Second tour des élections régionales 2015 – regain de la droite, résistance en trompe-l’oeil du PS, plafond de verre relevé mais persistant pour le FN

La participation à 12h est de 19,59%. Certes, en progrès de plus de 3 points par rapport au premier tour, mais de seulement un point par rapport à 2010 (18,57%). En outre, rappelons-nous qu’un surcroît de mobilisation à 12h n’est pas forcément confirmé à 17h et à 20h. Et relativisons ce « sursaut démocratique » de… un point entre 2010 et 2015 (cela semble être la valeur de la lutte contre la « barbarie »… 😉 ).

Participation abstention 2010-2015

Toutefois, c’est un premier élément qui n’est, a priori, pas positif pour le FN, la participation semblant avoir davantage progressé là où il y avait une incertitude liée à son bon score de premier tour.

Tout à l’heure, il faudra surtout scruter l’Ile-de-France, Auvergne-Rhône-Alpes et Bourgogne-Franche-Comté et, dans un second temps, Centre-Val-de-Loire et Normandie (et la Corse, pour les purs « electoral nerds » !).

AJOUT 17h: là, c’est vraiment une hausse de la participation: 50,54% à 17h. Cette fois-ci, il y a vraiment une différence, qui, même avec un affaissement entre 17 et 20h, donnera un recul significatif de l’abstention finale. Je ne pense pas qu’il y ait de raison de penser que cet afflux plus important ait un effet différent de ce que les sondages annoncent.

Sinon, cela signifierait que le FN a un potentiel insoupçonné ou que le PS a réussi à « surfer » sur le battage médiatique de l’après-attentats. Voilà en tous les cas un premier élément de suspense car, à plus 7 points de participation par rapport à 2010, la différence est substantielle.

Participation abstention 2010-2015 (2)

AJOUT 19h45: Vraiment, si les électeurs vont voter uniquement en cas de risque de victoire FN, c’est un peu lamentable… Tout est comme dans la vie courante, ce n’est que sous la contrainte, en dernière minute, que l’on fait les choses… pas bien brillant. Je n’ai pas de prétention particulière, sauf celle d’avoir 100% de participation en 27 ans de vie électorale (non, j’ai commencé seulement aux cantonales de 1988 😉 ).

Cela m’énerve un peu car nous allons entendre des grands discours grotesques sur l’esprit de « responsabilité » et sur le « sursaut démocratique ». Cela m’énerve surtout parce que le suspense est réduit 😉 .

Heureusement, il nous reste l’IdF, ARA, la BFC, la Normandie et le Centre-VdL. Espérons au moins que nous ne saurons pas tout avant 22h. Bonne soirée !

AJOUT 1h30: Désolé pour ce silence prolongé, mais des impératifs familiaux et techniques m’ont empêché de poster.

Mon pronostic est donc faux: il aurait fallu intervertir Normandie et BFC 😛 Cela aurait pu être pire, mais ce n’est pas très brillant. Passons, cela ne vaut que pour le jeu…

Plus importante est une première analyse rapide des résultats:

  • personne ne peut décemment triompher: le FN ne progresse pas d’un tour à l’autre et semble rencontrer une barrière infranchissable dès que l’enjeu augmente; le PS a perdu des régions importantes et ne doit deux de ses victoires qu’à des triangulaires serrées; la droite ne progresse pas autant qu’annoncé et ne doit deux de ses victoires qu’à des désistements de la gauche et une autre à une triangulaire serrée;
  • le surcroît de participation a stoppé la progression du FN.

Cela, vous l’aurez entendu en boucle toute la soirée.

En revanche, vous aurez moins ouï une analyse un tout petit peu plus fine:

  • je ne reviens pas sur l’inanité de la présentation cartographique, qui laisse penser à un équilibre droite-gauche: même Le Monde (c’est dire) parle de défaite de la gauche (ou de victoire de la droite), en reprenant la balance démographique, qui est de 2/3-1/3 en faveur des régions de droite;
  • le surcroît de participation a profité quasi-exclusivement à la droite: soyons clair, tout abstentionniste du premier tour n’est pas venu voter à droite; simplement, toute la progression enregistrée l’est par la droite;
  • plus largement, par un calcul très grossier, si l’on additionne toutes les voix FG-EELV-DVG-DVECOL-PS-PRG (et même AEI et même MoDem en Bourgogne-Franche-Comté, ce qui semble plus pertinent), si l’on additionne toutes les voix LR-UDI-MoDem(sauf autonome)-DVD, si l’on additionne toutes les voix FN-EXD, on obtient un résultat fort surprenant et instructif:
    • le FN stagne ou recule un peu (jusqu’à 4 points en Ile-de-France) et ne progresse que faiblement (1 ou 2 points) dans les régions où il pouvait être compétitif (NPCP, BFC, LRMP), PACA constituant une petite exception (+5), elle-même intéressante;
    • la gauche ne progresse que de 2 à 3 points en Ile-de-France et LRMP (en BFC, elle ne progresse pas si on lui impute AEI et MoDem du premier tour); ailleurs elle stagne (ou baisse de 10 points en ALCA, mais c’était une situation hybride);
    • la droite gagne systématiquement toute la hausse de participation ou même 1 à 3 points de plus (Ile-de-France, Pays-de-la-Loire); elle gagne moins seulement en LRMP (où elle n’avait aucune chance) et en BFC (je mets à part les 3 régions où elle était en duel ou quasi-duel, où elle gagne évidemment beaucoup plus).

