Derniers sondages IPSOS et BVA pour le premier tour de la présidentielle 2017: faiblesse persistante de Hollande, stabilisation apparente de la droite, étiage élevé pour le FN

Sondage BVA pour Orange et la presse régionale, réalisé du 10 au 12 juin 2016 auprès d’un échantillon de 910 personnes sur un total de 1 001

Sondage IPSOS pour Le Monde et le CEVIPOF, réalisé du 13 au 22 mai 2016 auprès d’un échantillon de 1 134 personnes certaines d’aller voter sur un total de 19 455

Graphique sondages 1T 2017 Sarkozy-Hollande-Bayrou.png

Graphique sondages 1T 2017 Juppé-Hollande sans Bayrou.png

1. Bien sûr, l’affichage, à l’occasion du sondage BVA, d’un dépassement de Hollande par Mélenchon dans certains cas de figure ou, au moins, d’une égalité, est médiatiquement porteuse. Toutefois, l’écart s’étant déjà resserré, le croisement ponctuel des courbes n’était pas inatteignable. Comme lors du précédent resserrement, il convient de conserver une certaine distance et de constater que

  • les facteurs poussant Hollande à la baisse et Mélenchon à la hausse finiront par disparaître:
    les grèves et manifestations se dissolvent progressivement et, au plus tard, la coupure estivale et les bons vieux congés pays vont y mettre un terme;
    la « fronde » interne au PS ne s’incarne pas davantage qu’avant et ne peut se permettre d’aller jusqu’à risquer une crise politique majeure avec une chute du gouvernement, alors que les investitures pour les législatives commencent à se dessiner…;
    Hollande est tellement bas qu’il lui est difficile de poursuivre encore la décrue;
  • l’évolution sondagière à gauche connaîtra de nouveau l’enclenchement, comme en économie, de « stabilisateurs automatiques »:
    les électeurs de gauche modérée ne pourront rester insensibles à une trop longue période de faiblesse de leur candidat, même par défaut;
    l’émergence progressive du débat à droite dans le cadre de la primaire tendra à remobiliser l’électeur de gauche dans le cadre d’un vote utile, surtout si la primaire se focalise alternativement sur un programme économique libéral et sur un credo de défense de l’identité nationale, ce qui fait deux épouvantails pour le prix d’un pour le vieil électeur de gauche…

Mais, évidemment, l’affaiblissement partisan d’un Hollande déjà dépouillé de toute autorité internationale et nationale laissera des traces probablement rédhibitoires désormais. Il est difficile d’espérer gagner alors que l’on est déjà si faible en interne. Sa dérive sondagière ne peut en effet qu’entretenir l’agitation autour de Montebourg ou libérer encore davantage la parole de Hamon ou Lienemann et ne peut que le soumettre encore davantage aux divisions et aux pressions pour organiser une primaire.

Néanmoins, les fondamentaux restent:
les seuls en interne qui pourraient prétendre à la candidature, Montebourg et Valls, sont trop affaiblis dans les sondages ou ne susciteraient aucune unité suffisante (en particulier pas Montebourg, dont les aubrystes ne veulent pas et que les « frondeurs » n’ont pas réellement adopté, ainsi que nous l’avons déjà expliqué) pour inquiéter Hollande; ce dernier est trop faible pour gagner en 2017, mais reste suffisamment structuré en interne pour empêcher toute concurrence sérieuse;
à cet égard, la « victoire » prévisible en justice face au recours de 3 militants tentant de forcer l’organisation de la primaire du PS (les tribunaux refusant systématiquement de s’impliquer dans la vie interne des partis, malgré la clarté totale de ceux-ci au cas d’espèce: mais bon, une carrière de magistrat est si fragile…) confirme que la primaire n’aura jamais lieu, la godille permanente d’un Camabdélis qui contrôle totalement le processus et l’absence d’intérêt réel de quiconque à l’extérieur du PS à ce qu’elle soit organisée assurant bien que le président sortant n’aura pas à s’y soumettre.

2. La bonne santé de Mélenchon sera avérée s’il parvient à se rapprocher durablement des 20%. C’est peu probable et il convient de noter que son léger rebond tient aussi à l’extinction progressive de Duflot et pas seulement à la faiblesse insigne de Hollande. L’exploit mélenchonien est donc à relativiser, même si, en termes d’affichage, il reste appréciable pour lui.

L’absence d’émergence de Duflot, si elle était initialement, comme nous l’avons abondamment expliqué, un objectif de Hollande, est en train, comme anticipé, de finir par se retourner contre lui. Car l’hypothèse Hulot réémerge et est autrement plus dangereuse, en raison de son positionnement plus modéré et donc potentiellement plus concurrent de Hollande et en raison de l’effacement médiatique de Macron, qui laisse de nouveau un créneau libre pour un candidat (demi-) »surprise » (un peu sur le retour, mais les médias n’ont rien d’autre à se mettre sous la dent…).

Tout va être bon pour dissuader Hulot d’être candidat et l’intérêt de Cambadélis pour le personnage n’est certainement pas celui que nous décrivent les médias, au nom d’une soi-disant préférence pour une écologie moins punitive…

3. A droite, la stabilité est trompeuse. En effet, l’écart entre Juppé et Sarkozy tient maintenant uniquement à la présence ou à l’absence de Bayrou, qui reste un facteur incertain.

Surtout, la candidature Juppé semble s’essouffler:
– son équipe apparaît réduite et peu professionnelle; l’absence de ralliements de poids n’est bonne ni en termes d’image, ni en termes d’organisation; même si l’équipe Juppé en garde sûrement pour l’automne, c’est assez étonnant de voir que beaucoup d’élus continuent d’être très prudents, malgré les bons sondages de Juppé;
– les grèves et manifestations remémorent à beaucoup l’expérience douloureuse de l’échec humiliant de 1995 et de la difficulté personnelle de Juppé à le gérer; les mouvements actuels renvoient à la fois à la question de l’autorité (Sarkozy prenant alors un avantage comparatif) et à celle du renouvellement (Le Maire gagnant fortement dans les sondages qualitatifs sur le sujet);
– le mécontentement est tel à l’égard du pouvoir en place et les tensions, dues aux attentats et à l’agitation générale, sont telles que le sentiment de colère (qui a bénéficié à Trump, son électeur étant avant tout quelqu’un d’angry et de distrustful à l’égard de l’élite, en dehors de toute autre considération sociologique ou idéologique) devient plus prégnant à droite et favorise Sarkozy davantage que Juppé, qui ne peut « muscler » son discours (ce qu’il semble en train de commencer de faire) sans perdre un peu au centre;
– le dynamisme personnel de Sarkozy, l’arrogance naturelle de Juppé (toute justifiée qu’elle soit ponctuellement si elle s’applique à un Douillet, un Courtial, un Estrosi ou un Balkany…), l’accumulation, au cours du temps, de beaucoup d’inimitiés de la part de Juppé (et pas seulement de la part de l’opportuniste gâté qu’est Baroin), encore davantage que de la part de Sarkozy, et le moindre nombre de « vassaux » et de redevables de Juppé que de Sarkozy ne peuvent que bénéficier à ce dernier.

En plus de ces éléments structurels, Sarkozy bénéficie, en ce moment, de facilités de campagne réelles, par rapport aux petites écuries Juppé, Fillon et Le Maire; cette exploitation sans vergogne des moyens du parti rappelle celle de Copé en 2012 et il est incroyable que la naïveté des Fillon, Juppé et Le Maire se reproduise presque à l’identique. Le calendrier de candidature de Sarkozy, s’il présente le risque d’être trop tardif pour remonter tout son retard sondagier, fournit au moins l’avantage de lui permettre de trouver le créneau le plus porteur (la nation, l’identité, la sécurité), alors que tous ses adversaires ont déjà abattu leurs cartes et ont insisté sur des éléments moins favorables en termes d’opinion (la rigueur budgétaire, le libéralisme, la réforme institutionnelle ou la « méthode »).

Dans la mesure où l’été va vite venir, ces avantages conjoncturels ne seront peut-être pas suffisants pour Sarkozy. Mais ses adversaires ne devront pas oublier que Fillon avait dilapidé l’été 2012 et son avance dans son duel avec Copé, qui avait mis à profit la période pour labourer, s’organiser, structurer, faire le travail de l’ombre… Juppé semble en être conscient, qui parle sécurité, armée, terrorisme, autorité, laïcité, islam, etc. avec un peu plus d’entrain et de fermeté qu’il y a ne serait-ce que quelques semaines.

Bien entendu, il faut rappeler que les forces comparatives de Juppé persistent (electability, prédominance chez les électeurs âgés et CSP+ plus susceptibles de voter les 20 et 27 novembre, enjeu important d’une primaire qui sera peut-être la véritable élection, faveurs de l’oligarchie médiatico-intellectualo-politico-économique,…). De fait, son essoufflement est surtout sensible dans les sondages de popularité et dans les sondages qualitatifs (et dans le flux médiatique); l’effritement reste faible (primaire) ou inexistant (présidentielle) dans les sondages d’intentions de vote.

Mais le qualitatif précède souvent le quantitatif. Et la nouvelle progression de Le Maire dans les sondages qualitatifs crée une menace potentielle davantage tournée vers Juppé cette fois-ci (alors que, lors de l’annonce de sa candidature, Le Maire semblait davantage grignoter sur Sarkozy, quelque peu atone alors), d’autant plus qu’il est désormais, au premier tour de la présidentielle au même potentiel que Fillon et n’est donc plus menacé d’élimination par Hollande ou Bayrou. Il faudra donc surveiller Le Maire dans les prochaines enquêtes sur la primaire.

4. Si Marine Le Pen n’est plus à 30%, la consolidation de son potentiel électoral nettement au-dessus de 25% est notable.

En effet, cela se produit alors qu’elle est médiatiquement en retrait. En outre, les dissensions apparaissent de plus en plus nettement entre la tendance Marion et la tendance Philippot. Enfin, l’actualité n’est pas favorable et accroît encore les « grands écarts » et les risques de brouillage du message:
– comment ne pas s’aligner sur une CGT quasi-anarcho-révolutionnaire, sans toutefois revenir au vieux libéralisme économique de Papa Le Pen et paraître cautionner la loi sociale-libérale, c’est-à-dire reperdre le massif électorat populaire si durement acquis ?
– comment soutenir le Brexit sans cautionner une politique libérale et finalement réaliste à l’égard de l’UE ?

Le FN est de plus en plus écartelé et ses contradictions internes (idéologiques, sociologiques, personnelles) sont de plus en plus sensibles. La dynamique favorable au plan sondagier et électoral assure le maintien de l’unité pour le moment, mais la zone de danger commence de se rapprocher…

Il est certain que cet étiage de haut niveau peut tout aussi bien s’analyser comme un plafond. Marine Le Pen est peut-être trop haut trop tôt, sans possibilité de créer la surprise et la « dynamique », tant sa qualification pour le second tour est désormais intégrée par tous, politiques, médias et électeurs. La banalisation de la violence, l’accoutumance aux attentats, la fin de la grande vague migratoire, la difficulté à exploiter aisément sur le plan électoral l’abaissement européen devant la Turquie, le « vieillissement » de l’image de Marine Le Pen dans une société médiatique qui change perpétuellement, l’absence de ralliements de poids au FN sur le plan national, autant d’éléments qui empêchent d’envisager une progression supplémentaire, au-delà de 30%. Et les sondages de second tour sont totalement inintéressants, car Marine  Le Pen ne parvient pas à franchir les 40%, contre quelque candidat de droite que ce soit.

5. Enfin, dans la mesure où l’hypothèse Hulot n’est plus testée, où la visibilité de Bayrou est faible (son nom agissant essentiellement comme une « marque » d’un certain positionnement et non comme le réceptacle d’une réelle adhésion à une candidature) et où aucune candidature « surprise » n’émerge, aucun élément nouveau ne se manifeste dans ces derniers sondages… C’est, en soi, une caractéristique à relever.

Publicités

Présidentielle 2017: monopole confirmé mais non pérenne de Marine Le Pen sur l’extrême-droite, la droite populiste et la droite souverainiste

Dans l’espace qui est classiquement situé à la droite des Républicains, malgré sa « richesse » historique de multiples courants et traditions, parfois farouchement opposés, la situation pour la présidentielle 2017 en termes de candidatures sera relativement simple, les complexités et les difficultés venant davantage du positionnement stratégique et de l’après-présidentielle.

1. Même si l’orientation Philippot lui donne un positionnement et un électorat presque plus à gauche, globalement, qu’à droite, le FN continue d’être placé à l’extrême-droite. Cela reste logique au regard des origines et des idées de nombre de ses cadres intermédiaires et d’une partie de la direction nationale (Aliot, Bay, Rachline, Ravier, etc.), qui se font plus discrets tant que la ligne Philippot produit des résultats électoraux.

Malgré sa consécration émergente au sein d’une tripolarité complexe, l’horizon n’est pas serein pour le FN. Prosaïquement, il perdra cette année un thème traditionnel de victimisation : la quête des 500 signatures. Avec ses succès électoraux aux municipales, départementales et régionales, il n’est désormais plus menacé d’être exclu de la présidentielle (ce qui ne s’est en réalité d’ailleurs produit qu’en 1981, à une époque groupusculaire et alors que le PFN de Pascal Gauchon faisait transitoirement un peu d’ombre).

L’évidence de la candidature de Marion Anne Perrine « Marine » Le Pen renvoie le débat de fond à la future défaite, en fonction du moment (1er ou 2nd tour), des circonstances (Juppé ou Sarkozy comme vainqueur) et de l’ampleur de celle-ci. Ce débat opposera alors les deux lignes, celles de Florian Philippot et de Marion Maréchal-Le Pen, fondées à la fois sur les différentes politiques (européenne, économique, sociale, sociétale, etc.) et sur la stratégie et la tactique électorales (alliance ou non avec la droite, recherche de nouveaux électorats à droite ou consolidation de l’ancrage populaire, etc.).

