Derniers sondages IPSOS, IFOP et OpinionWay pour la primaire de la droite et du centre: effritement de Juppé, stabilisation de Sarkozy, absence d’émergence de concurrence tierce

Sondage OpinionWay pour Marianne, réalisé du 19 au 23 mai 2016 auprès d’un échantillon de 808 électeurs se déclarant certains de participer et considérant important d’aller voter sur un total de 9 672

Sondage IFOP pour Paris Match, i-Télé et Sud Radio, réalisé du 28 avril au 20 mai 2016 auprès d’un échantillon de 808 personnes certaines d’aller voter sur un total de 8 604

Sondage IPSOS pour Le Monde et le CEVIPOF, réalisé du 13 au 22 mai 2016 auprès d’un échantillon de 1 134 personnes certaines d’aller voter sur un total de 19 455

1. La participation à la primaire de la droite et du centre reste une inconnue importante, depuis l’article précédent traitant notamment de ce sujet. Le taux de participation oscille de 6 à 12% selon les sondeurs, mais de 6 à 10% pour les sondeurs (IPSOS et IFOP) les plus rompus à l’exercice et disposant des échantillons les plus larges, ce qui, en l’occurrence, est un avantage au regard de l’étroitesse du corps électoral potentiel dans un échantillon habituel de sondés.

Cela donnerait un corps électoral de 2,5 à 4 millions de personnes. Le plus probable est que ce soit le point bas de la fourchette qui soit le plus proche de la réalité, les velléités de participation s’érodant vite lorsque l’échéance se présente finalement, un peu comme l’idée (sincèrement?) généreuse d’inviter pour le dîner la grand-tante Sidonie, si seule mais si… enfin bon.

Même si le corps électoral était réduit à 2 millions, cela dépasserait néanmoins le cœur militant des Républicains. Il faut aussi considérer qu’il est bien possible que la participation progresse d’un tour à l’autre, ceux qui auront été vaincus par la paresse le 20 novembre ou qui auront préféré réduire leur dépense aux 2 euros du second tour se déplaçant alors le 27 novembre.

L’écart sera probablement plus important que pour la primaire socialiste d’octobre 2011 (seulement +0,4 à 0,5 point d’un tour à l’autre) car
– en 2011, aucun candidat ne suscitait un rejet tel que celui suscité aujourd’hui par Nicolas Sarkozy, même dans une partie de la droite;
– en 2011, les électeurs de gauche non socialiste, du centre et de droite susceptibles de participer à la primaire n’avaient pas perdu tout espoir de voir leur candidat (Mélenchon, Bayrou, Sarkozy) bien figurer au 1er tour et/ou se qualifier pour le 2nd tour et/ou l’emporter; aujourd’hui, la qualification de Marine Le Pen paraît si sûre et la situation du sortant Hollande est si périlleuse qu’une partie des électeurs de centre et de centre-gauche, voire de gauche, peut considérer que la primaire de la droite et du centre sera leur seule possibilité d’influer sur l’issue de la présidentielle de 2017; c’est à la primaire de la droite et du centre que l’élection se jouera peut-être;
– il convient de répéter que le PS n’organisera pas de primaire, ce qui motivera peut-être d’autant plus une petite frange d’électeurs de gauche et de centre-gauche à s’exprimer dans la seule vraie primaire disponible. Si des adhérents du PS ont déclenché un contentieux, la direction, hollandaise de fait, peut encore gagner beaucoup de temps, en conditionnant cette primaire « ouverte et citoyenne » à la participation des autres structures de gauche (PCF, EELV, voire PG), ce qui est évidemment exclu. Ainsi, sa responsabilité, y compris juridique, pourrait se trouver exonérée, une situation de force majeure » pouvant être constatée… En outre, les tribunaux rechignent souvent à trop s’ingérer dans la vie interne de ce qui reste une association (sur le plan politique cependant, cet élément s’ajoutera toutefois à la loi El Khomri et aux sorties de Macron pour désespérer un peu plus la base de gauche, ce qui ne fera pas vraiment les affaires du président-candidat, qui compte se réorienter vers la gauche, pour minimiser la « mobilisation différentielle » par rapport à l’électorat de droite);
– la familiarisation avec la pratique des primaires (mais aussi des élections internes à la présidence d’un parti) fait progressivement entrer l’exercice dans les us et coutumes de l’électeur.

2. Pour ce qui est des intentions de vote, il apparaît que Juppé ne progresse plus et semble même s’effriter un peu. L’agitation sociale, les blocages et grèves rappellent le précédent de 1995 et sa gestion peu couronnée de succès par le pouvoir Chirac-Villepin-Juppé de l’époque… Certains électeurs, à droite, peuvent aussi se dire que la « méthode douce » n’est décidément pas la bonne, ce qui n’est comparativement pas favorable à Juppé. En revanche, le rappel que la droite est économiquement libérale, qui ravive la polarisation, ne peut que nuire à l’ensemble des candidats Républicains, sans vraiment toucher l’un plus que l’autre.

Graphique sondages primaire 2016 ensemble

Cet effritement de Juppé ne bénéficie cependant pas spécialement à Sarkozy. Si les petits candidats ne dépassent pas 1% (sauf Copé), NKM ne progresse pas non plus. C’est plutôt Le Maire qui semble en situation de reprendre un peu d’ascendant. Nous avions dit dès le début que la zone d’inflexion entre les deux candidats majeurs se situerait un peu en-deçà des 35% et il est peu probable que Juppé se rapproche des 40. Il n’y a donc là rien d’inquiétant pour lui à ce stade, même s’il est pour le moment peu audible.

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Sarkozy a stoppé son érosion et il reste fort parmi les sympathisants LR, à un niveau équivalent à celui de Juppé. Dans la mesure où le résultat final devrait se situer entre les deux courbes (sauf à ce que les sondeurs soient particulièrement performants et la participation particulièrement forte), c’est une base correcte de départ pour lui. Cependant, le temps disponible pour la campagne se réduit et, avec le championnat d’Europe de football, l’agitation sociale pérennisée et la coupure estivale, il restera 3 mois utiles après la fin août. Sarkozy dirait toutefois que c’est amplement suffisant… Mais la couverture médiatique sera-t-elle aussi généreuse que celle accordée au PS en 2011? C’est peu probable et le CSA, alors qu’il n’avait rien dit en 2011, sera « vigilant » cette fois-ci…

En outre, le PS ne commettra pas la même erreur que celle de Sarkozy et de l’UMP, proprement fascinés et muets pendant quasiment deux mois à l’automne 2011, devant la nouveauté d’une vraie grande primaire et ne sachant pas tellement comment réagir et intéresser les médias à autre chose. Quel cataclysme politique, social, international involontaire aura déclenché Hollande d’ici là? Quelle perturbation volontaire a-t-il déjà concoctée pour parasiter la primaire de la droite et du centre? Tout le monde l’ignore, mais la probabilité en est forte.

A ce stade, le favori reste Juppé. C’est d’autant plus vrai que, malgré son effritement, ni Le Maire, ni surtout Fillon ne s’imposent réellement comme une menace réelle pour le duo de tête. Le Maire est certes en position de tirer profit d’une faiblesse d’un deux « grands », étant correctement placé dans les seconds choix des électeurs potentiels des autres candidats, selon IPSOS. Le Maire, s’il se positionnait un peu plus à droite, pourrait profiter d’erreurs de Sarkozy.

Mais le premier « second choix » des électeurs de Sarkozy, c’est Juppé, ce qui valide d’ailleurs l’argument fort du critère d’electability  pour ces électeurs potentiels, Le Maire et Fillon n’ayant pas démontré une capacité à assurer une distance de sécurité suffisante à l’égard de Hollande ou Bayrou pour la qualification au second tour. En sens inverse, Sarkozy n’est que le troisième « second choix » des électeurs de Juppé, montrant que ces derniers adhèrent davantage à la personnalité et/ou aux idées. Cela signifie que Sarkozy ne bénéficierait pas forcément d’une décrue de Juppé et que Le Maire se positionnerait sûrement en alternative.

Juppé est d’ailleurs nettement en tête des seconds choix des électeurs Fillon (38 contre 23 vers Le Maire et 11 vers Sarkozy) et des électeurs Le Maire (40 contre 28 vers Sarkozy et 13 vers Fillon). La marge de progression de Sarkozy n’est donc pas majeure au-delà de son noyau, important, de fidèles.

Enfin, s’il devait y avoir des phénomènes de vote utile supplémentaires, ils bénéficieraient aux deux candidats les mieux placés. Juppé pourrait ainsi bénéficier d’un vote utile aux dépens de Fillon, notamment à l’occasion de ralliements qui, potentiellement, ainsi qu’il a déjà été exposé, toucheraient d’abord Fillon, qui part de très haut. Pour ceux qui rejettent le duopole Juppé-Sarkozy, c’est Le Maire qui pourrait devenir un meilleur pari que Fillon. D’ailleurs, la certitude du vote s’effrite chez les électeurs de Fillon, alors qu’elle progresse, pour devenir juste majoritaire, chez les électeurs de Le Maire et qu’elle est stabilisée à haut niveau (entre 60% et 2/3) chez les électeurs des deux grands candidats, selon IPSOS.

Ainsi, je continue de filer la comparaison (uniquement en termes de dynamique électorale, bien entendu) Hollande-Juppé, Aubry-Sarkozy, Montebourg-Le Maire, Royal-Fillon, voire Valls-NKM et Baylet-Poisson.

3. A cet égard, il faut souligner l’absence totale d’émergence des petits candidats, notamment NKM. Manifestement, son « décalage » permanent n’est pas bien ressenti, l’utilité de sa candidature n’est pas reconnue et elle pâtit d’un vote utile fort en faveur de Juppé. Quant aux autres, y compris Copé, ils n’existent pas médiatiquement et politiquement, se phagocytant les uns les autres.

Mais les débats télévisés de l’automne mettront en valeur, ipso facto, les candidats qui y participeront et un léger éparpillement sera inévitable, même si le précédent du score resté négligeable de Baylet et même le faible score de Valls montrent que l’avantage d’un « vu à la télé » n’est pas toujours décisif, loin s’en faut. Surtout, encore faut-il pouvoir être candidat! Or, il semble que la quête des 20 parrainages parlementaires soit vraiment difficile.

Si Poisson est assuré de sa participation au titre du PCD et si Copé a affirmé avoir les parrainages requis, NKM semble en difficulté et les autres soit en très grande difficulté (Mariton), soit déjà exclus (Myard, Didier, Lefebvre, Morano). Seuls Guaino ou MAM auraient encore les moyens de recueillir les 20 parrainages, mais uniquement si un seul des deux est candidat. A part NKM, toutes ces candidatures potentielles mordraient davantage sur Sarkozy que sur les autres grands et moyens candidats.

Au total, il devrait donc y avoir de 6 à 8 candidats et plutôt 6 que 7 et 7 que 8… L’expérience du PS en 2011 montre que 6 est probablement un maximum pour la clarté des débats. Rappelons que les débats en vue du premier tour sont fixés les jeudis 13 octobre (TF1, RTL, Le Figaro, LCP et Public Sénat), 3 novembre (BFM-TV et i-Télé) et 17 novembre (France Télévisions, Europe 1, LCP et Public Sénat). Pour le second tour, rien n’est fixé à ce jour.

4. Le second tour sera probablement serré, car il y a toujours un phénomène de resserrement naturel dans les compétitions électorales personnalisées et pas trop fortement polarisées (contrairement au second tour de la présidentielle de 2002). Cet écart est d’ailleurs déjà en très léger resserrement.

Graphique sondages primaire 2016 2T ensemble

Graphique sondages primaire 2016 2T LR

En dehors des faiblesses intrinsèques et structurelles de Sarkozy, négocier le second tour sera très délicat pour lui et Juppé reste là encore favori d’une courte tête.

S’il est devancé au premier, Sarkozy ne pourra probablement pas rattraper Juppé. S’il le devance, il bénéficiera du statut enviable de comeback kid et de « surprise divine » et saura en jouer pendant la petite semaine qui sépare les deux tours (soit une semaine de moins que pour une présidentielle). Toutefois, son éventuel succès de premier tour pourrait créer une sur-mobilisation différentielle, fondée, comme expliqué ci-dessus, sur le rejet personnel, favorable à Juppé. Il lui faudrait donc une dynamique très forte et un écart très substantiel.

Car l’écart parmi les électeurs fillonistes et lemairistes risque de lui être défavorable de 5 à 9 points. En effet, si les reports de voix ne sont malheureusement pas testés par tous les sondeurs, il y a désormais suffisamment de données pour réaliser un graphique, même sommaire. Il en ressort que, si les deux grands se partagent 70% et que Le Maire et Fillon se partagent 25 à 30% au premier tour, un différentiel de 20 à 30 points sur les reports de voix des deux moyens candidats vers Juppé et Sarkozy paraît devoir pénaliser lourdement ce dernier.

Graphique primaire 2016 reports 2T électeurs Fillon

Graphique primaire 2016 reports 2T électeurs Le Maire

Il peut également être noté que le rejet des électeurs de Fillon à l’égard de Sarkozy semble grandir, tandis que l’écart s’amoindrit légèrement chez les électeurs de Le Maire, qui sont plus nombreux et probablement en provenance de Sarkozy. Quoi qu’il en soit, les reports semblent se profiler à hauteur de 60/30/10 chez Fillon et 55/30/15 chez Le Maire et n’ont jamais été équilibrés ni, a fortiori, favorables à Sarkozy.