Bien entendu, je n’ai pas inclus DLF et UPR dans ce calcul. Cela signifierait que cet électorat s’est plus reporté sur la droite que prévu ou n’a pas eu d’influence sur le résultat final.

Il est donc clair -et cela n’est apparu dans aucun commentaire ce soir- que la participation a quasi-exclusivement profité à la droite ou qu’elle a compensé toutes les pertes de reports de voix et au-delà, alors que la gauche ne tire pas un bilan consolidé positif « participation additionnelle/reports de voix ». Peut-être ne s’agit-il là que d’un rattrapage du score décevant de la droite au premier tour. Mais c’est un résultat un peu plus encourageant pour elle.

Cela ne doit toutefois pas la satisfaire, car elle entame désormais les divisions délicieuses de la primaire et elle sait désormais que le premier tour est celui de tous les dangers… Le risque d’une élimination face à François Hollande doit la pousser à la plus extrême prudence, à ne pas se précipiter pour avancer la primaire (ce qui lui ferait perdre l’impact médiatique positif des débats à l’automne) et à s’unir comme les socialistes ont su le faire fin 2011.

Pour le PS, sa « résistance » en trompe-l’oeil doit lui faire souhaiter plus que jamais de ne pas avoir trop de candidatures de premier tour à gauche. Tout le jeu hollandais va désormais consister à saboter la candidature Mélenchon via le PCF (achetable contre des circonscriptions) ou des éléments perturbateurs au sein du FG (Autain?) et à affaiblir celle de Duflot (en poursuivant le renforcement de l’UDE et en tentant d’acheter celle-ci par des circonscriptions, ce qui n’avait pas suffi en 2012).

Pour le FN, il est difficile de jauger des possibilités de victoire car la seule région qui aurait pu nous éclairer (LRMP) était en triangulaire et non en duel gauche-FN. Il est certain que le FN ne gagnerait pas en duel contre la droite, même si Sarkozy serait boudé par la gauche. Toutefois, la relative contre-performance d’Estrosi et la bonne tenue de MMLP montrent que, face à un candidat de droite dure, le FN peut être compétitif, mais il doit être déjà très haut au premier tour (et PACA n’est pas la France…). En revanche, face à la gauche, il bénéficierait de forts reports de voix de droite et pourrait être menaçant, même si la forte participation d’un second tour de présidentielle rendrait quand même la situation, difficile pour Marine Le Pen.

J’anticipe beaucoup trop, mais les termes de l’année qui vient sont ainsi posés…

J’affinerai dès que possible ce calcul assez brut de mouvements entre les deux tours, qui devrait inciter la droite à s’organiser pour mobiliser son électorat « à la Obama 2008 » ou « à la Cameron 2015 ». Je n’oublie toujours pas la cartographie du premier tour, que je compléterai de celle du FN au second tour (celle des autres partis étant fortement perturbée par les retraits, demi-retraits et dynamiques anti-FN qui ont prévalu en faveur de l’un ou l’autre selon les régions). Je reprendrai également les sondages « sorties des urnes » ou « jour du vote » qui nous renseigneront peut-être sur les reports de voix. Sûrement un peu la semaine prochaine et davantage pendant les vacances… De toute façon, il faudrait faire durer le plaisir, car nous n’avons plus d’élection jusqu’à la primaire de la droite et du centre des 20 et 27 novembre 2016…

 

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Bilan du premier tour des élections régionales 2015: victoire des sondages et du FN, échec lourd de conséquences pour la droite, résistance en trompe-l’œil du PS

Je ne reviendrai pas sur l’échec, désormais habituel, de mes pronostics :P. En revanche, beaucoup d’enseignements peuvent déjà être tirés des résultats d’hier.

1. Les sondages nationaux ont été d’une grande fiabilité. Pour rappel, la physionomie des derniers sondages était la suivante:

Moyenne derniers sondages 1er tour

A cette heure, sur la base des totalisations nationales du ministère de l’Intérieur, les résultats sont les suivants:

1er tour rég 2015

Au niveau local, c’est plus contestable, mais les rapports de force globaux et l’ordre d’arrivée étaient justes même dans des régions délicates à estimer (Auvergne-Rhône-Alpes, Normandie). Seule la Bourgogne-Franche-Comté a été plus délicate pour certains sondeurs, mais ce n’est pas forcément étonnant.

