé en 2012 à l’élection interne de l’UMP.

La base militante est aussi moins sensible à l’argument de l’electability et le phénomène Royal de 2006 ne se reproduira pas ici.

Son retard apparent dans les sondages peut constituer une force dans le récit médiatique (« le retour », « il remonte », « ce n’était pas attendu ») et dans son positionnement et son discours (« je suis l’outsider » contre le candidat du « système », Juppé), tant la place de favori est souvent difficile à porter, surtout lorsque l’on est un pur insider.

Ses faiblesses : de plus en plus, il est l’homme du passé.
Et même d’un certain passif électoral, car, au fond, il n’aura gagné que l’élection de 2007 et perdu toutes les autres. Même les régionales de 2015 ne peuvent être portées à son crédit, comme on l’a déjà vu.
La position d’underdog face au favori Juppé ne doit pas non plus durer trop longtemps. On sent d’ailleurs que cela démange déjà Sarkozy : comment pourrait-il attendre septembre pour se déclarer… ? Mais le maintien à haut niveau d’un Trump (même si comparer Trump et Juppé est, je le concède, quelque peu hardi) montre qu’il ne faut pas penser que toute bulle est destinée à éclater.
Plus largement, son electability est devenue faible : il ne devance Hollande que de peu, ce qui est un comble après 4 ans d’échecs, de flou et d’impuissance velléitaire. Pour l’électeur de droite et du centre-droit, il perd là son avantage comparatif le plus important. Sa candidature ferait revivre 2012 ; elle ouvrirait la voie à une candidature de Bayrou (même si celle-ci peut tout aussi bien nuire à Hollande : nous y reviendrons) ; elle remobiliserait la gauche. Tous éléments qui rendent le choix de Sarkozy dangereux pour l’électeur de la primaire.
D’ailleurs, dès le stade de la primaire, certains électeurs de gauche et bayrouïstes viendront probablement tenter de s’en « débarrasser ».
Ce phénomène sera sûrement plus faible qu’attendu, car beaucoup annoncent une intention de voter qui ne se concrétisera pas forcément (la paresse ou le soleil d’un week-end faisant ou la réticence à s’afficher dans un lieu public pour cette primaire retenant). En revanche, les sondages montrent que les intentions de vote pour Sarkozy sont d’autant plus fortes que la tranche d’âge est faible : là est le vrai problème pour l’ex-président car, plus on est jeune, moins on vote.
De manière générale, Sarkozy n’a pas réussi à empêcher la primaire, qui le banalise, et dont il ne voulait pas. Il semble avoir du mal à empêcher les candidatures. Il ne lui reste plus qu’à tenter d’empêcher les électeurs de venir. Mais le battage médiatique sera tel que l’organisation ne pourra pas ne pas assurer la participation d’au moins 2 à 3 millions d’électeurs.
D’ailleurs, plus Hollande s’enfonce, plus les médias trouveront un intérêt à « raconter » l’histoire de la primaire de la droite et plus les CSP+ et les électeurs modérés viendront participer.

Alain Juppé ne renoncera évidemment pas car c’est vraiment son ultime action politique.

Ses atouts : son principal atout est celui de l’electability, de l’efficacité électorale. Il écraserait Hollande et serait même qualifié en cas de candidature Valls ou Macron. Aux primaires du PS de 2006 et de 2011, c’est bien ce que les participants ont recherché, snobant les solides Fabius et DSK au profit de la star sondagière Royal, renonçant à la solide Aubry pour un Hollande mieux en mesure de capter vers le centre.
Son côté « attrape-tout« , au-dessus des partis, « France unie » de Mitterrand en 1988 (précisément ce que cherchait à refaire Hollande…), sa capacité à phagocyter le centre et à récupérer ce noyau de CSP+ qui fait la bascule droite-gauche (électeurs potentiels ou réels de Villepin, Bayrou DSK, Borloo, Hollande, Valls, Macron, selon les époques) est un atout important, en tous les cas sur le papier. Il a aussi un effet démobilisateur à gauche : face à Sarkozy, même un socialiste trahi, déçu, honteux de la tournure du quinquennat Hollande, fera l’effort d’aller « faire barrage » ; avec Juppé, un dimanche à la campagne n’est pas un problème pour ce même électeur…
Le « tout sauf Sarkozy » monte parmi les cadres comme parmi les électeurs, pour une multitude de raisons (rancœurs accumulées, crainte d’un retour surprise de la gauche, etc.). Parmi les cadres et dans la primaire des soutiens (endorsement primary), c’est sûrement lui qui a le plus à gagner, car il pourrait bien dépecer Fillon : Accoyer, Pécresse,… pourraient bien rejoindre Bussereau, Raffarin,…
Par défaut, Juppé pourrait bénéficier du « tout sauf Sarkozy » auprès des électeurs, soit dès le 1er tour, soit au 2nd, en ralliant les électeurs de Fillon et Le Maire. Dans les sondages, qu’il s’agisse de reports ou de seconds choix, Sarkozy est toujours en retrait par rapport à Juppé, certes pas toujours de manière massive, mais suffisamment pour empêcher toute dynamique positive d’un tour à l’autre si Sarkozy et Juppé finissent au coude à coude au premier.
Ses relais médiatiques sont les seuls qui peuvent concurrencer ceux de Sarkozy. De ce point de vue, si Sarkozy ne se retrouve plus soutenu que par Valeurs Actuelles, il aura beaucoup perdu.