Bien entendu, Sarkozy n’a pas encore perdu. Il comptera surtout sur la personnalité de Juppé, qui peut très vite devenir arrogant et perdre sur deux ou trois phrases maladroites, pour rester poli. Les débats risquent fort d’être nettement plus agressifs que ceux du PS en 2011, lors desquels Aubry se retenait de peur d’apparaître comme source de division; ce sera moins les cas à l’automne prochain, les électeurs potentiels de droite n’ayant pas forcément une volonté de « consensus » mais plutôt d’en découdre avec Hollande. Juppé n’a pas non plus la même maîtrise du « traitement » des journalistes, alors que Sarkozy sait alterner onction et punition a tempo. Le biais positif du système médiatique en faveur de Juppé devrait toutefois le prémunir partiellement de toute « curée » journalistique à son encontre, même s’il trébuche, comme c’est assez probable.

Sarkozy peut aussi mettre Juppé en porte-à-faux à l’égard de la « vraie » droite, Juppé ne pouvant, en débat télévisé, complètement renier ses ouvertures centristes et « progressistes » sur les questions sociales, environnementales et sociétales; de ce point de vue, il est plus facile de se battre en outsider, en underdog. Il peut également utiliser le passé et le « passif », en faisant ressortir, non pas forcément des affaires (car le camp adverse, comme des juges anti-sarkozystes, pourraient lui servir sa propre part…) mais des situations d’échec politique (réforme de 1995, dissolution de 1997) pour dévaloriser les avantages électoraux supposés de Juppé.

Il peut enfin compter sur des structures plus fournies et plus aguerries, à même de relayer puissamment ses messages: il n’est de voir que la capacité à médiatiser le « ralliement » de Baroin (qui avait déjà rallié Sarkozy depuis bien longtemps…) pour comprendre que l’équipe réduite de Juppé, ses réseaux un peu usés ou encore trop épars, aura du mal à lutter à l’automne. Son utilisation de l’appareil de LR d’ici la fin août et les facilités que permettront Wauquiez et Woerth après sa démission de la présidence ne peuvent pas non plus nuire…

Juppé peut inversement se rassurer en constatant le rejet de Sarkozy et son identification à Hollande, d’une certaine manière.Ce rejet et les bons reports de second tour constituent sa force, avec, en premier lieu, sa sociologie électorale très favorable (personnes âgées, retraités, CSP+). Il est également le mieux placé, toujours nettement, dans les intentions de vote à la présidentielle, ce qui est rassurant pour l’électeur de droite ou même du centre ou de l’extrême-droite, dont le premier but est de se débarrasser de Hollande (dont le taux d’impopularité frôle parfois les 100% dans les électorats de droite et du FN… ce qui est proprement hallucinant et inédit). Il saura peut-être aussi valoriser des ralliements d’importance ou « surprises »: NKM voire Morano -par énervement « anti-Nicolas »- si elles ne parviennent pas à se présenter; Bertrand, même s’il devrait plus logiquement rallier Fillon (s’il soutient quelqu’un); Pécresse, si elle considère qu’elle peut mieux se valoriser auprès de Juppé en le soutenant dès le premier tour (même si, logiquement, elle devrait rester filloniste). Il est enfin le favori des pronostics des électeurs potentiels eux-mêmes, ce qui est toujours un atout car cela installe psychologiquement un ascendant.

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Derniers sondages IFOP et Odoxa pour la primaire de la droite et du centre: stabilisation Juppé-Sarkozy au profit du premier, absence de décollage des petits candidats et plafonnement prématuré de Le Maire

Sondage IFOP pour Valeurs Actuelles, réalisé du 29 mars au 14 avril 2016 auprès d’un échantillon de 548 électeurs se déclarant certains de participer sur un total de 5 775

Sondage Odoxa pour Le Parisien et BFM-TV, réalisé du 17 mars au 29 avril 2016 auprès d’un échantillon de 836 personnes « certaines d’aller voter », parmi 1 660 « comptant y aller », parmi un total de 7 088

1. La primaire de la droite et du centre suscite toujours plus de vocations au sein de LR… L’ajout de Jacques Myard, souverainiste sécuritaire, à la liste des impétrants, les réflexions en cours chez Michèle Alliot-Marie et Henri Guaino, gaullistes traditionnelle et souverainiste respectivement, vont rendre encore plus complexe la quête des 20 parrainages de parlementaires pour les « petits » candidats, d’autant que François Fillon (et bientôt les autres « grands » candidats) vont chercher à gagner la « primaire du soutien/ralliement » (endorsement primary) en monopolisant le maximum de signatures parlementaires.

Si Jean-François Copé, en raison de l’ancienneté de son implantation et des « beaux restes » de sa structure de campagne de la fin 2012, devrait franchir la barre assez facilement et si NKM devrait bénéficier d’une bienveillance sarkozyste et de l’absence de concurrence sur son créneau « de gauche et écologiste », il n’est plus si évident que Mariton parvienne à engranger suffisamment de soutiens. Il pourrait en perdre quelques-uns au sein de l’aile conservatrice si Guaino et/ou MAM se lancent vraiment. Toutefois, il sera peut-être le 7e candidat LR, derrière Fillon, Juppé, Sarkozy, Le Maire, assurés de leur candidature, Copé, quasi-assuré, et NKM, probable (Poisson étant déjà qualifié au titre du PCD).

Pour tous les autres candidats, y compris MAM, le pari paraît très délicat. Même ceux qui, comme Guaino, représentent réellement un courant d’idées spécifique, peuvent être desservis par leur personnalité, ce qui fait tomber de précieux soutiens. Et il n’est même plus la peine d’évoquer les Myard, Didier, Lefebvre, Morano

Les derniers sondages IFOP et Odoxa incluent d’ailleurs Didier, Myard et même Jean Arthuis et ils ressortent à 1 (Didier chez Odoxa) ou à 0 (tous les autres chez Odoxa, tous chez l’IFOP) dans toutes les catégories d’électeurs potentiels… Lefebvre reste collé à 1 et Morano l’a rejoint. Pour tous ceux-là : Game over.

2. Seuls MAM (avec son nom et sur la base d’une nostalgie du RPR) et Guaino seraient en mesure de dépasser ces scores de 1 %, à la condition de parvenir à être candidats. Copé lui-même éprouve quelques difficultés à dépasser les 2 %, y compris lorsque sont considérés les seuls électeurs potentiels proches des Républicains, ce qui montre la concentration de l’électorat autour des 4 candidats principaux.

Les petits candidats déjà déclarés ne progressent en effet pas non plus et c’est notamment le cas de NKM. Son positionnement trop décalé risque bien de la laisser marginale jusqu’au bout. Le fait qu’elle sera probablement la seule femme à concourir constituera certes un avantage au moment des débats, mais de faible importance et/ou anéanti par ses habituelles déclarations iconoclastes ou vite raillées. Quand bien même elle séduirait des électeurs écologistes, de centre gauche ou de gauche, il est peu probable qu’ils se déplacent le 20 novembre pour la soutenir réellement. C’est une bonne nouvelle pour Juppé, qui n’a pas été affecté par l’officialisation (ratée sur le plan médiatique) de la candidature NKM.

Le résultat de ce paysage morcelé est surtout que la prolifération de petites candidatures rend pour le moment inaudibles même les grands candidats. Les médias ont annoncé que la primaire était lancée, mais elle est tellement émiettée qu’elle ne permet pas réellement à la droite d’occuper, pour l’instant, l’espace médiatique, semble-t-il réservé au « produit » du moment, Macron.

Cet émiettement est surtout négatif pour Sarkozy, qui est en retard, dont la stature d’ancien président n’impressionne manifestement pas (plus) et qui se retrouve banalisé. Quoi qu’il en soit, quand bien même cette phase d’éclosion des « envies » de candidatures ne ferait que stabiliser la situation, c’est évidemment favorable à Juppé.

A terme, en reportant le véritable début de la primaire (probablement à la fin août), cette situation peut ne pas être mauvaise pour la droite, qui se déchirera moins longtemps et qui bénéficiera quand même de l’occupation du terrain médiatique en septembre-novembre. Après tout, Aubry s’était déclarée en juillet et la coupure estivale n’avait fait démarrer les hostilités qu’à La Rochelle en 2011.

3. Quant à l’UDI, les dernières nouvelles montrent qu’elle risque de se dissoudre (au sens figuré en tout cas) à l’approche de l’échéance : voulant monnayer son refus initial de participer, elle risque de tout perdre, n’ayant plus le temps de négocier une participation ou de se trouver un candidat unique (Morin refusant de soutenir Lagarde, Hénart refusant Morin, Arthuis parvenant éventuellement à se faire reconnaître par LR, comme déjà expliqué) et finissant par soutenir en ordre dispersé certains candidats LR (Juppé, Le Maire, NKM, voire Fillon), ce qui est déjà le cas de Jégo, ou par s’éparpiller hors cadre (Yade). Ses militants et sympathisants voteront probablement quoi que la structure décide. Mais le plus probable (bien que de peu) reste que les « barons » (Leroy, Sauvadet, Morin, Vigier et même Hénart) prévaudront et imposeront une participation sans candidature à la primaire, quoi qu’en disent Lagarde et Arthuis.

L’UDI n’a pas de Giscard ou de Barre et même plus de Borloo. L’UDF avait déjà du mal à exister dans un système bipolaire, largement partisan et quadripartite ; l’UDI risque la dissolution dans un système tripolaire, surmédiatisé et fortement personnalisé.

4. Pour revenir aux derniers sondages IFOP et Odoxa, ils sont à prendre avec quelque précaution, car réalisé sur un échantillon moins large que d’habitude pour ce qui est de l’IFOP et publié –malheureusement comme d’habitude- avec des données partielles pour Odoxa (moins détaillées sur l’échantillon des seuls « certains d’aller voter » et sur la ventilation parmi les électeurs UDI-MoDem et FN) ; en revanche, Odoxa sonde en continu sur une période d’un mois et demi.

Graphique sondages primaire 2016 ensemble

Graphique sondages primaire 2016 LR

Ces dernières livraisons indiquent essentiellement que l’effet de la déclaration de candidature de Le Maire semble n’avoir été qu’une bulle. Le Maire reste à un niveau plutôt supérieur à sa situation ex ante, mais aucune dynamique réellement profonde ne semble finalement s’être enclenchée, contrairement à ce que l’on pouvait croire. Son côté « techno », son renouveau et sa jeunesse éclipsés par le politicien « iphonique » Macron, sa difficulté à trouver un créneau réellement original alors que Sarkozy, Juppé et Fillon représentent des profils déjà bien établis, le desservent probablement déjà.

François Fillon paraît avoir réussi à lui subtiliser une certaine attention médiatique et refait une partie de son retard. Il est difficile de déterminer sur quels candidats il a gagné du terrain : c’est probablement surtout sur Le Maire, mais Juppé et Sarkozy ne sont pas à l’abri non plus. Il est toutefois peu vraisemblable que son « offensive de notables », certes marquante, suffise à lancer une réelle dynamique de fond.

Juppé s’érode un peu mais reste au-dessus des 35 %. Il n’a pas été significativement affaibli par la bulle Le Maire, sauf chez les électeurs centristes et encore de manière temporaire (ou en raison de l’échantillon bien trop réduit pour disposer de données fiables…). Il reste surtout solide au second tour, continuant de battre Sarkozy même chez les sympathisants LR. Les reports de voix de Fillon et Le Maire lui restent très favorables, entre 60 % et 2/3.

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Graphique sondages primaire 2016 2T LR.png

Sarkozy se stabilise, mais ne remonte pas. Sa faible exposition actuelle peut plaider pour une future remontée. En outre, il a peut-être atteint un étiage qui constitue une base de reconquête déjà plus élevée que celle de Fillon et Le Maire.

A l’inverse de ces interprétations positives, on peut souligner que sa présidence du parti ne l’aide pas spécialement à ce stade et que le processus de la primaire semble désormais bien solidifié (alors qu’il a cherché tous les moyens de le contourner et de le saborder). Son profil sociologique ne s’améliore pas, lui qui ne dépasse Juppé que chez les employés (même plus les ouvriers…), les chômeurs et étudiants et les 25-34 ans : un vrai profil de Nuit Debout ce Sarko ! 😉 Il a perdu au profit de Le Maire à la fin de l’hiver, puis est aujourd’hui quelque peu grignoté par Fillon, ce qui montre qu’il peut s’éroder, comme Juppé. Enfin, Sarkozy est pour le moment essentiellement en situation défensive pour la position de rival de Juppé, et non en situation offensive face à un Juppé qui devrait défendre son capital : sa faiblesse de second tour est la plus inquiétante pour lui car, même revenu à la hauteur de Juppé au premier tour, il ne parviendrait probablement pas à capitaliser sur une dynamique.

5. Dans ses performances potentielles à la présidentielle, Sarkozy a d’ailleurs pour le moment des difficultés un peu similaires à celles de Hollande. Certes, Sarkozy est légèrement plus compétitif que Juppé face à Le Pen, mais il perd beaucoup plus vers Bayrou : comme au 1er tour de 2012, il ne parvient pas à créer une dynamique positive des deux côtés à la fois ; ce n’est pas forcément son but, mais comme Le Pen reste très forte face à lui, même sa stratégie « au peuple » ne fonctionne pas. Sarkozy est réduit à sa base fidèle (qui est toutefois plus large que celle de Hollande, ce qui assure sa qualification, mais par défaut).