Comme en 2012, il faut donc insister sur le fait que, lorsque les médias critiquent les sondages, ce n’est que parce que leurs propres attentes médiatiques sont fausses, car non fondées sur les évolutions les plus récentes des sondages, ne tenant pas compte de la mobilisation différentielle des électorats ou ne tenant pas compte des évolutions en cours, alors que les sondages, de fait, s’arrêtent 3 jours avant le jour du vote. Il est en outre assez rare de voir souligner la qualité des estimations, lorsqu’elle est réelle.

2. Malgré les grands discours sur le sursaut de participation, l’abstention atteint 50,1%, contre 53,7% au premier tour en 2010, 49,8% au second tour de 2010 et 49,8% au premier tour des départementales de mars 2015. Il n’y a donc là rien d’exceptionnel, même si, marginalement, cela n’a pas avantagé la droite.

En revanche, il est clair que, comme anticipé, les attentats ont joué en faveur d’une petite sur-mobilisation du FN (le sondage Harris Interactive pour M6 du jour du vote montre que 29% des électeurs du FN considèrent qu’ils ont eu un impact sur leur motivation de vote).

De même, l’anticipation d’une victoire FN a probablement amené à une mobilisation un peu plus importante de l’électorat PS (dans le même sondage, 29% des électeurs socialistes ont été motivés par le score anticipé du FN).

Cela explique donc que, contrairement au phénomène constaté lors des municipales et européennes de 2014 et des départementales de 2015, le PS se soit maintenu par rapport aux anticipations sondagières (et même très légèrement amélioré, grâce aussi à un petit vote utile de la gauche de la gauche), ainsi que le FN. En contrepartie, la droite et le centre ont légèrement sous-performé, contrairement à ce que ce blog prévoyait (pour une fois qu’il n’était pas entièrement pessimiste sur la droite, il faut que ce soit en ce 6 décembre… :P).

3. Le résultat de la droite et du centre est également venu d’une bonne tenue de DLF (et de l’UPR, au score faible mais présent partout). Ce point est passé sous silence par les médias, mais le parti de Nicolas Dupont-Aignan a clairement mordu sur l’électorat Républicains-UDI, ainsi que le montrera la géographie électorale (en préparation sur ce blog).

Les candidats FN « performants » (la tante, son mari et la nièce, mais aussi le protégé) ont limité l’emprise de DLF dans leurs régions. Le seul candidat de droite à avoir réussi pareil résultat est clairement Laurent Wauquiez (nous y reviendrons).

4. L’interprétation médiatique de l’ordre d’arrivée, comme prévu, fait du FN le grand gagnant, alors même que l’ensemble droite-centre n’est pas loin.

Le PS est considéré comme ayant limité les pertes, alors même qu’il est menacé dans de nombreuses régions. L’ensemble de la gauche est présenté comme le premier bloc, alors que les divisions y sont profondes et les électorats plus distants qu’auparavant, sauf en cas de vote anti-FN.

La perspective est faussée, comme anticipé, par les couleurs portées sur les cartes et leurs surfaces respectives. Elle est faussée par un mode de scrutin proportionnel donnant une prime à la liste arrivée en tête.

5. Il n’en reste pas moins (et nous y reviendrons plus en détail encore en publiant rapidement la géographie électorale des grands ensembles) que la droite et le centre subissent un revers grave:

  • toutes les formations de la droite gouvernementale (hors souverainistes purs) ont été rassemblées, pour n’atteindre que 27%,
  • la droite et le centre ont très peu de réserves de voix et reprendre au FN ce qu’il a dérobé risque de faire perdre des électeurs modérés qu’un PS décalé au centre (au moins en termes de positionnement apparent, avec Manu Militari et Manu Macron, pour couvrir le sécuritaire et l’économique respectivement) ne cesse de guigner,
  • l’opposition officielle d’un gouvernement aux résultats catastrophiques et d’un président ayant atteint des records d’impopularité dépasse de peu le quart de l’électorat ou, en tous les cas, n’atteint pas le tiers s’il lui est adjoint DLF,
  • l’opposition officielle est rejointe, pour un scrutin largement national, par l’autre opposition, celle-là dirigée contre le système en son entier,
  • le débat reste entier sur l’optique à adopter: droite ferme et régalienne pour éviter les fuites vers DLF et le FN/droite modérée pour ne pas laisser échapper les électeurs du marais central sensibles au « vallsisme »; débat décliné sur le plan tactique et électoral en « ni (front républicain) ni (front national) » contre désistement anti-FN; ce n’est pas que ce débat puisse ou même doive être tranché, mais il continuera de polluer l’année 2016 pour la droite, grâce au jeu machiavélo-mitterrandien de François Hollande, jouant de manière classique du FN pour mettre la pression sur la droite,
  • ce débat permettant aux affrontements personnels de trouver une motivation supplémentaire; or, aucune ligne ne semble avoir l’avantage, même si, localement, les têtes de liste UDI ou Républicains modérés déçoivent plutôt (Normandie, BFC, Centre-Val-de-Loire, d’un côté, ALCA, de l’autre) tandis que Laurent Wauquiez s’en sort bien, de même que, plus faiblement, Bruno Retailleau; ce constat n’est cependant peut-être lié qu’aux personnalités et aux campagnes, non aux orientations de fond (après tout, en PACA et en NPCP, l’échec est sévère, tandis que la droite résiste correctement en Ile-de-France et ALPC avec des candidats plus modérés).

