Derniers sondages IPSOS et BVA pour le premier tour de la présidentielle 2017: faiblesse persistante de Hollande, stabilisation apparente de la droite, étiage élevé pour le FN

Sondage BVA pour Orange et la presse régionale, réalisé du 10 au 12 juin 2016 auprès d’un échantillon de 910 personnes sur un total de 1 001

Sondage IPSOS pour Le Monde et le CEVIPOF, réalisé du 13 au 22 mai 2016 auprès d’un échantillon de 1 134 personnes certaines d’aller voter sur un total de 19 455

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Graphique sondages 1T 2017 Juppé-Hollande sans Bayrou.png

1. Bien sûr, l’affichage, à l’occasion du sondage BVA, d’un dépassement de Hollande par Mélenchon dans certains cas de figure ou, au moins, d’une égalité, est médiatiquement porteuse. Toutefois, l’écart s’étant déjà resserré, le croisement ponctuel des courbes n’était pas inatteignable. Comme lors du précédent resserrement, il convient de conserver une certaine distance et de constater que

  • les facteurs poussant Hollande à la baisse et Mélenchon à la hausse finiront par disparaître:
    les grèves et manifestations se dissolvent progressivement et, au plus tard, la coupure estivale et les bons vieux congés pays vont y mettre un terme;
    la « fronde » interne au PS ne s’incarne pas davantage qu’avant et ne peut se permettre d’aller jusqu’à risquer une crise politique majeure avec une chute du gouvernement, alors que les investitures pour les législatives commencent à se dessiner…;
    Hollande est tellement bas qu’il lui est difficile de poursuivre encore la décrue;
  • l’évolution sondagière à gauche connaîtra de nouveau l’enclenchement, comme en économie, de « stabilisateurs automatiques »:
    les électeurs de gauche modérée ne pourront rester insensibles à une trop longue période de faiblesse de leur candidat, même par défaut;
    l’émergence progressive du débat à droite dans le cadre de la primaire tendra à remobiliser l’électeur de gauche dans le cadre d’un vote utile, surtout si la primaire se focalise alternativement sur un programme économique libéral et sur un credo de défense de l’identité nationale, ce qui fait deux épouvantails pour le prix d’un pour le vieil électeur de gauche…

Mais, évidemment, l’affaiblissement partisan d’un Hollande déjà dépouillé de toute autorité internationale et nationale laissera des traces probablement rédhibitoires désormais. Il est difficile d’espérer gagner alors que l’on est déjà si faible en interne. Sa dérive sondagière ne peut en effet qu’entretenir l’agitation autour de Montebourg ou libérer encore davantage la parole de Hamon ou Lienemann et ne peut que le soumettre encore davantage aux divisions et aux pressions pour organiser une primaire.

Néanmoins, les fondamentaux restent:
les seuls en interne qui pourraient prétendre à la candidature, Montebourg et Valls, sont trop affaiblis dans les sondages ou ne susciteraient aucune unité suffisante (en particulier pas Montebourg, dont les aubrystes ne veulent pas et que les « frondeurs » n’ont pas réellement adopté, ainsi que nous l’avons déjà expliqué) pour inquiéter Hollande; ce dernier est trop faible pour gagner en 2017, mais reste suffisamment structuré en interne pour empêcher toute concurrence sérieuse;
à cet égard, la « victoire » prévisible en justice face au recours de 3 militants tentant de forcer l’organisation de la primaire du PS (les tribunaux refusant systématiquement de s’impliquer dans la vie interne des partis, malgré la clarté totale de ceux-ci au cas d’espèce: mais bon, une carrière de magistrat est si fragile…) confirme que la primaire n’aura jamais lieu, la godille permanente d’un Camabdélis qui contrôle totalement le processus et l’absence d’intérêt réel de quiconque à l’extérieur du PS à ce qu’elle soit organisée assurant bien que le président sortant n’aura pas à s’y soumettre.

2. La bonne santé de Mélenchon sera avérée s’il parvient à se rapprocher durablement des 20%. C’est peu probable et il convient de noter que son léger rebond tient aussi à l’extinction progressive de Duflot et pas seulement à la faiblesse insigne de Hollande. L’exploit mélenchonien est donc à relativiser, même si, en termes d’affichage, il reste appréciable pour lui.

L’absence d’émergence de Duflot, si elle était initialement, comme nous l’avons abondamment expliqué, un objectif de Hollande, est en train, comme anticipé, de finir par se retourner contre lui. Car l’hypothèse Hulot réémerge et est autrement plus dangereuse, en raison de son positionnement plus modéré et donc potentiellement plus concurrent de Hollande et en raison de l’effacement médiatique de Macron, qui laisse de nouveau un créneau libre pour un candidat (demi-) »surprise » (un peu sur le retour, mais les médias n’ont rien d’autre à se mettre sous la dent…).

Tout va être bon pour dissuader Hulot d’être candidat et l’intérêt de Cambadélis pour le personnage n’est certainement pas celui que nous décrivent les médias, au nom d’une soi-disant préférence pour une écologie moins punitive…

3. A droite, la stabilité est trompeuse. En effet, l’écart entre Juppé et Sarkozy tient maintenant uniquement à la présence ou à l’absence de Bayrou, qui reste un facteur incertain.

Surtout, la candidature Juppé semble s’essouffler:
– son équipe apparaît réduite et peu professionnelle; l’absence de ralliements de poids n’est bonne ni en termes d’image, ni en termes d’organisation; même si l’équipe Juppé en garde sûrement pour l’automne, c’est assez étonnant de voir que beaucoup d’élus continuent d’être très prudents, malgré les bons sondages de Juppé;
– les grèves et manifestations remémorent à beaucoup l’expérience douloureuse de l’échec humiliant de 1995 et de la difficulté personnelle de Juppé à le gérer; les mouvements actuels renvoient à la fois à la question de l’autorité (Sarkozy prenant alors un avantage comparatif) et à celle du renouvellement (Le Maire gagnant fortement dans les sondages qualitatifs sur le sujet);
– le mécontentement est tel à l’égard du pouvoir en place et les tensions, dues aux attentats et à l’agitation générale, sont telles que le sentiment de colère (qui a bénéficié à Trump, son électeur étant avant tout quelqu’un d’angry et de distrustful à l’égard de l’élite, en dehors de toute autre considération sociologique ou idéologique) devient plus prégnant à droite et favorise Sarkozy davantage que Juppé, qui ne peut « muscler » son discours (ce qu’il semble en train de commencer de faire) sans perdre un peu au centre;
– le dynamisme personnel de Sarkozy, l’arrogance naturelle de Juppé (toute justifiée qu’elle soit ponctuellement si elle s’applique à un Douillet, un Courtial, un Estrosi ou un Balkany…), l’accumulation, au cours du temps, de beaucoup d’inimitiés de la part de Juppé (et pas seulement de la part de l’opportuniste gâté qu’est Baroin), encore davantage que de la part de Sarkozy, et le moindre nombre de « vassaux » et de redevables de Juppé que de Sarkozy ne peuvent que bénéficier à ce dernier.

En plus de ces éléments structurels, Sarkozy bénéficie, en ce moment, de facilités de campagne réelles, par rapport aux petites écuries Juppé, Fillon et Le Maire; cette exploitation sans vergogne des moyens du parti rappelle celle de Copé en 2012 et il est incroyable que la naïveté des Fillon, Juppé et Le Maire se reproduise presque à l’identique. Le calendrier de candidature de Sarkozy, s’il présente le risque d’être trop tardif pour remonter tout son retard sondagier, fournit au moins l’avantage de lui permettre de trouver le créneau le plus porteur (la nation, l’identité, la sécurité), alors que tous ses adversaires ont déjà abattu leurs cartes et ont insisté sur des éléments moins favorables en termes d’opinion (la rigueur budgétaire, le libéralisme, la réforme institutionnelle ou la « méthode »).

Dans la mesure où l’été va vite venir, ces avantages conjoncturels ne seront peut-être pas suffisants pour Sarkozy. Mais ses adversaires ne devront pas oublier que Fillon avait dilapidé l’été 2012 et son avance dans son duel avec Copé, qui avait mis à profit la période pour labourer, s’organiser, structurer, faire le travail de l’ombre… Juppé semble en être conscient, qui parle sécurité, armée, terrorisme, autorité, laïcité, islam, etc. avec un peu plus d’entrain et de fermeté qu’il y a ne serait-ce que quelques semaines.

Bien entendu, il faut rappeler que les forces comparatives de Juppé persistent (electability, prédominance chez les électeurs âgés et CSP+ plus susceptibles de voter les 20 et 27 novembre, enjeu important d’une primaire qui sera peut-être la véritable élection, faveurs de l’oligarchie médiatico-intellectualo-politico-économique,…). De fait, son essoufflement est surtout sensible dans les sondages de popularité et dans les sondages qualitatifs (et dans le flux médiatique); l’effritement reste faible (primaire) ou inexistant (présidentielle) dans les sondages d’intentions de vote.

Mais le qualitatif précède souvent le quantitatif. Et la nouvelle progression de Le Maire dans les sondages qualitatifs crée une menace potentielle davantage tournée vers Juppé cette fois-ci (alors que, lors de l’annonce de sa candidature, Le Maire semblait davantage grignoter sur Sarkozy, quelque peu atone alors), d’autant plus qu’il est désormais, au premier tour de la présidentielle au même potentiel que Fillon et n’est donc plus menacé d’élimination par Hollande ou Bayrou. Il faudra donc surveiller Le Maire dans les prochaines enquêtes sur la primaire.

4. Si Marine Le Pen n’est plus à 30%, la consolidation de son potentiel électoral nettement au-dessus de 25% est notable.

En effet, cela se produit alors qu’elle est médiatiquement en retrait. En outre, les dissensions apparaissent de plus en plus nettement entre la tendance Marion et la tendance Philippot. Enfin, l’actualité n’est pas favorable et accroît encore les « grands écarts » et les risques de brouillage du message:
– comment ne pas s’aligner sur une CGT quasi-anarcho-révolutionnaire, sans toutefois revenir au vieux libéralisme économique de Papa Le Pen et paraître cautionner la loi sociale-libérale, c’est-à-dire reperdre le massif électorat populaire si durement acquis ?
– comment soutenir le Brexit sans cautionner une politique libérale et finalement réaliste à l’égard de l’UE ?

Le FN est de plus en plus écartelé et ses contradictions internes (idéologiques, sociologiques, personnelles) sont de plus en plus sensibles. La dynamique favorable au plan sondagier et électoral assure le maintien de l’unité pour le moment, mais la zone de danger commence de se rapprocher…

Il est certain que cet étiage de haut niveau peut tout aussi bien s’analyser comme un plafond. Marine Le Pen est peut-être trop haut trop tôt, sans possibilité de créer la surprise et la « dynamique », tant sa qualification pour le second tour est désormais intégrée par tous, politiques, médias et électeurs. La banalisation de la violence, l’accoutumance aux attentats, la fin de la grande vague migratoire, la difficulté à exploiter aisément sur le plan électoral l’abaissement européen devant la Turquie, le « vieillissement » de l’image de Marine Le Pen dans une société médiatique qui change perpétuellement, l’absence de ralliements de poids au FN sur le plan national, autant d’éléments qui empêchent d’envisager une progression supplémentaire, au-delà de 30%. Et les sondages de second tour sont totalement inintéressants, car Marine  Le Pen ne parvient pas à franchir les 40%, contre quelque candidat de droite que ce soit.

5. Enfin, dans la mesure où l’hypothèse Hulot n’est plus testée, où la visibilité de Bayrou est faible (son nom agissant essentiellement comme une « marque » d’un certain positionnement et non comme le réceptacle d’une réelle adhésion à une candidature) et où aucune candidature « surprise » n’émerge, aucun élément nouveau ne se manifeste dans ces derniers sondages… C’est, en soi, une caractéristique à relever.

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Derniers sondages IPSOS, IFOP et OpinionWay pour la primaire de la droite et du centre: effritement de Juppé, stabilisation de Sarkozy, absence d’émergence de concurrence tierce

Sondage OpinionWay pour Marianne, réalisé du 19 au 23 mai 2016 auprès d’un échantillon de 808 électeurs se déclarant certains de participer et considérant important d’aller voter sur un total de 9 672

Sondage IFOP pour Paris Match, i-Télé et Sud Radio, réalisé du 28 avril au 20 mai 2016 auprès d’un échantillon de 808 personnes certaines d’aller voter sur un total de 8 604

Sondage IPSOS pour Le Monde et le CEVIPOF, réalisé du 13 au 22 mai 2016 auprès d’un échantillon de 1 134 personnes certaines d’aller voter sur un total de 19 455

1. La participation à la primaire de la droite et du centre reste une inconnue importante, depuis l’article précédent traitant notamment de ce sujet. Le taux de participation oscille de 6 à 12% selon les sondeurs, mais de 6 à 10% pour les sondeurs (IPSOS et IFOP) les plus rompus à l’exercice et disposant des échantillons les plus larges, ce qui, en l’occurrence, est un avantage au regard de l’étroitesse du corps électoral potentiel dans un échantillon habituel de sondés.

Cela donnerait un corps électoral de 2,5 à 4 millions de personnes. Le plus probable est que ce soit le point bas de la fourchette qui soit le plus proche de la réalité, les velléités de participation s’érodant vite lorsque l’échéance se présente finalement, un peu comme l’idée (sincèrement?) généreuse d’inviter pour le dîner la grand-tante Sidonie, si seule mais si… enfin bon.

Même si le corps électoral était réduit à 2 millions, cela dépasserait néanmoins le cœur militant des Républicains. Il faut aussi considérer qu’il est bien possible que la participation progresse d’un tour à l’autre, ceux qui auront été vaincus par la paresse le 20 novembre ou qui auront préféré réduire leur dépense aux 2 euros du second tour se déplaçant alors le 27 novembre.