Quant à Fillon et Le Maire, c’est leur base intrinsèque qui est trop faible, en particulier face à Bayrou ou Macron. Seul Juppé parvient à ne pas trop perdre sur sa droite ce qu’il gagne fortement sur sa gauche. De ce point de vue, sa dynamique et son electability se confirment et devraient avoir un effet mobilisateur autour de son nom pour la primaire.

Certes, d’aucuns objecteront que le déport de Juppé sur sa gauche est trop important et qu’en campagne, les électeurs regagnent leurs pénates. La polarisation lors de la campagne est un fait ; la sûrement meilleure capacité mobilisatrice d’un Sarkozy que d’un Juppé en est un autre.

Mais deux éléments devraient compenser ces probables défauts de Juppé :
– d’abord, l’électeur socialiste, sans forcément voter pour lui (ce sont des chimères de sondages à un an ou d’éditorialistes politiques ou d’électeurs déçus qui font de grandes déclarations à un an de distance), se démobilisera bien davantage face à Juppé que face à Sarkozy, ce qui diminuera d’autant le score hollandais ; or, dans la configuration actuelle, il suffit d’être au-dessus du candidat socialiste, rien d’autre ne compte vraiment ;
– en outre, Juppé semble désormais solidifier aussi sa base de droite, en tous les cas celle des libéraux et conservateurs modérés, traditionnels, bourgeois. Bien entendu, il est toujours déconnecté des souverainistes, des sécuritaires et des poujadistes et le restera, mais cela ne devrait bénéficier à Dupont-Aignan et Le Pen que de manière insuffisamment significative pour le gêner dans sa qualification pour le second tour, d’autant que la candidate FN est de toute façon déjà qualifiée, sauf accident à la DSK (enfin, de même ampleur médiatico-politique, pas forcément de même nature!).

Le sondage IPSOS déjà évoqué dans un post précédent, en reprenant les votes de 2012, montre ainsi que Juppé est aussi efficace que Sarkozy pour conserver un noyau de 55-60% des électeurs de ce dernier. Mais il gagne nettement plus sur les électeurs de Bayrou et Hollande, sans perdre davantage vers Le Pen et Dupont-Aignan. Sarkozy lui-même s’érode davantage que Juppé au profit de Dupont-Aignan dans les plus récents sondages (comme LR a souffert un peu face à DLF lors des régionales de décembre).

La base sarkozyste est donc vraiment réduite à son socle minimal, comme ce fut le cas pour Chirac à chacun de ses premiers tours (1981, 1988, 1995 et 2002). De très bon candidat de premier tour (2007), Sarkozy est devenu « simplement » un bon candidat de premier tour (2012), pour se réduire à un bon candidat de primaire (2016), à défaut d’être vraiment compétitif au premier tour de 2017. Il reste qu’il est tout à fait capable de revenir de loin. Sera-t-il un Jeb Bush 2016 ou un Rubio 2016, ne concrétisant jamais ses promesses ? Ou un McCain 2008, pas vraiment favori et assistant à la défaite de tous ses formidables adversaires successifs (Thompson, Giuliani, Romney, Huckabee) ?

6. Il convient en conclusion d’être très prudent. Juppé peut redevenir arrogant à tout moment. Sarkozy n’est pas encore en campagne ouverte, même s’il est contraint de se rappeler régulièrement au souvenir des sympathisants. Les écarts Juppé-Sarkozy de premier tour ne sont pas abyssaux, notamment auprès des sympathisants LR, les plus susceptibles de voter en novembre prochain. La volatilité dans les électorats périphériques (UDI et FN) est forte. La situation est mouvante parmi les électeurs potentiels qui cherchent autre chose que le duo de tête. La participation extérieure au noyau LR, plus favorable à Sarkozy, reste une inconnue. La bataille ne sera réellement lancée qu’en septembre et les débats télévisés de l’automne seront vraiment décisifs.

Ainsi, même si Juppé dispose d’atouts structurels, la situation reste ouverte. Jusqu’en septembre, il est finalement peu probable que le duo de tête soit menacé. Seule une exposition médiatique favorable lors des débats peut permettre à Le Maire et, moins probablement, à Fillon, de connaître une embellie « à la Montebourg ». Le parallèle Juppé-Hollande, Sarkozy-Aubry, Fillon-Royal, Le Maire-Montebourg tient toujours, à mon sens. Le combat pour la 1e place n’est en revanche pas acquis, loin de là.

Derniers sondages IFOP et IPSOS pour le premier tour de la présidentielle 2017: un Hollande profondément affaibli et s’érodant en tous sens

MISE A JOUR: cet article a fait l’objet d’un ajout sur les 3 phases de dégradation de Hollande depuis 2012

Sondage IFOP réalisé du 11 au 13 mars 2016 pour Sud Radio, auprès d’un échantillon de 1026 électeurs potentiels, extrait d’un total de 1096
Sondage IPSOS réalisé du 11 au 20 mars 2016 pour Le Monde et le CEVIPOF, auprès d’un échantillon de 13693 électeurs potentiels, sur un total de 20319

1. C’est une première évidence depuis de longs mois, mais il convient de la répéter car elle ne semble pas complètement prise en compte par le monde politico-médiatique et elle influencera forcément les résultats de la primaire et l’organisation des candidatures « secondaires », au centre, à la gauche de la gauche et chez les divers écologistes (sujets sur lesquels nous reviendrons successivement dans les prochaines semaines): Marine Le Pen sera au second tour de la présidentielle de 2017.

Il ne reste donc plus qu’une place disponible pour le « système », pour les partis traditionnels de gouvernement. Il est donc essentiel pour ces derniers de sélectionner un candidat bien positionné et pouvant bénéficier d’une dynamique électorale (momentum). Cela signifie d’abord d’être capable de rassembler, pour l’essentiel, sa base partisane et électorale. Cela signifie ensuite de pouvoir exprimer une position sur sa gauche sans faire fuir d’électeurs sur sa droite et inversement.

C’est ce que Mitterrand avait porté au plus haut point en 1988. C’est ce que parvenait à faire, peu ou prou, Sarkozy en 2007, même si une certaine déperdition se faisait jour au centre au profit de Bayrou, compensée par des gains sur le FN et par une bonne mobilisation. C’est ce que semblait parvenir à faire DSK, mais sans certitude car le positionnement de Hollande était meilleur. C’est ce que parvient à faire Hollande en 2011-12, positionné centralement au sein du PS et, ensuite, capable de faire le discours (formellement grotesque, mais il fallait bien « quelque chose » pour les médias et la mythologie de la campagne) du Bourget sans perdre le noyau de centristes ballotté de DSK à Borloo, à Bayrou, à Hollande, et de jouer au social-démocrate responsable sans trop perdre vers Mélenchon (malgré l’attirance des bobos pour ce dernier lors d’une flambée sondagière aussi éphémère que les passions soi-disant amoureuses de ceux-ci 😀 cf. le blog sondages2012) ou en tout cas en compensant par un anti-sarkozysme très mobilisateur. C’est ce que parvient à faire, pour le moment, Juppé.

C’est ce que Jospin n’a pas pu faire en 2002, trop prématurément « présidentiel », modéré et responsable et perdant sur sa gauche et vers l’extrême-droite. C’est ce que Sarkozy ne parvenait plus à faire en 2012, perdant au centre ce qu’il espérait gagner sur le FN ou inversement; bref, dominé par les forces centrifuges, alors qu’une dynamique électorale est centripète. C’est ce qu’Hollande, mais aussi les autres candidats socialistes potentiels, ne parviennent pour le moment pas à réaliser.

Lorsque Montebourg ou Aubry ont été testés en 2014-15, ils perdaient largement vers Bayrou ce qu’ils gagnaient sur leur gauche. Mais ils pouvaient aussi ne rien gagner sur leur gauche, Montebourg se retrouvant alors derrière Mélenchon, en 5e position après Le Pen, Sarkozy et Bayrou. Lorsque Valls a été testé, il est apparu peu différent de Hollande dans son positionnement ou, lorsqu’il a perdu un peu de sa superbe auprès des socialistes eux-mêmes, un peu plus compétitif face à Bayrou et même directement face à Sarkozy, mais perdant sur sa gauche sa plus-value au centre et à droite. Avec le dernier sondage IFOP, la candidature Macron est -logiquement- encore plus caricaturale de ce point de vue: très compétitive face à Bayrou mais catastrophique sur la gauche avec une déperdition très nette vers Mélenchon.

Ainsi, par défaut, Hollande se retrouve comme le moins mauvais candidat socialiste… C’est ce que pour quoi il a travaillé depuis 4 ans… Le seul problème, c’est que son pari est réussi mais à un niveau inférieur à 20%. Merkel a de même éliminé chacun de ses adversaires potentiels au fil des années, mais en préservant une attractivité supérieure à 35, voire à 40%. Hollande a bien émasculé Aubry, Fabius, étouffé Valls, Hamon, marginalisé Montebourg, Peillon, mais il l’a fait sur fond de rétrécissement du PS: il est devenu le borgne au milieu des aveugles. Gagner en descendant n’est pas une réussite politique…

C’est sur ses faiblesses et ses quelques points d’appui que nous nous concentrerons aujourd’hui.

2. Au préalable, il faut affirmer que François Hollande sera candidat à sa succession. Comme beaucoup d’autres animaux politiques français, il est un professionnel pur de la politique; peut-être même plus que les autres, car il n’a jamais été ministre et trop peu élu local: il a toujours gravité en cabinet, en parti politique, dans le microcosme médiatico-politique. C’est sûrement ce qui explique à la fois sa victoire d’anguille en 2011 puis 2012, mais aussi son incapacité à gouverner et agir depuis 2012.

C’est ce qui fonde le pronostic quasi-certain d’une nouvelle candidature: il ne vit que pour cela, il ne sait rien faire d’autre et seules les campagnes et le simple statut de vainqueur (même pas celui de gouvernant) l’intéressent. Il n’est là que pour jouir du pouvoir, après en avoir été le commentateur si longtemps. En 2011, Royal posait la question de ce que les Français répondraient à ce que Hollande avait fait en 30 ans de vie politique, donnant elle-même la réponse: rien.

Bref, il sera évidemment candidat et tout ce qu’il fait est dans cette optique, même lorsque c’est petit, même lorsque cela rate: réviser la constitution à l’occasion des attentats était évidemment une pure manœuvre politicienne, qui a cependant mieux « fonctionné » à gauche qu’à droite, dans son objectif de division. La tactique du salami appliquée aux Verts (départ du parti, désorganisation des groupes parlementaires, entrées au gouvernement,…) n’a pas non plus d’autres but, même si elle ne devrait pas porter tous ses fruits (nous y reviendrons).

3. Mais, tout candidat qu’il est déjà, il présente évidemment énormément de faiblesses.

– Sa popularité est indigente, retombée dans ses plus bas de l’automne 2014. Même Sarkozy n’avait pas atteint ces niveaux et nous disions déjà à l’époque qu’avec de tels scores, il est impossible de gagner, quelle que soit la fiabilité relative des cotes de confiance.

De plus, cette popularité extrêmement faible et même inédite concerne l’ensemble des tranches d’âge et des CSP. Même les restes de forces au sein des CSP+ et des catégories intermédiaires (socialement et en âge) tendent à s’effacer ou pèsent moins face à un Juppé.

Les intentions de vote sont à l’avenant pour le 1er tour.

Graphique sondages 1T 2017 Sarkozy-Hollande-Bayrou.png

Graphique sondages 1T 2017 Juppé-Hollande-Bayrou

Graphique sondages 1T 2017 Juppé-Hollande sans Bayrou

– Son absence de dynamique électorale se reflète dans les résultats aux élections intermédiaires (même si ce fut masqué aux régionales) et aux législatives partielles: les socialistes ne (se) mobilisent plus. Certes, face à Sarkozy, de guerre lasse, les socialistes reviendraient probablement voter pour leur candidat, mais face à un Juppé, le différentiel de mobilisation et de participation serait terrible.

En outre, même face à Sarkozy, l’émiettement à gauche, que craint depuis toujours Hollande, devrait se produire quand même: un candidat écologiste sera présent, Mélenchon est déjà là, un candidat à gauche du PS est probable, qu’il s’agisse de Taubira, d’Autain, d’un dissident PS ou d’un représentant de la société civile bobo-gauchisto-libertaire, sans compter d’éventuelles surprises régionalistes (Troadec) ou une confirmation de la candidature du MRC chevènementiste si elle obtient 500 signatures. Selon la formule consacrée: nous y reviendrons.

Certes, face au candidat préféré de Hollande (Sarkozy), il est plus fort, avec un électorat plus polarisé et plus mobilisé (et des médias plus conciliants). Mais il devra alors automatiquement faire face à Bayrou, qui devrait être le réceptacle naturel des CSP+, des « macroniens », du MEDEF de gauche (!), voire de certains enseignants.

Sa seule orientation est aujourd’hui de viser le second tour par défaut… ce qui n’est pas vraiment entraînant, ni valorisant.

– Son positionnement politique n’est plus maîtrisé. Sa grande force passée, y compris lorsque DSK était dans la course, c’était d’être au centre du PS.