Déjà, l’émergence de velléités d’affirmation, voire de candidature, de la part de Robert Ménard ou de Renaud Camus, montrent que la « recette » magique du père Le Pen (parvenir à fédérer tous les courants d’extrême-droite, du solidarisme à l’élitisme fascisant, du paganisme à l’intégrisme catholique, des identitaires aux ex-chevènementistes, des nationalistes aux européanistes, des crypto-reaganiens aux ouvriéristes, des technocrates aux intellectuels,…) commence à ne plus fonctionner.

L’espace occupé est trop grand, trop vaste, trop difficile à maintenir durablement rassemblé. La proximité du pouvoir fait que, fonctionnellement, chaque tendance peut souhaiter s’imposer pour faire prévaloir sa ligne. D’une certaine manière, le PS (de Collomb à Filoche) ou LR (d’Apparu à Peltier) sont confrontés aux mêmes problèmes. Mais, pour le FN, c’est nouveau : il est « riche », désormais, et fait face aux problèmes correspondants.

Ayant gagné à gauche après 2011, en se renforçant encore chez les ouvriers et en progressant fortement chez les employés, mais aussi complétant ses succès sur la droite (déjà acquise dans l’électorat artisan, commerçant) en mordant sur les agriculteurs (ce qui est largement nouveau) et sur une partie de la bourgeoisie (ce qui s’était déjà vu dans les années 1980) et des catholiques (ce qui est totalement nouveau) avec le délitement sociétal, le risque terroriste et l’impopularité croissante de l’Europe, le FN a aujourd’hui probablement atteint un palier aux régionales. Peut-être pas un plafond si un Juppé président dégarnit sa droite, mais un ralentissement.

En tous les cas, son électorat s’est solidifié. Le plus volatil et le plus incertain jusqu’aux années 2000, il est devenu le plus solide et le plus fidèle, voire le plus mobilisé en cas de perspective de victoire, locale ou nationale (voir la différence entre sa déception aux départementales et sa bonne prestation aux régionales, par rapport aux sondages préélectoraux). Cela montre certes qu’il reste un électorat opportuniste et que le FN conserve une fonction utilitariste, de réceptacle des contestations.

Cependant, jusqu’en mai 2017, personne ne remettra en cause, en interne, le leadership de Marine Le Pen. Lorsqu’une dynamique est positive et que l’électorat et les positions de pouvoir s’élargissent, les critiques se taisent, tout le monde souhaitant bénéficier des retombées positives ; ne pas être accusé d’être un diviseur et d’être le responsable d’un éventuel échec ; hériter ou prendre possession, le moment venu, d’un outil fort. En outre, plus le temps passe, plus la structure partisane se renforce (même si les cadres locaux restent assez indigents), plus le financement public se solidifie, moins les dissidences seront probables.

Ainsi, en laissant, après les régionales et l’échec du 2nd tour (et de la stratégie de « splendide isolement » et le succès même précaire et baroque d’une sorte de cordon sanitaire anti-FN), perdurer la ligne Philippot, Marion Maréchal-Le Pen a su faire preuve de patience et se réserver pour l’analyse de l’échec futur de 2017. Elle pourra alors plus facilement critiquer l’incapacité à briser le « plafond de verre » et incarner une alternative interne, après la déception.

Au sein de l’espace occupé par le FN, une seule surprise serait ainsi envisageable : que… Jean-Marie Le Pen lui-même tente d’être candidat… pour continuer de harceler sa fille. Mais son état physique diminué, sa marginalisation au sein du monde du FN et l’absence de tout avantage comparatif en termes politiques et électoraux ne lui permettraient pas de réunir 500 signatures et d’empêcher sa fille de le faire. Toutefois, un petit épisode médiatique du « Menhir » n’est pas à exclure, avec la complicité des médias, friands d' »histoires » à nous conter… Après tout, cela nous changera un peu de Macron 😛

2 En ce qui concerne l’extrême-droite hors FN, son caractère groupusculaire et l’aspect folklorique de certains de ses impétrants ne laissent aucune chance aux Carl Lang ou Henry de Lesquen de parvenir à se présenter.

La force propre du FN et aussi de la « marque Le Pen », même transmutée de père en fille, ont été démontrées amplement par l’écrasement de Bruno Mégret et des relativement nombreux hiérarques du parti qui l’avaient rejoint au sein du MNR, promu sur le papier à un meilleur avenir que la boutique du vieux bonimenteur pro-Algérie française. Pourtant, aucune brèche sérieuse, MNR ou autre (Mégret, Le Gallou, Lang, Martinez, Bompard,…), n’a jamais pu entamer le monopole du FN depuis plus de 30 ans.

En outre, même un Carl Lang (Parti de la France) ou un Paul-Marie Coûteaux (son intime conviction de sa supériorité personnelle sera peut-être contrecarrée par son échec récurrent sur le plan purement pragmatique de la politique politicienne) ne pourraient compter sur des signatures de droite : celle-ci est trop légitimiste et d’ordre pour se risquer à soutenir des petites candidatures qui diviseraient, alors que la primaire est bien là (en théorie) pour rassembler et permettre l’expression de sensibilités qui mordent sur la droite de la droite (par souverainisme, par conservatisme social, par esprit sécuritaire). Les « jeux » dans l’espace auparavant occupé par Pasqua et le CNIP ne reprendront qu’après la présidentielle et en fonction du résultat de celle-ci et de l’anticipation du paysage des législatives. Nous y reviendrons.

3. Dans l’espace de la droite dure mais encore « responsable », c’est-à-dire issue du sérail et de l’élite même si les contestant fortement, les spéculations sur un retour de Villiers ou sur une candidature de Zemmour n’aboutiront pas. Sans force partisane suffisante, alors que la primaire de la droite et du centre absorbera en partie l’espace dévolu à cette zone (Sarkozy, Copé, voire Guaino) et que Ménard ou Collard ont préempté l’attention médiatique, il est déjà trop tard.

Si l’UPR de François Asselineau tentera de nouveau d’être présent, il est très peu probable qu’il parvienne à rassembler les 500 signatures, sa structure étant trop faible et presque résumée à un seul homme.

Qui plus est, la présence de Dupont-Aignan absorbe déjà une partie de l’espace gaullo-souverainiste. Nicolas Dupont-Aignan bénéficie d’une dynamique porteuse et peut espérer un remboursement de ses frais de campagne avec un score supérieur à 5 %. Il mord sur une partie de LR, comme aux régionales, le contexte terroriste, migratoire et européen l’avantageant. Tous les candidats potentiels de LR, même Sarkozy, apparaissent trop pro-européens aux yeux d’une frange conservatrice et souverainiste. Le  possible « Brexit » pourrait renforcer ce mouvement.

Il convient cependant d’être prudent, le vote utile pouvant jouer à droite, lorsque Hollande rebondira quelque peu ou lorsque Sarkozy, si c’est lui, entrera en campagne: l’électeur conservateur veut surtout se débarrasser de l’honni Hollande. Villiers lui-même, certes souverainiste mais pas gaulliste et donc sur un créneau différent, n’a jamais réussi à atteindre les 5 %.

Dupont-Aignan n’a d’ailleurs pas de spécificité suffisamment forte sur le souverainisme, par rapport au FN, pour s’imposer vraiment et être, à droite, l’égal d’un Mélenchon. Il agit surtout comme un « parasite » toléré et parfois utile de LR (comme EELV, jusqu’au ralliement partiel de fin 2015, ou le PCF pour les socialistes).

4. En fin de compte, la seule concurrence un peu sérieuse pour Marine Le Pen pourrait venir de… la gauche.

Si le président sortant va faire feu de tout bois à partir de l’automne pour flatter sa gauche (et a déjà commencé avec les cadeaux dignes des potentats du tiers-monde ou des autoritaires Erdogan ou Poutine : enseignants, SNCF, intermittents, outre-mer, tout en soignant les électorats communautaires : langue arabe à l’école, clins d’œil de Valls aux Juifs, commémorations « sectorielles » et instrumentalisées), l’agitation autour de la loi El-Khomri et les saillies de Macron (le costard, le tutoiement, l’ISF –celui des autres et le sien!-,…) vont remobiliser la gauche de la gauche et redonner un espace à Mélenchon.

Il n’est donc pas exclu que celui-ci parvienne à reprendre –un peu- au FN. Certes, son électorat est désormais peu « populaire » et surtout intermédiaire, enseignant, « secteur public », en partie bobo. Mais un petit retour de flamme « social », à l’ancienne, à la communiste, pourrait bien coûter 1 à 2 points à Marine Le Pen, dont le choix du silence médiatique est de plus en plus difficile à tenir.

Celle-ci ne peut décemment pencher davantage sur sa gauche au regard des tiraillements qu’expriment la liberté de parole de MMLP, les initiatives de Ménard ou l’apparition d’idées de candidatures de « renouvellement ». La CGT peut donc repartir à la conquête d’électeurs perdus pour le vieux communisme.

5. Pour conclure ce tour d’horizon général des candidatures possibles, le paysage semble peu porteur de surprises majeures.

J’opterai pour deux solutions alternatives:

Arthaud / Poutou / Mélenchon / Duflot / Hollande / Lassalle / Juppé / Dupont-Aignan / Le Pen
Arthaud / Poutou / Mélenchon / Duflot / Hollande / Bayrou / Sarkozy / Dupont-Aignan / Le Pen
avec des compléments possibles : Cheminade, Cavada, sans exclure une candidature exploitant l’ire des maires (Troadec, Mumbach) et une candidature « alternative » (Larrouturou?).
Je ne parviens en revanche pas à croire dans les Hulot, Macron, Montebourg et autres « surprises » ou faux dissidents, ainsi qu’exposé au fil des articles de ce blog.

Quoi qu’il en soit, souhaitons une décantation la plus rapide possible, afin que les sondages puissent être simplifiés, donc moins coûteux et donc plus nombreux… C’est évidemment un vœu pieux et je crains de ne pouvoir commencer à publier l’indicateur agrégé que le 28 novembre… 😡 Au moins pourrons-nous faire du rétrospectif et le calculer depuis la fin 2015.

A propos du nombre insuffisant et de la périodicité bien trop fragmentaire et erratique des sondages en France, je signale aux plus férus des lecteurs de ce blog que j’ai ajouté, en bordure droite, un lien vers un site allemand proposant une actualisation en quasi-quotidienne de la moyenne des sondages… Evidemment, le système parlementaire est plus simple à sonder… même si l’exemple britannique de 2015 et l’échec des sondeurs (et la quasi-disette de sondages depuis… même pas un par semaine : My goodness !) peuvent décevoir.

Toutefois, la primaire de la droite et du centre va peut-être enfin compenser cette rareté des sondages. Nous y reviendrons très rapidement, avec le possible début d’un effritement de Juppé.

Derniers sondages pour le 1er tour de la présidentielle 2017: seuils d’alerte atteints à gauche pour Hollande et nivellement derrière Juppé au sein de la droite

Sondage Harris-Interactive réalisé du 11 au 13 avril 2016 pour WE Demain, auprès d’un échantillon de 1535
Sondage IFOP réalisé du 12 au 14 avril 2016 pour iTélé, Paris Match et Sud Radio, auprès d’un échantillon de 1876 électeurs potentiels, extrait d’un total de 2019
Sondage Odoxa réalisé du 14 au 15 avril 2016 pour Le Parisien et BFM-TV, auprès d’un échantillon de 949
Sondage TNS-Sofres réalisé du 15 au 16 avril 2016 pour Le Figaro, LCI et RTL, aurpès d’un échantillon de 1011
Sondage BVA réalisé du 15 au 17 avril 2016 pour Orange et la presse régionale, auprès d’un échantillon de 949 électeurs potentiels, extrait d’un total de 1013

Comme trop souvent, la publication de sondages et les choix des médias agacent…

Il peut s’écouler un mois sans sondage et, en deux jours, nous sommes ensevelis de sondages réalisés à peu près aux mêmes dates. Quel gâchis. C’est encore trop erratique pour mettre en place l’indice agrégé, mais cela suffit à perturber les courbes simples. Bref, il faudra très prochainement envisager de passer aux courbes de tendance.

Le fleurissement des candidatures potentielles entraîne aussi celui des hypothèses sondagières, toujours plus variées, mais malheureusement souvent incohérentes. Passe encore que certains instituts et/ou leurs commanditaires privilégient définitivement l’hypothèse « Juppé sans Bayrou ». Mais pourquoi imaginer l’étendre aussi facilement aux cas de figure où Fillon ou Le Maire est le candidat des Républicains ? S’agit-il de dévaloriser Sarkozy ?

De même, tester l’hypothèse Hulot sans Bayrou est, a priori, gonfler artificiellement le premier. S’agit-il de « pousser » sa candidature ?

Enfin, on peut relever que, chez certains sondeurs, Macron arrive en tête des sympathisants de gauche voire socialistes, mais que c’est un cas de figure sans Hollande et, surtout, avec à la fois Aubry et Hidalgo (et même Montebourg), ce qui n’a pas de sens et divise artificiellement l’aile gauche et permet de favoriser la coqueluche médiatique du moment. De nouveau, une manipulation ?

Car, répétons-le, les sondages ne manipulent pas en soi. Ce sont les questions posées et les hypothèses forgées, essentiellement, par les directions des médias commanditaires qui influent ainsi indirectement sur le paysage politique et tentent de le modeler de manière cachée.

L’avalanche de 5 sondages (IFOP, Odoxa, BVA, TNS-Sofres et Harris Interactive) dans les derniers jours oblige à un décryptage général et tous azimuts, mais le phénomène Macron et l’évolution générale de la gauche appellent de prochains articles sur la situation de la gauche de la gauche et des écologistes, d’une part, et sur les solutions possibles au sein de la gauche gouvernementale, avec une mise au point sur la(es) primaire(s) qui ne verront pas le jour, d’autre part.