L’écart sera probablement plus important que pour la primaire socialiste d’octobre 2011 (seulement +0,4 à 0,5 point d’un tour à l’autre) car
– en 2011, aucun candidat ne suscitait un rejet tel que celui suscité aujourd’hui par Nicolas Sarkozy, même dans une partie de la droite;
– en 2011, les électeurs de gauche non socialiste, du centre et de droite susceptibles de participer à la primaire n’avaient pas perdu tout espoir de voir leur candidat (Mélenchon, Bayrou, Sarkozy) bien figurer au 1er tour et/ou se qualifier pour le 2nd tour et/ou l’emporter; aujourd’hui, la qualification de Marine Le Pen paraît si sûre et la situation du sortant Hollande est si périlleuse qu’une partie des électeurs de centre et de centre-gauche, voire de gauche, peut considérer que la primaire de la droite et du centre sera leur seule possibilité d’influer sur l’issue de la présidentielle de 2017; c’est à la primaire de la droite et du centre que l’élection se jouera peut-être;
– il convient de répéter que le PS n’organisera pas de primaire, ce qui motivera peut-être d’autant plus une petite frange d’électeurs de gauche et de centre-gauche à s’exprimer dans la seule vraie primaire disponible. Si des adhérents du PS ont déclenché un contentieux, la direction, hollandaise de fait, peut encore gagner beaucoup de temps, en conditionnant cette primaire « ouverte et citoyenne » à la participation des autres structures de gauche (PCF, EELV, voire PG), ce qui est évidemment exclu. Ainsi, sa responsabilité, y compris juridique, pourrait se trouver exonérée, une situation de force majeure » pouvant être constatée… En outre, les tribunaux rechignent souvent à trop s’ingérer dans la vie interne de ce qui reste une association (sur le plan politique cependant, cet élément s’ajoutera toutefois à la loi El Khomri et aux sorties de Macron pour désespérer un peu plus la base de gauche, ce qui ne fera pas vraiment les affaires du président-candidat, qui compte se réorienter vers la gauche, pour minimiser la « mobilisation différentielle » par rapport à l’électorat de droite);
– la familiarisation avec la pratique des primaires (mais aussi des élections internes à la présidence d’un parti) fait progressivement entrer l’exercice dans les us et coutumes de l’électeur.

2. Pour ce qui est des intentions de vote, il apparaît que Juppé ne progresse plus et semble même s’effriter un peu. L’agitation sociale, les blocages et grèves rappellent le précédent de 1995 et sa gestion peu couronnée de succès par le pouvoir Chirac-Villepin-Juppé de l’époque… Certains électeurs, à droite, peuvent aussi se dire que la « méthode douce » n’est décidément pas la bonne, ce qui n’est comparativement pas favorable à Juppé. En revanche, le rappel que la droite est économiquement libérale, qui ravive la polarisation, ne peut que nuire à l’ensemble des candidats Républicains, sans vraiment toucher l’un plus que l’autre.

Graphique sondages primaire 2016 ensemble

Cet effritement de Juppé ne bénéficie cependant pas spécialement à Sarkozy. Si les petits candidats ne dépassent pas 1% (sauf Copé), NKM ne progresse pas non plus. C’est plutôt Le Maire qui semble en situation de reprendre un peu d’ascendant. Nous avions dit dès le début que la zone d’inflexion entre les deux candidats majeurs se situerait un peu en-deçà des 35% et il est peu probable que Juppé se rapproche des 40. Il n’y a donc là rien d’inquiétant pour lui à ce stade, même s’il est pour le moment peu audible.

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Sarkozy a stoppé son érosion et il reste fort parmi les sympathisants LR, à un niveau équivalent à celui de Juppé. Dans la mesure où le résultat final devrait se situer entre les deux courbes (sauf à ce que les sondeurs soient particulièrement performants et la participation particulièrement forte), c’est une base correcte de départ pour lui. Cependant, le temps disponible pour la campagne se réduit et, avec le championnat d’Europe de football, l’agitation sociale pérennisée et la coupure estivale, il restera 3 mois utiles après la fin août. Sarkozy dirait toutefois que c’est amplement suffisant… Mais la couverture médiatique sera-t-elle aussi généreuse que celle accordée au PS en 2011? C’est peu probable et le CSA, alors qu’il n’avait rien dit en 2011, sera « vigilant » cette fois-ci…

En outre, le PS ne commettra pas la même erreur que celle de Sarkozy et de l’UMP, proprement fascinés et muets pendant quasiment deux mois à l’automne 2011, devant la nouveauté d’une vraie grande primaire et ne sachant pas tellement comment réagir et intéresser les médias à autre chose. Quel cataclysme politique, social, international involontaire aura déclenché Hollande d’ici là? Quelle perturbation volontaire a-t-il déjà concoctée pour parasiter la primaire de la droite et du centre? Tout le monde l’ignore, mais la probabilité en est forte.

A ce stade, le favori reste Juppé. C’est d’autant plus vrai que, malgré son effritement, ni Le Maire, ni surtout Fillon ne s’imposent réellement comme une menace réelle pour le duo de tête. Le Maire est certes en position de tirer profit d’une faiblesse d’un deux « grands », étant correctement placé dans les seconds choix des électeurs potentiels des autres candidats, selon IPSOS. Le Maire, s’il se positionnait un peu plus à droite, pourrait profiter d’erreurs de Sarkozy.

Mais le premier « second choix » des électeurs de Sarkozy, c’est Juppé, ce qui valide d’ailleurs l’argument fort du critère d’electability  pour ces électeurs potentiels, Le Maire et Fillon n’ayant pas démontré une capacité à assurer une distance de sécurité suffisante à l’égard de Hollande ou Bayrou pour la qualification au second tour. En sens inverse, Sarkozy n’est que le troisième « second choix » des électeurs de Juppé, montrant que ces derniers adhèrent davantage à la personnalité et/ou aux idées. Cela signifie que Sarkozy ne bénéficierait pas forcément d’une décrue de Juppé et que Le Maire se positionnerait sûrement en alternative.

Juppé est d’ailleurs nettement en tête des seconds choix des électeurs Fillon (38 contre 23 vers Le Maire et 11 vers Sarkozy) et des électeurs Le Maire (40 contre 28 vers Sarkozy et 13 vers Fillon). La marge de progression de Sarkozy n’est donc pas majeure au-delà de son noyau, important, de fidèles.

Enfin, s’il devait y avoir des phénomènes de vote utile supplémentaires, ils bénéficieraient aux deux candidats les mieux placés. Juppé pourrait ainsi bénéficier d’un vote utile aux dépens de Fillon, notamment à l’occasion de ralliements qui, potentiellement, ainsi qu’il a déjà été exposé, toucheraient d’abord Fillon, qui part de très haut. Pour ceux qui rejettent le duopole Juppé-Sarkozy, c’est Le Maire qui pourrait devenir un meilleur pari que Fillon. D’ailleurs, la certitude du vote s’effrite chez les électeurs de Fillon, alors qu’elle progresse, pour devenir juste majoritaire, chez les électeurs de Le Maire et qu’elle est stabilisée à haut niveau (entre 60% et 2/3) chez les électeurs des deux grands candidats, selon IPSOS.

Ainsi, je continue de filer la comparaison (uniquement en termes de dynamique électorale, bien entendu) Hollande-Juppé, Aubry-Sarkozy, Montebourg-Le Maire, Royal-Fillon, voire Valls-NKM et Baylet-Poisson.

3. A cet égard, il faut souligner l’absence totale d’émergence des petits candidats, notamment NKM. Manifestement, son « décalage » permanent n’est pas bien ressenti, l’utilité de sa candidature n’est pas reconnue et elle pâtit d’un vote utile fort en faveur de Juppé. Quant aux autres, y compris Copé, ils n’existent pas médiatiquement et politiquement, se phagocytant les uns les autres.

Mais les débats télévisés de l’automne mettront en valeur, ipso facto, les candidats qui y participeront et un léger éparpillement sera inévitable, même si le précédent du score resté négligeable de Baylet et même le faible score de Valls montrent que l’avantage d’un « vu à la télé » n’est pas toujours décisif, loin s’en faut. Surtout, encore faut-il pouvoir être candidat! Or, il semble que la quête des 20 parrainages parlementaires soit vraiment difficile.

Si Poisson est assuré de sa participation au titre du PCD et si Copé a affirmé avoir les parrainages requis, NKM semble en difficulté et les autres soit en très grande difficulté (Mariton), soit déjà exclus (Myard, Didier, Lefebvre, Morano). Seuls Guaino ou MAM auraient encore les moyens de recueillir les 20 parrainages, mais uniquement si un seul des deux est candidat. A part NKM, toutes ces candidatures potentielles mordraient davantage sur Sarkozy que sur les autres grands et moyens candidats.

Au total, il devrait donc y avoir de 6 à 8 candidats et plutôt 6 que 7 et 7 que 8… L’expérience du PS en 2011 montre que 6 est probablement un maximum pour la clarté des débats. Rappelons que les débats en vue du premier tour sont fixés les jeudis 13 octobre (TF1, RTL, Le Figaro, LCP et Public Sénat), 3 novembre (BFM-TV et i-Télé) et 17 novembre (France Télévisions, Europe 1, LCP et Public Sénat). Pour le second tour, rien n’est fixé à ce jour.

4. Le second tour sera probablement serré, car il y a toujours un phénomène de resserrement naturel dans les compétitions électorales personnalisées et pas trop fortement polarisées (contrairement au second tour de la présidentielle de 2002). Cet écart est d’ailleurs déjà en très léger resserrement.

Graphique sondages primaire 2016 2T ensemble

Graphique sondages primaire 2016 2T LR

En dehors des faiblesses intrinsèques et structurelles de Sarkozy, négocier le second tour sera très délicat pour lui et Juppé reste là encore favori d’une courte tête.

S’il est devancé au premier, Sarkozy ne pourra probablement pas rattraper Juppé. S’il le devance, il bénéficiera du statut enviable de comeback kid et de « surprise divine » et saura en jouer pendant la petite semaine qui sépare les deux tours (soit une semaine de moins que pour une présidentielle). Toutefois, son éventuel succès de premier tour pourrait créer une sur-mobilisation différentielle, fondée, comme expliqué ci-dessus, sur le rejet personnel, favorable à Juppé. Il lui faudrait donc une dynamique très forte et un écart très substantiel.

Car l’écart parmi les électeurs fillonistes et lemairistes risque de lui être défavorable de 5 à 9 points. En effet, si les reports de voix ne sont malheureusement pas testés par tous les sondeurs, il y a désormais suffisamment de données pour réaliser un graphique, même sommaire. Il en ressort que, si les deux grands se partagent 70% et que Le Maire et Fillon se partagent 25 à 30% au premier tour, un différentiel de 20 à 30 points sur les reports de voix des deux moyens candidats vers Juppé et Sarkozy paraît devoir pénaliser lourdement ce dernier.

Graphique primaire 2016 reports 2T électeurs Fillon

Graphique primaire 2016 reports 2T électeurs Le Maire

Il peut également être noté que le rejet des électeurs de Fillon à l’égard de Sarkozy semble grandir, tandis que l’écart s’amoindrit légèrement chez les électeurs de Le Maire, qui sont plus nombreux et probablement en provenance de Sarkozy. Quoi qu’il en soit, les reports semblent se profiler à hauteur de 60/30/10 chez Fillon et 55/30/15 chez Le Maire et n’ont jamais été équilibrés ni, a fortiori, favorables à Sarkozy.

Bien entendu, Sarkozy n’a pas encore perdu. Il comptera surtout sur la personnalité de Juppé, qui peut très vite devenir arrogant et perdre sur deux ou trois phrases maladroites, pour rester poli. Les débats risquent fort d’être nettement plus agressifs que ceux du PS en 2011, lors desquels Aubry se retenait de peur d’apparaître comme source de division; ce sera moins les cas à l’automne prochain, les électeurs potentiels de droite n’ayant pas forcément une volonté de « consensus » mais plutôt d’en découdre avec Hollande. Juppé n’a pas non plus la même maîtrise du « traitement » des journalistes, alors que Sarkozy sait alterner onction et punition a tempo. Le biais positif du système médiatique en faveur de Juppé devrait toutefois le prémunir partiellement de toute « curée » journalistique à son encontre, même s’il trébuche, comme c’est assez probable.

Sarkozy peut aussi mettre Juppé en porte-à-faux à l’égard de la « vraie » droite, Juppé ne pouvant, en débat télévisé, complètement renier ses ouvertures centristes et « progressistes » sur les questions sociales, environnementales et sociétales; de ce point de vue, il est plus facile de se battre en outsider, en underdog. Il peut également utiliser le passé et le « passif », en faisant ressortir, non pas forcément des affaires (car le camp adverse, comme des juges anti-sarkozystes, pourraient lui servir sa propre part…) mais des situations d’échec politique (réforme de 1995, dissolution de 1997) pour dévaloriser les avantages électoraux supposés de Juppé.

Il peut enfin compter sur des structures plus fournies et plus aguerries, à même de relayer puissamment ses messages: il n’est de voir que la capacité à médiatiser le « ralliement » de Baroin (qui avait déjà rallié Sarkozy depuis bien longtemps…) pour comprendre que l’équipe réduite de Juppé, ses réseaux un peu usés ou encore trop épars, aura du mal à lutter à l’automne. Son utilisation de l’appareil de LR d’ici la fin août et les facilités que permettront Wauquiez et Woerth après sa démission de la présidence ne peuvent pas non plus nuire…

Juppé peut inversement se rassurer en constatant le rejet de Sarkozy et son identification à Hollande, d’une certaine manière.Ce rejet et les bons reports de second tour constituent sa force, avec, en premier lieu, sa sociologie électorale très favorable (personnes âgées, retraités, CSP+). Il est également le mieux placé, toujours nettement, dans les intentions de vote à la présidentielle, ce qui est rassurant pour l’électeur de droite ou même du centre ou de l’extrême-droite, dont le premier but est de se débarrasser de Hollande (dont le taux d’impopularité frôle parfois les 100% dans les électorats de droite et du FN… ce qui est proprement hallucinant et inédit). Il saura peut-être aussi valoriser des ralliements d’importance ou « surprises »: NKM voire Morano -par énervement « anti-Nicolas »- si elles ne parviennent pas à se présenter; Bertrand, même s’il devrait plus logiquement rallier Fillon (s’il soutient quelqu’un); Pécresse, si elle considère qu’elle peut mieux se valoriser auprès de Juppé en le soutenant dès le premier tour (même si, logiquement, elle devrait rester filloniste). Il est enfin le favori des pronostics des électeurs potentiels eux-mêmes, ce qui est toujours un atout car cela installe psychologiquement un ascendant.