Aujourd’hui, il a été contraint de se déporter sur la droite du parti. Or, si l’opération Macron consistait initialement à créer une aile « droite » pour se recentrer visuellement, elle est sur le point d’échouer, car Macron n’est plus vraiment identifié comme socialiste. Celui qui tenait auparavant ce rôle (Valls) n’a plus de spécificité, est accaparé par la gestion du quotidien comme tout Premier ministre (surtout avec un Président qui ne fait rien) et a déteint sur le Président, le « couple » exécutif étant confondu dans l’esprit de beaucoup.

Il a laissé un espace trop important sur sa gauche et permis à Aubry de commencer son opération de vengeance (qu’elle poursuivra à la moindre occasion, ne souhaitant plus rien pour elle-même d’ailleurs). En outre, les déçus sont nombreux dans la jeunesse et parmi les électeurs de gauche. Le niveau tout à fait honorable de Mélenchon dans les sondages (alors qu’il ne contrôle plus les troupes communistes, qu’il n’a pas réussi à rallier Duflot, que ses ouvertures internationales ont échoué et qu’il est un candidat vieillissant et peu renouvelé) montre bien qu’une partie de la gauche boudera Hollande, comme elle avait omis de soutenir Jospin en 2002.

Certes, le « 21 avril » empêchera peut-être que Hollande tombe à moins de 17%. Mais, il n’est aujourd’hui même plus assuré d’une 3e place, si Bayrou retrouve une seconde jeunesse, si la campagne de Mélenchon gagnait en dynamique ou si Hulot s’en mêlait.

– Quand bien même il essaierait un repositionnement à gauche, ou un approfondissement au centre, il perdrait immédiatement de l’autre côté tout gain, voire davantage. C’est le propre des candidats ayant perdu la confiance de leurs électeurs potentiels, des bases de force fidèles et toute dynamique positive. Même avec une campagne accrocheuse, Sarkozy perdait au centre et à gauche quand il se faisait plus « dur »; il perdait vers le FN lorsque son électorat potentiel se remémorait les promesses non tenues sur la sécurité ou la TVA.

Depuis 2012, si l’on en croit les sondages d’intention de vote dans l’hypothèse Hollande-Sarkozy-Bayrou (la seule testée systématiquement, mais, depuis le printemps 2014, les sondages Hollande-Juppé confirment les tendances), Hollande a connu 3 phases principales de dégradation:
de son élection à l’automne 2014, c’est l’électorat populaire qui a continué de fuir la gauche pour se réfugier dans le vote ou l’intention de vote FN; d’une certain manière, cette « fuite » est la moins grave car ces électeurs sont surtout susceptibles de s’abstenir et, en tous les cas, ne rejoindront jamais la droite; mais elle est la plus profonde et la plus durable par rapport à l’histoire de la gauche;
– puis, de l’automne 2014 aux régionales de 2015, Hollande a (re)gagné puis reperdu au centre et au centre-droit, d’abord à la faveur des attentats et du positionnement « régalien », puis en raison de la déception qui a suivi, d’autant plus forte que les attentes et espoirs furent élevés et même ressuscités; les attentats ont ramené à Hollande ce noyau d’électeurs flottants, modernistes et éduqués (ou supposés tels 😉 ), ceux qui avaient évolué entre DSK, Borloo, Bayrou, Hollande et qui adorent aujourd’hui les idoles Juppé et Macron; ceux-ci avaient déserté Hollande après la déception gestionnaire connue dès l’été 2012 et progressivement enracinée au fil des échecs économiques et sociaux et des preuves de faiblesse dans la gouvernance et la réforme; Hollande a même un peu mordu sur l’électorat de droite dans une dynamique d’ « union nationale » qui n’a finalement pas duré; l’échec de la révision constitutionnelle et les palinodies sur le code du travail pourraient avoir définitivement détourné cet électorat globalement centriste de Hollande (seul un 2e tour face à Le Pen le verra revenir vers le socialiste); l’accumulation des attentats et la « peur » que s’est faite la droite lors des régionales devraient de même avoir ramené au bercail LR les quelques électeurs égarés lors de cette année 2015;
– enfin, depuis décembre 2015, Hollande semble perdre sur sa gauche vers Mélenchon, en raison d’un chômage durablement élevé et des attaques macroniennes et vallsiennes sur le code du travail, et au centre-gauche vers Bayrou (ou, bientôt peut-être, vers un Hulot), en raison de fonctionnaires, d’enseignants et de CSP+ déçus sans se décider à rallier Juppé, en raison du souvenir de 1995.

Ce phénomène de fuites bilatérales ou alternées est très délicat à contrecarrer et à inverser. A vrai dire, aucun contre-exemple évident ne vient à l’esprit dans l’histoire de l’élection présidentielle.

Dans son propre camp, les rancœurs sont fortes, tant il traite les autres avec désinvolture et dans une relation de pur intérêt. Des ennemis traditionnels comme Aubry, Lamy, Lebranchu, des alliés comme Peillon , Pellerin, Filippetti, des amis comme Rebsamen, peuvent tous témoigner à des degrés divers de ce « traitement » et beaucoup ne l’aideront évidemment pas… La lassitude s’est aussi emparée de fidèles comme Le Foll.

Sans parler de ceux qui auront intérêt à sa chute, car leur victoire sera plus facile en 2022 face à la droite: Valls au premier chef évidemment, mais aussi, de manière moins nette (car trop faibles, trop jeunes ou trop indécis selon le cas), Montebourg, Hamon, Hidalgo, voire Macron ou Vallaud-Belkacem. Le syndrome Chirac 1981 est une évidence dans leur cas…

– Les événements économiques et politiques ne devraient pas être plus favorables qu’ils ne sont: chômage, ralentissement chinois, atonie européenne, bourbier syrien, tensions avec l’Allemagne, nouveaux attentats qui n’auraient plus d’effet « union sacrée » mais bel et bien un effet dépréciatif sur l’incapacité du pouvoir à protéger le pays, etc. Aucune amélioration à attendre des événements…

– Enfin, depuis 1978, toutes les élections générales (présidentielle et législatives, en considérant bien entendu qu’elles ne font qu’un événement électoral en 1981, 1988, 2002, 2007 et 2012 puisque tenus dans la foulée) ont conduit à un résultat inverse à l’élection suivante et à une alternance.

Seules font exception les échéances de 1995 et de 2007. Mais la victoire de Chirac sur Balladur en 1995 -après un affrontement homérique ayant focalisé toute la campagne, Jospin se retrouvant presque spectateur et tout étonné de figurer au second tour- ne fut-elle pas une forme d’alternance? Et la victoire de Sarkozy de 2007 n’était-elle pas celle de la « rupture » avec le chiraquisme fainéant et mourant?

4. Face à cette lourde litanie de handicaps, peu d’éléments de force émergent et ils ne sont que partiels.

– Le soutien médiatique pourrait jouer un peu en sa faveur, mais seulement en cas de candidature Sarkozy. Même si le FN devait s’envoler (ce qui est peu probable), le soutien médiatique irait à Juppé encore davantage, en cas de candidature de ce dernier.

Car, en cas de victoire de Juppé à la primaire, le système médiatico-culturalo-entreprenarial le ralliera largement, dans l’attente du futur « poulain » du système, déjà placé sur orbite, Macron. Et l’on sait combien la vulgate médiatique influe sur les élections, malgré le fait que beaucoup d’électeurs s’en défendent et prétendent voir clair… Après tout, même Sarkozy avait partiellement réussi son entreprise de séduction des médias en 2007. Sans parler de Hollande lui-même, ami, connivent et concubin de la petite classe des journalistes politiques, des éditorialistes et des patrons de médias, des années 1990 à 2012.

– La gauche de la gauche reste émiettée et aucune candidature de gauche en mesure de le devancer n’apparaîtra. Seule une dissidence socialiste de poids pourrait le faire mais ne se produira pas, car chacun a trop besoin du parti pour l’échéance suivante (Hamon, Valls voire Montebourg) ou reste fidèle par inertie ou pour l’histoire (Aubry).

Mais même cet avantage est relatif. Certes, Hollande ne devrait pas finir 4e ou 5e, mais Mélenchon conserve son socle de 10% et c’est un peu aussi… Marine Le Pen qui est l’autre candidate de gauche… Certes, elle doit faire face au dilemme qui fait qu’elle ne peut plus progresser qu’en rassurant les personnes âgées de droite, tout en essayant de ne pas perdre ses récentes conquêtes de gauche. Toutefois, elle a clairement un avantage compétitif à gauche, sur les sujets touchant à l’Europe économique ou migratoire. La ligne Philippot permet de siphonner à gauche et la simple actualité terroriste suffit pour que le FN reste le FN sur la sécurité et l’embrouillamini culturalo-ethnico-religieux (comme l’économie pour les Tories ou les sujets de défense pour le GOP).

– Il faut répéter qu’une candidature Sarkozy pourrait l’avantager un peu. Mais, outre la redynamisation de Bayrou, elle le place en situation de complète dépendance à la primaire de la droite et du centre, lui faisant repousser sa candidature officielle à une période où les débats de la primaire devraient avoir donné un avantage à la droite.

L’horizon est donc particulièrement sombre pour Hollande et il est difficile de ne pas penser que, structurellement, il a déjà perdu. Toutefois, c’est ce que nous disions pour Sarkozy dès le début de 2011 et il avait quand même réussi à se rapprocher -un peu mais pas autant que veulent bien le faire accroire les Hortefeux et Buisson- de Hollande…

Primaire de la droite et du centre (2/2): sondages depuis 2015 et forces relatives des candidats dans l’opinion

1. Les règles de la primaire de la droite et du centre des 20 et 27 novembre prochains ont été fixées au printemps 2015. Les sondages à retenir pour tenter de prédire les résultats de cette consultation sont donc tous ceux publiés depuis le 1er avril 2015.

Parmi ceux-ci, ceux se contentant de sonder les souhaits, les pronostics ou l’appréciation du meilleur candidat doivent être écartés. Même s’ils peuvent fournir des indications sur les anticipations de l’opinion (qui ont aussi leur importance, comme il a été rappelé dans l’article précédent), ils sont trop éloignés des intentions des électeurs réels pour pouvoir être fiables.

Les sondages « généraux » sont inclus en raison du faible nombre d’enquêtes publiées. En réalité, leurs résultats ne sont pas fondamentalement différents des sondages les plus proches de la future réalité électorale, à savoir ceux retenant les seules personnes « certaines » de voter. Cette catégorie représente de 7 à 11 % du corps électoral. La proportion sondée était comparable en ce qui concerne le PS en 2011.

Or, dans la réalité, selon que l’on compare avec les inscrits à la présidentielle de 2012 ou avec ceux des régionales de 2011 (élections immédiatement suivante et précédente), la participation au 1er tour de la primaire socialiste s’est située entre 5,8 et 6,1 % du corps électoral (2,66 millions d’électeurs). Au 2e tour, elle fut comprise entre 6,2 et 6,6 % (2,86 millions).

Les souhaits juppéistes de 3 à 4 millions de participants sont sûrement exagérés. Les intentions d’électeurs de gauche, du centre, du FN et indépendants ne tiendront probablement pas face à la paresse, aux deux euros à débourser et à la déclaration d’adhésion à signer. En sens inverse, l’attrait médiatique, l’impression pour certaines franges de l’électorat de choisir et d’être actif, la réalité d’un enjeu réel à la primaire, l’élection présidentielle perdant une partie de son « intérêt » avec la place assurée de Marine Le Pen au 2e tour, peuvent assurer une participation correcte.

Au regard des inscrits aux régionales de décembre 2015, appliquer les taux socialistes de 2011 reviendrait à une participation aux alentours de 2,7 millions au 1er tour (et 3 millions au 2e).

2. Sur l’ensemble du corps électoral potentiel, la tendance majeure est bien entendu l’ascendant pris par Juppé sur Sarkozy dans les 3 derniers mois.

Graphique sondages primaire 2016 ensemble

Toutefois, les sondages d’ensemble doivent être tempérés car, même réduits aux seuls électeurs « certains », ils surévaluent probablement un peu les candidats attirant au-delà des sympathisants des Républicains, en particulier Juppé.

En effet, celui-ci est très largement dominant chez les électeurs de gauche, qui ont également un très léger tropisme favorable à NKM. En revanche, Fillon et Le Maire sont plutôt plus bas que dans les autres électorats. Mais cet électorat de gauche sera probablement assez faible le 20 novembre.

Au centre, Juppé est largement dominant, sans qu’il y ait d’ailleurs de véritable différence entre UDI et MoDem. Dans la mesure où les sondeurs ne font pas toujours la différence et où le reliquat de proches du MoDem est un conglomérat de vrais centristes, de rebelles modérés, d’extrémistes qui s’ignorent, d’écologistes tempérés, de socialistes déçus, les données retenus sont celles portant sur les seuls proches de l’UDI, lorsqu’elle existent, ou sur l’ensemble du centre.

Graphique sondages primaire 2016 UDI

Dans cet électorat, il est remarquable de constater que Fillon et Le Maire ne gagnent rien par rapport à leur score chez les sympathisants LR. Seul Juppé bénéficie de cette ouverture au centre et au centre-droit.