IFOP pour iTélé, Paris-Match et Sud-Radio, réalisé du 12 au 14 avril 2016 (échantillon de 1876 parmi un tota

Graphique sondages 1T 2017 Sarkozy-Hollande-Bayrou

Graphique sondages 1T 2017 Juppé-Hollande-Bayrou.png

Graphique sondages 1T 2017 Juppé-Hollande sans Bayrou.png

1. La première question qui se pose a trait à la dérive du sortant Hollande. Il est clair qu’il est déjà candidat ; il est également clair que la direction du PS et lui n’ont jamais eu l’intention d’organiser la primaire, pourtant prévue dans les statuts et que tout adhérent du PS pourrait réclamer (il semble que quelques individus sont enfin prêts à lancer jusqu’au contentieux). Tout discours sur la primaire est dilatoire et n’a pour seul but que de gagner du temps et de prolonger les discussions sur tout aspect de la question qui permet de la suspendre jusqu’aux calendes grecques ou, plus exactement, jusqu’après la primaire de la droite et du centre, moment choisi par Hollande pour se dévoiler et tenter d’effacer un automne qui aura été monopolisé médiatiquement par la droite (ou de profiter d’éventuelles divisions sanguinaires de celle-ci…).

Dans ces conditions, il est difficile d’envisager un candidat alternatif au PS ou dans la gauche de gouvernement. Pourtant, si Hollande descend trop bas, n’y aura-t-il pas un moment de basculement, avec des hiérarques socialistes qui auront peur de tout perdre (surtout dans la perspective de législatives dramatiques et si Macron, Hulot, Bayrou, un « citoyen » ou d’autres viennent dangereusement diluer leur créneau politique sur son flanc droit) ?

A quel moment cela peut-il se produire ? D’ores et déjà, le risque d’un nouveau « 21 avril » est intégré. Après tout, un drame inconcevable mais déjà vécu est toujours plus facile à digérer lorsqu’il se reproduit… En revanche, si, de manière durable et dans toutes les hypothèses (surtout dans les seules qui vaillent, c’est-à-dire avec Sarkozy ou avec Juppé sans Bayrou), Hollande passe en 4e position, derrière Mélenchon ou Bayrou, voire glisse en 5e position derrière ces deux derniers, alors une remise en cause du caractère naturel ou légitime de sa candidature pourrait sérieusement émerger.

C’est peut-être cette hypothèse que joue Macron, ultra-moderne, c’est-à-dire situé dans la posture, l’opportunisme calendaire, le très court terme et la pure image : il pense peut-être, au moment où Hollande est réellement mis en cause, profiter d’une fenêtre de lancement de quelques semaines. Si ce n’est pas le cas, il pense qu’il aura au moins occupé une case à prendre, à la place de Valls (dont l’avenir n’existe pas sans le PS et les institutions) et de Bayrou (pour lequel, a priori, 2017 devrait correspondre à sa retraite de la vie politique).

Néanmoins, cette hypothèse reste peu probable :

  • le PS est un parti en réalité très légitimiste, même si moins que feu le RPR;
  • l’influence de Hollande reste très importante et ses rivaux potentiels ont tous renoncé ou sont affaiblis et divisés (nous y reviendrons), comme le montre la, certes, meilleure performance de Valls et Macron lorsqu’ils sont testés à la place de Hollande, mais dans de faibles proportions et avec des conditions favorables : Macron est ainsi testé sans Bayrou, même contre Sarkozy…
  • ce naufrage sondagier du moment tient aussi à une volatilité croissante de l’opinion et est probablement aussi exagéré que l’était le rebond factice de popularité après chaque vague d’attentat,
  • le frémissement en faveur de Mélenchon aura peut-être la même durée que celui du printemps 2012, qui n’avait pas duré, même s’il est évidemment durablement installé au-dessus de 10 %,
  • la tenue correcte de Bayrou tient à une attente peu stable au centre ou « ailleurs », qui pourrait tout aussi bien s’incarner en Hulot ou en un candidat de centre-droit « différent » (non, ce ne sera pas Rama Yade 😉 Comment l’imaginer rencontrant des milliers de petits maires ruraux pour tenter d’avoir ses 500 signatures ?…),
  • mécaniquement, un rebond, même léger, est à prévoir, la peur de l’électeur de gauche d’une débâcle et d’un niveau menaçant du FN arrêtant l’hémorragie et permettant au moins à Hollande de regagner une petite distance par rapport à Mélenchon et Bayrou,
  • une décantation, lorsque le vent de folie Macron se sera calmé (car un autre événement médiatique s’imposera : nouvelles vagues de migrants, Brexit, crise chinoise, explosion libyenne, nouvelle maîtresse officielle, esclandre sarkozyen,… ou il aura été congédié du gouvernement et se retrouvera hors du système socialiste et donc sans beaucoup de troupes), permettra à la gauche de revenir aux candidatures « classiques » et attendues, chacun gérant sa petite boutique (Arthaud, Poutou, Mélenchon, Duflot, Hollande).

Quoi qu’il en soit, Hollande doit résister au croisement des courbes avec Mélenchon voire Bayrou. Il est désormais réduit à son noyau dur et ne devrait plus descendre :

  • son score d’intentions de vote est peu ou prou équivalent à son indice de popularité,
  • même une candidature Hulot ne le fait pas (trop) davantage baisser alors que, normalement, cette candidature devrait être celle qui lui est la plus défavorable, fournissant un exutoire idéal et plus avenant que la candidature Duflot aux socialistes déçus,
  • l’absence ou la présence de Bayrou n’a pas d’influence notable sur le niveau de Hollande : comme le point précédent, cela démontre que Hollande a déjà perdu tout ce qu’il pouvait perdre et devrait désormais rebondir (ou stagner…).
  1. Comme l’extrême-gauche trotskyste (de manière marginale), Mélenchon est à la hausse.

Il est certain que l’agitation sociale contre la loi El-Khomri et contre la politique sécuritaire, thèmes mobilisateurs à la fois pour la « vieille gauche » et pour l’aile bobo-libertaire, lui bénéficient, en tant que seul représentant crédible (au sens de l’obtention d’un score électoral significatif) de la gauche de la gauche. Nous reviendrons sur cette très probable difficulté de ce courant à lui substituer un autre candidat, qu’il s’agisse de Pierre Laurent, de Taubira, d’Autain, d’un Piketty, d’un quelconque représentant de la société civile ou même d’un socialiste qui ferait dissidence. Mélenchon est parti plus tôt, justement pour éviter de se trouver diminué par cette vaine agitation et d’abîmer son statut de représentant médiatique et électoral le plus solide et le plus légitime à la gauche du PS. Seul un Montebourg ou un Hamon (sans parler d’Aubry) en rupture de PS aurait été en mesure de lui contester ce statut.

Néanmoins, l’actualité tournera et Mélenchon, s’il frémit vers les 15 % ou au-delà, reviendra probablement à un niveau de 10-12 %, surtout s’il est plus visible dans les médias, ce qui, désormais, le dessert par effet de répétition et de lassitude.

En revanche, il n’a rien à craindre sur sa gauche, le temps des figures médiatiques à la Laguiller ou à la Besancenot étant révolu.

3. La candidature Duflot semble ne pas accrocher. Elle est très faible chez Odoxa et à l’IFOP. Elle est conforme au niveau habituel des écologistes (2-3 %) pour les autres instituts. Il semble qu’elle ait un peu perdu au profit de Mélenchon (car Hulot, lorsqu’il est testé à sa place fait baisser Mélenchon), n’étant plus très audible ; mais, surtout, elle est en situation de vases communicants avec Hollande, ce qui confirme, même si de manière bien plus marginale que lors des élections européennes ou régionales (EELV dépassant les 10 % lorsque le PS dégringolait), la fonction exutoire du parti vert pour les déçus du socialisme gouvernemental ne souhaitant quand même pas aller jusqu’aux héritiers officiels du communisme.

Une candidature Hulot, testée notamment par Harris Interactive mais en concurrence avec Duflot (et dans les deux cas de figure Sarkozy-Bayrou et Juppé sans Bayrou), prend à cette dernière, déjà pas très haute, mais aussi à Bayrou, à Hollande et à Juppé de manière équilibrée. Etant donné son faible niveau, il est évident que cette candidature est plus défavorable pour Hollande, qui doit se qualifier, mais cela reste dans des proportions assez limitées, comme déjà signalé.

Mais son caractère assez flou, comme le personnage lui-même, confirme que, s’il devait se décider à concourir (ce qui est fort peu probable, au regard de son caractère éminemment velléitaire), sa candidature se dégonflerait probablement rapidement et ne tiendrait pas la distance.

4. Hormis le cas particulier de l’hypothèse Hulot, l’électorat Bayrou est de nouveau le plus instable. Clairement, le nom Bayrou suffit à fédérer 8 à 10 %, mais il est devenu un simple réceptacle, au-delà du noyau centriste historique (qui était précisément à cet étiage, mais s’est en partie dissous à mesure du recul de la vieille démocratie chrétienne), d’une frange flottante pour laquelle la moralité publique est l’essentiel et le rejet des partis fondamental. Il ne s’agit pas ici du petit contingent modéré qui recherche l’efficacité économique et politique et qui a soutenu DSK, Borloo, Bayrou, Hollande en 2012, et qui soutient Juppé ou Macron aujourd’hui. Il s’agit d’un contingent « civique », qui s’incarnerait tout aussi bien dans une candidature Lepage ou équivalente, éventuellement chez Hulot ou dans une candidature de la « société civile ». A l’extrême, une partie de ce courant se retrouve sur Dupont-Aignan, Le Pen ou Mélenchon, si Bayrou et aucun autre candidat équivalent n’est présent, par refus absolu du duopôle PS-LR.

5. Dupont-Aignan est à la hausse, même si c’est limité. Il peut envisager de rentrer dans ses frais de campagne, ce qui prolongerait la vie de son mouvement politique. Il semble en mesure de prendre quelques électeurs de droite, dès lors que Juppé n’est pas le candidat LR. Seul Juppé empêche une fuite, déjà constatée aux régionales, des plus de 65 ans vers le candidat DLF. Même Sarkozy n’y parvient pas.

C’est un premier signe de la faiblesse croissante de Sarkozy. Même le cœur de son électorat semble avoir perdu, en partie, foi en son succès. Or, une bonne partie de sa dynamique tient à une capacité supposée à mener une bonne campagne. Si, effectivement, en vue d’une présidentielle, il s’est montré performant malgré l’adversité, ses résultats locaux sont en revanche très décevants, soit en tant que président de la République, soit en tant que président de LR. Il semble désormais que même les sondages présidentiels lui font perdre une partie de son avantage comparatif.

Désormais, il n’est pas tellement plus performant que Fillon ou Le Maire. L’écart avec Juppé s’est même accru et pèsera lourd dans les décisions des électeurs de la primaire de la droite et du centre. Le fait qu’il ne tienne plus aussi bien l’électorat âgé et que le profil sociologique de son électorat potentiel se soit brouillé n’est évidemment pas favorable.

Avec ces sondages et avec la multiplication des candidatures à droite, y compris sur l’aile la moins modérée, sa situation se banalise, alors que continue le flot d’informations sur les « affaires » et que la « ringardisation » de Hollande semble également l’emporter.

Alain Juppé apparaît désormais dominateur. Il lui faudra toutefois bien gérer l’inévitable décrue des sondages qui, si elle est trop rapide ou trop visible médiatiquement, peut créer une dynamique négative qui s’entretiendrait d’elle-même. Il reste que ses atouts sont forts, avec un soutien de catégories d’électeurs qui sont les plus fiables en termes de participation électorale et les plus stables dans leur choix.

6. Le Pen est globalement stable, sauf chez Odoxa, où elle repart au-dessus des 30 %. Il reste à voir s’il s’agit d’un retour de son électorat à son instabilité habituelle ou si l’institut a quelques difficultés dans ses redressements…

Sa situation est désormais solide autour de son noyau populaire bien établi. Elle est même un peu plus performante au second tour. Elle ne progresse toutefois plus au 1er tour et la question de l’avenir du FN reste entier : que faire de son actif électoral ?

Graphique sondages 2T 2017 Sarkozy-Le Pen

7. Cela nous amène logiquement à évoquer le second tour, qui reste, un an avant l’échéance, beaucoup plus incertain encore que le premier tour. En effet, à distance, les électeurs donnent encore une intention de 2e tour équivalente à celle du 1er et donc basée sur un choix véritable, une préférence de personnalité ou un rejet idéologique. Dans la réalité, la polarisation politique et l’égalisation médiatique font leur œuvre et les duels sont plus serrés, notamment en cas de duel gauche-droite, aujourd’hui peu probable.

Graphique sondages 2T 2017 Sarkozy-Hollande

En outre, il faut tenir compte d’un probable « tir de barrage » médiatique intense en cas de qualification de Marine Le Pen pour le 2nd tour : « le fascisme ne devant pas passer », tout sera bon pour relancer les réflexes de vote anti-FN, sauf peut-être en cas de duel Sarkozy-Le Pen. Cela créera forcément une mobilisation à son désavantage, qui ne s’exprime évidemment pas à un an de distance dans de simples sondages et qui ne se matérialisait que faiblement aux élections locales, même si, aux régionales, cet effet a clairement joué là où il y avait un risque de victoire du FN et là où il y avait forte médiatisation.

Graphique sondages 2T 2017 Juppé-Le Pen

Quoi qu’il en soit, la domination des candidats de droite sur le FN ne fait pas de doute, même si Marine Le Pen fait nettement mieux que son père en 2002.

Graphique sondages 2T 2017 Hollande-Le Pen.png

Surtout, elle semble en mesure d’inquiéter Hollande s’il parvenait à se qualifier pour le 2nd tour.