Derniers sondages ELABE, BVA et IFOP pour la présidentielle 2017: même très affaibli, Hollande ne devrait pas être inquiété par un « produit marketing » Macron éventuellement devenu autonome

Sondage IFOP pour Sud Radio, réalisé du 25 au 28 avril 2016 auprès d’un échantillon de 1 419 personnes, parmi un total de 1 550

Sondage ELABE pour Les Echos et Radio Classique, réalisé du 26 au 27 avril 2016 auprès d’un échantillon de 911 personnes, parmi un total de 1 000

Sondage BVA pour Orange et la presse régionale, réalisé du 13 au 16 mai 2016 auprès d’un échantillon de 927 personnes, parmi un total de 1 000

1. Le sondage IFOP n’avait pour vocation que de tester l’hypothèse Macron et il en sera question plus bas.

Graphique sondages 1T 2017 Sarkozy-Hollande-Bayrou

Quant aux sondages ELABE et BVA, ils viennent marquer, comme prévu, un très léger redressement de Hollande, tombé trop bas et qui reprend un peu par rapport à Mélenchon. Néanmoins, Duflot connaît un très léger frémissement (ce qui confirme l’article précédent sur le rôle d’EELV comme réceptacle de certains déçus du socialisme et sur la persistance, quelles que soient les tribulations, implosions et explosions écologistes, d’un socle électoral écologiste qui empêche l’annihilation totale souvent pronostiquée à leur égard).

Ces derniers sondages marquent un certain tassement d’une Le Pen muette, à qui le climat de « chienlit » ne semble pas profiter, et une bonne tenue confirmée pour Dupont-Aignan qui reste au-dessus de 5 %, grâce à l’exaspération d’une frange de la droite traditionnelle, que la surenchère économique libérale des principaux candidats à la primaire ne devrait pas faire retomber.

Ils montrent que les candidats de droite autres que Juppé ne bénéficient pas encore de « l’effet primaire », Fillon et Le Maire restant fragiles par rapport à Valls et surtout Macron, voire Bayrou en ce qui concerne Le Maire, Sarkozy pouvant même être menacé dans l’hypothèse Macron.

La relativement bonne performance de Bayrou illustre le problème récurrent de la droite écartelée entre centre et aile « dure », que seul Juppé est pour le moment en mesure de résoudre, sur le papier en tous les cas.

Graphique sondages 1T 2017 Juppé-Hollande sans Bayrou.png

Graphique sondages 1T 2017 Juppé-Hollande-Bayrou

Lorsque la situation se sera décantée (mais peut-être faudra-t-il attendre l’automne… 😦 ), il sera possible de discerner les biais des différents instituts, ce qui est encore impossible au regard du faible nombre de sondages et du trop grand nombre d’hypothèses testées.

Néanmoins, une certitude existe : la flambée sondagière Macron est artificielle et irréaliste.

2. Ce blog a déjà évoqué le parallèle Tapie-Macron dans la volonté respective de détruire Rocard (1994-95) et Valls (2015-16), en considérant toutefois que Hollande se serait moins débrouillé que Mitterrand car ayant perdu le contrôle de sa création. En réalité, il faut peut-être nuancer cette analyse.

D’abord, Tapie aurait tout aussi bien pu poursuivre l’idée d’une candidature présidentielle après son émergence politique en 1992 et son succès aux européennes de 1994, réalisant l’objectif mitterrandien de destruction d’un Rocard enfin à la tête du PS. Mais les « affaires », en 1993-95, en ont décidé autrement.

Ensuite, Macron réussit mieux, du point de vue de Hollande, que Tapie vis-à-vis du centre : l’hypothèse Delors (qui ne plaisait pas non plus à Mitterrand) a émergé malgré Tapie, alors que Macron rend encore plus inaudible Bayrou et vient gêner le centre-droit.

Ces éléments montrent peut-être que Hollande est en réalité peut-être toujours à la manœuvre derrière Macron.

3. Parmi toutes les tactiques passées ou en cours, je ne reviendrai pas sur l’utilisation des Hue, Bennahmias et dissidents d’EELV, déjà évoquée dans l’article précédent et parachevée par l’éclatement du groupe écologiste à l’Assemblée nationale. Pour toutes ces manœuvres, ce qui est intéressant pour Hollande, ce sont surtout les vraies-fausses candidatures ou les candidatures putatives (Taubira, Hulot, Macron), qui créent de la confusion et affaiblissent les candidatures potentielles sérieuses et les vraies candidatures (Mélenchon, Duflot, Juppé).

Le départ de Taubira du gouvernement n’a pas été un choix de principe de Hollande. Mais il a tenté, comme souvent, de tirer profit du calendrier et des modalités, en la retenant le plus longtemps possible et en lui permettant de partir correctement, afin de ne pas en faire une irréductible ennemie potentielle, tout en la « remettant en liberté » comme un obstacle potentiel pour Mélenchon.

La flatterie à l’égard de Hulot, bien volontaire celle-là, n’a pas fonctionné, n’écartant pas (par une inclusion au gouvernement) le risque de candidature de l’animateur de télévision, mais l’entretenant suffisamment dans l’ambiguïté pour qu’il s’abîme quelque peu sur le plan personnel (et soit donc potentiellement moins dangereux pour Hollande), tout en continuant à affaiblir la candidature à venir de Duflot.

Le lancement de Macron parmi les candidats potentiels est plus réussi en première phase. Il permet en réalité d’affaiblir au-delà de Valls. A priori, c’est le candidat du centre-droit, ou plus exactement le (peut-être) futur candidat de la droite classique en mesure d’attirer le centre et le centre-gauche, qui est maintenant visé : Juppé. A défaut, l’éternel centriste, Bayrou, se trouve ringardisé. Je l’ai dit, un effet positif du bazar (restons poli) ambiant du point de vue hollandais est que la droite est globalement inaudible : même ce blog, récemment, ne parle que de la gauche ! 😉

Entre l’émiettement sans fin des candidatures à la primaire (pourquoi pas Jean-Louis Debré, après tout, au point où nous en sommes ? ah non, c’est vrai, Debré, maintenant, est plutôt en concurrence avec le radicalisme version Tapie, anti-cléricalisme, décadence personnelle et impudence incluses) et le début des petites attaques sournoises (sur le vote des Français de l’étranger par exemple) ou des affrontements lourds (sur le programme économique et la « méthode »), la droite ne parvient pas, pour le moment, à occuper le terrain médiatique.

Jusqu’où Hollande maîtrise-t-il cette confusion ? La réponse est délicate et ne sera probablement donnée de manière certaine que postérieurement.

Mais les effets sont semble-t-il bien plus vastes, grâce à la complicité des médias et de la stupidité d’une bonne partie des électeurs (quand on entend « c’est bien, il faut du renouvellement » de la part d’électeurs du « peuple », on se pince… comme si un puceau politique encore accroché à une mère de substitution, élevé aux hormones de cabinet ministériel, c’est-à-dire de bureaucratie cheftaine –la sécurité du fonctionnaire sans sa soumission hiérarchique… le paradis !-, assis sur un tas d’or, adoubé par le patronat et les élites médiatiques, sans aucune expérience partisane et totalement déconnecté des réalités françaises, pouvait passer pour un gage de « renouveau »… bon, j’arrête là, mais cela fait du bien parfois de se lâcher! 😀 ), qu’initialement imaginé.

Ainsi, même l’extrême-droite est un peu troublée, grâce à une remarque sur Louis XVI et à une apparition lors d’une célébration johannique : de quoi attiser la crise interne qui grandit entre les tendances MMLP et Philippot.

La droite libérale dure est séduite par le jeune banquier aux dents longues (cf. Valeurs Actuelles et Kerdrel, ainsi que Geoffroy Didier).

La droite mainstream, qui fait assaut de programmes économiques libéraux (Fillon, puis Le Maire, puis Juppé), ne peut complètement rejeter le programme Macron, quand bien même il se réduit aujourd’hui à des mesurettes (les bonnes vieilles lignes de bus, comme dans les meilleurs films américains des années 50…).

D’ailleurs, dans le dernier sondage IFOP, la candidature Macron semble davantage faire reculer Le Pen que Juppé… Soit elle entraîne en réalité un décalage de certains électeurs sur leur gauche, du FN jusqu’au centre, chacun, à l’extrême-droite et à droite craignant un trop haut score de Macron. Soit l’électorat est encore volatil et le décalage de quelques semaines suffit à rendre les comparaisons avec les hypothèses Hollande ou Valls erronées. Soit, enfin, la stupidité de certains électeurs est telle que, par simple volonté de « renouvellement », de « changement », de « nouveauté », ils passent de Marine Le Pen, plus très « nouvelle », à Emmanuel Macron, alors même que, en termes de positionnement économique, social et européen, ils sont à l’exact opposé.

Cette « nouveauté », ce serait donc celle des shampooings qui contiennent davantage d’agents coiffants, celle de la nouvelle recette du flan au caramel ou celle de la nouvelle berline avec essuie-glaces pilotés par satellite… Mais, au regard de la malléabilité d’une partie du corps électoral, de l’influence grandissante des médias, d’une société caractérisée par le réflexe et l’instantanéité, l’éphémère et le jetable, la haine ou la peur de la « ringardise » et de l’opprobre qui y est associée, Macron constitue effectivement le dernier produit marketing à la mode.

Les effets positifs pour Hollande peuvent enfin se mesurer à gauche. L’hypothèse d’une concurrence de Manuel Valls, qui était envisagée, ne l’oublions pas, en 2014 (une éternité, hein…), est désormais écartée. Le Premier ministre est pleinement Premier ministre, coincé entre l’Elysée et l’ailleurs, obligé d’assumer tous les problèmes, contraint de parler et d’apparaître, empêché de s’autonomiser. Quant au positionnement de Hollande, il se trouve mécaniquement recentré par l’émergence de Macron. Ce serait ainsi une bonne introduction à la campagne formellement plus à gauche que prépare le président sortant (mâtinée aussi des bonnes vieilles recettes de l’antifascisme, bien entendu, et des clins d’œil terranoviens aux diverses catégories victimaires). Et un ralliement mis en scène de Macron parachèverait l’affaire en faisant réfléchir les ex-strauss-kahniens ou actuels juppéistes, les CSP+ qui veulent de l’efficacité et les « humanistes » horrifiés par le bling-bling (mais pas par la GPA 😡 ).

4. Mais évidemment, toutes ces manœuvres confusionnistes à la Hollande ont leur revers. Car si tous ces gens se présentaient réellement, ma foi, Hollande finirait peut-être à moins de 10 %… Mais si un seul se présentait, il ferait plus que prendre à celui qu’il est censé affaiblir et empièterait également sur le potentiel électoral hollandais.

La confusion doit donc durer jusqu’à la fin novembre mais ensuite, tout doit rentrer dans l’ordre. Toutefois, il sera peut-être difficile de faire rentrer tous les diables dans leurs boîtes, une fois tous sortis.

Hollande a la chance que les médias rentrent tous parfaitement dans son jeu, pour le moment. Mais il a face à lui de vraies forces, qui empêcheront probablement que son jeu ne fonctionne à plein.

D’abord, Mélenchon et le futur candidat de droite seront toujours là et la polarisation et la décantation à venir feront logiquement revenir les électeurs vers eux. L’intense et profonde impopularité du président et la difficulté de se repositionner à gauche en pleine loi El Khomri ne sont pas un gage d’avenir…

De même, Hollande est particulièrement affaibli à titre personnel et en termes d’autorité (si tant est que ce mot ait jamais pu lui être associé depuis 35 ans…). Et, de ce point de vue, les vagabondages de Macron (on parlait de « couacs » sous Ayrault, mais là, il n’y a plus de qualificatif, tant Macron se permet de contredire même le président dans les quelques minutes qui suivent ses déclarations), de Hulot, voire de Taubira (ou, en interne, de Montebourg) ne peuvent que renforcer son affaiblissement s’ils perdurent à l’excès.

Enfin, Macron, comme une rose « forcée » du Kénya destinée à un cadeau artificiel et éphémère d’un consommateur parisien, a trop vite émergé et pourrait ne plus faire effet dès l’été, ne perturbant finalement pas la primaire de la droite et du centre et ayant, dans l’intervalle, affaibli Hollande en renforçant l’image de « bazar » d’Etat.

5. Sauf, bien sûr, si Macron a bien échappé à son créateur, tel le pécheur originel (ce à quoi tout son être personnel et politique le renvoie d’ailleurs, soit dit en passant…) ou telle la créature de Frankenstein.

Dans ce cas de figure, Hollande aura été le plus imprudent des tacticiens politiques, même s’il faut relativiser les dégâts potentiels.

En effet, quand le schéma traditionnel aura repris ses droits, vers la fin novembre, Hollande sera le candidat du principal parti étiqueté à gauche, le PS. Et il aura face à lui la candidate du FN et le représentant de la droite et du centre-droit.

Surtout, même si Macron confirmait une candidature, il ne serait qu’une sorte de JJSS ou de Bayrou rajeuni. Quoi qu’il arrive, il aurait un candidat socialiste face à lui, soit Hollande, soit un(e) autre, réalisant évidemment l’unité du PS contre lui : ce n’est pas Collomb, Dray, Terrasse et quelques autres qui font la désignation du candidat, évidemment, et Valls et ses troupes se rangeraient plutôt derrière une Aubry perdante –et donc libérant la voie pour l’après-2017- plutôt que de soutenir le jeune rival direct ; quant au reste du PS, ma foi, avaler la loi El Khomri, après le tournant sécuritaire de novembre 2015, est bien entendu le maximum tolérable… Se rallier à une candidature Macron est proprement inconcevable.

Or, en dehors du PS, Macron n’a ni parti, ni structure forte et ancienne. « En marche! » n’est, pour le moment, rien du tout, quel que soit le battage médiatique effectué.

De plus, sa popularité est factice : tel un Kouchner populaire à droite ou une Veil populaire à gauche, il n’est pas si fort car le capital de popularité ou de sympathie ne se transformerait pas en votes sonnants et trébuchants.

En termes d’intentions de vote, les résultats des deux sondages IFOP et ELABE sont ainsi trompeurs : tester Macron comme candidat socialiste est proprement grotesque, car totalement irréaliste. S’il est candidat, Aubry, Montebourg, Valls, Hamon, peu importe, quelqu’un le sera contre lui, c’est une évidence, quand bien même il recevrait l’onction hollandaise (encore faudrait-il d’ailleurs que Le Foll, Cambadélis, Sapin, Le Drian ou Cazeneuve y consentent, ce qui est loin d’être garanti…).