A l’inverse, Sarkozy bénéficie d’une plus-value dans l’électorat FN. Celle-ci est nette, même si l’évolution des autres candidats apparaît erratique, en raison de l’étroitesse de l’échantillon concerné. Néanmoins, la « flambée » éphémère de Morano à l’occasion de certaines de ses déclarations montre que cette frange potentielle d’électeurs est réelle.

Graphique sondages primaire 2016 FN

S’il y a encore peu, il aurait été très présomptueux de la considérer comme fiable, c’est différent au regard des élections locales qui ont montré que l’électorat FN, d’instable, peu constant et peu fiable entre les sondages et l’élection, est devenu le plus « fidèle », le plus mobilisé et le plus fiable. La participation fut en effet solide aux régionales de décembre 2015 et les reports d’un tour à l’autre, aux départementales comme aux régionales, furent assez rigoureux et nets. Sarkozy devrait donc pouvoir compter sur une frange motivée et qui ira réellement voter. Il y aura toutefois là aussi de la déperdition, la déception de 2007 étant passée par là. Il est finalement possible que la plus-value pour Sarkozy sur l’électorat FN annule la plus-value pour Juppé sur l’électorat de gauche et écologiste.

Ainsi, la prudence conseille de tempérer les résultats d’ensemble par ceux portant sur le seul électorat au cœur de la future primaire, soit les sympathisants LR. Sarkozy y devance encore Juppé, mais son avance s’érode et n’est plus suffisante pour compenser l’apport des centristes à l’ancien Premier ministre.

Graphique sondages primaire 2016 LR

3. Cette évolution lente mais continue constitue une première force sondagière de Juppé. Son autre point fort est la répartition de son électorat potentiel. De manière extrêmement nette, plus on est âgé, plus on vote Juppé. Or, la participation électorale et la transformation d’une intention de participer en vote réel sont nettement plus élevées chez les électeurs âgés que les électeurs jeunes. Sarkozy ne devance Juppé que chez les moins de 25, 30 ou 35 ans selon les cas.

Juppé est également dominant chez les retraités (ce qui recoupe bien entendu les données relatives à l’âge) et chez les CSP+. Or, là encore, ces catégories connaissent nettement moins l’abstention. Sarkozy ne devance Juppé que chez les autres inactifs (étudiants), les chômeurs et les ouvriers, catégories qui ont moins de chances de se déplacer le 20 novembre. Juppé est donc bien positionné chez les indépendants, commerçants, artisans, professions libérales, professions intermédiaires et il est compétitif chez les employés et les agriculteurs. Son caractère « attrape-tout » est un atout réel.

Cette force de Juppé, notamment chez les plus de 60 ans, est majeure et elle contrebalance largement sa probable surévaluation liée à un corps électoral potentiel trop à gauche et au centre dans les sondages.

Malgré l’assez forte possibilité d’une « bulle » et les forts doutes que cela engendre inévitablement, l’analyse détaillée des sondages montre que la position de Juppé semble sociologiquement et électoralement solide.

En outre, en termes de concurrence, elle apparaît pour le moment très affaiblie. Ni Le Maire, ni NKM ne sont situés à des niveaux menaçants pour Juppé. Bien entendu, les prochains sondages permettront de détecter l’éventuel effet de leurs déclarations officielles de candidature (Le Maire a gagné en popularité, mais on sait combien les sondages de popularité ont peu d’importance, sauf lorsqu’ils montrent des niveaux durables de rejet, comme pour Sarkozy ou Hollande – même les popularités insolentes de Veil ou Kouchner n’ont jamais servi électoralement à rien). Mais, aux alentours de 10 %, Le Maire est trop bas aujourd’hui pour menacer sérieusement Juppé. Il a même plutôt un peu régressé par rapport au printemps 2015, période à laquelle il bénéficiait encore de l’exposition médiatique lors de l’élection à la présidence de l’UMP de fin 2014.

Il faudra probablement attendre un éventuel « engouement » médiatique (car Le Maire et NKM sont jeune, télégéniques ou femme) ou, surtout, l’effet égalisateur des temps de parole des débats télévisés de l’automne pour voir éventuellement Le Maire grignoter Juppé. Encore faut-il se souvenir que Le Maire a intérêt à se positionner le plus centralement possible au sein de LR et donc à gagner aussi sur Fillon et Sarkozy.

En ce qui concerne Fillon, son niveau est trop bas et étale et la conviction de sa menace trop faible chez les médias, les politiques et… lui-même pour qu’il constitue un réel danger. Toute la question sera plutôt de savoir s’il ne risque pas une marginalisation encore plus nette avec le temps. Il est intéressant de noter que le seul effet discernable des petits candidats est celui de Xavier Bertrand lorsqu’il était testé et situé au-dessus de la marge d’erreur statistique : il prenait assez clairement à Fillon, ce qui est logique au regard de « traces » d’un certain gaullisme social.

Pour les électeurs de Fillon comme de Le Maire, il faut aussi noter que, dans les sondages, leur second choix est Juppé : ce n’est ni Le Maire ou Fillon (respectivement), ni Sarkozy. Ainsi, ce dernier pourrait regagner sur Fillon ce qu’il perdrait sur Le Maire. Il n’empêche que Juppé est sûrement celui qui aura le plus à perdre d’une émergence de Le Maire ou, surtout, de NKM.

Dans un premier temps, la multiplicité de candidatures nuit en revanche aux petits candidats qui ont du mal à se faire entendre (les cas Copé et NKM le démontrent déjà). Les annonces de soutiens qui vont être égrenées au cours des prochains mois seront également difficiles pour les petits candidats (et pour Fillon, comme l’expliquait l’article précédent). Déjà, Juppé a engrangé un soutien surprenant avec le député-maire d’Ajaccio, Laurent Marcangeli, pourtant plutôt sarkozyste. Cela lui permet de démontrer une capacité « attrape-tout », déjà effective dans sa sociologie électorale. Cela lui permet également de mailler davantage le territoire et de contrebalancer un peu la force de l’appareil LR, que Sarkozy tente d’uniformiser à son profit : ainsi, le ralliement de Michel Havard à Juppé (après Perben) le renforce dans l’important département du Rhône.

4. Les sondages sur le 2nd tour sont encore trop épars pour dégager de réelles tendances, si ce n’est que Juppé est écrasant au centre et au centre-droit, que la situation s’est équilibrée au sein des sympathisants LR même si elle est instable et que l’électorat FN donne encore une petite préférence à Sarkozy. Les courbes sont toutefois trop erratiques pour être encore représentatives.

Les reports entre les deux tours sont en revanche assez nets et constants : Juppé prend la moitié des électeurs Fillon et plus de la moitié des électeurs Le Maire ; Sarkozy prend un tiers des électeurs Fillon et entre un quart et un tiers des électeurs Le Maire. Cela signifie que si Juppé devance Sarkozy au 1er tour, il aura une dynamique intrinsèque favorable.

Il ne faut toutefois pas que sa « bulle » gonfle trop et élève les anticipations à l’excès, de peur de susciter un récit médiatique dévalorisant au soir du 1er tour. En 2011, Hollande avait ainsi plutôt sous-performé et s’était situé à 39 % et non au-dessus de 40 %, tandis qu’Aubry avait sur-performé et dépassé le seuil de 30 %. C’est l’effet d’accumulation des désistements en sa faveur, l’absence d’effet du débat télévisé et le souhait de désigner un candidat en mesure de battre Sarkozy qui lui avaient permis d’éviter un retour d’Aubry. Juppé pourrait bien être confronté à une situation comparable en novembre prochain. A ce stade, le seuil de croisement de Juppé et Sarkozy est probablement aux alentours de 35 à 37 %. Il s’élèvera peut-être une fois le paysage des candidatures éclairci, puis rebaissera avec la valorisation des autres candidats que le duopôle de tête dans les débats télévisés.

L’avenir dira si l’analogie Juppé-Hollande, Sarkozy-Aubry, Le Maire-Montebourg, Fillon-Royal, NKM-Valls a quelque chance de se réaliser…

Derniers sondages régionaux: confirmation d’une mobilisation supplémentaire et de reports de voix plutôt défavorables au FN

Je n’oublie pas que je dois publier un article sur la cartographie électorale du premier tour: il est simplement légèrement repoussé… 😉

D’autres qui ne tiennent pas leurs promesses, mais c’est habituel, ce sont les médias commanditaires de sondages: rien en Centre-Val-de-Loire et surtout en Bourgogne-Franche-Comté, pourtant les deux régions les plus serrées ! Et un seul sondage en Auvergne-Rhône-Alpes, en Alsace-Lorraine-Champagne-Ardenne et en Normandie ! Argh…

En revanche, une avalanche de sondages en PACA (5) et en Nord-Pas-de-Calais-Picardie (3), alors que ces deux régions ne devraient, logiquement, pas être si ouvertes que cela. Les 3 sondages en Ile-de-France sont un minimum.

L’intérêt de cette série de sondages est cependant réel. Tout d’abord, après le second tour et dans la perspective de la présidentielle, il nous donnera, en complément des sondages nationaux précédant le premier tour, une idée de la fiabilité relative de certains instituts, alors que le paysage a changé et que certains « nouveaux » acteurs sont très actifs (Odoxa, ELABE), presque autant que l’IFOP, IPSOS (les meilleurs sur le long terme) et BVA, alors que des « historiques » apparaissent moins sollicités (CSA surtout, mais aussi TNS-Sofres voire Harris Interactive, certes semi-« historique » mais très performant en 2012).

Reports rég 2015 triangulaires.png

Reports rég 2015 duels.png

(Oui, ami lecteur, ces tableaux sont moches: mais, entre ce post et le précédent, tu disposes de TOUS les sondages publiés comportant des reports de voix, aux départementales et aux régionales: où peux-tu trouver toutes ces données rassemblées ailleurs qu’ici? 😀 )

Ensuite, ils nous confirment globalement que les éléments relatifs aux mouvements électoraux entre les deux tours, récapitulés dans le post précédent, sont valides:

  • une mobilisation au second tour d’abstentionnistes du premier tour, globalement défavorable au FN, mais d’autant plus qu’il est en duel et en situation de surmédiatisation (avec une logique de « vote utile » qui lui est donc défavorable) et d’autant moins qu’il est mieux placé; il convient toutefois d’ajouter que, même en triangulaire, cet afflux est défavorable au FN dans la mesure où l’ensemble des reports d’abstentionnistes sur les listes non-FN est supérieur à ceux dont il bénéficie: mais leur répartition sur 3 listes peut conduire à éparpiller et donc à annuler l’effet de cet apport de nouveaux suffrages exprimés;
  • une confirmation de la déperdition de ses propres voix du premier tour plus importante pour le FN, des électeurs revenant à droite et/ou votant « utile » pour battre la gauche; cette déperdition des voix du FN est cependant négligeable et pas plus élevée que pour la gauche et la droite lorsqu’une figure nationale est en lice (Le Pen tante et nièce, Philippot, Aliot): ce phénomène jamais mesuré en sondages sera à suivre à l’avenir et peut tout aussi bien être attribué à la position du FN au premier tour (en tête), ce qui serait alors cohérent avec les résultats positifs du FN au second tour des départementales qui montraient qu’il ne reculait pas, relativement, voire s’améliorait lorsqu’il était haut au premier tour et en position de gagner; par ailleurs, la déperdition est légèrement plus importante à gauche qu’à droite; il convient enfin de relever qu’en LRMP, la déperdition à droite est plus forte, par effet de « vote utile » anti-FN;
  • des reports de voix proches des règles que j’avais posées dans le post précédent, sur la base de l’expérience, des sondages à l’occasion des départementales de mars 2015 et des quelques sondages disponibles pour ces régionales de décembre 2015 (je cite le report vers PS/LR/FN ou vers LR/FN toujours dans cet ordre, les abstentions constituant le reste):
    • pour le FG, j’avais posé un 70/5/0 en cas de triangulaire et un 30/5 en cas de duel LR/FN: si c’est tout à fait conforme en triangulaire (bien qu’un tantinet pessimiste pour le FN, qui obtient presque autant de suffrages FG que la droite), le report en duel semble un peu meilleur pour la droite, plus proche de 40-45, le FN étant lui-même plus proche de 10 (un vote anti-système qui va d’un extrême à l’autre),
    • pour EELV, les 80/5/0 et 50/5 sont difficiles à discuter, les sondages régionaux identifiant rarement EELV et FG: soit je suis donc un peu pessimiste pour les reports EELV vers la droite (et le FN), soit l’absence de distinction avec le PG et le PCF éloigne EELV du PS (ce qui signifierait alors que le FG se reporte encore moins sur le PS); néanmoins, pour le FG comme pour EELV, nous ne sommes pas loin de la réalité (beaucoup moins que l’infographiste qui a récemment eu les honneurs du site de France Télévisions, alors que sa matrice de reports est totalement irréaliste et biaisée en faveur de la gauche: c’en est même risible…);
    • le report des voix du PS vers la droite est variable et semble encore incertain, en cas de duel droite-FN; cependant, il est au minimum de 50% et semble en général s’approcher de 60%, même s’il atteint parfois les trois quarts; en tous les cas, le report vers le FN est très faible et ma règle 50/5 est un minimum qui sera effectivement atteint;
    • le report des DVG, AEI et DVD n’est quasiment pas testé, en raison du caractère si ténu de leurs scores de premier tour qu’un échantillon de 1000 personnes ne peut permettre d’être fiable à leur égard; je n’ai pas de raison de remettre en cause mes grilles de report à leur égard;
    • le report de la liste régionaliste en région ALCA paraît nettement plus favorable au FN et à… l’abstention que je ne le pensais (sur le foi de l’expérience électorale accumulée…): 6/30/36 au lieu de 5/70/20; toutefois, le score limité de cette liste et le relatif pessimisme de mes autres reports vers la droite font que cet écart ne remet pas en cause le pronostic;
    • c’est d’autant plus vrai que la configuration hybride d’ALCA est bien confirmée: le report de la liste Masseret vers elle-même est décevant; il ferait le même score qu’au premier tour mais parce que les électeurs FG se comportent comme dans une triangulaire normale, tandis que les électeurs PS et EELV partent à plus de 45% vers la liste Richert (la moitié et un tiers restant cependant fidèles à la liste Masseret); j’avais indiqué que Philippe Richert avait besoin d’avoir au minimum 5 points sur les 16 de la liste Masseret: ce n’est pas remis en cause, si ce n’est que c’est plutôt 6, au regard du report des régionalistes; c’est donc faisable pour la droite;
    • les reports de DLF sont en revanche quelque peu différents de ce que je prévoyais (5/50/20 en cas de triangulaire et 60/25 en cas de duel); lorsque les instituts de sondage les distinguent, ils sont assez variables et oscillent entre 36 et 57 pour la droite en triangulaire, mais le sondeur ELABE semble, en Ile-de-France, être un outlier; en cas de duel, ma grille de report semble en revanche validée.
  • il faut conserver en mémoire que, si baisse des abstentionnistes du premier tour il y a , des suffrages du premier tour ne s’expriment plus: ces vases communicants s’annulent globalement en cas de triangulaire, mais sont, comme déjà dit, plutôt défavorables au FN en configuration de duel; un surcroît de participation ce dimanche devra donc être plutôt interprété comme défavorable au FN (ce qui rejoint l’analyse « traditionnelle »), tant il est vrai que celui-ci semble avoir fortement mobilisé et ne dispose donc plus forcément de réserves dans son électorat le plus « naturel »; toutefois, la prudence est de mise, notamment dans les régions où ses leaders nationaux sont impliqués (les deux Le Pen, Philippot, voire Aliot mais qui est très loin pour menacer la liste Delga) ou celles où il est en tête (mais nous n’avons pas de sondage sur Bourgogne-Franche-Comté 😡 ): le battage médiatique, redevenu anti-FN à partir de mercredi, pourrait fort bien avoir l’effet inverse de celui recherché, en mobilisant, le « peuple » contre le « système », ceux qui ne veulent pas se faire « voler leur vote » contre ceux qui « s’arrangent ». Ce sera un des enseignements du second tour, intéressants à décrypter: le FN peut-il gagner en n’ayant « que » 40 ou 41% des voix au premier tour ou a-t-il encore relevé le « plafond de verre »?