Même si les reports de voix ne sont pas toujours mesurés ou publiés par les sondeurs, il apparaît clairement des traits forts et nouveaux pour 2017 :

le candidat socialiste est très bas dans les reports du FN comme de LR. Les sondages de popularité montrent que, depuis plusieurs années, il a perdu toute confiance de leur part et que le rejet est total. C’est ce qui fait qu’il perdrait probablement, même face à un candidat LR affaibli, n’ayant plus aucun report depuis le FN (alors qu’il pouvait espérer 10 à 20 % selon les années). C’est ce qui fait qu’il n’est plus protégé par des reports significatifs de droite face à Le Pen. Seuls les électeurs MoDem et UDI sont encore dans un réflexe de « front républicain ». Les moments où Hollande a repris l’avantage sur Le Pen sont les périodes post-attentats. Bien entendu, il faut être très prudent car il est aujourd’hui très bas et ne peut que rebondir ; en outre, l’exaspération ambiante donne toujours un bonus à Le Pen ; enfin, les médias reprendront leur défense du pouvoir en place lorsque les candidatures se seront décantées à gauche et que la polarisation reprendra ses droites. Néanmoins, voir un président sortant menacé par la présidente du FN est en soi un petit événement ;

les reports de Mélenchon vers Hollande ne sont corrects que dans le cas d’un duel face à Le Pen (encore dépassent-ils péniblement les 50 %) ; face à la droite, la gauche radicale considère que c’est « blanc bonnet et bonnet blanc » ;

les reports de gauche vers la droite se sont érodés et l’assimilation de Sarkozy au FN fait que seul Juppé peut espérer des reports corrects. Même Fillon et Le Maire ne sont pas si écrasants face à Le Pen, puisqu’en-dessous des 2/3 des voix ;

les électeurs de Bayrou détestent Sarkozy et ne le soutiennent que faiblement majoritairement face à Le Pen ; mais ils ne le détestent pas au point de lui préférer Hollande : c’est équilibré, alors qu’en 2012, Hollande avait pris l’avantage sur Sarkozy dans cet électorat, qui avait surtout boudé Sarkozy, plus que rallié massivement Hollande ;

– en fin de compte, l’électorat FN s’est surtout solidifié et forme un « noyau dur » fidèle d’un tour à l’autre et d’une élection à l’autre. La capacité de progression au 2nd tour de Marine Le Pen reste insuffisante. Mais, pour élargir sa base électorale, elle ne pourrait que s’éloigner de la rhétorique qui plaît à cet électorat populaire dans lequel elle l’emporte très largement. Objectivement, elle a intérêt à ce que Hollande gagne, pour tenter l’implosion de la droite et essayer de prendre le leadership de l’opposition si le président sortant se succédait à lui-même. Cet élément peut être important dans la manière dont se déroulera la primaire de la droite et du centre, mais aussi dans les suites de celle-ci si la réconciliation est impossible après trop de déchirements.

Nous reviendrons également prochainement sur la dernière livraison IFOP sur la primaire de la droite et du centre, qui voit Le Maire incapable de confirmer son embellie.

Derniers sondages IFOP et IPSOS pour le premier tour de la présidentielle 2017: un Hollande profondément affaibli et s’érodant en tous sens

MISE A JOUR: cet article a fait l’objet d’un ajout sur les 3 phases de dégradation de Hollande depuis 2012

Sondage IFOP réalisé du 11 au 13 mars 2016 pour Sud Radio, auprès d’un échantillon de 1026 électeurs potentiels, extrait d’un total de 1096
Sondage IPSOS réalisé du 11 au 20 mars 2016 pour Le Monde et le CEVIPOF, auprès d’un échantillon de 13693 électeurs potentiels, sur un total de 20319

1. C’est une première évidence depuis de longs mois, mais il convient de la répéter car elle ne semble pas complètement prise en compte par le monde politico-médiatique et elle influencera forcément les résultats de la primaire et l’organisation des candidatures « secondaires », au centre, à la gauche de la gauche et chez les divers écologistes (sujets sur lesquels nous reviendrons successivement dans les prochaines semaines): Marine Le Pen sera au second tour de la présidentielle de 2017.

Il ne reste donc plus qu’une place disponible pour le « système », pour les partis traditionnels de gouvernement. Il est donc essentiel pour ces derniers de sélectionner un candidat bien positionné et pouvant bénéficier d’une dynamique électorale (momentum). Cela signifie d’abord d’être capable de rassembler, pour l’essentiel, sa base partisane et électorale. Cela signifie ensuite de pouvoir exprimer une position sur sa gauche sans faire fuir d’électeurs sur sa droite et inversement.

C’est ce que Mitterrand avait porté au plus haut point en 1988. C’est ce que parvenait à faire, peu ou prou, Sarkozy en 2007, même si une certaine déperdition se faisait jour au centre au profit de Bayrou, compensée par des gains sur le FN et par une bonne mobilisation. C’est ce que semblait parvenir à faire DSK, mais sans certitude car le positionnement de Hollande était meilleur. C’est ce que parvient à faire Hollande en 2011-12, positionné centralement au sein du PS et, ensuite, capable de faire le discours (formellement grotesque, mais il fallait bien « quelque chose » pour les médias et la mythologie de la campagne) du Bourget sans perdre le noyau de centristes ballotté de DSK à Borloo, à Bayrou, à Hollande, et de jouer au social-démocrate responsable sans trop perdre vers Mélenchon (malgré l’attirance des bobos pour ce dernier lors d’une flambée sondagière aussi éphémère que les passions soi-disant amoureuses de ceux-ci 😀 cf. le blog sondages2012) ou en tout cas en compensant par un anti-sarkozysme très mobilisateur. C’est ce que parvient à faire, pour le moment, Juppé.

C’est ce que Jospin n’a pas pu faire en 2002, trop prématurément « présidentiel », modéré et responsable et perdant sur sa gauche et vers l’extrême-droite. C’est ce que Sarkozy ne parvenait plus à faire en 2012, perdant au centre ce qu’il espérait gagner sur le FN ou inversement; bref, dominé par les forces centrifuges, alors qu’une dynamique électorale est centripète. C’est ce qu’Hollande, mais aussi les autres candidats socialistes potentiels, ne parviennent pour le moment pas à réaliser.

Lorsque Montebourg ou Aubry ont été testés en 2014-15, ils perdaient largement vers Bayrou ce qu’ils gagnaient sur leur gauche. Mais ils pouvaient aussi ne rien gagner sur leur gauche, Montebourg se retrouvant alors derrière Mélenchon, en 5e position après Le Pen, Sarkozy et Bayrou. Lorsque Valls a été testé, il est apparu peu différent de Hollande dans son positionnement ou, lorsqu’il a perdu un peu de sa superbe auprès des socialistes eux-mêmes, un peu plus compétitif face à Bayrou et même directement face à Sarkozy, mais perdant sur sa gauche sa plus-value au centre et à droite. Avec le dernier sondage IFOP, la candidature Macron est -logiquement- encore plus caricaturale de ce point de vue: très compétitive face à Bayrou mais catastrophique sur la gauche avec une déperdition très nette vers Mélenchon.

Ainsi, par défaut, Hollande se retrouve comme le moins mauvais candidat socialiste… C’est ce que pour quoi il a travaillé depuis 4 ans… Le seul problème, c’est que son pari est réussi mais à un niveau inférieur à 20%. Merkel a de même éliminé chacun de ses adversaires potentiels au fil des années, mais en préservant une attractivité supérieure à 35, voire à 40%. Hollande a bien émasculé Aubry, Fabius, étouffé Valls, Hamon, marginalisé Montebourg, Peillon, mais il l’a fait sur fond de rétrécissement du PS: il est devenu le borgne au milieu des aveugles. Gagner en descendant n’est pas une réussite politique…

C’est sur ses faiblesses et ses quelques points d’appui que nous nous concentrerons aujourd’hui.

2. Au préalable, il faut affirmer que François Hollande sera candidat à sa succession. Comme beaucoup d’autres animaux politiques français, il est un professionnel pur de la politique; peut-être même plus que les autres, car il n’a jamais été ministre et trop peu élu local: il a toujours gravité en cabinet, en parti politique, dans le microcosme médiatico-politique. C’est sûrement ce qui explique à la fois sa victoire d’anguille en 2011 puis 2012, mais aussi son incapacité à gouverner et agir depuis 2012.

C’est ce qui fonde le pronostic quasi-certain d’une nouvelle candidature: il ne vit que pour cela, il ne sait rien faire d’autre et seules les campagnes et le simple statut de vainqueur (même pas celui de gouvernant) l’intéressent. Il n’est là que pour jouir du pouvoir, après en avoir été le commentateur si longtemps. En 2011, Royal posait la question de ce que les Français répondraient à ce que Hollande avait fait en 30 ans de vie politique, donnant elle-même la réponse: rien.

Bref, il sera évidemment candidat et tout ce qu’il fait est dans cette optique, même lorsque c’est petit, même lorsque cela rate: réviser la constitution à l’occasion des attentats était évidemment une pure manœuvre politicienne, qui a cependant mieux « fonctionné » à gauche qu’à droite, dans son objectif de division. La tactique du salami appliquée aux Verts (départ du parti, désorganisation des groupes parlementaires, entrées au gouvernement,…) n’a pas non plus d’autres but, même si elle ne devrait pas porter tous ses fruits (nous y reviendrons).

3. Mais, tout candidat qu’il est déjà, il présente évidemment énormément de faiblesses.

– Sa popularité est indigente, retombée dans ses plus bas de l’automne 2014. Même Sarkozy n’avait pas atteint ces niveaux et nous disions déjà à l’époque qu’avec de tels scores, il est impossible de gagner, quelle que soit la fiabilité relative des cotes de confiance.

De plus, cette popularité extrêmement faible et même inédite concerne l’ensemble des tranches d’âge et des CSP. Même les restes de forces au sein des CSP+ et des catégories intermédiaires (socialement et en âge) tendent à s’effacer ou pèsent moins face à un Juppé.

Les intentions de vote sont à l’avenant pour le 1er tour.

Graphique sondages 1T 2017 Sarkozy-Hollande-Bayrou.png

Graphique sondages 1T 2017 Juppé-Hollande-Bayrou

Graphique sondages 1T 2017 Juppé-Hollande sans Bayrou

– Son absence de dynamique électorale se reflète dans les résultats aux élections intermédiaires (même si ce fut masqué aux régionales) et aux législatives partielles: les socialistes ne (se) mobilisent plus. Certes, face à Sarkozy, de guerre lasse, les socialistes reviendraient probablement voter pour leur candidat, mais face à un Juppé, le différentiel de mobilisation et de participation serait terrible.

En outre, même face à Sarkozy, l’émiettement à gauche, que craint depuis toujours Hollande, devrait se produire quand même: un candidat écologiste sera présent, Mélenchon est déjà là, un candidat à gauche du PS est probable, qu’il s’agisse de Taubira, d’Autain, d’un dissident PS ou d’un représentant de la société civile bobo-gauchisto-libertaire, sans compter d’éventuelles surprises régionalistes (Troadec) ou une confirmation de la candidature du MRC chevènementiste si elle obtient 500 signatures. Selon la formule consacrée: nous y reviendrons.

Certes, face au candidat préféré de Hollande (Sarkozy), il est plus fort, avec un électorat plus polarisé et plus mobilisé (et des médias plus conciliants). Mais il devra alors automatiquement faire face à Bayrou, qui devrait être le réceptacle naturel des CSP+, des « macroniens », du MEDEF de gauche (!), voire de certains enseignants.

Sa seule orientation est aujourd’hui de viser le second tour par défaut… ce qui n’est pas vraiment entraînant, ni valorisant.

– Son positionnement politique n’est plus maîtrisé. Sa grande force passée, y compris lorsque DSK était dans la course, c’était d’être au centre du PS.

Aujourd’hui, il a été contraint de se déporter sur la droite du parti. Or, si l’opération Macron consistait initialement à créer une aile « droite » pour se recentrer visuellement, elle est sur le point d’échouer, car Macron n’est plus vraiment identifié comme socialiste. Celui qui tenait auparavant ce rôle (Valls) n’a plus de spécificité, est accaparé par la gestion du quotidien comme tout Premier ministre (surtout avec un Président qui ne fait rien) et a déteint sur le Président, le « couple » exécutif étant confondu dans l’esprit de beaucoup.

Il a laissé un espace trop important sur sa gauche et permis à Aubry de commencer son opération de vengeance (qu’elle poursuivra à la moindre occasion, ne souhaitant plus rien pour elle-même d’ailleurs). En outre, les déçus sont nombreux dans la jeunesse et parmi les électeurs de gauche. Le niveau tout à fait honorable de Mélenchon dans les sondages (alors qu’il ne contrôle plus les troupes communistes, qu’il n’a pas réussi à rallier Duflot, que ses ouvertures internationales ont échoué et qu’il est un candidat vieillissant et peu renouvelé) montre bien qu’une partie de la gauche boudera Hollande, comme elle avait omis de soutenir Jospin en 2002.

Certes, le « 21 avril » empêchera peut-être que Hollande tombe à moins de 17%. Mais, il n’est aujourd’hui même plus assuré d’une 3e place, si Bayrou retrouve une seconde jeunesse, si la campagne de Mélenchon gagnait en dynamique ou si Hulot s’en mêlait.

– Quand bien même il essaierait un repositionnement à gauche, ou un approfondissement au centre, il perdrait immédiatement de l’autre côté tout gain, voire davantage. C’est le propre des candidats ayant perdu la confiance de leurs électeurs potentiels, des bases de force fidèles et toute dynamique positive. Même avec une campagne accrocheuse, Sarkozy perdait au centre et à gauche quand il se faisait plus « dur »; il perdait vers le FN lorsque son électorat potentiel se remémorait les promesses non tenues sur la sécurité ou la TVA.