Or, en cas d’hypothèse Aubry (ou Valls)-Macron-Bayrou contre Sarkozy, ou même Aubry (ou Valls)-Macron sans Bayrou face à Juppé, la division à gauche et au centre-gauche serait suffisante pour empêcher tout espoir d’éviter un duel de second tour FN-LR.

Les sondages sont essentiels et très utiles, sauf lorsqu’ils portent sur du vent, comme au cas d’espèce…

6. Plus largement, jusqu’à présent, le système politique n’a pas permis que l’émergence d’un candidat hors système partisan se transforme en succès présidentiel.

Avec Macron, l’élection de 2017 tient peut-être en effet son candidat « surprise ».

Car presque chaque élection a connu un emballement médiatique, voire sondagier, voire d’opinion, autour d’un nom qui tranche avec les candidats « institutionnels » et prévisibles, qui fait éventuellement « rêver » et qui, de plus en plus, se résume à un test avant lancement d’un nouveau produit…

De manière raisonnable, de tels emballements ont toujours échoué.

Parfois parce que la nouveauté fut diluée par l’institutionnel et le partisan,
déjà suffisamment nouveau en soi (Lecanuet en 1965, Giscard en 1974, Sarkozy et Bayrou en 2007, Le Pen et Mélenchon 2012),
ou faussement « hors système » ou « de renouveau » (Chaban en 1974 en réalité candidat par défaut du vieux gaullisme, Barre en 1988 en réalité candidat UDF, Balladur en 1995 en réalité candidat UDF),
ou suffisamment indécis pour maintenir en haleine médias et électeurs et empêcher les candidats « surprises » hors partis d’émerger (Delors en 1994-95, Villepin en 2005-06, Rocard en 1987-88).
L’élection de 1969 a constitué une exception, la candidature de Mendès-France n’ayant pu s’intégrer au jeu normal de la Ve République, par choix de principe.

Mais, plus sûrement, la nouveauté, la surprise, ont fait « pschitt » pour citer le président Chirac. Ainsi, Defferre (ou plutôt « Monsieur X » soutenu par JJSS) pour 1965, Coluche pour 1981, Juquin pour 1988, Tapie et Villiers pour 1995, Chevènement pour 2002, Bové et Hulot pour 2007, Villepin et Hulot pour 2012 ont tous bénéficié d’un emballement médiatique à un moment ou un autre, mais sans se muer en menace sérieuse.

Aujourd’hui, aucun candidat hors parti, ou issu de formations marginales, ou « citoyen » ne semble en mesure de s’imposer, car il est déjà presque trop tard : l’été approche, l’automne jusqu’en novembre sera « primaire », puis hollandais et éventuellement bayrouiste en décembre, puis la vraie campagne commencera, ne laissant plus, à partir de janvier, le champ libre qu’à des progressions surprises des grands ou moyens candidats déjà en lice. Et le mouvement social en cours, qui aurait pu porter une figure surprise, déjà faible dans un contexte économique rude et un contexte médiatique favorable au libéralisme bon teint (de Juppé à Macron en passant par Gattaz et Pigasse), se dilue sous les coups de boutoir de l’ultra-gauche (et des enfants glandeurs de l’élite bobo…).

Quant aux candidats des petits partis, ils manquent singulièrement de renouvellement, comme nous l’avons déjà remarqué à gauche et comme nous le soulignerons bientôt au centre et à droite.

Aussi, peut-être Macron sera-t-il le candidat surprise, le candidat virtuel mais jamais réel, le seul de cette élection. Le parallèle avec « Monsieur X », ou plutôt avec son concepteur, Jean-Jacques Servan-Schreiber, est d’ailleurs tentant… Mais ce centre-gauche moderniste n’a eu qu’une importance politique marginale, recyclé au centre, instrumentalisé par le giscardisme ou dissous dans la « deuxième gauche »…

Ces considérations nous amèneront naturellement à traiter prochainement du « marais central », avant de partir vers les contrées de l’extrême-droite et de la droite dure, qui promettent peu de surprises.

Derniers sondages IFOP et Odoxa pour la primaire de la droite et du centre: stabilisation Juppé-Sarkozy au profit du premier, absence de décollage des petits candidats et plafonnement prématuré de Le Maire

Sondage IFOP pour Valeurs Actuelles, réalisé du 29 mars au 14 avril 2016 auprès d’un échantillon de 548 électeurs se déclarant certains de participer sur un total de 5 775

Sondage Odoxa pour Le Parisien et BFM-TV, réalisé du 17 mars au 29 avril 2016 auprès d’un échantillon de 836 personnes « certaines d’aller voter », parmi 1 660 « comptant y aller », parmi un total de 7 088

1. La primaire de la droite et du centre suscite toujours plus de vocations au sein de LR… L’ajout de Jacques Myard, souverainiste sécuritaire, à la liste des impétrants, les réflexions en cours chez Michèle Alliot-Marie et Henri Guaino, gaullistes traditionnelle et souverainiste respectivement, vont rendre encore plus complexe la quête des 20 parrainages de parlementaires pour les « petits » candidats, d’autant que François Fillon (et bientôt les autres « grands » candidats) vont chercher à gagner la « primaire du soutien/ralliement » (endorsement primary) en monopolisant le maximum de signatures parlementaires.

Si Jean-François Copé, en raison de l’ancienneté de son implantation et des « beaux restes » de sa structure de campagne de la fin 2012, devrait franchir la barre assez facilement et si NKM devrait bénéficier d’une bienveillance sarkozyste et de l’absence de concurrence sur son créneau « de gauche et écologiste », il n’est plus si évident que Mariton parvienne à engranger suffisamment de soutiens. Il pourrait en perdre quelques-uns au sein de l’aile conservatrice si Guaino et/ou MAM se lancent vraiment. Toutefois, il sera peut-être le 7e candidat LR, derrière Fillon, Juppé, Sarkozy, Le Maire, assurés de leur candidature, Copé, quasi-assuré, et NKM, probable (Poisson étant déjà qualifié au titre du PCD).

Pour tous les autres candidats, y compris MAM, le pari paraît très délicat. Même ceux qui, comme Guaino, représentent réellement un courant d’idées spécifique, peuvent être desservis par leur personnalité, ce qui fait tomber de précieux soutiens. Et il n’est même plus la peine d’évoquer les Myard, Didier, Lefebvre, Morano

Les derniers sondages IFOP et Odoxa incluent d’ailleurs Didier, Myard et même Jean Arthuis et ils ressortent à 1 (Didier chez Odoxa) ou à 0 (tous les autres chez Odoxa, tous chez l’IFOP) dans toutes les catégories d’électeurs potentiels… Lefebvre reste collé à 1 et Morano l’a rejoint. Pour tous ceux-là : Game over.

2. Seuls MAM (avec son nom et sur la base d’une nostalgie du RPR) et Guaino seraient en mesure de dépasser ces scores de 1 %, à la condition de parvenir à être candidats. Copé lui-même éprouve quelques difficultés à dépasser les 2 %, y compris lorsque sont considérés les seuls électeurs potentiels proches des Républicains, ce qui montre la concentration de l’électorat autour des 4 candidats principaux.

Les petits candidats déjà déclarés ne progressent en effet pas non plus et c’est notamment le cas de NKM. Son positionnement trop décalé risque bien de la laisser marginale jusqu’au bout. Le fait qu’elle sera probablement la seule femme à concourir constituera certes un avantage au moment des débats, mais de faible importance et/ou anéanti par ses habituelles déclarations iconoclastes ou vite raillées. Quand bien même elle séduirait des électeurs écologistes, de centre gauche ou de gauche, il est peu probable qu’ils se déplacent le 20 novembre pour la soutenir réellement. C’est une bonne nouvelle pour Juppé, qui n’a pas été affecté par l’officialisation (ratée sur le plan médiatique) de la candidature NKM.

Le résultat de ce paysage morcelé est surtout que la prolifération de petites candidatures rend pour le moment inaudibles même les grands candidats. Les médias ont annoncé que la primaire était lancée, mais elle est tellement émiettée qu’elle ne permet pas réellement à la droite d’occuper, pour l’instant, l’espace médiatique, semble-t-il réservé au « produit » du moment, Macron.

Cet émiettement est surtout négatif pour Sarkozy, qui est en retard, dont la stature d’ancien président n’impressionne manifestement pas (plus) et qui se retrouve banalisé. Quoi qu’il en soit, quand bien même cette phase d’éclosion des « envies » de candidatures ne ferait que stabiliser la situation, c’est évidemment favorable à Juppé.

A terme, en reportant le véritable début de la primaire (probablement à la fin août), cette situation peut ne pas être mauvaise pour la droite, qui se déchirera moins longtemps et qui bénéficiera quand même de l’occupation du terrain médiatique en septembre-novembre. Après tout, Aubry s’était déclarée en juillet et la coupure estivale n’avait fait démarrer les hostilités qu’à La Rochelle en 2011.

3. Quant à l’UDI, les dernières nouvelles montrent qu’elle risque de se dissoudre (au sens figuré en tout cas) à l’approche de l’échéance : voulant monnayer son refus initial de participer, elle risque de tout perdre, n’ayant plus le temps de négocier une participation ou de se trouver un candidat unique (Morin refusant de soutenir Lagarde, Hénart refusant Morin, Arthuis parvenant éventuellement à se faire reconnaître par LR, comme déjà expliqué) et finissant par soutenir en ordre dispersé certains candidats LR (Juppé, Le Maire, NKM, voire Fillon), ce qui est déjà le cas de Jégo, ou par s’éparpiller hors cadre (Yade). Ses militants et sympathisants voteront probablement quoi que la structure décide. Mais le plus probable (bien que de peu) reste que les « barons » (Leroy, Sauvadet, Morin, Vigier et même Hénart) prévaudront et imposeront une participation sans candidature à la primaire, quoi qu’en disent Lagarde et Arthuis.

L’UDI n’a pas de Giscard ou de Barre et même plus de Borloo. L’UDF avait déjà du mal à exister dans un système bipolaire, largement partisan et quadripartite ; l’UDI risque la dissolution dans un système tripolaire, surmédiatisé et fortement personnalisé.

4. Pour revenir aux derniers sondages IFOP et Odoxa, ils sont à prendre avec quelque précaution, car réalisé sur un échantillon moins large que d’habitude pour ce qui est de l’IFOP et publié –malheureusement comme d’habitude- avec des données partielles pour Odoxa (moins détaillées sur l’échantillon des seuls « certains d’aller voter » et sur la ventilation parmi les électeurs UDI-MoDem et FN) ; en revanche, Odoxa sonde en continu sur une période d’un mois et demi.

Graphique sondages primaire 2016 ensemble

Graphique sondages primaire 2016 LR

Ces dernières livraisons indiquent essentiellement que l’effet de la déclaration de candidature de Le Maire semble n’avoir été qu’une bulle. Le Maire reste à un niveau plutôt supérieur à sa situation ex ante, mais aucune dynamique réellement profonde ne semble finalement s’être enclenchée, contrairement à ce que l’on pouvait croire. Son côté « techno », son renouveau et sa jeunesse éclipsés par le politicien « iphonique » Macron, sa difficulté à trouver un créneau réellement original alors que Sarkozy, Juppé et Fillon représentent des profils déjà bien établis, le desservent probablement déjà.

François Fillon paraît avoir réussi à lui subtiliser une certaine attention médiatique et refait une partie de son retard. Il est difficile de déterminer sur quels candidats il a gagné du terrain : c’est probablement surtout sur Le Maire, mais Juppé et Sarkozy ne sont pas à l’abri non plus. Il est toutefois peu vraisemblable que son « offensive de notables », certes marquante, suffise à lancer une réelle dynamique de fond.

Juppé s’érode un peu mais reste au-dessus des 35 %. Il n’a pas été significativement affaibli par la bulle Le Maire, sauf chez les électeurs centristes et encore de manière temporaire (ou en raison de l’échantillon bien trop réduit pour disposer de données fiables…). Il reste surtout solide au second tour, continuant de battre Sarkozy même chez les sympathisants LR. Les reports de voix de Fillon et Le Maire lui restent très favorables, entre 60 % et 2/3.

Graphique sondages primaire 2016 2T ensemble.png

Graphique sondages primaire 2016 2T LR.png

Sarkozy se stabilise, mais ne remonte pas. Sa faible exposition actuelle peut plaider pour une future remontée. En outre, il a peut-être atteint un étiage qui constitue une base de reconquête déjà plus élevée que celle de Fillon et Le Maire.

A l’inverse de ces interprétations positives, on peut souligner que sa présidence du parti ne l’aide pas spécialement à ce stade et que le processus de la primaire semble désormais bien solidifié (alors qu’il a cherché tous les moyens de le contourner et de le saborder). Son profil sociologique ne s’améliore pas, lui qui ne dépasse Juppé que chez les employés (même plus les ouvriers…), les chômeurs et étudiants et les 25-34 ans : un vrai profil de Nuit Debout ce Sarko ! 😉 Il a perdu au profit de Le Maire à la fin de l’hiver, puis est aujourd’hui quelque peu grignoté par Fillon, ce qui montre qu’il peut s’éroder, comme Juppé. Enfin, Sarkozy est pour le moment essentiellement en situation défensive pour la position de rival de Juppé, et non en situation offensive face à un Juppé qui devrait défendre son capital : sa faiblesse de second tour est la plus inquiétante pour lui car, même revenu à la hauteur de Juppé au premier tour, il ne parviendrait probablement pas à capitaliser sur une dynamique.

5. Dans ses performances potentielles à la présidentielle, Sarkozy a d’ailleurs pour le moment des difficultés un peu similaires à celles de Hollande. Certes, Sarkozy est légèrement plus compétitif que Juppé face à Le Pen, mais il perd beaucoup plus vers Bayrou : comme au 1er tour de 2012, il ne parvient pas à créer une dynamique positive des deux côtés à la fois ; ce n’est pas forcément son but, mais comme Le Pen reste très forte face à lui, même sa stratégie « au peuple » ne fonctionne pas. Sarkozy est réduit à sa base fidèle (qui est toutefois plus large que celle de Hollande, ce qui assure sa qualification, mais par défaut).

Quant à Fillon et Le Maire, c’est leur base intrinsèque qui est trop faible, en particulier face à Bayrou ou Macron. Seul Juppé parvient à ne pas trop perdre sur sa droite ce qu’il gagne fortement sur sa gauche. De ce point de vue, sa dynamique et son electability se confirment et devraient avoir un effet mobilisateur autour de son nom pour la primaire.