Ce premier tour des régionales 2015, s’il n’est pas compensé par un regain de mobilisation et le gain des régions Ile-de-France, ARA et ALCA au second tour, risque donc d’avoir de lourdes conséquences sur une droite et un centre encombrés de présidentiables (même si Xavier Bertrand et Christian Estrosi sont évidemment hors jeu, mais avec un Laurent Wauquiez qui pourrait se sentir poussé s’il fait figure de rescapé; j’anticipe mais notons une vraie curiosité: il est le seul à réaliser plus de 50% dans un département: en l’occurrence le sien, la Haute-Loire, mais c’est assez significatif).

6. Pour le PS, la tentation est grande de se contenter des 3 régions déjà acquises et de voir tout gain supplémentaire comme une belle victoire. Sa résistance (déjà analysée précédemment et bien mise en scène par le PS et préparée par le président) est en réalité moins significative qu’il ne paraît:

  • il perd simplement moins que la droite et le centre et il n’est fort que de l’insigne faiblesse du camp opposé,
  • mais il recule de nouveau dans ses baronnies locales, ce qui diminue son ancrage local, qui était sa force principale des années 2000,
  • l’éloignement entre électeurs de la gauche de la gauche et électeurs de centre-gauche semble s’accentuer, rendant délicats les bons reports de voix et ancrant davantage la perspective de candidatures FG, EELV, voire autres, à la gauche du PS en 2017; les attentats et surtout le « risque FN » étant des éléments qui cachent en partie le désamour des électeurs qui se considèrent de la vraie gauche à l’égard de l’orientation libérale en économie et conjoncturellement fortement sécuritaire;
  • la tentative de dissolution des Verts par François Hollande n’est pas, à ce jour, couronnée de succès; certes, EELV est le premier perdant par rapport aux régionales de 2010, mais il avait à l’époque sur-performé parce que l’électeur anti-sarkozyste n’était pas satisfait du PS; or, faire quitter EELV par les Placé, Rugy, Pompili et consorts -le président pensant ruiner les perspectives de candidature Duflot- n’a fait que laisser la structure aux mains de l’aile gauche,
  • il perd l’essentiel de ses ancrages populaires et se retrouve à la tête d’une coalition électorale quelque peu hétéroclite et à la merci partielle d’une candidature Juppé (ou d’une candidature Bayrou en cas de victoire sarkozyste à la primaire de la droite et du centre).

7. Pour le FN, le succès est clair, mais il apparaît quelque peu surestimé, l’interprétation étant influencée par le succès de ses figures principales, presque toutes engagées dans les régionales, contrairement aux autres partis (et singulièrement le PS, mais aussi LR, qui a finalement beaucoup délégué à l’UDI):

  • le niveau absolu du FN reste inférieur à 30%, sans réelle réserve de voix autre que les reports par défaut que la gauche contre la droite ou, plus fortement, la droite contre la gauche pourrait assurer dans un duel de second tour; le FN franchit toutefois les seuils année après année ou, plus exactement, décennie après décennie: 10%, 15%, 20%, 25%, 30%, avec une certaine accélération depuis 2011;
  • sans qu’il soit forcément question d’un plafond de verre, il est clair que, plus le FN monte, plus la pression médiatique et le « barrage » du système sera virulent, surtout si la perspective d’une victoire en 2017 n’est plus une simple invention théorique;
  • il semble atteindre ses limites: les sondages Harris et Odoxa (pour Le Parisien) du jour du vote montrent que, si les électeurs PS et LR du premier tour se reporteront logiquement sur leur propre candidat au second tour (entre 90 et 100%), ceux du FN sont légèrement moins nombreux à le faire: 88% entre cas de triangulaire et même 82% en cas de duel droite/FN; cela signifie qu’il reste un part de vote simplement protestataire au FN, même si elle a fortement reculé, ou, plus précisément, qu’un vote protestataire plus nouveau (plus « bourgeois », similaire au mini-succès de DLF et conjoncturel, lié à la crise des migrants et aux attentats du 13 novembre) s’est fait jour et que ces électeurs retourneront, au tour décisif, vers la droite;
  • plus il s’élargit, plus le FN risque de se diviser; toutefois, la dynamique positive permettra sûrement à toutes les tendances de cohabiter au moins jusqu’en 2017 et l’équilibre quasi-parfait des scores en NPCP et en PACA y contribue; ce sont quand même des « problèmes de riche ».