Depuis 2012, si l’on en croit les sondages d’intention de vote dans l’hypothèse Hollande-Sarkozy-Bayrou (la seule testée systématiquement, mais, depuis le printemps 2014, les sondages Hollande-Juppé confirment les tendances), Hollande a connu 3 phases principales de dégradation:
de son élection à l’automne 2014, c’est l’électorat populaire qui a continué de fuir la gauche pour se réfugier dans le vote ou l’intention de vote FN; d’une certain manière, cette « fuite » est la moins grave car ces électeurs sont surtout susceptibles de s’abstenir et, en tous les cas, ne rejoindront jamais la droite; mais elle est la plus profonde et la plus durable par rapport à l’histoire de la gauche;
– puis, de l’automne 2014 aux régionales de 2015, Hollande a (re)gagné puis reperdu au centre et au centre-droit, d’abord à la faveur des attentats et du positionnement « régalien », puis en raison de la déception qui a suivi, d’autant plus forte que les attentes et espoirs furent élevés et même ressuscités; les attentats ont ramené à Hollande ce noyau d’électeurs flottants, modernistes et éduqués (ou supposés tels 😉 ), ceux qui avaient évolué entre DSK, Borloo, Bayrou, Hollande et qui adorent aujourd’hui les idoles Juppé et Macron; ceux-ci avaient déserté Hollande après la déception gestionnaire connue dès l’été 2012 et progressivement enracinée au fil des échecs économiques et sociaux et des preuves de faiblesse dans la gouvernance et la réforme; Hollande a même un peu mordu sur l’électorat de droite dans une dynamique d’ « union nationale » qui n’a finalement pas duré; l’échec de la révision constitutionnelle et les palinodies sur le code du travail pourraient avoir définitivement détourné cet électorat globalement centriste de Hollande (seul un 2e tour face à Le Pen le verra revenir vers le socialiste); l’accumulation des attentats et la « peur » que s’est faite la droite lors des régionales devraient de même avoir ramené au bercail LR les quelques électeurs égarés lors de cette année 2015;
– enfin, depuis décembre 2015, Hollande semble perdre sur sa gauche vers Mélenchon, en raison d’un chômage durablement élevé et des attaques macroniennes et vallsiennes sur le code du travail, et au centre-gauche vers Bayrou (ou, bientôt peut-être, vers un Hulot), en raison de fonctionnaires, d’enseignants et de CSP+ déçus sans se décider à rallier Juppé, en raison du souvenir de 1995.

Ce phénomène de fuites bilatérales ou alternées est très délicat à contrecarrer et à inverser. A vrai dire, aucun contre-exemple évident ne vient à l’esprit dans l’histoire de l’élection présidentielle.

Dans son propre camp, les rancœurs sont fortes, tant il traite les autres avec désinvolture et dans une relation de pur intérêt. Des ennemis traditionnels comme Aubry, Lamy, Lebranchu, des alliés comme Peillon , Pellerin, Filippetti, des amis comme Rebsamen, peuvent tous témoigner à des degrés divers de ce « traitement » et beaucoup ne l’aideront évidemment pas… La lassitude s’est aussi emparée de fidèles comme Le Foll.

Sans parler de ceux qui auront intérêt à sa chute, car leur victoire sera plus facile en 2022 face à la droite: Valls au premier chef évidemment, mais aussi, de manière moins nette (car trop faibles, trop jeunes ou trop indécis selon le cas), Montebourg, Hamon, Hidalgo, voire Macron ou Vallaud-Belkacem. Le syndrome Chirac 1981 est une évidence dans leur cas…

– Les événements économiques et politiques ne devraient pas être plus favorables qu’ils ne sont: chômage, ralentissement chinois, atonie européenne, bourbier syrien, tensions avec l’Allemagne, nouveaux attentats qui n’auraient plus d’effet « union sacrée » mais bel et bien un effet dépréciatif sur l’incapacité du pouvoir à protéger le pays, etc. Aucune amélioration à attendre des événements…

– Enfin, depuis 1978, toutes les élections générales (présidentielle et législatives, en considérant bien entendu qu’elles ne font qu’un événement électoral en 1981, 1988, 2002, 2007 et 2012 puisque tenus dans la foulée) ont conduit à un résultat inverse à l’élection suivante et à une alternance.

Seules font exception les échéances de 1995 et de 2007. Mais la victoire de Chirac sur Balladur en 1995 -après un affrontement homérique ayant focalisé toute la campagne, Jospin se retrouvant presque spectateur et tout étonné de figurer au second tour- ne fut-elle pas une forme d’alternance? Et la victoire de Sarkozy de 2007 n’était-elle pas celle de la « rupture » avec le chiraquisme fainéant et mourant?

4. Face à cette lourde litanie de handicaps, peu d’éléments de force émergent et ils ne sont que partiels.

– Le soutien médiatique pourrait jouer un peu en sa faveur, mais seulement en cas de candidature Sarkozy. Même si le FN devait s’envoler (ce qui est peu probable), le soutien médiatique irait à Juppé encore davantage, en cas de candidature de ce dernier.

Car, en cas de victoire de Juppé à la primaire, le système médiatico-culturalo-entreprenarial le ralliera largement, dans l’attente du futur « poulain » du système, déjà placé sur orbite, Macron. Et l’on sait combien la vulgate médiatique influe sur les élections, malgré le fait que beaucoup d’électeurs s’en défendent et prétendent voir clair… Après tout, même Sarkozy avait partiellement réussi son entreprise de séduction des médias en 2007. Sans parler de Hollande lui-même, ami, connivent et concubin de la petite classe des journalistes politiques, des éditorialistes et des patrons de médias, des années 1990 à 2012.

– La gauche de la gauche reste émiettée et aucune candidature de gauche en mesure de le devancer n’apparaîtra. Seule une dissidence socialiste de poids pourrait le faire mais ne se produira pas, car chacun a trop besoin du parti pour l’échéance suivante (Hamon, Valls voire Montebourg) ou reste fidèle par inertie ou pour l’histoire (Aubry).

Mais même cet avantage est relatif. Certes, Hollande ne devrait pas finir 4e ou 5e, mais Mélenchon conserve son socle de 10% et c’est un peu aussi… Marine Le Pen qui est l’autre candidate de gauche… Certes, elle doit faire face au dilemme qui fait qu’elle ne peut plus progresser qu’en rassurant les personnes âgées de droite, tout en essayant de ne pas perdre ses récentes conquêtes de gauche. Toutefois, elle a clairement un avantage compétitif à gauche, sur les sujets touchant à l’Europe économique ou migratoire. La ligne Philippot permet de siphonner à gauche et la simple actualité terroriste suffit pour que le FN reste le FN sur la sécurité et l’embrouillamini culturalo-ethnico-religieux (comme l’économie pour les Tories ou les sujets de défense pour le GOP).

– Il faut répéter qu’une candidature Sarkozy pourrait l’avantager un peu. Mais, outre la redynamisation de Bayrou, elle le place en situation de complète dépendance à la primaire de la droite et du centre, lui faisant repousser sa candidature officielle à une période où les débats de la primaire devraient avoir donné un avantage à la droite.

L’horizon est donc particulièrement sombre pour Hollande et il est difficile de ne pas penser que, structurellement, il a déjà perdu. Toutefois, c’est ce que nous disions pour Sarkozy dès le début de 2011 et il avait quand même réussi à se rapprocher -un peu mais pas autant que veulent bien le faire accroire les Hortefeux et Buisson- de Hollande…

Enseignements des régionales 2015 pour l’élection présidentielle 2017

Globalement, une tripolarisation s’est mise en place à l’occasion des régionales, le FN restant en léger retrait par rapport aux blocs de gouvernement.

Il faut désormais peu de choses pour faire basculer le résultat en faveur de l’un ou l’autre des pôles, comme l’ont montré les résultats serrés en Normandie, Centre-Val-de-Loire, Bourgogne-Franche-Comté. Sans le barrage « anti-FN » dans le Nord et en PACA, celui-ci aurait pu remporter des régions, même s’il a continué de progresser d’un tour à l’autre, notamment là où des appels à le barrer ont été lancés. En fonction des modes de scrutin et des configurations politiques du moment, les situations peuvent donc être assez fluides. Il reste que le réflexe anti-FN reste supérieur à la dynamique qu’il a su installer.

1. Une gauche de la gauche sur la défensive

La gauche de la gauche apparaît encore plus affaiblie à l’issue des régionales.

EELV-FG rég 2015 (6 groupes)

Les alliances à géométrie variable avec EELV empêchent de dresser un tableau clair de sa géographie électorale. Toutefois, il semble que, de plus en plus, l’implantation traditionnelle du PCF soit aujourd’hui devenue anecdotique dans le nord et l’est de la France (en raison de la substitution par l’aile populaire du FN), seuls les anciens bastions du centre (Limousin, Cher, Allier, Puy-de-Dôme) ayant encore une résonance. Le score significatif en LRMP de la liste commune FG-EELV tient davantage à l’écologisme des bobos des grandes villes de province et à un gauchisme protestataire méridional qu’à l’héritage direct du communisme orthodoxe (qui s’étalait du piémont pyrénéen jusqu’à Marseille en passant par le seul Languedoc). De ce point de vue, Mélenchon a phagocyté l’ancien PCF qui n’a plus qu’une petite capacité de résistance liée à ses quelques bastions locaux (Allier, Val-de-Marne, Valenciennois).

ExG 2012 (6)

Plus la gauche de la gauche recule, plus le PCF a besoin du PS pour maintenir ces quelques bastions restants, en particulier aux législatives. Mélenchon est, lui, dans une autre logique, qui est personnelle, médiatique et donc plus adaptée à la présidentielle ; il ne s’embarrasse pas des négociations pour les législatives, qui pèsent sur les candidatures éventuelles à la présidentielle.

Ainsi, le score décevant du FG aux régionales ne fait que renforcer la faible probabilité d’une candidature de Pierre Laurent et la forte probabilité d’une nouvelle candidature Mélenchon, tout en accentuant la césure PG/PCF.

Cela n’aura de toute façon que peu d’influence sur la configuration de la présidentielle, malgré les multiples débats théoriques (et déjà confus) sur la soi-disant primaire de la gauche.

Nous reviendrons sur la (fausse) perspective de candidatures alternatives à celle de Mélenchon, qu’elles soient (Montebourg, Hamon, Filippetti,…) ou non (Taubira, Autain,…) issues du PS, et sur les idées de primaire à gauche, qui recouvrent des réalités différentes selon l’interlocuteur.

2. EELV réduit mais vivant

La multiplicité des attitudes des instances locales d’EELV rend difficile le décryptage de leurs résultats aux régionales 2015, même si les bastions traditionnels sont discernables : Ile-de-France, grandes villes bobos et universitaires de province (Toulouse, Grenoble, Rennes, Nantes, Caen, Rouen), et zones de moyennes montagne, si l’on observe la carte EELV-FG ci-avant et si on la rapproche avec de 2012 ci-dessous :

Joly 2012

Les régionales sont, pour EELV, la preuve qu’il continue de représenter un vote alternatif aux déçus du PS, qui trouvent là un moyen de protester sans aller jusqu’à renforcer Mélenchon ou à s’égarer vers le centre.

Comme souvent avec l’électeur français, le réflexe « institutionnel » et d’étiquette reste fort (que l’on songe à l’échec total de Mégret et de toutes les autres dissidences du FN –Blot, Martinez, Lang, etc.- face à la machine Le Pen), puisque les résultats ne sont pas corrélés à l’orientation, « duflotiste » ou « placéiste » de la liste considérée. Ils ont aussi laissé la place à de bons résultats de l’AEI, normalement plus à droite, là où elle était présente, sans d’ailleurs que les reports de celle-ci au 2nd tour semblent avoir été très différents de ceux d’EELV (et ont donc nettement bénéficié à la gauche), ce qui est surprenant mais confirme vraiment qu’à la partie authentiquement gauchiste libertaire de l’électorat EELV s’ajoute une partie d’électeurs qui n’ont toujours pas compris qui est EELV et qui croient simplement voter pour les petits oiseaux, avec une touche de tolérance et de progressisme gentillet et non technologique.

C’est une bonne nouvelle pour Duflot, qui peut espérer ne pas trop pâtir du départ des Rugy et Placé et de l’éparpillement généralisé des « realos » comme disent les Allemands (Pompili a créé sa propre structure, Durand repart vers Hulot,…) ; c’est une moins bonne nouvelle pour Hollande, qui devra remettre sur le métier sa tentative d’éteindre les écologistes à la présidentielle. Pour cela, il faudra sûrement de gros –mais très délicats- cadeaux aux législatives (nous y reviendrons également).

3. Un PS en rétrécissement et sans maîtrise de son destin à deux ans

Malgré le charcutage géographique régional (plutôt réussi au regard des à-plats roses non négligeables qui subsistent) et une certaine résistance, probablement liée à l’effet post-attentats et à un certain tropisme local de gauche des Français (qui savent d’où vient l’argent déversé dans les équipements publics et dans les embauches de complaisance…), le PS sort affaibli des régionales.

Financièrement, la perte est importante. Sur le plan des emplois de permanents politiques, après les défaites aux municipales et aux départementales, le reflux se poursuit et réduit la surface militante et le maillage politique.

Entre les deux tours, le PS a correctement mobilisé la gauche autour de lui, mais n’est pas allé au-delà. Certes, il a su, probablement, rassembler même les électeurs AEI et ceux du MoDem en Bourgogne-Franche-Comté. Mais il n’a progressé que dans deux régions : en LRMP (probablement par vote « utile », le PS étant en tête et donc le mieux placé pour battre le FN) et en Ile-de-France, probablement par mobilisation « bobo » contre la perspective « versaillaise ».

Encore la « menace FN » a-t-elle fortement joué, ce qui n’a pas empêché la gauche de stagner en Normandie, Centre, Auvergne-Rhône-Alpes, Pays-de-la-Loire, Bretagne, Aquitaine,… Au 1er tour, la prime liée aux attentats s’est donc limitée à simplement mobiliser son propre camp, ce qui est déjà bien mais ne se reproduira pas forcément au 1er tour de 2017, lorsqu’il faudra se déplacer pour soutenir Hollande, considéré comme le fossoyeur des promesses de la « vraie gauche ».

En outre, même si la mobilisation globale de la gauche hors trotskystes au 1er tour fut correcte, la perspective de bons scores du FN n’a pas suffi à cristalliser les candidatures autour du PS lui-même au 1er tour. De ce point de vue, le risque de dispersion au 1er tour est loin d’être conjuré pour Hollande.

PS-PRG-DVG rég 2015 (6 groupes)

La carte du PS montre qu’il se replie sur ses vieux bastions du Sud-Ouest et sur ses conquêtes les plus récentes sur les bobos d’Ile-de-France et les « insiders » de Bretagne.