En conséquence de tous ces éléments, je ne modifierai pas mes pronostics de jeudi, malgré l’absence totale de certitude en BFC, Centre-Val-de-Loire, Normandie, Ile-de-France et même ALCA et Auvergne-Rhône-Alpes:

Régionales 2015 pronostics personnels 2nd tour

Certes, les sondages rendent un peu moins optimistes pour la droite en Ile-de-France et ARA, mais, en Normandie, montrent que je suis peut-être un peu optimiste pour la gauche. Cela signifie-t-il que, contrairement à ce que j’écrivais, les régions urbaines et « bobos » veulent à tout prix favoriser la gauche, même moins bien placée face au FN, et que la province plus traditionnelle reviendrait plus facilement à son vote normal en faveur de la droite? Nous verrons bien. Cela pourrait signifier du rose en Ile-de-France voire en ARA, mais du bleu en Normandie et en Centre-Val-de-Loire.

Je reste sur les dynamiques décelées après le premier tour. La polémique déclenchée par le racisme social assumé de Claude Bartolone peut peut-être lui coûter quelques suffrages; les sondages difficiles pour Wauquiez et pour le PS normand peuvent au contraire mobiliser en leur faveur. Les limites de l’exercice sont ici atteintes, puisque c’est de psychologie de l’électeur qu’il s’agit, sur la base de perceptions souvent totalement fausses, basées sur quelques gros titres et quelques fadaises mille fois répétées par les médias. Le raz-de-marée FN est ainsi à relativiser pour le second tour, mais il est pourtant installé dans les têtes, entraînant soit des espoirs excessifs, soit des craintes infondées.

Quoi qu’il en soit, ce devrait être une belle soirée électorale, au sens où il y aura un peu de suspense… En revanche, même avec une meilleure tenue des partis de gouvernement, la période politique qui s’ouvre sera forcément très violente et pleine d’incertitudes. Nous y reviendrons, avec la cartographie électorale des régionales, les sondages et tendances graphiques pour la primaire de la droite et du centre, quelques articles de fond sur la nature possible de la prochaine présidentielle et enfin notre indicateur agrégé des sondages pour la présidentielle de 2017…

Il vous reste jusqu’à demain 18h pour faire vos propres pronostics dans les commentaires: n’hésitez pas !

Quels reports de voix et quels pronostics pour le second tour des élections régionales 2015 ?

Le retrait des listes PS en PACA et dans le Nord-Pas-de-Calais-Picardie et le maintien en Alsace-Lorraine-Champagne-Ardenne d’une liste sans investiture et pour laquelle le Premier ministre n’appelle pas à voter compliquent singulièrement les pronostics pour le second tour.

En revanche, il est clair qu’entre ces trois cas de figure complexes et les situations extrêmement serrées en Normandie, Ile-de-France, Centre-Val-de-Loire, Bourgogne-Franche-Comté, voire Auvergne-Rhône-Alpes, le second tour sera plein de suspense et passionnant, à défaut d’apporter la sérénité politique et la victoire pour certains d’entre nous. Amis pséphologues, réjouissons-nous!

Le 13 décembre, de ce point de vue, sera une belle soirée et j’espère que des régions se décideront avec l’arrivée progressive des bureaux de vote (le site du ministère de l’Intérieur étant un tantinet plus efficace pour ces régionales et certaines préfectures semblant être plus rapides dans les remontées de résultats). Petit bémol: avec 3 types de bulletins au maximum à dépouiller, c’est plus rapide et le suspense durera moins longtemps 😦 .

1. Le premier élément à prendre en considération est la mobilisation. Traditionnellement, l’abstention diminue au second tour. Le plus probable est que ce soit le cas encore cette fois, en raison de la forte médiatisation, de la personnalisation autour des Le Pen et de quelques figures nationales de droite et du centre (la gauche a été plus prudente…), du vrai suspense et de l’enjeu structurel (un FN en position de contrôler de véritables et importants lieux de pouvoir, car même les mairies de Toulon ou, aujourd’hui, de Béziers, ne relev(ai)ent pas de FN « pur jus »).

Bien entendu, toute la question est de savoir à qui le surcroît de mobilisation peut profiter. Si ce supplément de participation n’atteindra probablement pas les 5 points des régionales de 2010, 2 à 3% peuvent largement décider du sort de 8 régions.

Logiquement, la mobilisation, qui a été moins forte à gauche (et de moins en moins forte au fur et à mesure que l’on passe de l’extrême-droite à l’extrême-gauche), ne devrait profiter ni à la droite ni au FN. En outre, ce dernier, qui a déjà mobilisé fortement ses électeurs, a probablement atteint ses limites. Enfin, la matraquage médiatique (en recul, néanmoins) sur le « danger FN » et sur la thématique du « réveil » et du « barrage » peut porter ses fruits, d’autant plus si la région possède un électorat CSP+, insider, et d’autant plus si la figure FN en cause est médiatisée (ainsi, la candidate FN en BFC ou même celui du Centre-Val-de-Loire peuvent être plus « à l’abri » d’une mobilisation supérieure que les Le Pen) , comme l’ont prouvé certaines élections partielles.

Toutefois, il n’est pas impossible, même si moins probable, que la perspective de voir les plus médiatiques des dirigeants du FN l’emporter puisse créer un appel d’air sur des abstentionnistes qui se sentiraient le « devoir » d’aider la « dernière solution que l’on n’a pas essayée ».

Il est également possible que la désaffection ou la déception ayant atteint également la droite classique face aux divisions internes et au manque de renouvellement et d’enthousiasme ne soient que passagers et dégèlent quelques abstentionnistes pour la droite classique.

Lorsque des sondeurs testent le report des abstentionnistes du premier tour sur le second, ils trouvent

  • soit un impact équilibré (Opinion Way, 29 mars 2015, pour les départementales: 9% en plus à gauche et 9% à droite en cas de duel -le reste persistant dans l’abstention; 11/8 en cas de duel droite-FN; 10/8 en cas duel gauche-FN; 7/7/7 en cas de triangulaire gauche-droite-FN),
  • soit un petit avantage à l’adversaire du FN (CSA, 29 mars 2015, pour les départementales: 14/6 en cas de duel gauche-FN, 16/6 en cas de duel droite-FN).

Quoi qu’il en soit, l’effet d’un surcroît de participation est totalement impossible à prévoir et il n’est pas possible de faire autrement que de l’ignorer.

2. Il reste à évaluer les reports de voix d’un tour à l’autre. Les mécanismes à l’oeuvre sont multiples et complexes et varient d’une élection à l’autre, mais il est possible d’essayer de construire une matrice de report des voix (quitte à ce qu’elle soit lamentablement infirmée par la réalité de dimanche prochain 😉 ).

Même si quelques farfelus votent pour une liste au premier tour et pour son opposé au second ou ne votent plus au second alors que leur liste du premier tour est présente, ce phénomène est négligeable pour la droite et la gauche parlementaires. Il est moins négligeable pour le FN. Il s’agit peut-être d’un reste de vote protestataire tel qu’il existait dans les années 1980 et 1990 (en tous les cas du temps de Jean-Marie Le Pen, qui n’a lui-même jamais voulu gagner et exercer de responsabilités, et avant le 21 avril 2002): le vote FN du premier tour n’est pas « sérieux », il s’agit d’ébranler le « système » et, dès que l’enjeu est réel, ces électeurs font le « vrai » choix ou retournent vers l’abstention pour ne pas se sentir responsables.

Les résultats globaux des sondages pour le second tour, donnent ainsi un léger avantage à la droite, en tous les cas un total  global supérieur à celui de la simple agrégation de LR, de l’UDI, du MoDem, des divers droite (y compris l’UPR) et même de l’intégralité de DLF:

  • selon IPSOS pour Le Monde (20-29 novembre, soit avant le premier tour mais avec un échantillon de 23 000 électeurs), gauche, droite et FN se ventileraient à 34/36/30,
  • selon Harris Interactive pour M6 (6 décembre, auprès de 1 029 électeurs), c’est 34/35/31, comme selon Odoxa pour Le Parisien (6 décembre, auprès de 2 193 électeurs);
  • en Ile-de-France, selon Odoxa (pour Le Parisien, 6-7 décembre, auprès de 1200 personnes), la gauche (40%) serait derrière la droite (42%) et le FN stagnerait (18%).

En second tour, la droite semble ainsi en mesure de reprendre quelques forces, après son très faible résultat du 6 décembre, peut-être par retour d’électeurs de droite (conservatrice ? catholique ? entrepreneuriale et commerçante ? agricole ? peut-être un mélange de tout cela; en tous les cas avec une orientation plutôt anti-européenne, de rébellion fiscale ou de volonté d’ordre et d’autorité), peut-être par rejet du gouvernement, peut-être par meilleur positionnement au 1er tour, l’ordre d’arrivée pouvant influer sur la psychologie de l’électeur et sur son anticipation du meilleur « rempart » anti-FN.