Certes, d’aucuns objecteront que le déport de Juppé sur sa gauche est trop important et qu’en campagne, les électeurs regagnent leurs pénates. La polarisation lors de la campagne est un fait ; la sûrement meilleure capacité mobilisatrice d’un Sarkozy que d’un Juppé en est un autre.

Mais deux éléments devraient compenser ces probables défauts de Juppé :
– d’abord, l’électeur socialiste, sans forcément voter pour lui (ce sont des chimères de sondages à un an ou d’éditorialistes politiques ou d’électeurs déçus qui font de grandes déclarations à un an de distance), se démobilisera bien davantage face à Juppé que face à Sarkozy, ce qui diminuera d’autant le score hollandais ; or, dans la configuration actuelle, il suffit d’être au-dessus du candidat socialiste, rien d’autre ne compte vraiment ;
– en outre, Juppé semble désormais solidifier aussi sa base de droite, en tous les cas celle des libéraux et conservateurs modérés, traditionnels, bourgeois. Bien entendu, il est toujours déconnecté des souverainistes, des sécuritaires et des poujadistes et le restera, mais cela ne devrait bénéficier à Dupont-Aignan et Le Pen que de manière insuffisamment significative pour le gêner dans sa qualification pour le second tour, d’autant que la candidate FN est de toute façon déjà qualifiée, sauf accident à la DSK (enfin, de même ampleur médiatico-politique, pas forcément de même nature!).

Le sondage IPSOS déjà évoqué dans un post précédent, en reprenant les votes de 2012, montre ainsi que Juppé est aussi efficace que Sarkozy pour conserver un noyau de 55-60% des électeurs de ce dernier. Mais il gagne nettement plus sur les électeurs de Bayrou et Hollande, sans perdre davantage vers Le Pen et Dupont-Aignan. Sarkozy lui-même s’érode davantage que Juppé au profit de Dupont-Aignan dans les plus récents sondages (comme LR a souffert un peu face à DLF lors des régionales de décembre).

La base sarkozyste est donc vraiment réduite à son socle minimal, comme ce fut le cas pour Chirac à chacun de ses premiers tours (1981, 1988, 1995 et 2002). De très bon candidat de premier tour (2007), Sarkozy est devenu « simplement » un bon candidat de premier tour (2012), pour se réduire à un bon candidat de primaire (2016), à défaut d’être vraiment compétitif au premier tour de 2017. Il reste qu’il est tout à fait capable de revenir de loin. Sera-t-il un Jeb Bush 2016 ou un Rubio 2016, ne concrétisant jamais ses promesses ? Ou un McCain 2008, pas vraiment favori et assistant à la défaite de tous ses formidables adversaires successifs (Thompson, Giuliani, Romney, Huckabee) ?

6. Il convient en conclusion d’être très prudent. Juppé peut redevenir arrogant à tout moment. Sarkozy n’est pas encore en campagne ouverte, même s’il est contraint de se rappeler régulièrement au souvenir des sympathisants. Les écarts Juppé-Sarkozy de premier tour ne sont pas abyssaux, notamment auprès des sympathisants LR, les plus susceptibles de voter en novembre prochain. La volatilité dans les électorats périphériques (UDI et FN) est forte. La situation est mouvante parmi les électeurs potentiels qui cherchent autre chose que le duo de tête. La participation extérieure au noyau LR, plus favorable à Sarkozy, reste une inconnue. La bataille ne sera réellement lancée qu’en septembre et les débats télévisés de l’automne seront vraiment décisifs.

Ainsi, même si Juppé dispose d’atouts structurels, la situation reste ouverte. Jusqu’en septembre, il est finalement peu probable que le duo de tête soit menacé. Seule une exposition médiatique favorable lors des débats peut permettre à Le Maire et, moins probablement, à Fillon, de connaître une embellie « à la Montebourg ». Le parallèle Juppé-Hollande, Sarkozy-Aubry, Fillon-Royal, Le Maire-Montebourg tient toujours, à mon sens. Le combat pour la 1e place n’est en revanche pas acquis, loin de là.

Derniers sondages pour le 1er tour de la présidentielle 2017: seuils d’alerte atteints à gauche pour Hollande et nivellement derrière Juppé au sein de la droite

Sondage Harris-Interactive réalisé du 11 au 13 avril 2016 pour WE Demain, auprès d’un échantillon de 1535
Sondage IFOP réalisé du 12 au 14 avril 2016 pour iTélé, Paris Match et Sud Radio, auprès d’un échantillon de 1876 électeurs potentiels, extrait d’un total de 2019
Sondage Odoxa réalisé du 14 au 15 avril 2016 pour Le Parisien et BFM-TV, auprès d’un échantillon de 949
Sondage TNS-Sofres réalisé du 15 au 16 avril 2016 pour Le Figaro, LCI et RTL, aurpès d’un échantillon de 1011
Sondage BVA réalisé du 15 au 17 avril 2016 pour Orange et la presse régionale, auprès d’un échantillon de 949 électeurs potentiels, extrait d’un total de 1013

Comme trop souvent, la publication de sondages et les choix des médias agacent…

Il peut s’écouler un mois sans sondage et, en deux jours, nous sommes ensevelis de sondages réalisés à peu près aux mêmes dates. Quel gâchis. C’est encore trop erratique pour mettre en place l’indice agrégé, mais cela suffit à perturber les courbes simples. Bref, il faudra très prochainement envisager de passer aux courbes de tendance.

Le fleurissement des candidatures potentielles entraîne aussi celui des hypothèses sondagières, toujours plus variées, mais malheureusement souvent incohérentes. Passe encore que certains instituts et/ou leurs commanditaires privilégient définitivement l’hypothèse « Juppé sans Bayrou ». Mais pourquoi imaginer l’étendre aussi facilement aux cas de figure où Fillon ou Le Maire est le candidat des Républicains ? S’agit-il de dévaloriser Sarkozy ?

De même, tester l’hypothèse Hulot sans Bayrou est, a priori, gonfler artificiellement le premier. S’agit-il de « pousser » sa candidature ?

Enfin, on peut relever que, chez certains sondeurs, Macron arrive en tête des sympathisants de gauche voire socialistes, mais que c’est un cas de figure sans Hollande et, surtout, avec à la fois Aubry et Hidalgo (et même Montebourg), ce qui n’a pas de sens et divise artificiellement l’aile gauche et permet de favoriser la coqueluche médiatique du moment. De nouveau, une manipulation ?

Car, répétons-le, les sondages ne manipulent pas en soi. Ce sont les questions posées et les hypothèses forgées, essentiellement, par les directions des médias commanditaires qui influent ainsi indirectement sur le paysage politique et tentent de le modeler de manière cachée.

L’avalanche de 5 sondages (IFOP, Odoxa, BVA, TNS-Sofres et Harris Interactive) dans les derniers jours oblige à un décryptage général et tous azimuts, mais le phénomène Macron et l’évolution générale de la gauche appellent de prochains articles sur la situation de la gauche de la gauche et des écologistes, d’une part, et sur les solutions possibles au sein de la gauche gouvernementale, avec une mise au point sur la(es) primaire(s) qui ne verront pas le jour, d’autre part.

IFOP pour iTélé, Paris-Match et Sud-Radio, réalisé du 12 au 14 avril 2016 (échantillon de 1876 parmi un tota

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1. La première question qui se pose a trait à la dérive du sortant Hollande. Il est clair qu’il est déjà candidat ; il est également clair que la direction du PS et lui n’ont jamais eu l’intention d’organiser la primaire, pourtant prévue dans les statuts et que tout adhérent du PS pourrait réclamer (il semble que quelques individus sont enfin prêts à lancer jusqu’au contentieux). Tout discours sur la primaire est dilatoire et n’a pour seul but que de gagner du temps et de prolonger les discussions sur tout aspect de la question qui permet de la suspendre jusqu’aux calendes grecques ou, plus exactement, jusqu’après la primaire de la droite et du centre, moment choisi par Hollande pour se dévoiler et tenter d’effacer un automne qui aura été monopolisé médiatiquement par la droite (ou de profiter d’éventuelles divisions sanguinaires de celle-ci…).

Dans ces conditions, il est difficile d’envisager un candidat alternatif au PS ou dans la gauche de gouvernement. Pourtant, si Hollande descend trop bas, n’y aura-t-il pas un moment de basculement, avec des hiérarques socialistes qui auront peur de tout perdre (surtout dans la perspective de législatives dramatiques et si Macron, Hulot, Bayrou, un « citoyen » ou d’autres viennent dangereusement diluer leur créneau politique sur son flanc droit) ?

A quel moment cela peut-il se produire ? D’ores et déjà, le risque d’un nouveau « 21 avril » est intégré. Après tout, un drame inconcevable mais déjà vécu est toujours plus facile à digérer lorsqu’il se reproduit… En revanche, si, de manière durable et dans toutes les hypothèses (surtout dans les seules qui vaillent, c’est-à-dire avec Sarkozy ou avec Juppé sans Bayrou), Hollande passe en 4e position, derrière Mélenchon ou Bayrou, voire glisse en 5e position derrière ces deux derniers, alors une remise en cause du caractère naturel ou légitime de sa candidature pourrait sérieusement émerger.

C’est peut-être cette hypothèse que joue Macron, ultra-moderne, c’est-à-dire situé dans la posture, l’opportunisme calendaire, le très court terme et la pure image : il pense peut-être, au moment où Hollande est réellement mis en cause, profiter d’une fenêtre de lancement de quelques semaines. Si ce n’est pas le cas, il pense qu’il aura au moins occupé une case à prendre, à la place de Valls (dont l’avenir n’existe pas sans le PS et les institutions) et de Bayrou (pour lequel, a priori, 2017 devrait correspondre à sa retraite de la vie politique).

Néanmoins, cette hypothèse reste peu probable :

  • le PS est un parti en réalité très légitimiste, même si moins que feu le RPR;
  • l’influence de Hollande reste très importante et ses rivaux potentiels ont tous renoncé ou sont affaiblis et divisés (nous y reviendrons), comme le montre la, certes, meilleure performance de Valls et Macron lorsqu’ils sont testés à la place de Hollande, mais dans de faibles proportions et avec des conditions favorables : Macron est ainsi testé sans Bayrou, même contre Sarkozy…
  • ce naufrage sondagier du moment tient aussi à une volatilité croissante de l’opinion et est probablement aussi exagéré que l’était le rebond factice de popularité après chaque vague d’attentat,
  • le frémissement en faveur de Mélenchon aura peut-être la même durée que celui du printemps 2012, qui n’avait pas duré, même s’il est évidemment durablement installé au-dessus de 10 %,
  • la tenue correcte de Bayrou tient à une attente peu stable au centre ou « ailleurs », qui pourrait tout aussi bien s’incarner en Hulot ou en un candidat de centre-droit « différent » (non, ce ne sera pas Rama Yade 😉 Comment l’imaginer rencontrant des milliers de petits maires ruraux pour tenter d’avoir ses 500 signatures ?…),
  • mécaniquement, un rebond, même léger, est à prévoir, la peur de l’électeur de gauche d’une débâcle et d’un niveau menaçant du FN arrêtant l’hémorragie et permettant au moins à Hollande de regagner une petite distance par rapport à Mélenchon et Bayrou,
  • une décantation, lorsque le vent de folie Macron se sera calmé (car un autre événement médiatique s’imposera : nouvelles vagues de migrants, Brexit, crise chinoise, explosion libyenne, nouvelle maîtresse officielle, esclandre sarkozyen,… ou il aura été congédié du gouvernement et se retrouvera hors du système socialiste et donc sans beaucoup de troupes), permettra à la gauche de revenir aux candidatures « classiques » et attendues, chacun gérant sa petite boutique (Arthaud, Poutou, Mélenchon, Duflot, Hollande).

Quoi qu’il en soit, Hollande doit résister au croisement des courbes avec Mélenchon voire Bayrou. Il est désormais réduit à son noyau dur et ne devrait plus descendre :

  • son score d’intentions de vote est peu ou prou équivalent à son indice de popularité,
  • même une candidature Hulot ne le fait pas (trop) davantage baisser alors que, normalement, cette candidature devrait être celle qui lui est la plus défavorable, fournissant un exutoire idéal et plus avenant que la candidature Duflot aux socialistes déçus,
  • l’absence ou la présence de Bayrou n’a pas d’influence notable sur le niveau de Hollande : comme le point précédent, cela démontre que Hollande a déjà perdu tout ce qu’il pouvait perdre et devrait désormais rebondir (ou stagner…).
  1. Comme l’extrême-gauche trotskyste (de manière marginale), Mélenchon est à la hausse.

Il est certain que l’agitation sociale contre la loi El-Khomri et contre la politique sécuritaire, thèmes mobilisateurs à la fois pour la « vieille gauche » et pour l’aile bobo-libertaire, lui bénéficient, en tant que seul représentant crédible (au sens de l’obtention d’un score électoral significatif) de la gauche de la gauche. Nous reviendrons sur cette très probable difficulté de ce courant à lui substituer un autre candidat, qu’il s’agisse de Pierre Laurent, de Taubira, d’Autain, d’un Piketty, d’un quelconque représentant de la société civile ou même d’un socialiste qui ferait dissidence. Mélenchon est parti plus tôt, justement pour éviter de se trouver diminué par cette vaine agitation et d’abîmer son statut de représentant médiatique et électoral le plus solide et le plus légitime à la gauche du PS. Seul un Montebourg ou un Hamon (sans parler d’Aubry) en rupture de PS aurait été en mesure de lui contester ce statut.

Néanmoins, l’actualité tournera et Mélenchon, s’il frémit vers les 15 % ou au-delà, reviendra probablement à un niveau de 10-12 %, surtout s’il est plus visible dans les médias, ce qui, désormais, le dessert par effet de répétition et de lassitude.

En revanche, il n’a rien à craindre sur sa gauche, le temps des figures médiatiques à la Laguiller ou à la Besancenot étant révolu.