Que le PS soit devenu plus fort à Paris que dans l’Ariège, le Puy-de-Dôme ou le Gers, qu’il soit aussi fort dans les Hauts-de-Seine qu’en Seine-Maritime ou dans la Nièvre, sans parler du Pas-de-Calais ou des Bouches-du-Rhône, en dit long sur la fin de sa dimension populaire. Sa géographie, si elle est « rassemblée », apparaît surtout ramassée et fragile, absente du nord de la France et du grand bassin parisien, dépendante des seuls pôles urbains économiquement dynamiques. Sa dépendance est désormais grande à l’égard de l’électorat des CSP+ (ce qui n’est pas problématique, au contraire, au regard de son taux de participation important et de son poids dans les sphères du pouvoir économico-médiatique) et d’une partie des professions intermédiaires, notamment les enseignants, ce qui est plus problématique car nettement plus fragile, en raison des risques de démobilisation ou de fuite si une offre bayrouïste concurrente est présente, par exemple.

Hollande 2012 (6)

Restreint dans ses bases, capable de mobiliser son camp mais pas au-delà et seulement dans des circonstances exceptionnelles, incapable d’éviter la dispersion des candidatures à gauche, le PS n’est plus vraiment maître de son destin. Cela ne signifie pas que François Hollande ait perdu toute chance en 2017, mais que les événements et les autres forces politiques décideront en réalité pour lui.

4. Une alerte significative pour une droite et un centre fragiles

La défaite des gauches n’est pas pour autant une victoire de la droite. Celle-ci est elle-même apparue étonnamment fragile. La logique tripolaire FN-PS-LR rend l’ordre d’arrivée très aléatoire. Il s’en est fallu de peu que l’Ile-de-France ne soit pas conquise, le sort du Centre, de Normandie et de Bourgogne-Franche-Comté a tenu du quasi-hasard, alors que la droite et le centre auraient dû les emporter « proprement » au regard de l’impopularité du gouvernement.

Droite-centre rég 2015 (6 groupes)

L’effet post-attentats a ici été très net et un phénomène nouveau a affecté la droite : le FN est venu gagner de nouveaux électeurs directement dans les terres d’élection les plus récentes de la droite classique : nord, sud-est, est intérieur. De fait, la carte de la droite et du centre, avec le nord-ouest, l’Ile-de-France, l’Alsace, l’Auvergne, la Savoie et le Lyonnais, fleure bon les années 1970 ou 1980 ou même la France pompidolienne. L’évolution chiraco-sarkozyste des années 2000, sur l’ensemble des façades orientales, de l’extrême-nord jusqu’en Provence, est ici fortement estompée.

Sarkozy 2012 (6)

La géographie de 2007 est encore plus spectaculaire à rappeler :

Sarkozy 2007 (6).png

En termes d’électorat, la droite apparaît essentiellement restreinte aux retraités et aux électeurs de plus de 65 ans, ce qui revient peu ou prou au même. Sa faiblesse relative au sein des CSP+ se confirme (la gauche y ayant constamment progressé dans les années 1990 et 2000) ; sa fragilité chez les agriculteurs ou chez les indépendants, plus récente, se confirme également et la place en situation difficile dans des électorats normalement acquis. La concentration de son résultat sur la tranche d’âge la plus élevée est frappante et plutôt inquiétante, alors que le FN continue sa progression un peu partout, notamment chez les 18-50 ans. La droite n’apparaît plus comme une force potentiellement attrape-tout. Comme le PS, elle n’est plus, face au FN, qu’un pôle comme les autres.

La carte de DLF donne une partie de l’explication de ce mauvais résultat de 1er tour, avec sa bonne implantation dans le nord-est intérieur, ces campagnes anciennement gaullistes, désormais réceptacles d’une droite conservatrice, patriote et sécuritaire.

DLF-UPR rég 2015 (6 groupes)png

La géographie de 2012 se retrouve dans cette carte de 2015, mais celle-ci est davantage complémentaire de celle du recul de la droite classique:

Dupont Aignan 2012 (6)png.png

La progression du FN au 1er tour constitue le reste de l’explication. Il y a clairement eu un transfert de votes de droite vers le FN, probablement dû à un réflexe sécuritaire et anti-communautariste après les attentats de novembre ; peut-être dû aussi à une protestation interne contre une offre de leaders de droite de qualité décevante ou mal positionnée (Sarkozy bien positionné mais sur le déclin et peu « vendeur » ; Juppé potentiellement vainqueur mais trop modéré ; Le Maire trop technocratique ; Fillon trop effacé ; Wauquiez trop « jeune » ; etc.). La forte progression du FN chez les commerçants, artisans et chefs d’entreprise tend plutôt à confirmer un effet post-attentats plutôt qu’un effet pré-primaire, sans exclure toutefois cette dimension protestataire sur l’offre politique à droite.

De ce point de vue, le bonus personnel de Wauquiez en ARA est un point à relever : il a personnellement fait gagner plusieurs points à la droite localement ; en témoignent le score contenu du FN, l’impressionnant résultat de Haute-Loire (seul département métropolitain où une liste emporte, seule, plus de 50 % des suffrages exprimés) comme la progression encore significative d’un tour à l’autre, alors qu’il semblait avoir fait le plein des voix au 1er tour. Si j’insiste sur ce résultat, c’est que c’est le seul réellement remarquable et clairement lié à une plus-value personnelle.

Marqué à droite, Wauquiez semble avoir quand même séduit aussi au centre, la liste MoDem autonome ne faisant pas recette et n’empêchant pas l’essentiel de l’UDI et du MoDem de figurer sur les listes Wauquiez dès le premier tour et la progression d’entre-deux-tours étant aussi bonne voire meilleure qu’ailleurs. Si Retailleau et Pécresse ont également obtenu des scores satisfaisants, c’est sans commune mesure et l’échec de Bertrand, de Richert ou de Le Fur au 1er tour, avec des caractéristiques similaires (respectivement le positionnement à droite, l’ancrage local et le dynamisme personnel), soulignent d’autant plus le succès de Wauquiez.

C’est probablement la seule personnalité nationale qui pourra faire, éventuellement, usage de ce résultat à l’avenir, comme Royal avait su utiliser son élection régionale de 2004 (la « Zapatera ») pour entamer sa course vers la primaire socialiste de 2006.

Pour l’ensemble de la droite, l’alerte est forte, même si elle a su retrouver, au 2nd tour, ses troupes, paraissant la seule bénéficiaire de l’évolution de la participation. Non que celle-ci soit allée entièrement sur elle, mais elle semble de toute façon avoir pu reconquérir son électorat traditionnel (et bénéficier, bien évidemment, d’appoints de gauche et des abstentionnistes dans 3 régions).

Au niveau national, la participation a gagné environ 4 millions de voix : la gauche est restée stable (progressant seulement, hors extrême gauche, de 145 000 voix sur 8 millions), mais la droite a gagné plus de 4 millions de voix (passant de 6 à 10 millions environ), le FN en ajoutant encore 800 000 à ses 6 millions du 1er tour. DLF obtenait d’ailleurs 800 000 voix au 1er tour.

Il ne faut bien entendu pas du tout en conclure des vases communicants directs, mais il est clair que, globalement, la droite a su reprendre ses électeurs perdus du 1er tour.

L’alerte concerne donc surtout le 1er tour et ne pourra qu’inciter les hiérarques et les électeurs de base à privilégier les candidats les plus en mesure de distancer Hollande, afin de s’assurer la seule place restant disponible face à une Marine Le Pen assurée de figurer au 2nd tour.

De ce point de vue, Juppé est favorisé, d’autant plus que Sarkozy, chef du parti, apparaît comptable de ce résultat décevant. Les succès des municipales et des départementales, liés en partie à un mode de scrutin très différent qui éliminait le FN de nombre de seconds tours, sont effacés par ces régionales qui auraient pu tourner à la catastrophe symbolique si l’Ile-de-France n’avait pas été emportée. Certes, Juppé est probablement trop au centre pour beaucoup d’électeurs de droite mais, en l’absence d’un positionnement filloniste, d’une efficacité personnelle wauquiézienne et d’un paysage sondagier juppéiste, il faudra bien faire des compromis pour ceux qui participeront à la primaire. Nous y reviendrons à de multiples reprises d’ici novembre.

Au sein de la droite et du centre, l’UDI est encore plus affaiblie que les Républicains. Ses candidats ont clairement échoué, Vigier et Sauvadet étant incapables de devancer des socialistes pourtant peu solides et Morin étant élu d’un cheveu. Si l’UDI n’avait déjà que peu de capacité de s’imposer face à LR depuis l’effacement de Borloo, c’en est fini pour elle. Certes, elle sera encore en mesure de « faire chanter » LR et d’arracher des investitures législatives en menaçant de se présenter à la présidentielle, mais il est évident qu’elle n’a d’autre choix que de participer à la primaire (avec ou sans candidat propre), sous peine de sanction de ses propres électeurs, qui savent désormais que la division signifie l’élimination.

5. Un FN en progression constante, même si toujours en-deçà d’une majorité victorieuse

Le FN a incontestablement gagné le 1er tour, montrant une capacité à mordre sur l’électorat de droite, grâce aux problématiques de sécurité et d’identité (voire de valeurs en général, avec un petit déplacement de l’électorat catholique), après avoir, depuis l’avènement de Marine Le Pen et de la ligne Philippot, gagné à gauche sur les couches populaires (ouvriers et employés), à coups de dédiabolisation, de souverainisme anti-capitaliste et de « ni droite ni gauche ».

La nationalisation du vote FN est acquise et seules les grandes villes pro-européennes restent à l’écart.

FN rég 2015 (6 groupes)

Sa cohérence géographique depuis 2012 montre qu’il progresse partout :

Le Pen 2012 (6)

Cependant, la réussite du discours médiatique anti-FN et du « cordon républicain » au 2nd tour souligne que le plafond de verre subsiste. Certes, il est de plus en plus proche de 50 %, mais il pose quand même au FN la question de son positionnement.

Il ne faut pas en exagérer l’épaisseur ou la solidité, car, lorsque le FN était en mesure de l’emporter et/ou présentait des figures emblématiques (qu’elles fussent « de droite », comme Aliot ou Maréchal-Le Pen, ou « de gauche », comme Philippot ou Le Pen elle-même), il a résisté (Bourgogne-Franche-Comté, ALCA, Normandie, Centre) ou a encore progressé (PACA, LRMP et Nord-Picardie).

Il aurait été intéressant que LR se retirât en LRMP, afin de mesurer l’état des reports de voix de la droite en cas de duel PS-FN, ou que le FN ne pût pas se maintenir dans une région, afin de jauger du rejet du PS par ses électeurs, qui semble très fort et profond. Cependant, la radicalisation et la fidélisation de sa base populaire semblent acquises et le FN n’a pas véritablement « déçu » par rapport aux sondages, contrairement aux départementales (lors desquelles le vote « protestataire » d’une partie de la droite semble s’être fait dans les sondages, pas dans les urnes).

La démonstration est faite que le battage médiatique sur le « danger fasciste » semble mobiliser 5 à 7 % de l’électorat (les 2 à 3 % supplémentaires de participation ayant été probablement dus au réflexe inverse –de contradiction de l’injonction médiatique anti-FN- et à un « rattrapage » d’électeurs de droite démobilisés au 1er tour).

Cela est évidemment suffisant pour empêcher Marine Le Pen d’imaginer l’emporter, même contre François Hollande et même avec un bon report de voix de droite. Et, aux législatives, où le scrutin redevient moins favorable, les élus seront certes plus nombreux que deux, mais peut-être pas plus de dix et, en tous les cas, assez épars, comme aux départementales.

Le FN est donc confronté au problème de sa stratégie de moyen terme : veut-il gouverner ou non ? à quelle échéance ? seul ou en partenariat ? La réponse ne dépend pas que de lui, bien entendu, mais elle est d’autant plus aiguë qu’elle recouvre aussi un clivage bien banal d’ambitions personnelles (Maréchal-Le Pen contre Philippot, voire contre sa tante). Ce débat a commencé et il promet d’être dur. Cependant, il ne conduira pas à l’éclatement du FN, dont tous les hiérarques ont encore intérêt à rester soudés dans une machine qui a plutôt une dynamique en sa faveur. Au surplus, la perspective d’un éventuel échec de la droite ou d’un déport centriste, avec Juppé, peut conduire à une recomposition UDI-LR-DLF de grande ampleur entre la présidentielle et les législatives, le FN passant alors d’appoint potentiel à celui de pôle d’attraction pour toute l’aile droite de LR. Les logiques institutionnelles et de financement des partis ne favorisent pas ce genre de scénarios, mais ils ne sont pas complètement exclus.

A court terme, c’est plutôt l’absence de progression du FN parmi les catégories supérieures (probablement hors d’atteinte) et surtout parmi les retraités et les plus de 65 ans qui est un handicap pour le parti. La peur de l’inconnu, avec un programme de chaos économique potentiel et une équipe dirigeante très limitée en termes de compétences techniques et qui n’a pas réussi à s’élargir depuis 2011 (en dépit de multiples annonces sur les ralliements), fait reculer cet électorat, pourtant de plus en plus nombreux et surtout le plus mobilisé lors des élections. Mais cet électorat est aussi le dernier bastion de la droite en période difficile : le FN devrait donc venir en concurrence frontale avec un parti qui est en même temps son seul espoir de participer au gouvernement après 2017. Le dilemme sera source de fortes tensions internes dans l’année qui vient.

6. Odds and ends

La marginalisation des autres courants politiques est un dernier enseignement des régionales. Ainsi, l’extrême-gauche (LO et NPA) est devenue groupusculaire et, en manque criant de moyens, il n’est pas certain qu’elle présente les 2 ou 3 candidats habituels à la présidentielle.

Le MoDem n’a pu se compter réellement, les 2 listes autonomes présentes n’étant que des initiatives locales sans soutien national. Le parti n’est de toute façon plus qu’une échoppe personnelle de Bayrou. Celui-ci trouve quand même un avantage à cette situation : il n’a plus à gérer de barons locaux qui l’empêcheraient de se présenter à la présidentielle, de peur des représailles LR aux législatives… Il est donc de nouveau libre de faire sa « sortie » quinquennale, un peu comme Arlette Laguiller en son temps… Nous reviendrons sur sa capacité de nuisance, qui sera peut-être autant à gauche qu’à droite, cette fois-ci.