Cependant, les éléments favorables prédominent à l’évidence:

  • le FN poursuit sa « nationalisation« , à la fois géographique et sociologique, gagnant même dans les CSP+ et se développant dans toutes les zones rurales, même dans la moitié ouest; seules les métropoles les plus mondialisées résistent;
  • les petites listes souverainistes ou d’extrême-droite sont marginalisées (même Jacques Bompard en PACA) soulignant la force du vote tactique du FN, déjà marquée par la certitude de vote pour le FN, qui est la plus forte exprimée avant l’élection (et que confirment les sondages du jour du vote, avec un vote FN acquis le plus en amont de tous les partis – c’est le vote EELV ou FG qui était le moins solide, en apparence, tout du moins);
  • il continue de créer la division dans les forces du « système » et de structurer le débat politique et électoral;
  • il peut encore « marcher sur ses deux pieds« , entre Marine et Marion, nord et sud, gauche et droite, ce qui en fait, en forçant un peu le trait, le nouveau parti attrape-tout, statut que le PS avait connu en 1988 et l’UMP en 2007; de manière complémentaire, sa montée légitime ceux qui hésitent encore à voter pour lui et qui pourraient d’autant plus facilement sauter le pas que la « bonne conscience » médiatique se fissure, est moins efficiente ou devient même un motif de rejet du « système ».

8. En ce qui concerne le débat sur les retraits de listes, en dehors de mon erreur de prévision (largement due à une bonne part de naïveté résiduelle…), il est clair que le président joue un jeu de billard à 3 bandes, en sacrifiant, pour préserver la seule chose qui l’intéresse dans la vie (le premier tour de 2017), le PS dans deux régions emblématiques (les corons du Nord et Marseille, quand même! Il fut un temps pas si lointain où les fédérations de Mollet, Mauroy et Defferre faisaient la SFIO…).

En PACA et en NPCP (j’y reviendrai), la dynamique FN est trop forte, la droite n’a que très peu de chances de l’emporter. Pourquoi, donc, ne pas se donner le beau rôle dans le camp « républicain » et mettre la pression sur la droite, dans un jeu classique depuis l’utilisation (certains diraient la création, mais c’est excessif; l’entretien et l’accélération, sûrement, en revanche) de la montée du FN par François Mitterrand dès 1984-86 (manifestations de SOS-Racisme, mode de scrutin proportionnel aux législatives de 1986 et aux régionales de 1986 et 1992) ? La défaite du « camp républicain » ne pourra être que la faute de la droite puisque la gauche aura fait son devoir « moral ».

La ficelle étant, hier soir, un peu grosse, la région ALCA a été ajoutée, au moins en apparence. Car il n’est pas exclu que le PS national ait été amené à afficher une position de retrait, avec en parallèle une entente à coups de SMS entre président et tête de liste Masseret (vieille connaissance s’il en est…) pour, de fait, ne pas se retirer. Jean-Pierre Soisson fut coutumier de faits équivalents, en son temps… Ainsi, coup double: le PS est vertueux, mais Florian Philippot bat la droite.

En effet, pourquoi le PS ne poursuit-il pas la logique jusqu’au bout et ne se retire-t-il pas en Bourgogne-Franche-Comté (où le FN est en position de gagner), dans le Centre-Val-de-Loire (où il est très menaçant) et en Normandie (où il est fort sans être très haut, mais où le PS est derrière la droite et le centre) ? C’est d’autant plus « étonnant » qu’il s’agit à chaque fois de têtes de liste UDI, moins « suspectes » que le premier Estrosi venu… Et le total des voix de gauche n’est pas un argument, puisqu’en NPCP, la gauche est devant la droite.

Bref, la « morale » s’arrête là où commence l’intérêt électoral. Tout cela est de bonne guerre, mais c’est surtout le révélateur que les médias ont commencé de se réaligner politiquement (en sens inverse, l’analyse du score de LR par Le Figaro vaut son pesant) et le feront pleinement à partir de janvier prochain, sur la lancée de la propagande anti-terroriste officielle depuis 3 semaines. Encore une bonne nouvelle pour le président qui, sur ce front, n’est menacé que par Alain Juppé.