Ses faiblesses : Juppé risque le phénomène de la « bulle » et de la dynamique négative. Dès qu’il baissera un peu (ce qui serait normal au regard du niveau trop élevé atteint), le discours médiatique pourrait s’inverser brusquement.
Sa personnalité, avec les risques de dérapages bien connus (arrogance, excès de confiance, intellectualisme,…) mais aussi de nouveaux (une trop longue fréquentation des milieux bobos et médiatiques qui l’éloignent de la base, qu’il connaissait pourtant bien du temps du RPR des années 1980), peut toujours se retourner contre lui.
Les « vieilles casseroles » seront bien entendu réactivées par Hortefeux et l’équipe de campagne de Sarkozy. Le souvenir de 1995 sera probablement ravivé.
Ses soutiens internes sont pour le moment réduits, même si les ralliements commencent à frémir. Cependant, cette faiblesse est conjoncturelle : la réactivation du chiraquisme devrait lui assurer des réseaux non négligeables.

5. De manière synthétique, plusieurs étapes et critères mériteront d’être suivis au cours de la campagne de cette primaire. Si l’américanisation n’est pas totale, elle est toutefois bien engagée. La seule différence, c’est qu’il n’y a qu’un jour d’élection… malheureusement (la litanie des primaires par état est tellement sympathique…).

Livres : pour être candidat, il faut écrire. C’est fait pour tous les candidats. Le passage par cette étape est même tellement obligé qu’il en devient risible.

– Confessions, confidences, vie privée, peopolisation : plus ou moins développée selon les candidats, cette tendance est également inévitable puisque la présidentielle et la primaire personnalisent à outrance le processus de désignation. Il est certain que la personnalité aura d’autant plus de poids que les affrontements internes à la droite sont, depuis les années 1970, nettement personnels, davantage qu’idéologiques ou stratégiques. Ce sera d’autant plus vrai en 2016 que le choix tactique est difficile entre un Juppé a priori populaire mais ouvrant un espace à droite et un Sarkozy plus combatif mais perdant trop sur sa gauche. Toutefois, en termes de personnalité, Le Maire a sûrement le plus à gagner et Sarkozy ne peut refaire son retard, quand bien même les aspects les moins sympathiques de Juppé referaient surface.

Médias : le soutien médiatique, même indirect (les médias de gauche américains ont aussi fait le succès de Trump, en évitant soigneusement de mettre en valeur des rivaux bien plus dangereux pour Hillary Clinton… le fait que Sarkozy ait mordu sur des médias normalement du centre ou de gauche en 2007 a contribué à plomber définitivement la candidature Royal), est et sera essentiel. Il est cependant volatil et l’engagement politique d’un média est parfois mis au second plan si l’intérêt commercial commande de « raconter une histoire » ou de « changer de cheval » pour un plus porteur. La majorité étant nettement à gauche parmi les médias français, Sarkozy part avec un désavantage net (d’autant que son opération de charme de 2007 n’avait déjà pu être rééditée en 2012). Il se pourrait aussi que les médias de droite, notamment proches du Medef, l’abandonnent tout à fait, au profit de Juppé, candidat du « système ».