J’ai déjà évoqué la seule réelle victoire personnelle des régionales, celle de Laurent Wauquiez. Si Alain Rousset, Jean-Yves Le Drian, Bruno Retailleau, Valérie Pécresse, mais aussi les Le Pen, Florian Philippot et Louis Aliot, ont connu de bons voire très bons résultats personnels, ils ne sont pas suffisamment identifiés à leur personne ou ne pourront être exploités en raison du positionnement personnel trop éloigné des centres de pouvoir (ou, dans le cas du FN, sont liés à la pure médiatisation des quelques leaders nationaux et ne changeront rien à la dynamique du parti). Malgré la faiblesse persistante de la région en tant qu’institution, un président de CR peut être plus important qu’un ancien ministre, désormais, mais aucun effet de l’ampleur du phénomène Royal à compter de 2004 n’est toutefois décelable.

Autres curiosités :
– le faible impact médiatique de la victoire autonomiste-nationaliste en Corse, qui est toutefois un gage d’ancrage de l’île à la France (parce que les leaders ont désormais des intérêts personnels au sein des institutions françaises), à défaut d’être un gage d’économies budgétaires…
– mais aussi le peu d’écho donné à la lourde défaite, en Guyane, de la liste sur laquelle figurait Christiane Taubira : 7,1 %. Par le passé, droite comme gauche avaient fait démissionner des ministres pour moins que cela… Mais, comme le savent pertinemment l’actuel ministre de la défense et son ancien collègue Rebsamen, plus il y a de règles générales, moins on les respecte…

Tout cela nous mène peut-être trop loin, mais le silence de ce blog après les régionales (dû aux aléas microbiens, au temps passé à compenser les effets néfastes du système d’enseignement moribond sur mes enfants et à l’intérêt porté par ailleurs aux primaires américaines –quel régal !) justifiait bien quelques développements.

Le propos sera, à l’avenir, plus structuré, plus ciblé dans chaque article mais aussi plus régulier. Je prépare également des graphiques récapitulatifs des sondages déjà publiés depuis 2012 sur la présidentielle 2017 et depuis le printemps 2015 sur la primaire de novembre 2016. Les indicateurs agrégés viendront plus tard, lorsque nous disposerons d’enquêtes plus régulières.

D’ici là, Rubio for president ! 😉

Derniers sondages régionaux: confirmation d’une mobilisation supplémentaire et de reports de voix plutôt défavorables au FN

Je n’oublie pas que je dois publier un article sur la cartographie électorale du premier tour: il est simplement légèrement repoussé… 😉

D’autres qui ne tiennent pas leurs promesses, mais c’est habituel, ce sont les médias commanditaires de sondages: rien en Centre-Val-de-Loire et surtout en Bourgogne-Franche-Comté, pourtant les deux régions les plus serrées ! Et un seul sondage en Auvergne-Rhône-Alpes, en Alsace-Lorraine-Champagne-Ardenne et en Normandie ! Argh…

En revanche, une avalanche de sondages en PACA (5) et en Nord-Pas-de-Calais-Picardie (3), alors que ces deux régions ne devraient, logiquement, pas être si ouvertes que cela. Les 3 sondages en Ile-de-France sont un minimum.

L’intérêt de cette série de sondages est cependant réel. Tout d’abord, après le second tour et dans la perspective de la présidentielle, il nous donnera, en complément des sondages nationaux précédant le premier tour, une idée de la fiabilité relative de certains instituts, alors que le paysage a changé et que certains « nouveaux » acteurs sont très actifs (Odoxa, ELABE), presque autant que l’IFOP, IPSOS (les meilleurs sur le long terme) et BVA, alors que des « historiques » apparaissent moins sollicités (CSA surtout, mais aussi TNS-Sofres voire Harris Interactive, certes semi-« historique » mais très performant en 2012).

Reports rég 2015 triangulaires.png

Reports rég 2015 duels.png

(Oui, ami lecteur, ces tableaux sont moches: mais, entre ce post et le précédent, tu disposes de TOUS les sondages publiés comportant des reports de voix, aux départementales et aux régionales: où peux-tu trouver toutes ces données rassemblées ailleurs qu’ici? 😀 )

Ensuite, ils nous confirment globalement que les éléments relatifs aux mouvements électoraux entre les deux tours, récapitulés dans le post précédent, sont valides:

  • une mobilisation au second tour d’abstentionnistes du premier tour, globalement défavorable au FN, mais d’autant plus qu’il est en duel et en situation de surmédiatisation (avec une logique de « vote utile » qui lui est donc défavorable) et d’autant moins qu’il est mieux placé; il convient toutefois d’ajouter que, même en triangulaire, cet afflux est défavorable au FN dans la mesure où l’ensemble des reports d’abstentionnistes sur les listes non-FN est supérieur à ceux dont il bénéficie: mais leur répartition sur 3 listes peut conduire à éparpiller et donc à annuler l’effet de cet apport de nouveaux suffrages exprimés;
  • une confirmation de la déperdition de ses propres voix du premier tour plus importante pour le FN, des électeurs revenant à droite et/ou votant « utile » pour battre la gauche; cette déperdition des voix du FN est cependant négligeable et pas plus élevée que pour la gauche et la droite lorsqu’une figure nationale est en lice (Le Pen tante et nièce, Philippot, Aliot): ce phénomène jamais mesuré en sondages sera à suivre à l’avenir et peut tout aussi bien être attribué à la position du FN au premier tour (en tête), ce qui serait alors cohérent avec les résultats positifs du FN au second tour des départementales qui montraient qu’il ne reculait pas, relativement, voire s’améliorait lorsqu’il était haut au premier tour et en position de gagner; par ailleurs, la déperdition est légèrement plus importante à gauche qu’à droite; il convient enfin de relever qu’en LRMP, la déperdition à droite est plus forte, par effet de « vote utile » anti-FN;
  • des reports de voix proches des règles que j’avais posées dans le post précédent, sur la base de l’expérience, des sondages à l’occasion des départementales de mars 2015 et des quelques sondages disponibles pour ces régionales de décembre 2015 (je cite le report vers PS/LR/FN ou vers LR/FN toujours dans cet ordre, les abstentions constituant le reste):
    • pour le FG, j’avais posé un 70/5/0 en cas de triangulaire et un 30/5 en cas de duel LR/FN: si c’est tout à fait conforme en triangulaire (bien qu’un tantinet pessimiste pour le FN, qui obtient presque autant de suffrages FG que la droite), le report en duel semble un peu meilleur pour la droite, plus proche de 40-45, le FN étant lui-même plus proche de 10 (un vote anti-système qui va d’un extrême à l’autre),
    • pour EELV, les 80/5/0 et 50/5 sont difficiles à discuter, les sondages régionaux identifiant rarement EELV et FG: soit je suis donc un peu pessimiste pour les reports EELV vers la droite (et le FN), soit l’absence de distinction avec le PG et le PCF éloigne EELV du PS (ce qui signifierait alors que le FG se reporte encore moins sur le PS); néanmoins, pour le FG comme pour EELV, nous ne sommes pas loin de la réalité (beaucoup moins que l’infographiste qui a récemment eu les honneurs du site de France Télévisions, alors que sa matrice de reports est totalement irréaliste et biaisée en faveur de la gauche: c’en est même risible…);
    • le report des voix du PS vers la droite est variable et semble encore incertain, en cas de duel droite-FN; cependant, il est au minimum de 50% et semble en général s’approcher de 60%, même s’il atteint parfois les trois quarts; en tous les cas, le report vers le FN est très faible et ma règle 50/5 est un minimum qui sera effectivement atteint;
    • le report des DVG, AEI et DVD n’est quasiment pas testé, en raison du caractère si ténu de leurs scores de premier tour qu’un échantillon de 1000 personnes ne peut permettre d’être fiable à leur égard; je n’ai pas de raison de remettre en cause mes grilles de report à leur égard;
    • le report de la liste régionaliste en région ALCA paraît nettement plus favorable au FN et à… l’abstention que je ne le pensais (sur le foi de l’expérience électorale accumulée…): 6/30/36 au lieu de 5/70/20; toutefois, le score limité de cette liste et le relatif pessimisme de mes autres reports vers la droite font que cet écart ne remet pas en cause le pronostic;
    • c’est d’autant plus vrai que la configuration hybride d’ALCA est bien confirmée: le report de la liste Masseret vers elle-même est décevant; il ferait le même score qu’au premier tour mais parce que les électeurs FG se comportent comme dans une triangulaire normale, tandis que les électeurs PS et EELV partent à plus de 45% vers la liste Richert (la moitié et un tiers restant cependant fidèles à la liste Masseret); j’avais indiqué que Philippe Richert avait besoin d’avoir au minimum 5 points sur les 16 de la liste Masseret: ce n’est pas remis en cause, si ce n’est que c’est plutôt 6, au regard du report des régionalistes; c’est donc faisable pour la droite;
    • les reports de DLF sont en revanche quelque peu différents de ce que je prévoyais (5/50/20 en cas de triangulaire et 60/25 en cas de duel); lorsque les instituts de sondage les distinguent, ils sont assez variables et oscillent entre 36 et 57 pour la droite en triangulaire, mais le sondeur ELABE semble, en Ile-de-France, être un outlier; en cas de duel, ma grille de report semble en revanche validée.
  • il faut conserver en mémoire que, si baisse des abstentionnistes du premier tour il y a , des suffrages du premier tour ne s’expriment plus: ces vases communicants s’annulent globalement en cas de triangulaire, mais sont, comme déjà dit, plutôt défavorables au FN en configuration de duel; un surcroît de participation ce dimanche devra donc être plutôt interprété comme défavorable au FN (ce qui rejoint l’analyse « traditionnelle »), tant il est vrai que celui-ci semble avoir fortement mobilisé et ne dispose donc plus forcément de réserves dans son électorat le plus « naturel »; toutefois, la prudence est de mise, notamment dans les régions où ses leaders nationaux sont impliqués (les deux Le Pen, Philippot, voire Aliot mais qui est très loin pour menacer la liste Delga) ou celles où il est en tête (mais nous n’avons pas de sondage sur Bourgogne-Franche-Comté 😡 ): le battage médiatique, redevenu anti-FN à partir de mercredi, pourrait fort bien avoir l’effet inverse de celui recherché, en mobilisant, le « peuple » contre le « système », ceux qui ne veulent pas se faire « voler leur vote » contre ceux qui « s’arrangent ». Ce sera un des enseignements du second tour, intéressants à décrypter: le FN peut-il gagner en n’ayant « que » 40 ou 41% des voix au premier tour ou a-t-il encore relevé le « plafond de verre »?

En conséquence de tous ces éléments, je ne modifierai pas mes pronostics de jeudi, malgré l’absence totale de certitude en BFC, Centre-Val-de-Loire, Normandie, Ile-de-France et même ALCA et Auvergne-Rhône-Alpes:

Régionales 2015 pronostics personnels 2nd tour

Certes, les sondages rendent un peu moins optimistes pour la droite en Ile-de-France et ARA, mais, en Normandie, montrent que je suis peut-être un peu optimiste pour la gauche. Cela signifie-t-il que, contrairement à ce que j’écrivais, les régions urbaines et « bobos » veulent à tout prix favoriser la gauche, même moins bien placée face au FN, et que la province plus traditionnelle reviendrait plus facilement à son vote normal en faveur de la droite? Nous verrons bien. Cela pourrait signifier du rose en Ile-de-France voire en ARA, mais du bleu en Normandie et en Centre-Val-de-Loire.

Je reste sur les dynamiques décelées après le premier tour. La polémique déclenchée par le racisme social assumé de Claude Bartolone peut peut-être lui coûter quelques suffrages; les sondages difficiles pour Wauquiez et pour le PS normand peuvent au contraire mobiliser en leur faveur. Les limites de l’exercice sont ici atteintes, puisque c’est de psychologie de l’électeur qu’il s’agit, sur la base de perceptions souvent totalement fausses, basées sur quelques gros titres et quelques fadaises mille fois répétées par les médias. Le raz-de-marée FN est ainsi à relativiser pour le second tour, mais il est pourtant installé dans les têtes, entraînant soit des espoirs excessifs, soit des craintes infondées.

Quoi qu’il en soit, ce devrait être une belle soirée électorale, au sens où il y aura un peu de suspense… En revanche, même avec une meilleure tenue des partis de gouvernement, la période politique qui s’ouvre sera forcément très violente et pleine d’incertitudes. Nous y reviendrons, avec la cartographie électorale des régionales, les sondages et tendances graphiques pour la primaire de la droite et du centre, quelques articles de fond sur la nature possible de la prochaine présidentielle et enfin notre indicateur agrégé des sondages pour la présidentielle de 2017…

Il vous reste jusqu’à demain 18h pour faire vos propres pronostics dans les commentaires: n’hésitez pas !

Quels reports de voix et quels pronostics pour le second tour des élections régionales 2015 ?

Le retrait des listes PS en PACA et dans le Nord-Pas-de-Calais-Picardie et le maintien en Alsace-Lorraine-Champagne-Ardenne d’une liste sans investiture et pour laquelle le Premier ministre n’appelle pas à voter compliquent singulièrement les pronostics pour le second tour.

En revanche, il est clair qu’entre ces trois cas de figure complexes et les situations extrêmement serrées en Normandie, Ile-de-France, Centre-Val-de-Loire, Bourgogne-Franche-Comté, voire Auvergne-Rhône-Alpes, le second tour sera plein de suspense et passionnant, à défaut d’apporter la sérénité politique et la victoire pour certains d’entre nous. Amis pséphologues, réjouissons-nous!

Le 13 décembre, de ce point de vue, sera une belle soirée et j’espère que des régions se décideront avec l’arrivée progressive des bureaux de vote (le site du ministère de l’Intérieur étant un tantinet plus efficace pour ces régionales et certaines préfectures semblant être plus rapides dans les remontées de résultats). Petit bémol: avec 3 types de bulletins au maximum à dépouiller, c’est plus rapide et le suspense durera moins longtemps 😦 .