3. La candidature Duflot semble ne pas accrocher. Elle est très faible chez Odoxa et à l’IFOP. Elle est conforme au niveau habituel des écologistes (2-3 %) pour les autres instituts. Il semble qu’elle ait un peu perdu au profit de Mélenchon (car Hulot, lorsqu’il est testé à sa place fait baisser Mélenchon), n’étant plus très audible ; mais, surtout, elle est en situation de vases communicants avec Hollande, ce qui confirme, même si de manière bien plus marginale que lors des élections européennes ou régionales (EELV dépassant les 10 % lorsque le PS dégringolait), la fonction exutoire du parti vert pour les déçus du socialisme gouvernemental ne souhaitant quand même pas aller jusqu’aux héritiers officiels du communisme.

Une candidature Hulot, testée notamment par Harris Interactive mais en concurrence avec Duflot (et dans les deux cas de figure Sarkozy-Bayrou et Juppé sans Bayrou), prend à cette dernière, déjà pas très haute, mais aussi à Bayrou, à Hollande et à Juppé de manière équilibrée. Etant donné son faible niveau, il est évident que cette candidature est plus défavorable pour Hollande, qui doit se qualifier, mais cela reste dans des proportions assez limitées, comme déjà signalé.

Mais son caractère assez flou, comme le personnage lui-même, confirme que, s’il devait se décider à concourir (ce qui est fort peu probable, au regard de son caractère éminemment velléitaire), sa candidature se dégonflerait probablement rapidement et ne tiendrait pas la distance.

4. Hormis le cas particulier de l’hypothèse Hulot, l’électorat Bayrou est de nouveau le plus instable. Clairement, le nom Bayrou suffit à fédérer 8 à 10 %, mais il est devenu un simple réceptacle, au-delà du noyau centriste historique (qui était précisément à cet étiage, mais s’est en partie dissous à mesure du recul de la vieille démocratie chrétienne), d’une frange flottante pour laquelle la moralité publique est l’essentiel et le rejet des partis fondamental. Il ne s’agit pas ici du petit contingent modéré qui recherche l’efficacité économique et politique et qui a soutenu DSK, Borloo, Bayrou, Hollande en 2012, et qui soutient Juppé ou Macron aujourd’hui. Il s’agit d’un contingent « civique », qui s’incarnerait tout aussi bien dans une candidature Lepage ou équivalente, éventuellement chez Hulot ou dans une candidature de la « société civile ». A l’extrême, une partie de ce courant se retrouve sur Dupont-Aignan, Le Pen ou Mélenchon, si Bayrou et aucun autre candidat équivalent n’est présent, par refus absolu du duopôle PS-LR.

5. Dupont-Aignan est à la hausse, même si c’est limité. Il peut envisager de rentrer dans ses frais de campagne, ce qui prolongerait la vie de son mouvement politique. Il semble en mesure de prendre quelques électeurs de droite, dès lors que Juppé n’est pas le candidat LR. Seul Juppé empêche une fuite, déjà constatée aux régionales, des plus de 65 ans vers le candidat DLF. Même Sarkozy n’y parvient pas.

C’est un premier signe de la faiblesse croissante de Sarkozy. Même le cœur de son électorat semble avoir perdu, en partie, foi en son succès. Or, une bonne partie de sa dynamique tient à une capacité supposée à mener une bonne campagne. Si, effectivement, en vue d’une présidentielle, il s’est montré performant malgré l’adversité, ses résultats locaux sont en revanche très décevants, soit en tant que président de la République, soit en tant que président de LR. Il semble désormais que même les sondages présidentiels lui font perdre une partie de son avantage comparatif.

Désormais, il n’est pas tellement plus performant que Fillon ou Le Maire. L’écart avec Juppé s’est même accru et pèsera lourd dans les décisions des électeurs de la primaire de la droite et du centre. Le fait qu’il ne tienne plus aussi bien l’électorat âgé et que le profil sociologique de son électorat potentiel se soit brouillé n’est évidemment pas favorable.

Avec ces sondages et avec la multiplication des candidatures à droite, y compris sur l’aile la moins modérée, sa situation se banalise, alors que continue le flot d’informations sur les « affaires » et que la « ringardisation » de Hollande semble également l’emporter.

Alain Juppé apparaît désormais dominateur. Il lui faudra toutefois bien gérer l’inévitable décrue des sondages qui, si elle est trop rapide ou trop visible médiatiquement, peut créer une dynamique négative qui s’entretiendrait d’elle-même. Il reste que ses atouts sont forts, avec un soutien de catégories d’électeurs qui sont les plus fiables en termes de participation électorale et les plus stables dans leur choix.

6. Le Pen est globalement stable, sauf chez Odoxa, où elle repart au-dessus des 30 %. Il reste à voir s’il s’agit d’un retour de son électorat à son instabilité habituelle ou si l’institut a quelques difficultés dans ses redressements…

Sa situation est désormais solide autour de son noyau populaire bien établi. Elle est même un peu plus performante au second tour. Elle ne progresse toutefois plus au 1er tour et la question de l’avenir du FN reste entier : que faire de son actif électoral ?

Graphique sondages 2T 2017 Sarkozy-Le Pen

7. Cela nous amène logiquement à évoquer le second tour, qui reste, un an avant l’échéance, beaucoup plus incertain encore que le premier tour. En effet, à distance, les électeurs donnent encore une intention de 2e tour équivalente à celle du 1er et donc basée sur un choix véritable, une préférence de personnalité ou un rejet idéologique. Dans la réalité, la polarisation politique et l’égalisation médiatique font leur œuvre et les duels sont plus serrés, notamment en cas de duel gauche-droite, aujourd’hui peu probable.

Graphique sondages 2T 2017 Sarkozy-Hollande

En outre, il faut tenir compte d’un probable « tir de barrage » médiatique intense en cas de qualification de Marine Le Pen pour le 2nd tour : « le fascisme ne devant pas passer », tout sera bon pour relancer les réflexes de vote anti-FN, sauf peut-être en cas de duel Sarkozy-Le Pen. Cela créera forcément une mobilisation à son désavantage, qui ne s’exprime évidemment pas à un an de distance dans de simples sondages et qui ne se matérialisait que faiblement aux élections locales, même si, aux régionales, cet effet a clairement joué là où il y avait un risque de victoire du FN et là où il y avait forte médiatisation.

Graphique sondages 2T 2017 Juppé-Le Pen

Quoi qu’il en soit, la domination des candidats de droite sur le FN ne fait pas de doute, même si Marine Le Pen fait nettement mieux que son père en 2002.

Graphique sondages 2T 2017 Hollande-Le Pen.png

Surtout, elle semble en mesure d’inquiéter Hollande s’il parvenait à se qualifier pour le 2nd tour.

Même si les reports de voix ne sont pas toujours mesurés ou publiés par les sondeurs, il apparaît clairement des traits forts et nouveaux pour 2017 :

le candidat socialiste est très bas dans les reports du FN comme de LR. Les sondages de popularité montrent que, depuis plusieurs années, il a perdu toute confiance de leur part et que le rejet est total. C’est ce qui fait qu’il perdrait probablement, même face à un candidat LR affaibli, n’ayant plus aucun report depuis le FN (alors qu’il pouvait espérer 10 à 20 % selon les années). C’est ce qui fait qu’il n’est plus protégé par des reports significatifs de droite face à Le Pen. Seuls les électeurs MoDem et UDI sont encore dans un réflexe de « front républicain ». Les moments où Hollande a repris l’avantage sur Le Pen sont les périodes post-attentats. Bien entendu, il faut être très prudent car il est aujourd’hui très bas et ne peut que rebondir ; en outre, l’exaspération ambiante donne toujours un bonus à Le Pen ; enfin, les médias reprendront leur défense du pouvoir en place lorsque les candidatures se seront décantées à gauche et que la polarisation reprendra ses droites. Néanmoins, voir un président sortant menacé par la présidente du FN est en soi un petit événement ;

les reports de Mélenchon vers Hollande ne sont corrects que dans le cas d’un duel face à Le Pen (encore dépassent-ils péniblement les 50 %) ; face à la droite, la gauche radicale considère que c’est « blanc bonnet et bonnet blanc » ;

les reports de gauche vers la droite se sont érodés et l’assimilation de Sarkozy au FN fait que seul Juppé peut espérer des reports corrects. Même Fillon et Le Maire ne sont pas si écrasants face à Le Pen, puisqu’en-dessous des 2/3 des voix ;

les électeurs de Bayrou détestent Sarkozy et ne le soutiennent que faiblement majoritairement face à Le Pen ; mais ils ne le détestent pas au point de lui préférer Hollande : c’est équilibré, alors qu’en 2012, Hollande avait pris l’avantage sur Sarkozy dans cet électorat, qui avait surtout boudé Sarkozy, plus que rallié massivement Hollande ;

– en fin de compte, l’électorat FN s’est surtout solidifié et forme un « noyau dur » fidèle d’un tour à l’autre et d’une élection à l’autre. La capacité de progression au 2nd tour de Marine Le Pen reste insuffisante. Mais, pour élargir sa base électorale, elle ne pourrait que s’éloigner de la rhétorique qui plaît à cet électorat populaire dans lequel elle l’emporte très largement. Objectivement, elle a intérêt à ce que Hollande gagne, pour tenter l’implosion de la droite et essayer de prendre le leadership de l’opposition si le président sortant se succédait à lui-même. Cet élément peut être important dans la manière dont se déroulera la primaire de la droite et du centre, mais aussi dans les suites de celle-ci si la réconciliation est impossible après trop de déchirements.

Nous reviendrons également prochainement sur la dernière livraison IFOP sur la primaire de la droite et du centre, qui voit Le Maire incapable de confirmer son embellie.

Derniers sondages IFOP et IPSOS pour le premier tour de la présidentielle 2017: un Hollande profondément affaibli et s’érodant en tous sens

MISE A JOUR: cet article a fait l’objet d’un ajout sur les 3 phases de dégradation de Hollande depuis 2012

Sondage IFOP réalisé du 11 au 13 mars 2016 pour Sud Radio, auprès d’un échantillon de 1026 électeurs potentiels, extrait d’un total de 1096
Sondage IPSOS réalisé du 11 au 20 mars 2016 pour Le Monde et le CEVIPOF, auprès d’un échantillon de 13693 électeurs potentiels, sur un total de 20319

1. C’est une première évidence depuis de longs mois, mais il convient de la répéter car elle ne semble pas complètement prise en compte par le monde politico-médiatique et elle influencera forcément les résultats de la primaire et l’organisation des candidatures « secondaires », au centre, à la gauche de la gauche et chez les divers écologistes (sujets sur lesquels nous reviendrons successivement dans les prochaines semaines): Marine Le Pen sera au second tour de la présidentielle de 2017.

Il ne reste donc plus qu’une place disponible pour le « système », pour les partis traditionnels de gouvernement. Il est donc essentiel pour ces derniers de sélectionner un candidat bien positionné et pouvant bénéficier d’une dynamique électorale (momentum). Cela signifie d’abord d’être capable de rassembler, pour l’essentiel, sa base partisane et électorale. Cela signifie ensuite de pouvoir exprimer une position sur sa gauche sans faire fuir d’électeurs sur sa droite et inversement.

C’est ce que Mitterrand avait porté au plus haut point en 1988. C’est ce que parvenait à faire, peu ou prou, Sarkozy en 2007, même si une certaine déperdition se faisait jour au centre au profit de Bayrou, compensée par des gains sur le FN et par une bonne mobilisation. C’est ce que semblait parvenir à faire DSK, mais sans certitude car le positionnement de Hollande était meilleur. C’est ce que parvient à faire Hollande en 2011-12, positionné centralement au sein du PS et, ensuite, capable de faire le discours (formellement grotesque, mais il fallait bien « quelque chose » pour les médias et la mythologie de la campagne) du Bourget sans perdre le noyau de centristes ballotté de DSK à Borloo, à Bayrou, à Hollande, et de jouer au social-démocrate responsable sans trop perdre vers Mélenchon (malgré l’attirance des bobos pour ce dernier lors d’une flambée sondagière aussi éphémère que les passions soi-disant amoureuses de ceux-ci 😀 cf. le blog sondages2012) ou en tout cas en compensant par un anti-sarkozysme très mobilisateur. C’est ce que parvient à faire, pour le moment, Juppé.

C’est ce que Jospin n’a pas pu faire en 2002, trop prématurément « présidentiel », modéré et responsable et perdant sur sa gauche et vers l’extrême-droite. C’est ce que Sarkozy ne parvenait plus à faire en 2012, perdant au centre ce qu’il espérait gagner sur le FN ou inversement; bref, dominé par les forces centrifuges, alors qu’une dynamique électorale est centripète. C’est ce qu’Hollande, mais aussi les autres candidats socialistes potentiels, ne parviennent pour le moment pas à réaliser.

Lorsque Montebourg ou Aubry ont été testés en 2014-15, ils perdaient largement vers Bayrou ce qu’ils gagnaient sur leur gauche. Mais ils pouvaient aussi ne rien gagner sur leur gauche, Montebourg se retrouvant alors derrière Mélenchon, en 5e position après Le Pen, Sarkozy et Bayrou. Lorsque Valls a été testé, il est apparu peu différent de Hollande dans son positionnement ou, lorsqu’il a perdu un peu de sa superbe auprès des socialistes eux-mêmes, un peu plus compétitif face à Bayrou et même directement face à Sarkozy, mais perdant sur sa gauche sa plus-value au centre et à droite. Avec le dernier sondage IFOP, la candidature Macron est -logiquement- encore plus caricaturale de ce point de vue: très compétitive face à Bayrou mais catastrophique sur la gauche avec une déperdition très nette vers Mélenchon.

Ainsi, par défaut, Hollande se retrouve comme le moins mauvais candidat socialiste… C’est ce que pour quoi il a travaillé depuis 4 ans… Le seul problème, c’est que son pari est réussi mais à un niveau inférieur à 20%. Merkel a de même éliminé chacun de ses adversaires potentiels au fil des années, mais en préservant une attractivité supérieure à 35, voire à 40%. Hollande a bien émasculé Aubry, Fabius, étouffé Valls, Hamon, marginalisé Montebourg, Peillon, mais il l’a fait sur fond de rétrécissement du PS: il est devenu le borgne au milieu des aveugles. Gagner en descendant n’est pas une réussite politique…

C’est sur ses faiblesses et ses quelques points d’appui que nous nous concentrerons aujourd’hui.