Militants et adhérents : le duel Copé-Fillon a montré leur importance. Il a également confirmé qu’ils étaient plus à droite que les sympathisants. Mais il s’agissait bien entendu d’une élection interne, au corps électoral nettement plus réduit. D’une certaine manière, on pourrait même dire que Fillon a quand même réussi à avoir 50 % et que ce ne fut pas si mal… Quoi qu’il en soit, les réseaux militants auront leur importance pour mobiliser localement le jour du vote, pour faire pression sur les élus indécis et pour compenser le manque de moyens financiers quand il s’agira d’organiser des meetings plus conséquents ou de « faire la claque » de manière ciblée. A ce jeu, Sarkozy surtout, mais aussi Fillon, Le Maire et même Copé, partent avec un avantage en raison de leurs situations présente et passées ou de leurs campagnes récentes.

Signatures : de manière connexe, le volume de parrainages fera l’objet d’une mini-compétition, comme ce fut le cas en 2012 à l’UMP, avec une petite surprise dans la « victoire » de Fillon. Toutefois, ceux qui en étaient à l’origine (Ciotti et Wauquiez) ne travaillent plus pour lui. De ce point de vue, Sarkozy dispose probablement d’un avantage massif.

Comités de soutien : en France, il s’agit davantage de belles brochettes de vedettes médiatiques, « culturelles » et de la société civile de tous types. Les Super-PAC américains n’ont pas (encore) d’équivalent en France. De ce point de vue, Juppé aura sûrement la capacité à constituer le comité le plus avenant.

Endorsement primary (soutiens, ralliements) : elle sera importante. La décision tardive de l’establishment du GOP en faveur de Rubio va probablement lui coûter l’investiture ; la victoire d’Hillary Clinton dans cette primaire depuis longtemps a installé le sentiment d’inévitabilité.

Des ralliements, cela se reçoit au compte-gouttes, à des moments cruciaux (Christie ralliant Trump juste au moment où Rubio prenait l’ascendant en débat ou Sarkozy s’affichant avec Simone Veil pour compenser ses clins d’œil aux électeurs FN en 2007), cela se valorise, cela s’utilise en périodes de creux médiatique. L’affrontement Copé-Fillon de 2012 en fut un exemple accompli. La presse régionale y accorde de l’importance et, localement, cela peut avoir un effet d’entraînement non négligeable.

En interne, seuls quelques-uns compteront : Wauquiez car il est l’avenir du parti ; mais il compterait davantage s’il ralliait de manière inattendue quelqu’un d’autre que Sarkozy ou s’il ne soutenait personne… Bertrand dispose de réseaux et de parlementaires et, désormais, une vraie surface médiatique : son ralliement aura un vrai poids électoral ; idéologiquement et tactiquement (dans le but de reprendre ensuite son courant, après sa défaite…), il devrait rallier Fillon, mais rien n’est moins sûr. Pécresse a acquis un peu plus d’importance avec sa victoire en Ile-de-France : son ralliement aurait d’autant plus de poids qu’il ne serait pas vers Fillon ; auquel cas, on la voit mal soutenir Le Maire, rival du futur, mais plutôt Juppé, par fidélité chiraquienne et capacité à « féminiser » et rajeunir son image, en échange d’une promesse de ministère régalien (Affaires étrangères, Justice).

Certains ralliements auront un impact médiatique qui peut être plus important que leur poids réel : tout « petit » candidat qui se rallierait à un « grand » avant le 1er tour (notamment NKM), Estrosi, Larcher s’il lâche Fillon, Morano si elle rallie Juppé à la surprise générale, quelques vieilles gloires comme MAM.

De l’extérieur, certains structures peuvent évidemment être utiles : Lagarde et ses réseaux de banlieue, certaines filières d’extrême-droite éventuellement, Bayrou lui-même mais il a dit qu’il ne se prononcerait pas avant la fin de la primaire.

Dans la mesure où ils partent de loin, Juppé et Le Maire sont ceux qui ont le plus à gagner, notamment au plan local. Fillon devrait être le principal perdant, car il part de sa référence de 2012, très élevée. Sarkozy devrait être plutôt défavorisé par rapport à tous ceux qui devraient normalement le soutenir (et Darmanin a montré que l’on pouvait désobéir à Sarkozy), mais il est capable d’amortir cette impression en valorisant mieux ses soutiens et en faisant croire que Wauquiez, Baroin, Ciotti ou Woerth sont des « prises de guerre » authentiques au lieu de simples « retours à la maison ».