9. Nicolas Dupont-Aignan ne se désiste pas en faveur de la droite et refuse toute fusion; il ne donne aucune consigne. Visuellement, ce n’est évidemment pas une bonne nouvelle pour Valérie Pécresse ou pour la droite en Normandie, Centre-Val-de-Loire et ALCA, notamment. Toutefois, cette annonce est à relativiser.

Encore faut-il que tous ses électeurs soient atteints par l’information. Encore faut-il ensuite qu’ils respectent le positionnement de leur candidat. Or, il est bien connu que ces « consignes » (de surcroît une… absence de consigne) sont de peu d’effets par rapport à ce que les électeurs avaient/ont déjà décidé.

Au cas d’espèce, le « gros » sondage IPSOS antérieur au 1er tour (le seul se penchant sur DLF) donnait un report, au 2nd tour, vers la droite à hauteur de 47%, vers le FN à hauteur de 29%, vers la gauche à hauteur de 7% et vers l’abstention à hauteur de 17%. Ce sondage a été réalisé entre les 20 et 29 novembre et DLF y faisait 3,5% des intentions de vote: cette matrice de reports est donc tout à fait réaliste et sera intégrée dans les futurs pronostics.

10. Le programme de la semaine est donc simple: il sera loisible d’effectuer des pronostics dès mardi soir, après clôture des dépôts de listes pour le second tour (en ALCA, sans la gauche, Richert serait favori; avec le maintien de la gauche, il perd très probablement). Les sondages comportant des matrices de report de voix (Harris mais malheureusement sans prévoir la possibilité d’une abstention; Odoxa; IPSOS d’avant le premier tour; les sondages IPSOS, IFOP et Odoxa relatifs aux départementales, déjà cités ici).

Les autres jours de la semaine permettront d’établir la cartographie départementale du premier tour par grands ensembles et un retour sur la sociologie, à partir du traditionnel sondage IFOP du jour du vote et, s’il est publié en intégralité, du sondage IPSOS.

Premier tour des élections régionales 2015 – moyenne des sondages pré-électoraux et premiers résultats

NOTA BENE: ce post sera actualisé tout au long de la soirée et de la nuit. Rendez-vous en fin de post pour les ajouts et dans les commentaires pour ceux qui veulent discuter (votre premier commentaire est forcément modéré, mais une fois approuvé, les commentaires suivants s’affichent sans autorisation a priori – même si sous surveillance vigilante 😉 )

Pour cette soirée électorale, moment toujours béni même en période de difficultés ou de tristesse, il convient de rappeler ce que j’avais déjà publié ces jours derniers, à savoir les éléments de participation pertinents:

Participation-abstention 2010-2015

A 12h, la participation, aujourd’hui, était de 16,27 %, contre 16,07 % en 2010. Autant dire qu’il n’y a aucune évolution depuis 2010 et que le niveau des départementales de mars n’est même pas atteint.

Il faut être prudent: en fonction des dimanches, la participation peut être en retrait à 12h, en progrès à 17h, encore à un autre niveau à 20h, ou l’inverse. Mais, fondamentalement, il n’y a aucun « sursaut démocratique » ou « républicain » en termes de participation. Back to basics, retour à la normale et ces usual results sont plutôt, en théorie, une bonne nouvelle pour la droite et une mauvaise pour le PS et le FN. Si vous avez suivi les posts précédents, vous aurez deviné que les personnes âgées et les retraités sont allées voter, certains des catégories modestes sont retombés dans l’abstention et attendent le second tour et les jeunes rebelles ont préféré cuver la vodka-orange d’hier soir et continuer d’écouter Eagles of Death Metal: on ne peut pas résister sur tous les fronts, hein!

Pour ce qui est des résultats nationaux que nous découvrirons à 20h, voici les éléments de comparaison à avoir en tête. En premier lieu, les résultats des régionales de 2010:

Résultats 1er tour rég 2010

Ensuite, les moyennes des derniers sondages publiés:

Moyenne derniers sondages 1er tour

La moyenne de tous les sondages publiés cette dernière semaine ne comprend que ceux des instituts ODOXA, ELABE, IPSOS et Harris Interactive. Tous ont été réalisés depuis le 29 novembre. La moyenne pondérée en fonction de la taille de l’échantillon est très peu différente et donne une bien plus grande place au sondage IPSOS, qui réunissait 8000 personnes interrogées contre le millier habituel. Enfin, la moyenne des derniers sondages de chaque institut permet d’intégrer également Opinion Way, TNS-Sofres et l’IFOP. L’écart reste fort limité.

Visuellement, les médias insisteront, au niveau national, sur la 1ère place: le FN est-il devant la droite et le centre ? Même si le FN est derrière d’un demi-point, ce sera présenté comme une mini-défaite pour celui-ci, alors que ce sera une forte déception pour un ensemble rassemblant quand même Les Républicains, l’UDI et le MoDem. Ceux qui ont connu l’ensemble RPR-UDF des années 1970 en riront bien (éventuellement jaune).