2. Au préalable, il faut affirmer que François Hollande sera candidat à sa succession. Comme beaucoup d’autres animaux politiques français, il est un professionnel pur de la politique; peut-être même plus que les autres, car il n’a jamais été ministre et trop peu élu local: il a toujours gravité en cabinet, en parti politique, dans le microcosme médiatico-politique. C’est sûrement ce qui explique à la fois sa victoire d’anguille en 2011 puis 2012, mais aussi son incapacité à gouverner et agir depuis 2012.

C’est ce qui fonde le pronostic quasi-certain d’une nouvelle candidature: il ne vit que pour cela, il ne sait rien faire d’autre et seules les campagnes et le simple statut de vainqueur (même pas celui de gouvernant) l’intéressent. Il n’est là que pour jouir du pouvoir, après en avoir été le commentateur si longtemps. En 2011, Royal posait la question de ce que les Français répondraient à ce que Hollande avait fait en 30 ans de vie politique, donnant elle-même la réponse: rien.

Bref, il sera évidemment candidat et tout ce qu’il fait est dans cette optique, même lorsque c’est petit, même lorsque cela rate: réviser la constitution à l’occasion des attentats était évidemment une pure manœuvre politicienne, qui a cependant mieux « fonctionné » à gauche qu’à droite, dans son objectif de division. La tactique du salami appliquée aux Verts (départ du parti, désorganisation des groupes parlementaires, entrées au gouvernement,…) n’a pas non plus d’autres but, même si elle ne devrait pas porter tous ses fruits (nous y reviendrons).

3. Mais, tout candidat qu’il est déjà, il présente évidemment énormément de faiblesses.

– Sa popularité est indigente, retombée dans ses plus bas de l’automne 2014. Même Sarkozy n’avait pas atteint ces niveaux et nous disions déjà à l’époque qu’avec de tels scores, il est impossible de gagner, quelle que soit la fiabilité relative des cotes de confiance.

De plus, cette popularité extrêmement faible et même inédite concerne l’ensemble des tranches d’âge et des CSP. Même les restes de forces au sein des CSP+ et des catégories intermédiaires (socialement et en âge) tendent à s’effacer ou pèsent moins face à un Juppé.

Les intentions de vote sont à l’avenant pour le 1er tour.

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Graphique sondages 1T 2017 Juppé-Hollande-Bayrou

Graphique sondages 1T 2017 Juppé-Hollande sans Bayrou

– Son absence de dynamique électorale se reflète dans les résultats aux élections intermédiaires (même si ce fut masqué aux régionales) et aux législatives partielles: les socialistes ne (se) mobilisent plus. Certes, face à Sarkozy, de guerre lasse, les socialistes reviendraient probablement voter pour leur candidat, mais face à un Juppé, le différentiel de mobilisation et de participation serait terrible.

En outre, même face à Sarkozy, l’émiettement à gauche, que craint depuis toujours Hollande, devrait se produire quand même: un candidat écologiste sera présent, Mélenchon est déjà là, un candidat à gauche du PS est probable, qu’il s’agisse de Taubira, d’Autain, d’un dissident PS ou d’un représentant de la société civile bobo-gauchisto-libertaire, sans compter d’éventuelles surprises régionalistes (Troadec) ou une confirmation de la candidature du MRC chevènementiste si elle obtient 500 signatures. Selon la formule consacrée: nous y reviendrons.

Certes, face au candidat préféré de Hollande (Sarkozy), il est plus fort, avec un électorat plus polarisé et plus mobilisé (et des médias plus conciliants). Mais il devra alors automatiquement faire face à Bayrou, qui devrait être le réceptacle naturel des CSP+, des « macroniens », du MEDEF de gauche (!), voire de certains enseignants.

Sa seule orientation est aujourd’hui de viser le second tour par défaut… ce qui n’est pas vraiment entraînant, ni valorisant.

– Son positionnement politique n’est plus maîtrisé. Sa grande force passée, y compris lorsque DSK était dans la course, c’était d’être au centre du PS.

Aujourd’hui, il a été contraint de se déporter sur la droite du parti. Or, si l’opération Macron consistait initialement à créer une aile « droite » pour se recentrer visuellement, elle est sur le point d’échouer, car Macron n’est plus vraiment identifié comme socialiste. Celui qui tenait auparavant ce rôle (Valls) n’a plus de spécificité, est accaparé par la gestion du quotidien comme tout Premier ministre (surtout avec un Président qui ne fait rien) et a déteint sur le Président, le « couple » exécutif étant confondu dans l’esprit de beaucoup.

Il a laissé un espace trop important sur sa gauche et permis à Aubry de commencer son opération de vengeance (qu’elle poursuivra à la moindre occasion, ne souhaitant plus rien pour elle-même d’ailleurs). En outre, les déçus sont nombreux dans la jeunesse et parmi les électeurs de gauche. Le niveau tout à fait honorable de Mélenchon dans les sondages (alors qu’il ne contrôle plus les troupes communistes, qu’il n’a pas réussi à rallier Duflot, que ses ouvertures internationales ont échoué et qu’il est un candidat vieillissant et peu renouvelé) montre bien qu’une partie de la gauche boudera Hollande, comme elle avait omis de soutenir Jospin en 2002.

Certes, le « 21 avril » empêchera peut-être que Hollande tombe à moins de 17%. Mais, il n’est aujourd’hui même plus assuré d’une 3e place, si Bayrou retrouve une seconde jeunesse, si la campagne de Mélenchon gagnait en dynamique ou si Hulot s’en mêlait.

– Quand bien même il essaierait un repositionnement à gauche, ou un approfondissement au centre, il perdrait immédiatement de l’autre côté tout gain, voire davantage. C’est le propre des candidats ayant perdu la confiance de leurs électeurs potentiels, des bases de force fidèles et toute dynamique positive. Même avec une campagne accrocheuse, Sarkozy perdait au centre et à gauche quand il se faisait plus « dur »; il perdait vers le FN lorsque son électorat potentiel se remémorait les promesses non tenues sur la sécurité ou la TVA.

Depuis 2012, si l’on en croit les sondages d’intention de vote dans l’hypothèse Hollande-Sarkozy-Bayrou (la seule testée systématiquement, mais, depuis le printemps 2014, les sondages Hollande-Juppé confirment les tendances), Hollande a connu 3 phases principales de dégradation:
de son élection à l’automne 2014, c’est l’électorat populaire qui a continué de fuir la gauche pour se réfugier dans le vote ou l’intention de vote FN; d’une certain manière, cette « fuite » est la moins grave car ces électeurs sont surtout susceptibles de s’abstenir et, en tous les cas, ne rejoindront jamais la droite; mais elle est la plus profonde et la plus durable par rapport à l’histoire de la gauche;
– puis, de l’automne 2014 aux régionales de 2015, Hollande a (re)gagné puis reperdu au centre et au centre-droit, d’abord à la faveur des attentats et du positionnement « régalien », puis en raison de la déception qui a suivi, d’autant plus forte que les attentes et espoirs furent élevés et même ressuscités; les attentats ont ramené à Hollande ce noyau d’électeurs flottants, modernistes et éduqués (ou supposés tels 😉 ), ceux qui avaient évolué entre DSK, Borloo, Bayrou, Hollande et qui adorent aujourd’hui les idoles Juppé et Macron; ceux-ci avaient déserté Hollande après la déception gestionnaire connue dès l’été 2012 et progressivement enracinée au fil des échecs économiques et sociaux et des preuves de faiblesse dans la gouvernance et la réforme; Hollande a même un peu mordu sur l’électorat de droite dans une dynamique d’ « union nationale » qui n’a finalement pas duré; l’échec de la révision constitutionnelle et les palinodies sur le code du travail pourraient avoir définitivement détourné cet électorat globalement centriste de Hollande (seul un 2e tour face à Le Pen le verra revenir vers le socialiste); l’accumulation des attentats et la « peur » que s’est faite la droite lors des régionales devraient de même avoir ramené au bercail LR les quelques électeurs égarés lors de cette année 2015;
– enfin, depuis décembre 2015, Hollande semble perdre sur sa gauche vers Mélenchon, en raison d’un chômage durablement élevé et des attaques macroniennes et vallsiennes sur le code du travail, et au centre-gauche vers Bayrou (ou, bientôt peut-être, vers un Hulot), en raison de fonctionnaires, d’enseignants et de CSP+ déçus sans se décider à rallier Juppé, en raison du souvenir de 1995.

Ce phénomène de fuites bilatérales ou alternées est très délicat à contrecarrer et à inverser. A vrai dire, aucun contre-exemple évident ne vient à l’esprit dans l’histoire de l’élection présidentielle.

Dans son propre camp, les rancœurs sont fortes, tant il traite les autres avec désinvolture et dans une relation de pur intérêt. Des ennemis traditionnels comme Aubry, Lamy, Lebranchu, des alliés comme Peillon , Pellerin, Filippetti, des amis comme Rebsamen, peuvent tous témoigner à des degrés divers de ce « traitement » et beaucoup ne l’aideront évidemment pas… La lassitude s’est aussi emparée de fidèles comme Le Foll.

Sans parler de ceux qui auront intérêt à sa chute, car leur victoire sera plus facile en 2022 face à la droite: Valls au premier chef évidemment, mais aussi, de manière moins nette (car trop faibles, trop jeunes ou trop indécis selon le cas), Montebourg, Hamon, Hidalgo, voire Macron ou Vallaud-Belkacem. Le syndrome Chirac 1981 est une évidence dans leur cas…

– Les événements économiques et politiques ne devraient pas être plus favorables qu’ils ne sont: chômage, ralentissement chinois, atonie européenne, bourbier syrien, tensions avec l’Allemagne, nouveaux attentats qui n’auraient plus d’effet « union sacrée » mais bel et bien un effet dépréciatif sur l’incapacité du pouvoir à protéger le pays, etc. Aucune amélioration à attendre des événements…

– Enfin, depuis 1978, toutes les élections générales (présidentielle et législatives, en considérant bien entendu qu’elles ne font qu’un événement électoral en 1981, 1988, 2002, 2007 et 2012 puisque tenus dans la foulée) ont conduit à un résultat inverse à l’élection suivante et à une alternance.

Seules font exception les échéances de 1995 et de 2007. Mais la victoire de Chirac sur Balladur en 1995 -après un affrontement homérique ayant focalisé toute la campagne, Jospin se retrouvant presque spectateur et tout étonné de figurer au second tour- ne fut-elle pas une forme d’alternance? Et la victoire de Sarkozy de 2007 n’était-elle pas celle de la « rupture » avec le chiraquisme fainéant et mourant?

4. Face à cette lourde litanie de handicaps, peu d’éléments de force émergent et ils ne sont que partiels.

– Le soutien médiatique pourrait jouer un peu en sa faveur, mais seulement en cas de candidature Sarkozy. Même si le FN devait s’envoler (ce qui est peu probable), le soutien médiatique irait à Juppé encore davantage, en cas de candidature de ce dernier.

Car, en cas de victoire de Juppé à la primaire, le système médiatico-culturalo-entreprenarial le ralliera largement, dans l’attente du futur « poulain » du système, déjà placé sur orbite, Macron. Et l’on sait combien la vulgate médiatique influe sur les élections, malgré le fait que beaucoup d’électeurs s’en défendent et prétendent voir clair… Après tout, même Sarkozy avait partiellement réussi son entreprise de séduction des médias en 2007. Sans parler de Hollande lui-même, ami, connivent et concubin de la petite classe des journalistes politiques, des éditorialistes et des patrons de médias, des années 1990 à 2012.

– La gauche de la gauche reste émiettée et aucune candidature de gauche en mesure de le devancer n’apparaîtra. Seule une dissidence socialiste de poids pourrait le faire mais ne se produira pas, car chacun a trop besoin du parti pour l’échéance suivante (Hamon, Valls voire Montebourg) ou reste fidèle par inertie ou pour l’histoire (Aubry).

Mais même cet avantage est relatif. Certes, Hollande ne devrait pas finir 4e ou 5e, mais Mélenchon conserve son socle de 10% et c’est un peu aussi… Marine Le Pen qui est l’autre candidate de gauche… Certes, elle doit faire face au dilemme qui fait qu’elle ne peut plus progresser qu’en rassurant les personnes âgées de droite, tout en essayant de ne pas perdre ses récentes conquêtes de gauche. Toutefois, elle a clairement un avantage compétitif à gauche, sur les sujets touchant à l’Europe économique ou migratoire. La ligne Philippot permet de siphonner à gauche et la simple actualité terroriste suffit pour que le FN reste le FN sur la sécurité et l’embrouillamini culturalo-ethnico-religieux (comme l’économie pour les Tories ou les sujets de défense pour le GOP).

– Il faut répéter qu’une candidature Sarkozy pourrait l’avantager un peu. Mais, outre la redynamisation de Bayrou, elle le place en situation de complète dépendance à la primaire de la droite et du centre, lui faisant repousser sa candidature officielle à une période où les débats de la primaire devraient avoir donné un avantage à la droite.

L’horizon est donc particulièrement sombre pour Hollande et il est difficile de ne pas penser que, structurellement, il a déjà perdu. Toutefois, c’est ce que nous disions pour Sarkozy dès le début de 2011 et il avait quand même réussi à se rapprocher -un peu mais pas autant que veulent bien le faire accroire les Hortefeux et Buisson- de Hollande…

Derniers sondages IPSOS, Odoxa et IFOP pour la primaire de la droite et du centre: avancée de Le Maire au détriment de Sarkozy et Fillon

1. Les dernières livraisons d’Odoxa (sondage réalisé du 18 février au 10 mars 2016, pour le compte du Parisien-Aujourd’hui en France et de BFM-TV auprès d’un échantillon de 426 personnes certaines d’aller voter, parmi 965 comptant aller voter, parmi un échantillon total de 4036), de l’IFOP (sondage réalisé du 23 février au 18 mars 2016, pour le compte de Paris-Match, iTélé et Sud-Radio, auprès d’un échantillon de 768 personnes certaines d’aller voter, extrait d’un échantillon total de 8090) et de l’IPSOS (sondage réalisé du 11 au 20 mars 2016, pour le compte du Monde et du CEVIPOF, auprès de 1282 personnes certaines d’aller voter sur un échantillon total de 20319) montrent une « certitude » de participer à la primaire exprimée autour de 6 à 10% du corps électoral. La tendance est en légère érosion et retrace à peu près celle observée pour la primaire socialiste de 2011. Dans la réalité, la participation effective à cette dernière fut inférieure et plus proche de 6% du corps électoral, ainsi que cela a été détaillé dans l’article du 8 mars dernier.