Argent : il est évidemment nettement moins important qu’aux Etats-Unis, car la primaire constitue une seule campagne, qu’elle ne nécessite pas des kyrielles de meetings (la campagne virtuelle et médiatique est tout aussi importante) dans toute la France (il suffit de cibler la petite trentaine de départements à forte participation potentielle) et que les médias sont disposés à faire de l’audience en diffusant gratuitement les débats, moment majeur de la campagne. Sarkozy, Juppé et, de manière moindre, Fillon devraient tous être suffisamment dotés financièrement (et ils ont déjà prospecté depuis de longs mois auprès de leurs soutiens, personnes physiques ou personnes morales, y compris à l’étranger).

Débats : seront-ils aussi favorables que ceux du PS en 2011 (à l’époque, c’était une nouveauté et la droite, surprise, avait été totalement muette pendant 2 mois…) ? seront-ils aussi négatifs et personnels que ceux du GOP (allant crescendo en 2008, 2012, 2016) ? C’est difficile à dire, en fonction du nombre de candidats, du format adopté, du rôle des journalistes.

Toujours est-il que Sarkozy est, a priori, le plus à l’aise, sans que Copé ou Juppé soient en reste. Fillon et Le Maire seront sûrement moins avantagés. Il convient cependant de ne pas exagérer leur importance : favorables à la notoriété de Montebourg et Valls, ils peuvent avantager Le Maire ; mais ils ne défont pas une candidature (Hollande préservant à bout de bras un équilibre fragile, dans lequel il ne disait rien…), ni ne permettent de combler un retard, car les attaques sont retenues, de peur d’apparaître comme le diviseur (cf. une Aubry un peu amorphe). C’est sur ce dernier point toutefois que la primaire de 2016 pourrait diverger de celle de 2011…

Sondages et analyses : il est certain que les sondages ont un rôle essentiel dans une primaire, comme dans toute élection moderne. Pour le PS en 2011, ils furent corrects dans leur pertinence. Il n’est pas impossible qu’ils soient un peu moins fiables cette fois, car l’électeur de droite votera davantage sur la personnalité et sur les idées que sur l’electability et que l’électeur de gauche ou du centre viendra moins voter qu’il ne le dit.

Mais les sondages ont davantage de poids par la situation qu’ils installent (Juppé est évidemment favori de ce point de vue) ou par les « analyses », discours, récits qu’ils suscitent, à tort ou à raison.

Il sera alors question de dynamique (momentum), de surprise, d’outsider ou d’underdog qui se relèvent, de favori et de bulle qui explosent,…

Tout cela tient au fait que ce sont souvent davantage les positions relatives qui importent que les niveaux absolus. Juppé a alors tout à perdre, Le Maire et Sarkozy tout à gagner.

Ce sont aussi les anticipations (expectations) qui modèlent tout le discours médiatique et qui font qu’une performance est jugée décevante parce qu’on l’anticipait de manière excessivement haute ou qu’un candidat surprend positivement parce que l’on n’attendait rien de particulier. Les résultats sont comparés par rapport aux attentes, aux suppositions, aux pronostics, non par rapport à l’élection précédente ou à l’analyse sociologique et politique de fond ou même aux sondages bruts.

Les seuils psychologiques dans les résultats sont également importants (de 10 en 10 ou de 5 en 5).

Tous ces éléments seront essentiels pour les 4 grands candidats, mais surtout entre les 2 tours.

Electability : c’est elle (ou son anticipation…) qui a fait le résultat des primaires du PS de 2006 et 2011. Toute la question sera de savoir si elle décide de l’issue de la primaire de 2016. Juppé est alors le vrai favori, Sarkozy ayant perdu sa « magie » électorale (d’ailleurs évidente seulement au 1er tour de 2007…). Mais elle peut être interprétée différemment du simple résultat potentiel du 2nd tour de la présidentielle ou de la capacité à être devant Hollande au 1er tour : elle peut être une version dégradée de cette dernière, à savoir, la capacité à mener et réussir une campagne présidentielle, exercice long, périlleux, éreintant, qui demande de l’endurance, de la chance, de la maîtrise, une capacité de rebond et de réaction, etc. Alors, Sarkozy a un avantage indéniable.

Je consacrerai prochainement un deuxième article à l’analyse des sondages déjà publiés sur la primaire de la droite et du centre.

Bon Super Tuesday à tous et Rubio for president !