Toutefois, si la droite parvient à dépasser les 30% ou même les 32%, ce sera un faible soulagement pour elle. En dessous de 30, ce sera de mauvais augure pour l’année 2016, qui verra alors des déchirements terribles.

Au-dessus de 25%, le FN pourra se prétendre gagnant. Mais s’il ne parvient pas à dépasser les 28%, cela signifiera qu’il marque le pas par rapport aux européennes de 2014 et aux départementales de 2015. Il ne pourra alors compter, pour l’avenir, que sur la division de la droite pour devenir la principale force d’opposition. En dessous de 25%, ce serait une contre-performance, bien entendu. Au-delà de 30%, la dynamique mariniste serait assez difficile à arrêter, car de nouveaux « plafonds de verre » auront été et seront brisés.

Les médias compareront peut-être aussi le niveau du PS à celui de 2010, en oubliant toutefois les listes « union de la gauche » de l’époque. Bref, si le PS se rapproche de 20%, ce sera une vraie déconvenue, alors que le président parade sur le porte-avions et en champion  de l’air pur. S’il dépasse les 25%, il pensera que tous les espoirs sont permis, mais probablement à tort: si ce résultat est obtenu par un écrasement de l’ensemble FG-EELV en dessous de 10%, cela signifiera que l’électorat centriste n’est pas au rendez-vous, malgré l’état d’urgence, Macron, les Rafale et le discours vallsien sur les ennemis de la République.

Les résultats régionaux, que j’essaierai d’analyser dès qu’ils parviendront au cours de la soirée et de la nuit, seront tout aussi importants, mais ne retiendront pas les grands titres de la presse écrite demain, car il faudra faire des additions à plus de quatre termes. J’y reviendrai, mais les différents pronostics publiés depuis le lancement de ce blog vous renseigneront utilement.

Restez à l’écoute!

AJOUT 17h20: la participation à 17h, contrairement à 12h, est bien en hausse par rapport à 2010: 43,01% contre 39,29%. Peut-être nos jeunes rebelles ont-ils émergé après la 17e sonnerie du réveil, vers 14h30, ou nos catégories modestes se sont-elles dit qu’il fallait renverser le système, après un bon repas dominical avec l’oncle Jules… 😉

Près de 4 points de participation supplémentaire, c’est significatif par rapport à 2010. Toutefois, on a déjà vu des évolutions favorables à 17h se transformer en faible progrès de la participation à 20h. En outre, par rapport aux départementales de mars, le score est identique… Je ne tablerais donc pas encore sur un « sursaut démocratique ». Si sursaut il y a, il a déjà eu lieu en mars, après les attentats de janvier, et la situation n’a pas changé depuis. Je ne penche donc toujours pas pour une remontée du FN (par rapport aux sondages) et du PS (par rapport à mars 2015). Réponse à 20h…

Participation-abstention 2010-2015

AJOUT 19h: bien entendu, les dépêches commencent d’insister sur une participation en hausse, « trois semaines après les attentats ». Si les élections pouvaient être comme les médias, éminemment prévisibles…! A 49-50% (fourchette des instituts ayant publié des estimations à cette heure), l’abstention sera donc comparable aux départementales de mars dernier. Certes, normalement inférieure aux régionales de 2010, mais supérieure à celles de 2004. En outre, j’insiste sur le fait que la physionomie intraday de la participation est très élastique d’une élection à l’autre.

A cette heure, je doute que le FN soit en tête. Mais il n’y aura pas non plus de vrai vainqueur, c’est le plus probable: une droite en tête faiblement, un FN pas aussi haut que prévu mais quand même fort, un PS pas vraiment sauvé, une gauche de la gauche émiettée et décevante, des divers droite ne parvenant pas à se faire entendre. Je prends des risques!

Evidemment, la participation semble plus forte dans le Nord et sur le pourtour méditerranéen et plus faible dans les grands centres urbains. Mais cela peut tout aussi bien signifier une mobilisation anti-FN là où il a été signalé en tête et là où sont présentées les représentantes de la famille Le Pen. Wait and see

AJOUT 20h40: Comme d’habitude, le rédacteur de ce blog s’est bien trompé… Je devrais demander la nationalité américaine.

Plus sérieusement, car les pronostics sont bien moins intéressants que les résultats et les analyses, les sondages ont été finalement d’une grande précision, si les estimations actuelles des instituts et les résultats partiels du ministère de l’intérieur sont confirmés.