Voici le tableau des reports des électeurs PS-PRG, LR-UDI-MoDem et FN au second tour, pour les instituts intégrant le choix d’une nouvelle abstention (malheureusement, Harris n’a pu le faire puisqu’il s’adressait aux seuls votants, mais sa répartition des reports entre les seuls exprimés confirme celle mesurée par Odoxa et IPSOS):

Reports rég 2015.png

En complément (car la donnée est rare), les reports du 1er tour en Ile-de-France sont estimés par Odoxa comme suit:

Reports IdF rég 2015

Et parce que les données sont vraiment rares et toujours parcellaires, il convient de ne pas oublier les reports mesurés lors des départementales (j’y inclus les reports en cas de duel gauche-droite, qui permettent de confirmer des tendances sur les reports des petits partis et sur le vote des abstentionnistes de premier tour):

Reports départ 2015

De ces différents éléments, nous pouvons déduire les principes suivants:

  • comme indiqué plus haut, les abstentionnistes de 1er tour, lorsqu’ils votent au second, se reportent de manière équivalente au reste de l’électorat, sauf lorsqu’il y a un duel avec le FN, cas de figure dans lequel il semble y avoir un effet défavorable au FN; il est difficile de l’estimer et il faudra simplement garder cet élément en tête en cas de score très serré après application des reports aux votants du 1er tour;
  • la déperdition de voix est la moins forte pour la droite (près de 100% confirment leur vote), très légèrement plus élevée pour le PS (environ 95%), mais affecte le FN plus significativement (autour de 90%), ce dont il faut tenir compte, notamment dans une élection où le FN a fait davantage le plein de ses voix au 1er tour; un maintien des scores de la droite, une diminution de ceux du PS de 2% et une diminution de 5% de ceux du FN (attention, c’est bien 5% du pourcentage du FN qui sont ôtés et non 5 points de pourcentage…) paraissent raisonnables;
  • en cas de duel droite-FN, un report des électeurs PS à hauteur respective de 50% et 5% paraît réaliste: certes, il y a aura une mobilisation anti-FN, mais moins forte qu’en 2002, et, localement, l’aigreur risque d’être forte à l’égard du retrait imposé par Paris;
  • le report de l’extrême-gauche est faible; il l’est d’autant plus qu’il ne reste presque plus que des listes Lutte Ouvrière, avec un score national de 1,5% et donc un électorat pur et dur, largement anti-système et hors système; un report de 50% vers le PS est un maximum;
  • le report du FG sur le PS est plus important quand existe un risque FN; en l’occurrence, la médiatisation exclusive de la montée du FN efface quelque peu les chiffres du chômage et met les initiatives macroniennes en sourdine (tous éléments qui poussent l’électeur FG vers l’abstention); reporter 70% du FG sur le PS et 5% sur la droite paraît donc raisonnable en triangulaire, et 30% sur la droite et 5% sur le FN en cas de duel;
  • le report d’EELV est logiquement un peu plus favorable au PS, à hauteur de 80% (et 5% pour la droite), et à hauteur de 50% pour la droite et 5% sur le FN en cas de duel;
  • le report des divers gauche et des divers droite peut être estimé respectivement à 80 et 10% vers le PS et la droite et 5 et 90%, en cas de triangulaire; en cas de duel droite-FN, des reports respectifs de 50 et 5 et de 75 et 10 vers la droite et le FN sont envisageables; cela demande toutefois à être adapté aux cas locaux, en fonction de la nature du « divers » (dissidence franche ou formelle, souverainisme, centrisme, teinte régionaliste, etc.);
  • le report de DLF à hauteur de 5% sur le PS, 50% sur la droite (en raison d’une carte proche de la droite classique, qui semble confirmer un vote « protestataire » d’électeurs des Républicains) et 20% sur le FN peut être retenu, et probablement 60/25 en cas de duel droite-FN.

De manière complémentaire (et seulement utile, en partie, en Languedoc-Roussillon-Midi-Pyrénées), en cas de duel gauche-FN, les reports de la droite sur la gauche sont assez mauvais (et en recul avec le temps). De fait, on peut estimer que le volume de reports est équivalent vers le PS et vers le FN.

3. L’application de cette matrice bien artisanale doit encore être complétée des dynamiques en cours:

  • les perspectives de victoire du FN peuvent « libérer » des voix de droite pour le FN en LRMP, même si, vu le faible niveau de la droite au 1er tour, il est probable que l’aile la plus dure de la droite ait déjà migré vers le vote FN;
  • de même, un meilleur report de voix DLF et FG vers le FN est possible, si, psychologiquement, une barrière est franchie;
  • à l’inverse, la pression médiatique peut inciter davantage d’abstentionnistes à voter contre le FN, comme en 2002;
  • une « peur devant l’obstacle » et l’existence hypothétique d’un plafond de verre peuvent stopper la dynamique du FN; aux départementales de mars 2015, l’IFOP avait analysé qu’en triangulaire, le FN reculait de 1 à 2 points (mais cette donnée englobait aussi les nombreux cantons où il pouvait se maintenir sans être en tête; lorsqu’il était en tête, il était globalement stable) et qu’il gagnait « seulement » 5 points en cas de duel avec la droite (en net retrait par rapport aux gains des élections précédentes, lors desquelles il ne réalisait qu’au mieux 25% au 1er tour): cela confirme que, plus le FN est haut, moins il a de réserves de voix et plus, peut-être, la crainte d’une victoire fait coaguler le vote qui lui est opposé;
  • malgré sa forte dynamique, le FN se situe, au mieux, à peine au-dessus de 40%; les départementales ont montré qu’un minimum de 45% lui est plutôt nécessaire pour arracher la victoire;
  • pour la droite parlementaire, le mauvais résultat du 1er tour peut conduire à une désaffection comme à un sursaut; c’est davantage cette dernière option qui est probable au regard des expériences passées;
  • pour la gauche parlementaire, la fausse résistance du 1er tour peut encourager comme démobiliser; en réalité, je ne pense pas qu’il y a ait un effet prédominant; en revanche, dans la mesure où le PS reste bien le parti au pouvoir, le 2nd tour ne lui est en général pas favorable.

4. Les particularités locales ne devraient pas avoir d’effet majeur, sauf en ALCA et en BFC.

La liste Troadec en Bretagne (plutôt de gauche) ne changera pas le résultat final, déjà largement acquis.

La dissidence de Philippe Saurel en LRMP a largement échoué et ses électeurs ne se comporteront pas différemment de divers gauche classiques.

Le cas corse est trop délicat à pronostiquer finement et il s’agit davantage de faire une prédiction « avec les tripes ».

En ALCA, en revanche, il est difficile de déterminer le score -forcément écorné- que la liste Masseret décrochera finalement. En outre, la liste régionaliste (essentiellement alsacienne) est délicate à ventiler. Le plus raisonnable est d’en faire un intermédiaire entre DLF et divers droite: bref, un report à hauteur de 5% pour la gauche, 70% pour la droite et 20% pour le FN paraît envisageable.

Il convient également de relever la présence d’une liste MoDem autonome en Bourgogne-Franche-Comté (avec une probable répartition 50% droite/25% PS/10% FN) et de listes Alliance écologiste indépendante en PACA et en Bourgogne-Franche-Comté, dont le relatif succès montre qu’il persiste un malentendu dans l’électorat EELV: les Verts ne sont pas (plus) des environnementalistes, mais bien des représentants d’une tendance du gauchisme. Pour l’AEI, la répartition est extrêmement délicate, mais peut être envisagée à hauteur de 60/20/5 dans la triangulaire gauche-droite-FN en BFC et de 65/15 dans le duel droite-FN en PACA (en tenant compte d’un petit courant de « défense de la cause animale » à l’extrême-droite, qui avait même utilisé des petits partis faux-nez pour tenter de rassembler des électeurs d’autres horizons dans les années 1980 et 1990).

5. En tenant compte de la matrice de reports définie ci-dessus, sans tenir compte d’une mobilisation additionnelle, la carte régionale du second tour serait la suivante (avec indication des écarts inférieurs à 3 points par une flèche de retournement):

Pronostics 2nd tour reports voix stricts

Comme vous le constatez, contrairement à la dynamique qui semblait naître du 1er tour, les Le Pen vont probablement échouer sur le même écueil que dans nombre de cantons en mars dernier: elles n’ont pas de réserves de voix, notamment face à al droite. 40%, c’est une base encore insuffisante en duel, sauf si c’est contre la gauche, cas de figure inexistant aujourd’hui.

Néanmoins, les dynamiques à l’oeuvre, le surcroît de mobilisation, le désavantage du FN en duel (ou en situation hybride comme en ALCA) conduisent à des pronostics personnels plus « raisonnables »:

Régionales 2015 pronostics personnels 2nd tour

La région Bourgogne-Franche-Comté sera la plus disputée, même si les 7 autres incertaines se joueront probablement à peu de choses.

J’ai beaucoup hésité. Non pas que François Sauvadet soit un bon candidat (comme beaucoup d’autres à droite, il ne fut pas performant, qu’il s’agisse de candidats décalés politiquement comme Sauvadet et Morin, non enracinés comme Reynié et Calmels ou trop faibles politiquement face à leurs adversaires comme Estrosi, Vigier ou Richert), mais son adversaire socialiste n’est pas non plus excellente et la mobilisation supplémentaire devrait bénéficier à la liste LR-UDI-MoDem. Notons aussi que le FN a paradoxalement davantage de chances de gain en BFC (et, de manière moindre, en ALCA) qu’en PACA et en NPCP, à cause d’une situation de triangulaire équilibrée.

La position de Laurent Wauquiez paraît étonnamment solide (presque autant que celle de Bruno Retailleau en Pays-de-la-Loire). Il est clair qu’il est le seul candidat de droite à avoir réussi son élection, dans le contexte ambiant, et à avoir apporté une plus-value indéniable (ou, plus exactement, à avoir évité les moins-values enregistrées par toutes les autres têtes de liste de droite). En Ile-de-France, la droite est correctement placée, sans être dominante: la dynamique est bonne et la liste Pécresse mordra au centre, voire au centre-gauche.

La situation d’ALCA est singulière: en cas de vraie triangulaire, Florian Philippot serait la tête de liste FN la mieux placée nationalement pour l’emporter; mais, avec cette situation hybride, Philippe Richert devrait réussir à prendre la région: il lui suffit en fait de rassembler 5 points sur les plus de 16 de la liste Masseret du 1er tour, ce qui paraît tout à fait jouable.

Le PS doit pouvoir bénéficier de bons reports de voix en Normandie et Centre-Val-de-Loire, où ses scores de premier tour sont mauvais, surtout dans cette dernière. La position de leader d’Hervé Morin peut peut-être lui permettre de surperformer au second tour mais ce sera très difficile pour lui. Dans le Centre, il faudrait que la droite reprenne vraiment beaucoup de voix au FN.

Les victoires de Xavier Bertrand et de Christian Estrosi seront limitées et quelque peu « honteuses »: ils ne les devront qu’à la gauche…

Si ces pronostics s’avéraient justes (no way…), la gauche et la droite parlementaires pourraient se satisfaire, mais ce serait bien superficiel: la droite contrôlerait la moitié des régions et aurait gagné Ile-de-France, ARA, NPCP et PACA, les plus importantes; la gauche aurait préservé 6 régions, de manière assez inespérée. Pourtant, ces résultats ne seraient dus qu’aux configurations de 2nd tour, aux découpages pré-électoraux et au plafonnement du FN au tour décisif.Si le FN gagne 5% à chaque élection, il y a bien un moment où cela se verra nettement…

Les paris sont ouverts dans les commentaires…

J’essaierai de prendre le temps de publier la géographie électorale du premier tour d’ici le week-end.

Bilan du premier tour des élections régionales 2015: victoire des sondages et du FN, échec lourd de conséquences pour la droite, résistance en trompe-l’œil du PS

Je ne reviendrai pas sur l’échec, désormais habituel, de mes pronostics :P. En revanche, beaucoup d’enseignements peuvent déjà être tirés des résultats d’hier.

1. Les sondages nationaux ont été d’une grande fiabilité. Pour rappel, la physionomie des derniers sondages était la suivante:

Moyenne derniers sondages 1er tour

A cette heure, sur la base des totalisations nationales du ministère de l’Intérieur, les résultats sont les suivants:

1er tour rég 2015

Au niveau local, c’est plus contestable, mais les rapports de force globaux et l’ordre d’arrivée étaient justes même dans des régions délicates à estimer (Auvergne-Rhône-Alpes, Normandie). Seule la Bourgogne-Franche-Comté a été plus délicate pour certains sondeurs, mais ce n’est pas forcément étonnant.

Comme en 2012, il faut donc insister sur le fait que, lorsque les médias critiquent les sondages, ce n’est que parce que leurs propres attentes médiatiques sont fausses, car non fondées sur les évolutions les plus récentes des sondages, ne tenant pas compte de la mobilisation différentielle des électorats ou ne tenant pas compte des évolutions en cours, alors que les sondages, de fait, s’arrêtent 3 jours avant le jour du vote. Il est en outre assez rare de voir souligner la qualité des estimations, lorsqu’elle est réelle.

2. Malgré les grands discours sur le sursaut de participation, l’abstention atteint 50,1%, contre 53,7% au premier tour en 2010, 49,8% au second tour de 2010 et 49,8% au premier tour des départementales de mars 2015. Il n’y a donc là rien d’exceptionnel, même si, marginalement, cela n’a pas avantagé la droite.

En revanche, il est clair que, comme anticipé, les attentats ont joué en faveur d’une petite sur-mobilisation du FN (le sondage Harris Interactive pour M6 du jour du vote montre que 29% des électeurs du FN considèrent qu’ils ont eu un impact sur leur motivation de vote).

De même, l’anticipation d’une victoire FN a probablement amené à une mobilisation un peu plus importante de l’électorat PS (dans le même sondage, 29% des électeurs socialistes ont été motivés par le score anticipé du FN).

Cela explique donc que, contrairement au phénomène constaté lors des municipales et européennes de 2014 et des départementales de 2015, le PS se soit maintenu par rapport aux anticipations sondagières (et même très légèrement amélioré, grâce aussi à un petit vote utile de la gauche de la gauche), ainsi que le FN. En contrepartie, la droite et le centre ont légèrement sous-performé, contrairement à ce que ce blog prévoyait (pour une fois qu’il n’était pas entièrement pessimiste sur la droite, il faut que ce soit en ce 6 décembre… :P).

3. Le résultat de la droite et du centre est également venu d’une bonne tenue de DLF (et de l’UPR, au score faible mais présent partout). Ce point est passé sous silence par les médias, mais le parti de Nicolas Dupont-Aignan a clairement mordu sur l’électorat Républicains-UDI, ainsi que le montrera la géographie électorale (en préparation sur ce blog).