S’il n’est pas assuré que la participation atteigne les 3 millions, un volume de 2 millions de votants apparaît désormais comme une base assurée et probablement un seuil de 2,5 millions atteint. Cela constituerait un volume suffisant pour avantager Juppé et ne pas trop s’éloigner des sondages. Il convient toutefois de noter une situation un tantinet moins défavorable pour Sarkozy dans le sondage IPSOS dont l’échantillon est nettement plus large et permet de dépasser nettement le seuil des 1000 pour les électeurs « certains » d’aller voter à la primaire.

2. Ces dernières livraisons confirment cependant l’avance globale de Juppé. Elles confirment aussi que celui-ci a désormais rattrapé Sarkozy au sein même de l’électorat LR, davantage susceptible de se mobiliser, ou plus exactement que Sarkozy a continué de s’éroder pour rejoindre Juppé aux alentours des 35%, chiffre pivot que nous avions déjà évoqué. Les avantages sociologiques de Juppé, déjà soulignés, auprès des personnes âgées et des CSP+, c’est-à-dire ceux qui se déplaceront en plus grand nombre, persistent mais sont complétés par une avance de Juppé dans quasiment tous les compartiments.

En effet, la nouveauté de ces sondages -plutôt massifs et donc assez représentatifs- tient, non à l’érosion de Sarkozy en tant que telle, mais à son érosion au profit de Le Maire dans des catégories (CSP+, professions intermédiaires, personnes âgées, personnes d’âge intermédiaire) où il continuait d’être relativement compétitif. L’électorat potentiel de Sarkozy, comme d’ailleurs, désormais, celui de Fillon, apparaît comme composite, voire désarticulé, déconnecté des zones de force traditionnelles et reposant sur des catégories d’âge (25-34 ans, les plus jeunes semblant, au moins temporairement, sensibles à l’arrivée de Le Maire « sur le marché ») ou sociologiques (ouvriers, chômeurs, mais même plus employés) peu fiables quant à leur participation finale.

Il en est de même pour Fillon, qui se retrouve au même niveau chez les CSP+ que dans les catégories populaires, perdant ainsi tout le bénéfice de sa campagne de 2012 pour la présidence de l’UMP et tout le bénéfice de son travail sur le projet. Le grignotage de Fillon par Le Maire était -souvenez-vous, fidèles lecteurs!- attendu.

Graphique sondages primaire 2016 ensemble

3. L’autre face de cette situation évolutive est donc l’émergence relative de Bruno Le Maire. Il convient là de souligner combien, non seulement les médias, mais aussi les instituts eux-mêmes (dans leurs commentaires pré-mâchés), peuvent parfois décrédibiliser les sondages en en faisant une interprétation tronquée, une présentation partielle, qui ne rendent pas justice à la pertinence en général correcte des chiffres eux-mêmes. Odoxa a en effet mis en valeur un Le Maire rattrapant presque Sarkozy.

En réalité, le sondage Odoxa comporte plusieurs vagues sur la période mi-février/mi-mars, comparées à une enquête « point zéro » datant de début février (et qui complète en réalité les sondages déjà engrangés). Les vagues successives confirment certes (comme le dernier sondage IFOP) la progression globale de Le Maire sur la période. Mais celui-ci ne s’est fait menaçant pour Sarkozy qu’au moment de sa déclaration de candidature, qui lui a donné une visibilité plus importante et qui l’a fait gagner en notoriété.

Depuis ce maximum, il a un peu régressé, tout en finissant à la mi-mars à un niveau supérieur à celui du début de l’année. Mais il faut aussi ajouter que la progression de Le Maire sur l’ensemble de l’électorat le fait simplement revenir à son niveau du printemps 2015, à une époque où il bénéficiait encore de sa visibilité à l’occasion de la campagne pour la présidence de LR et d’une médiatisation sur le dossier de la destruction réforme du collège. En soi, le phénomène n’est donc pas inattendu, ni exceptionnel.

Graphique sondages primaire 2016 LR

En revanche, ce qui est notable, c’est sa réelle progression au sein de LR et, semble-t-il, principalement au détriment de Sarkozy. Juppé n’est en effet pas affecté par cette progression, ni dans l’ensemble, ni auprès des sympathisants LR, même s’il l’est auprès des électeurs centristes, mais selon l’IPSOS seulement.

A cet égard, les écarts entre sondages sur les électorats FN (Le Maire rejoignant Sarkozy selon l’IPSOS) et centriste montrent que les seules mesures un peu fiables sont celles auprès de l’ensemble du corps électoral potentiel et auprès des sympathisants LR, la « vérité » se situant probablement entre les deux.

Cette évolution de Le Maire peut-elle conduire à une configuration différente, avec un duel Juppé-Le Maire pour le second tour? Sans être impossible au regard de l’influence des médias, de l’attrait du consommateur-électeur pour la « nouveauté », le « changement » et de l’instabilité chronique du monde post-moderne, cela reste peu probable:
Sarkozy n’est pas encore réellement en campagne; il dispose de l’appareil du parti et aura de nombreux relais locaux, militants, électoraux et politiques; il pourra se rattraper en débat, face à des adversaires, dont Le Maire, moins à l’aise dans l’exercice; c’est-à-dire de quoi faire face à un Le Maire assez technocratique;
– Le Maire devrait se décaler encore un peu plus sur la droite pour étouffer Sarkozy, ce qu’il ne voudra pas faire, de peur de perdre son positionnement central au sein du parti et parce que ce n’est pas sa nature; en outre, sa faible spécificité de fond serait encore davantage brouillée, le laissant réellement avec comme seul argument le renouvellement des générations, ce qui est un peu court;
– l’intérêt de Le Maire peut être davantage de se rendre indispensable pour le second tour à un Juppé pas aussi dominateur qu’aujourd’hui; il ne pourra en effet se substituer à Juppé comme candidat de l’aile modérée; mais, s’il se substituait à Sarkozy, il se retrouverait en opposition à Juppé, futur vainqueur, sans pour autant pouvoir récupérer l’aile plus dure, promise alors à Wauquiez.

Néanmoins, le tableau n’est pas favorable pour Sarkozy: à force d’être un outsider, certes plein de promesses, on risque de le rester, comme l’ont montré Walker, Bush, Rubio, etc. face à Trump. Déjà, la « dispute » tactique (gagner au centre, en siphonnant Bayrou voire Hollande, ou gagner à droite ou « au peuple », en siphonnant Le Pen) semblait tourner à l’avantage de Juppé (les seconds choix des électeurs de Sarkozy, qui vont d’abord vers Juppé, montrent l’attrait de ceux-ci pour l’argument de l’efficacité électorale: si Sarkozy n’est pas plus performant dans les sondages sur la présidentielle, même le cœur de ses soutiens risque de douter).

Mais, en outre, la « dispute » quant à la personnalité semble échapper également à Sarkozy, qui s’érode même auprès de ses soutiens premiers. Car, si Le Maire n’apporte pas grand-chose de nouveau sur le fond, il semble, au moins conjoncturellement (mais c’est déjà énorme lorsqu’il s’agit d’interroger des électeurs sur un choix électoral) séduire sur le simple renouvellement personnel. Sarkozy peut toutefois se rassurer en considérant qu’en la matière, le retournement est également possible et que les débats pourront l’aider davantage que le « gris » Le Maire (ou le « doublement gris » Juppé…).

Cela promet des affrontements internes d’autant plus durs qu’ils seront personnels et que le fond comptera moins (le seul ayant adopté des positions de fond assez complètes -Fillon- étant inaudible et/ou à contre-emploi par rapport à son gaullisme social d’origine). La violence décuplée risque de laisser des traces et cela vaudra d’autant plus si Juppé l’emporte, car il faudra bien qu’il manœuvre pour empêcher Sarkozy de lui nuire ensuite. Woerth, Chatel, voire Wauquiez auront alors probablement leur utilité… pour circonvenir Sarkozy et l’empêcher de rééditer le « soutien » des éléphants à Royal en 2006-07, avec l’efficacité que l’on sait…

4. En parallèle de l’émergence de Le Maire, la stabilité à faible niveau de NKM est à noter. Certes, elle pourra toujours jouer sur le fait d’être une femme dans les débats, mais resservir l’argument « royaliste » sur la différence évidente, qui se voit, sera délicat. Quant à son positionnement, il est trop modéré pour pouvoir prendre, sachant que l’espace est déjà occupé par Juppé, qui aura pour lui l’avantage de l’electability. Encore empêtrée dans la recherche de parrainages, n’ayant pas bénéficié d’une fenêtre médiatique favorable pour le lancement de sa candidature, elle risque de vite épuiser ses possibilités d’aborder les débats de l’automne en meilleure position.

Pour NKM, comme pour Copé, Fillon, voire Sarkozy, les débats pourraient devenir un jeu de quitte ou double assez dangereux. En 2011, les campagnes atones d’Aubry et Royal étaient devenues trop dépendantes du résultat des débats, ce qui est fort dangereux (comme lorsqu’un Giuliani faisait dépendre sa campagne de la Floride en 2008 ou lorsqu’un Rubio jouait au yo-yo en fonction des prestations lors des débats télévisés). A l’inverse, Hollande pouvait se contenter de « gérer » son avance et de ne pas faire de gaffe (le vide de ses interventions en était sidérant, mais le format des émissions lui permettait de passer à travers les gouttes…).

Valls et Montebourg n’avaient, eux, pas grand-chose à perdre, ayant déjà imposé leur nom, et pouvaient profiter au contraire des débats pour s’affirmer définitivement comme incontournables et façonner des « personnages ». De manière équivalente, Le Maire, voire Mariton plus marginalement, pourront davantage tirer parti des débats.

5. Quant aux autres petits candidats, ils n’émergent pas, à l’exception de Morano auprès de l’électorat FN, qui ne se déplacera de toute façon pas en masse et qui est assez erratique dans les sondages pour le moment. Quoi qu’il en soit, la candidature Morano est très peu probable.

A ce propos, notons l’arrivée de Geoffroy Didier parmi les « petits » candidats sans chance réelle de franchir la barre des 20 parrainages parlementaires. Certes, il est sûrement mieux placé que Frédéric Lefebvre de ce point de vue, mais il n’est pas mieux placé que NKM et sûrement moins que Copé ou même Mariton.

3 hypothèses peuvent être émises à son sujet:
– la jeunesse « moderne » ose tout, ne s’embarrasse de rien, surtout pas de l’expérience ou de l’autorité, a compris que le culot payait dans le système médiatico-libertaro-capitaliste actuel et Didier s’est dit: pourquoi pas moi, surtout que les Wauquiez, Le Maire, NKM, Pécresse, Bertrand, Baroin allaient occuper le terrain pour longtemps et que, derrière, les places commençaient à devenir enviées: Peltier, Retailleau, Philippe, Apparu, Béchu, Darmanin, Larrivé, Solère, nombreux sont les deuxièmes et troisièmes couteaux à émerger et à figurer en bonne place dans les différentes écuries présidentielles,
– Sarkozy ne l’a pas promu dans son équipe rapprochée et le protégé d’Hortefeux se regimbe, énième créature sarkozyste à échapper à son maître (aux côtés de Morano, Dati, Lefebvre, Estrosi, Mariani,…),
– il s’agit d’une candidature éphémère téléguidée par Sarkozy et Hortefeux pour brouiller les cartes et ridiculiser globalement la primaire (en espérant toujours qu’elle n’ait pas lieu et que Sarkozy soit désigné « à la Bonaparte ») ou, à défaut, occuper le terrain du « renouvellement générationnel » pour éviter que Le Maire confirme cette embellie relevée plus haut, et, finalement, organiser un « ralliement » de Didier à Sarkozy, histoire de jouer par avance ce qui risque de se produire en faveur de Juppé entre les deux tours.

6. Quant aux candidats hors LR, Poisson est presque assuré de sa participation au titre du PCD. Le CNIP va sûrement être débouté.

L’UDI a voté « non » mais participera de toute façon, soit en considérant que l’accord final obtenu sera « suffisant », soit que ses troupes (électeurs, mais aussi militants, voire barons locaux) participeront sans se soucier de cadres dirigeants qui se déconsidéreront encore un peu plus. En outre, certaines composantes pourraient participer, comme l’AC de Jean Arthuis. Si le bureau politique de LR l’acceptait, ce serait sûrement un casus belli avec Lagarde, Morin et Hénart; mais, inversement, cela peut constituer un contre-chantage car Arthuis, moins connu que Lagarde et Morin et dont le parti est moins « puissant » que les radicaux de Laurent Hénart, pourrait profiter de la tribune des débats pour venir troubler le jeu interne de l’UDI. De plus, le profil d’Arthuis serait idéal, du point de vue sarkozyste, pour gêner de « sage », technocratique et fiscal conservative Juppé. Tout reste donc possible, même si le petit théâtre centriste n’aura que peu d’importance une fois la mécanique de la primaire vraiment lancée, les appareils partisans ne contrôlant pas leurs troupes électorales.

7. Enfin, le second tour reste très favorable à Juppé, même si plus serré sur les seuls sympathisants LR. Il n’empêche que la tendance reste bonne pour lui sur le long terme et que les reports des électeurs Fillon et Le Maire sont nettement majoritaires. C’est là, après l’érosion sociologique et politique continue de Sarkozy, sa deuxième faiblesse majeure: même en cas de premier tour correct (32-36%), voire réussi (37-40%), il risque de partir de trop bas pour l’emporter.

En conclusion, l’évolution de Le Maire est désormais à suivre. Fillon en sera-t-il, comme je l’anticipe (avec amertume mais résignation ;D), totalement marginalisé? Le Maire va-t-il retomber quelque peu, une fois l’effet de la médiatisation passé, ce qui me paraît le plus probable? Sarkozy continuera-t-il son érosion et devra-t-il revoir son calendrier pour se dévoiler plus tôt, dès ce printemps, de crainte d’être trop distancé par Juppé? L’effet d’une réelle entrée en campagne de Juppé sera également à surveiller car les premiers « accidents » pourraient alors se produire, même s’il garde sous le pied quelques moyens financiers et des annonces probablement nombreuses de ralliements divers et variés, dans une primaire des endorsements qu’il devrait maîtriser.

Prochainement, nous reviendrons sur les sondages pour le premier tour de la présidentielle de 2017 et sur la faiblesse structurelle, voire rédhibitoire, du président-candidat.