L’ensemble droite-centre apparaît en léger retrait d’un point. Le PS réalise un gain d’un demi-point environ, mais pris, comme prévu, sur l’ensemble EELV-FG, en léger déficit. Enfin, le FN, qui est bien en tête, réalise une performance en haut de la fourchette des sondages pré-électoraux et c’est bien lui qui a profité du léger surcroît de participation.

Aucun institut n’a eu raison sur les différents ensembles partisans. IPSOS semble être le meilleur en moyenne, avec Opinion Way également assez proche. Mais il n’y a pas d’institut qui se soit réellement trompé ou qui afficherait un biais net et problématique pour la suite. Il s’agit ici uniquement des seuls sondages nationaux (en précisant que BVA, CSA, Polling Vox et, évidemment, ViaVoice et YouGov n’en ont pas publié) et un point devra être fait quant aux sondages régionaux.

Rendez-vous plus tard pour des estimations des dynamiques à l’oeuvre en régions, mais le second tour sera difficile pour Laurent Wauquiez et le FN est très bien parti en ALCA, à ma grande surprise. Au vu des niveaux atteints par le FN en NPCP, en PACA et en ALCA, il n’est pas improbable qu’il soit aussi menaçant en Normandie et Bourgogne-Franche-Comté, voire en LRMP.

Pour ce qui est des fusions et des retraits, il est fort probable, comme prévu, qu’il n’y en ait pas, même si ce sont les têtes de liste qui, localement, pourront décider. Reynié en LRMP pourrait désobéir à Sarkozy; le PS pourrait réfléchir en ALCA. Prudence donc.

AJOUT 21h20: Le FN semble très bien parti pour le second tour en Bourgogne-Franche-Comté en ALCA (en plus de PACA et NPCP, déjà quasi-gagnées). Il est très menaçant en Centre-Val-de-Loire, ce qui est une très mauvaise nouvelle pour la droite. La Normandie semble en revanche trop difficile à gagner pour le FN, de même que LRMP.

Le paysage est très délicat pour la droite et le centre, qui n’est vraiment « tranquille » qu’en Pays-de-la-Loire. L’Ile-de-France sera difficile à arracher, sauf si Dupont-Aignan appelle explicitement à soutenir Pécresse, ce qui est peu probable. L’ARA est peut-être hors de portée.

Le PS a tout intérêt à jouer de ce découpage régional machiavélien (probablement la seule réussite de Hollande, cette fois à la hauteur de Mitterrand sur le gerrymandering: c’est toujours ça! 😉 ) pour laisser la droite se faire plumer par le FN en ALCA, BFC, voire Centre. En se maintenant partout, le PS perdra moins que la droite ne perdra.

Certes, il faudra compter avec un éventuel sursaut « anti-FN ». Il sera toutefois d’ampleur limitée, sauf matraquage médiatique massif. Néanmoins, il convient de ne pas oublier que le FN est probablement au maximum de sa mobilisation. C’est ce qui permettrait à la droite et au centre de sauver le Centre-Val-de-Loire, mais c’est tout.

AJOUT 23h50: décidément, c’est une mauvaise soirée pour les pronostics 😛

L’annonce du PS de retirer les listes mais seulement en NPCP et PACA est la marque du machiavélisme tacticien de François Hollande. Si la gauche voulait vraiment faire barrage, elle se retirerait également en ALCA, en BFC, voire en Centre-Val-de-Loire, régions où le risque FN est réel. Ainsi, le futur candidat socialiste essaie d’étouffer la droite entre lui et le FN: en PACA et NPCP, l’avance et la dynamique des Le Pen sont telles qu’une victoire de la droite, avec des Estrosi et Bertrand physiquement et psychologiquement ravagés et des électeurs de gauche qui se reporteront au mieux à 55% sur la droite (cf. les sondages sur les reports aux départementales, sur lesquels ce blog reviendra dans la semaine), est peu probable. En revanche, le maintien du PS en ALCA, en BFC et en Centre fera perdre la droite, soit de manière certaine (en ALCA et même BFC), soit de manière hypothétique (Centre).

En attendant, Les Républicains passent pour des alliés objectifs du FN et on peut déjà imaginer la renaissance des divisions au sein de la droite entre Juppé, NKM, l’UDI et Bayrou d’un côté, Sarkozy, Fillon, Wauquiez, Le Maire, de l’autre. Le PS peut même se payer le luxe de redorer son image auprès des « bobos », de son électorat de CSP+, voire des centristes du MoDem ou des centristes honteux de l’UDI et de l’aile dite humaniste de LR: tous éléments favorables en Ile-de-France et en ARA. Ce premier tour tourne donc à la défaite complète de la droite (qui est trop basse pour éviter le débat « front républicain or not front républicain »), à la victoire réelle du FN et à une forme de satisfaction, à la Pyrrhus certes, de François Hollande.

J’essaie de publier rapidement des cartes électorales départementales.