Les candidats FN « performants » (la tante, son mari et la nièce, mais aussi le protégé) ont limité l’emprise de DLF dans leurs régions. Le seul candidat de droite à avoir réussi pareil résultat est clairement Laurent Wauquiez (nous y reviendrons).

4. L’interprétation médiatique de l’ordre d’arrivée, comme prévu, fait du FN le grand gagnant, alors même que l’ensemble droite-centre n’est pas loin.

Le PS est considéré comme ayant limité les pertes, alors même qu’il est menacé dans de nombreuses régions. L’ensemble de la gauche est présenté comme le premier bloc, alors que les divisions y sont profondes et les électorats plus distants qu’auparavant, sauf en cas de vote anti-FN.

La perspective est faussée, comme anticipé, par les couleurs portées sur les cartes et leurs surfaces respectives. Elle est faussée par un mode de scrutin proportionnel donnant une prime à la liste arrivée en tête.

5. Il n’en reste pas moins (et nous y reviendrons plus en détail encore en publiant rapidement la géographie électorale des grands ensembles) que la droite et le centre subissent un revers grave:

  • toutes les formations de la droite gouvernementale (hors souverainistes purs) ont été rassemblées, pour n’atteindre que 27%,
  • la droite et le centre ont très peu de réserves de voix et reprendre au FN ce qu’il a dérobé risque de faire perdre des électeurs modérés qu’un PS décalé au centre (au moins en termes de positionnement apparent, avec Manu Militari et Manu Macron, pour couvrir le sécuritaire et l’économique respectivement) ne cesse de guigner,
  • l’opposition officielle d’un gouvernement aux résultats catastrophiques et d’un président ayant atteint des records d’impopularité dépasse de peu le quart de l’électorat ou, en tous les cas, n’atteint pas le tiers s’il lui est adjoint DLF,
  • l’opposition officielle est rejointe, pour un scrutin largement national, par l’autre opposition, celle-là dirigée contre le système en son entier,
  • le débat reste entier sur l’optique à adopter: droite ferme et régalienne pour éviter les fuites vers DLF et le FN/droite modérée pour ne pas laisser échapper les électeurs du marais central sensibles au « vallsisme »; débat décliné sur le plan tactique et électoral en « ni (front républicain) ni (front national) » contre désistement anti-FN; ce n’est pas que ce débat puisse ou même doive être tranché, mais il continuera de polluer l’année 2016 pour la droite, grâce au jeu machiavélo-mitterrandien de François Hollande, jouant de manière classique du FN pour mettre la pression sur la droite,
  • ce débat permettant aux affrontements personnels de trouver une motivation supplémentaire; or, aucune ligne ne semble avoir l’avantage, même si, localement, les têtes de liste UDI ou Républicains modérés déçoivent plutôt (Normandie, BFC, Centre-Val-de-Loire, d’un côté, ALCA, de l’autre) tandis que Laurent Wauquiez s’en sort bien, de même que, plus faiblement, Bruno Retailleau; ce constat n’est cependant peut-être lié qu’aux personnalités et aux campagnes, non aux orientations de fond (après tout, en PACA et en NPCP, l’échec est sévère, tandis que la droite résiste correctement en Ile-de-France et ALPC avec des candidats plus modérés).

Ce premier tour des régionales 2015, s’il n’est pas compensé par un regain de mobilisation et le gain des régions Ile-de-France, ARA et ALCA au second tour, risque donc d’avoir de lourdes conséquences sur une droite et un centre encombrés de présidentiables (même si Xavier Bertrand et Christian Estrosi sont évidemment hors jeu, mais avec un Laurent Wauquiez qui pourrait se sentir poussé s’il fait figure de rescapé; j’anticipe mais notons une vraie curiosité: il est le seul à réaliser plus de 50% dans un département: en l’occurrence le sien, la Haute-Loire, mais c’est assez significatif).

6. Pour le PS, la tentation est grande de se contenter des 3 régions déjà acquises et de voir tout gain supplémentaire comme une belle victoire. Sa résistance (déjà analysée précédemment et bien mise en scène par le PS et préparée par le président) est en réalité moins significative qu’il ne paraît:

  • il perd simplement moins que la droite et le centre et il n’est fort que de l’insigne faiblesse du camp opposé,
  • mais il recule de nouveau dans ses baronnies locales, ce qui diminue son ancrage local, qui était sa force principale des années 2000,
  • l’éloignement entre électeurs de la gauche de la gauche et électeurs de centre-gauche semble s’accentuer, rendant délicats les bons reports de voix et ancrant davantage la perspective de candidatures FG, EELV, voire autres, à la gauche du PS en 2017; les attentats et surtout le « risque FN » étant des éléments qui cachent en partie le désamour des électeurs qui se considèrent de la vraie gauche à l’égard de l’orientation libérale en économie et conjoncturellement fortement sécuritaire;
  • la tentative de dissolution des Verts par François Hollande n’est pas, à ce jour, couronnée de succès; certes, EELV est le premier perdant par rapport aux régionales de 2010, mais il avait à l’époque sur-performé parce que l’électeur anti-sarkozyste n’était pas satisfait du PS; or, faire quitter EELV par les Placé, Rugy, Pompili et consorts -le président pensant ruiner les perspectives de candidature Duflot- n’a fait que laisser la structure aux mains de l’aile gauche,
  • il perd l’essentiel de ses ancrages populaires et se retrouve à la tête d’une coalition électorale quelque peu hétéroclite et à la merci partielle d’une candidature Juppé (ou d’une candidature Bayrou en cas de victoire sarkozyste à la primaire de la droite et du centre).

7. Pour le FN, le succès est clair, mais il apparaît quelque peu surestimé, l’interprétation étant influencée par le succès de ses figures principales, presque toutes engagées dans les régionales, contrairement aux autres partis (et singulièrement le PS, mais aussi LR, qui a finalement beaucoup délégué à l’UDI):

  • le niveau absolu du FN reste inférieur à 30%, sans réelle réserve de voix autre que les reports par défaut que la gauche contre la droite ou, plus fortement, la droite contre la gauche pourrait assurer dans un duel de second tour; le FN franchit toutefois les seuils année après année ou, plus exactement, décennie après décennie: 10%, 15%, 20%, 25%, 30%, avec une certaine accélération depuis 2011;
  • sans qu’il soit forcément question d’un plafond de verre, il est clair que, plus le FN monte, plus la pression médiatique et le « barrage » du système sera virulent, surtout si la perspective d’une victoire en 2017 n’est plus une simple invention théorique;
  • il semble atteindre ses limites: les sondages Harris et Odoxa (pour Le Parisien) du jour du vote montrent que, si les électeurs PS et LR du premier tour se reporteront logiquement sur leur propre candidat au second tour (entre 90 et 100%), ceux du FN sont légèrement moins nombreux à le faire: 88% entre cas de triangulaire et même 82% en cas de duel droite/FN; cela signifie qu’il reste un part de vote simplement protestataire au FN, même si elle a fortement reculé, ou, plus précisément, qu’un vote protestataire plus nouveau (plus « bourgeois », similaire au mini-succès de DLF et conjoncturel, lié à la crise des migrants et aux attentats du 13 novembre) s’est fait jour et que ces électeurs retourneront, au tour décisif, vers la droite;
  • plus il s’élargit, plus le FN risque de se diviser; toutefois, la dynamique positive permettra sûrement à toutes les tendances de cohabiter au moins jusqu’en 2017 et l’équilibre quasi-parfait des scores en NPCP et en PACA y contribue; ce sont quand même des « problèmes de riche ».

Cependant, les éléments favorables prédominent à l’évidence:

  • le FN poursuit sa « nationalisation« , à la fois géographique et sociologique, gagnant même dans les CSP+ et se développant dans toutes les zones rurales, même dans la moitié ouest; seules les métropoles les plus mondialisées résistent;
  • les petites listes souverainistes ou d’extrême-droite sont marginalisées (même Jacques Bompard en PACA) soulignant la force du vote tactique du FN, déjà marquée par la certitude de vote pour le FN, qui est la plus forte exprimée avant l’élection (et que confirment les sondages du jour du vote, avec un vote FN acquis le plus en amont de tous les partis – c’est le vote EELV ou FG qui était le moins solide, en apparence, tout du moins);
  • il continue de créer la division dans les forces du « système » et de structurer le débat politique et électoral;
  • il peut encore « marcher sur ses deux pieds« , entre Marine et Marion, nord et sud, gauche et droite, ce qui en fait, en forçant un peu le trait, le nouveau parti attrape-tout, statut que le PS avait connu en 1988 et l’UMP en 2007; de manière complémentaire, sa montée légitime ceux qui hésitent encore à voter pour lui et qui pourraient d’autant plus facilement sauter le pas que la « bonne conscience » médiatique se fissure, est moins efficiente ou devient même un motif de rejet du « système ».

8. En ce qui concerne le débat sur les retraits de listes, en dehors de mon erreur de prévision (largement due à une bonne part de naïveté résiduelle…), il est clair que le président joue un jeu de billard à 3 bandes, en sacrifiant, pour préserver la seule chose qui l’intéresse dans la vie (le premier tour de 2017), le PS dans deux régions emblématiques (les corons du Nord et Marseille, quand même! Il fut un temps pas si lointain où les fédérations de Mollet, Mauroy et Defferre faisaient la SFIO…).

En PACA et en NPCP (j’y reviendrai), la dynamique FN est trop forte, la droite n’a que très peu de chances de l’emporter. Pourquoi, donc, ne pas se donner le beau rôle dans le camp « républicain » et mettre la pression sur la droite, dans un jeu classique depuis l’utilisation (certains diraient la création, mais c’est excessif; l’entretien et l’accélération, sûrement, en revanche) de la montée du FN par François Mitterrand dès 1984-86 (manifestations de SOS-Racisme, mode de scrutin proportionnel aux législatives de 1986 et aux régionales de 1986 et 1992) ? La défaite du « camp républicain » ne pourra être que la faute de la droite puisque la gauche aura fait son devoir « moral ».

La ficelle étant, hier soir, un peu grosse, la région ALCA a été ajoutée, au moins en apparence. Car il n’est pas exclu que le PS national ait été amené à afficher une position de retrait, avec en parallèle une entente à coups de SMS entre président et tête de liste Masseret (vieille connaissance s’il en est…) pour, de fait, ne pas se retirer. Jean-Pierre Soisson fut coutumier de faits équivalents, en son temps… Ainsi, coup double: le PS est vertueux, mais Florian Philippot bat la droite.

En effet, pourquoi le PS ne poursuit-il pas la logique jusqu’au bout et ne se retire-t-il pas en Bourgogne-Franche-Comté (où le FN est en position de gagner), dans le Centre-Val-de-Loire (où il est très menaçant) et en Normandie (où il est fort sans être très haut, mais où le PS est derrière la droite et le centre) ? C’est d’autant plus « étonnant » qu’il s’agit à chaque fois de têtes de liste UDI, moins « suspectes » que le premier Estrosi venu… Et le total des voix de gauche n’est pas un argument, puisqu’en NPCP, la gauche est devant la droite.

Bref, la « morale » s’arrête là où commence l’intérêt électoral. Tout cela est de bonne guerre, mais c’est surtout le révélateur que les médias ont commencé de se réaligner politiquement (en sens inverse, l’analyse du score de LR par Le Figaro vaut son pesant) et le feront pleinement à partir de janvier prochain, sur la lancée de la propagande anti-terroriste officielle depuis 3 semaines. Encore une bonne nouvelle pour le président qui, sur ce front, n’est menacé que par Alain Juppé.

9. Nicolas Dupont-Aignan ne se désiste pas en faveur de la droite et refuse toute fusion; il ne donne aucune consigne. Visuellement, ce n’est évidemment pas une bonne nouvelle pour Valérie Pécresse ou pour la droite en Normandie, Centre-Val-de-Loire et ALCA, notamment. Toutefois, cette annonce est à relativiser.

Encore faut-il que tous ses électeurs soient atteints par l’information. Encore faut-il ensuite qu’ils respectent le positionnement de leur candidat. Or, il est bien connu que ces « consignes » (de surcroît une… absence de consigne) sont de peu d’effets par rapport à ce que les électeurs avaient/ont déjà décidé.

Au cas d’espèce, le « gros » sondage IPSOS antérieur au 1er tour (le seul se penchant sur DLF) donnait un report, au 2nd tour, vers la droite à hauteur de 47%, vers le FN à hauteur de 29%, vers la gauche à hauteur de 7% et vers l’abstention à hauteur de 17%. Ce sondage a été réalisé entre les 20 et 29 novembre et DLF y faisait 3,5% des intentions de vote: cette matrice de reports est donc tout à fait réaliste et sera intégrée dans les futurs pronostics.

10. Le programme de la semaine est donc simple: il sera loisible d’effectuer des pronostics dès mardi soir, après clôture des dépôts de listes pour le second tour (en ALCA, sans la gauche, Richert serait favori; avec le maintien de la gauche, il perd très probablement). Les sondages comportant des matrices de report de voix (Harris mais malheureusement sans prévoir la possibilité d’une abstention; Odoxa; IPSOS d’avant le premier tour; les sondages IPSOS, IFOP et Odoxa relatifs aux départementales, déjà cités ici).

Les autres jours de la semaine permettront d’établir la cartographie départementale du premier tour par grands ensembles et un retour sur la sociologie, à partir du traditionnel sondage IFOP du jour du vote et, s’il est publié en intégralité, du sondage IPSOS.