1. Le premier élément à prendre en considération est la mobilisation. Traditionnellement, l’abstention diminue au second tour. Le plus probable est que ce soit le cas encore cette fois, en raison de la forte médiatisation, de la personnalisation autour des Le Pen et de quelques figures nationales de droite et du centre (la gauche a été plus prudente…), du vrai suspense et de l’enjeu structurel (un FN en position de contrôler de véritables et importants lieux de pouvoir, car même les mairies de Toulon ou, aujourd’hui, de Béziers, ne relev(ai)ent pas de FN « pur jus »).

Bien entendu, toute la question est de savoir à qui le surcroît de mobilisation peut profiter. Si ce supplément de participation n’atteindra probablement pas les 5 points des régionales de 2010, 2 à 3% peuvent largement décider du sort de 8 régions.

Logiquement, la mobilisation, qui a été moins forte à gauche (et de moins en moins forte au fur et à mesure que l’on passe de l’extrême-droite à l’extrême-gauche), ne devrait profiter ni à la droite ni au FN. En outre, ce dernier, qui a déjà mobilisé fortement ses électeurs, a probablement atteint ses limites. Enfin, la matraquage médiatique (en recul, néanmoins) sur le « danger FN » et sur la thématique du « réveil » et du « barrage » peut porter ses fruits, d’autant plus si la région possède un électorat CSP+, insider, et d’autant plus si la figure FN en cause est médiatisée (ainsi, la candidate FN en BFC ou même celui du Centre-Val-de-Loire peuvent être plus « à l’abri » d’une mobilisation supérieure que les Le Pen) , comme l’ont prouvé certaines élections partielles.

Toutefois, il n’est pas impossible, même si moins probable, que la perspective de voir les plus médiatiques des dirigeants du FN l’emporter puisse créer un appel d’air sur des abstentionnistes qui se sentiraient le « devoir » d’aider la « dernière solution que l’on n’a pas essayée ».

Il est également possible que la désaffection ou la déception ayant atteint également la droite classique face aux divisions internes et au manque de renouvellement et d’enthousiasme ne soient que passagers et dégèlent quelques abstentionnistes pour la droite classique.

Lorsque des sondeurs testent le report des abstentionnistes du premier tour sur le second, ils trouvent

  • soit un impact équilibré (Opinion Way, 29 mars 2015, pour les départementales: 9% en plus à gauche et 9% à droite en cas de duel -le reste persistant dans l’abstention; 11/8 en cas de duel droite-FN; 10/8 en cas duel gauche-FN; 7/7/7 en cas de triangulaire gauche-droite-FN),
  • soit un petit avantage à l’adversaire du FN (CSA, 29 mars 2015, pour les départementales: 14/6 en cas de duel gauche-FN, 16/6 en cas de duel droite-FN).

Quoi qu’il en soit, l’effet d’un surcroît de participation est totalement impossible à prévoir et il n’est pas possible de faire autrement que de l’ignorer.

2. Il reste à évaluer les reports de voix d’un tour à l’autre. Les mécanismes à l’oeuvre sont multiples et complexes et varient d’une élection à l’autre, mais il est possible d’essayer de construire une matrice de report des voix (quitte à ce qu’elle soit lamentablement infirmée par la réalité de dimanche prochain 😉 ).

Même si quelques farfelus votent pour une liste au premier tour et pour son opposé au second ou ne votent plus au second alors que leur liste du premier tour est présente, ce phénomène est négligeable pour la droite et la gauche parlementaires. Il est moins négligeable pour le FN. Il s’agit peut-être d’un reste de vote protestataire tel qu’il existait dans les années 1980 et 1990 (en tous les cas du temps de Jean-Marie Le Pen, qui n’a lui-même jamais voulu gagner et exercer de responsabilités, et avant le 21 avril 2002): le vote FN du premier tour n’est pas « sérieux », il s’agit d’ébranler le « système » et, dès que l’enjeu est réel, ces électeurs font le « vrai » choix ou retournent vers l’abstention pour ne pas se sentir responsables.

Les résultats globaux des sondages pour le second tour, donnent ainsi un léger avantage à la droite, en tous les cas un total  global supérieur à celui de la simple agrégation de LR, de l’UDI, du MoDem, des divers droite (y compris l’UPR) et même de l’intégralité de DLF:

  • selon IPSOS pour Le Monde (20-29 novembre, soit avant le premier tour mais avec un échantillon de 23 000 électeurs), gauche, droite et FN se ventileraient à 34/36/30,
  • selon Harris Interactive pour M6 (6 décembre, auprès de 1 029 électeurs), c’est 34/35/31, comme selon Odoxa pour Le Parisien (6 décembre, auprès de 2 193 électeurs);
  • en Ile-de-France, selon Odoxa (pour Le Parisien, 6-7 décembre, auprès de 1200 personnes), la gauche (40%) serait derrière la droite (42%) et le FN stagnerait (18%).

En second tour, la droite semble ainsi en mesure de reprendre quelques forces, après son très faible résultat du 6 décembre, peut-être par retour d’électeurs de droite (conservatrice ? catholique ? entrepreneuriale et commerçante ? agricole ? peut-être un mélange de tout cela; en tous les cas avec une orientation plutôt anti-européenne, de rébellion fiscale ou de volonté d’ordre et d’autorité), peut-être par rejet du gouvernement, peut-être par meilleur positionnement au 1er tour, l’ordre d’arrivée pouvant influer sur la psychologie de l’électeur et sur son anticipation du meilleur « rempart » anti-FN.

Voici le tableau des reports des électeurs PS-PRG, LR-UDI-MoDem et FN au second tour, pour les instituts intégrant le choix d’une nouvelle abstention (malheureusement, Harris n’a pu le faire puisqu’il s’adressait aux seuls votants, mais sa répartition des reports entre les seuls exprimés confirme celle mesurée par Odoxa et IPSOS):

Reports rég 2015.png

En complément (car la donnée est rare), les reports du 1er tour en Ile-de-France sont estimés par Odoxa comme suit:

Reports IdF rég 2015

Et parce que les données sont vraiment rares et toujours parcellaires, il convient de ne pas oublier les reports mesurés lors des départementales (j’y inclus les reports en cas de duel gauche-droite, qui permettent de confirmer des tendances sur les reports des petits partis et sur le vote des abstentionnistes de premier tour):

Reports départ 2015

De ces différents éléments, nous pouvons déduire les principes suivants:

  • comme indiqué plus haut, les abstentionnistes de 1er tour, lorsqu’ils votent au second, se reportent de manière équivalente au reste de l’électorat, sauf lorsqu’il y a un duel avec le FN, cas de figure dans lequel il semble y avoir un effet défavorable au FN; il est difficile de l’estimer et il faudra simplement garder cet élément en tête en cas de score très serré après application des reports aux votants du 1er tour;
  • la déperdition de voix est la moins forte pour la droite (près de 100% confirment leur vote), très légèrement plus élevée pour le PS (environ 95%), mais affecte le FN plus significativement (autour de 90%), ce dont il faut tenir compte, notamment dans une élection où le FN a fait davantage le plein de ses voix au 1er tour; un maintien des scores de la droite, une diminution de ceux du PS de 2% et une diminution de 5% de ceux du FN (attention, c’est bien 5% du pourcentage du FN qui sont ôtés et non 5 points de pourcentage…) paraissent raisonnables;
  • en cas de duel droite-FN, un report des électeurs PS à hauteur respective de 50% et 5% paraît réaliste: certes, il y a aura une mobilisation anti-FN, mais moins forte qu’en 2002, et, localement, l’aigreur risque d’être forte à l’égard du retrait imposé par Paris;
  • le report de l’extrême-gauche est faible; il l’est d’autant plus qu’il ne reste presque plus que des listes Lutte Ouvrière, avec un score national de 1,5% et donc un électorat pur et dur, largement anti-système et hors système; un report de 50% vers le PS est un maximum;
  • le report du FG sur le PS est plus important quand existe un risque FN; en l’occurrence, la médiatisation exclusive de la montée du FN efface quelque peu les chiffres du chômage et met les initiatives macroniennes en sourdine (tous éléments qui poussent l’électeur FG vers l’abstention); reporter 70% du FG sur le PS et 5% sur la droite paraît donc raisonnable en triangulaire, et 30% sur la droite et 5% sur le FN en cas de duel;
  • le report d’EELV est logiquement un peu plus favorable au PS, à hauteur de 80% (et 5% pour la droite), et à hauteur de 50% pour la droite et 5% sur le FN en cas de duel;
  • le report des divers gauche et des divers droite peut être estimé respectivement à 80 et 10% vers le PS et la droite et 5 et 90%, en cas de triangulaire; en cas de duel droite-FN, des reports respectifs de 50 et 5 et de 75 et 10 vers la droite et le FN sont envisageables; cela demande toutefois à être adapté aux cas locaux, en fonction de la nature du « divers » (dissidence franche ou formelle, souverainisme, centrisme, teinte régionaliste, etc.);
  • le report de DLF à hauteur de 5% sur le PS, 50% sur la droite (en raison d’une carte proche de la droite classique, qui semble confirmer un vote « protestataire » d’électeurs des Républicains) et 20% sur le FN peut être retenu, et probablement 60/25 en cas de duel droite-FN.

De manière complémentaire (et seulement utile, en partie, en Languedoc-Roussillon-Midi-Pyrénées), en cas de duel gauche-FN, les reports de la droite sur la gauche sont assez mauvais (et en recul avec le temps). De fait, on peut estimer que le volume de reports est équivalent vers le PS et vers le FN.

3. L’application de cette matrice bien artisanale doit encore être complétée des dynamiques en cours:

  • les perspectives de victoire du FN peuvent « libérer » des voix de droite pour le FN en LRMP, même si, vu le faible niveau de la droite au 1er tour, il est probable que l’aile la plus dure de la droite ait déjà migré vers le vote FN;
  • de même, un meilleur report de voix DLF et FG vers le FN est possible, si, psychologiquement, une barrière est franchie;
  • à l’inverse, la pression médiatique peut inciter davantage d’abstentionnistes à voter contre le FN, comme en 2002;
  • une « peur devant l’obstacle » et l’existence hypothétique d’un plafond de verre peuvent stopper la dynamique du FN; aux départementales de mars 2015, l’IFOP avait analysé qu’en triangulaire, le FN reculait de 1 à 2 points (mais cette donnée englobait aussi les nombreux cantons où il pouvait se maintenir sans être en tête; lorsqu’il était en tête, il était globalement stable) et qu’il gagnait « seulement » 5 points en cas de duel avec la droite (en net retrait par rapport aux gains des élections précédentes, lors desquelles il ne réalisait qu’au mieux 25% au 1er tour): cela confirme que, plus le FN est haut, moins il a de réserves de voix et plus, peut-être, la crainte d’une victoire fait coaguler le vote qui lui est opposé;
  • malgré sa forte dynamique, le FN se situe, au mieux, à peine au-dessus de 40%; les départementales ont montré qu’un minimum de 45% lui est plutôt nécessaire pour arracher la victoire;
  • pour la droite parlementaire, le mauvais résultat du 1er tour peut conduire à une désaffection comme à un sursaut; c’est davantage cette dernière option qui est probable au regard des expériences passées;
  • pour la gauche parlementaire, la fausse résistance du 1er tour peut encourager comme démobiliser; en réalité, je ne pense pas qu’il y a ait un effet prédominant; en revanche, dans la mesure où le PS reste bien le parti au pouvoir, le 2nd tour ne lui est en général pas favorable.

4. Les particularités locales ne devraient pas avoir d’effet majeur, sauf en ALCA et en BFC.

La liste Troadec en Bretagne (plutôt de gauche) ne changera pas le résultat final, déjà largement acquis.

La dissidence de Philippe Saurel en LRMP a largement échoué et ses électeurs ne se comporteront pas différemment de divers gauche classiques.

Le cas corse est trop délicat à pronostiquer finement et il s’agit davantage de faire une prédiction « avec les tripes ».

En ALCA, en revanche, il est difficile de déterminer le score -forcément écorné- que la liste Masseret décrochera finalement. En outre, la liste régionaliste (essentiellement alsacienne) est délicate à ventiler. Le plus raisonnable est d’en faire un intermédiaire entre DLF et divers droite: bref, un report à hauteur de 5% pour la gauche, 70% pour la droite et 20% pour le FN paraît envisageable.

Il convient également de relever la présence d’une liste MoDem autonome en Bourgogne-Franche-Comté (avec une probable répartition 50% droite/25% PS/10% FN) et de listes Alliance écologiste indépendante en PACA et en Bourgogne-Franche-Comté, dont le relatif succès montre qu’il persiste un malentendu dans l’électorat EELV: les Verts ne sont pas (plus) des environnementalistes, mais bien des représentants d’une tendance du gauchisme. Pour l’AEI, la répartition est extrêmement délicate, mais peut être envisagée à hauteur de 60/20/5 dans la triangulaire gauche-droite-FN en BFC et de 65/15 dans le duel droite-FN en PACA (en tenant compte d’un petit courant de « défense de la cause animale » à l’extrême-droite, qui avait même utilisé des petits partis faux-nez pour tenter de rassembler des électeurs d’autres horizons dans les années 1980 et 1990).

5. En tenant compte de la matrice de reports définie ci-dessus, sans tenir compte d’une mobilisation additionnelle, la carte régionale du second tour serait la suivante (avec indication des écarts inférieurs à 3 points par une flèche de retournement):

Pronostics 2nd tour reports voix stricts

Comme vous le constatez, contrairement à la dynamique qui semblait naître du 1er tour, les Le Pen vont probablement échouer sur le même écueil que dans nombre de cantons en mars dernier: elles n’ont pas de réserves de voix, notamment face à al droite. 40%, c’est une base encore insuffisante en duel, sauf si c’est contre la gauche, cas de figure inexistant aujourd’hui.

Néanmoins, les dynamiques à l’oeuvre, le surcroît de mobilisation, le désavantage du FN en duel (ou en situation hybride comme en ALCA) conduisent à des pronostics personnels plus « raisonnables »:

Régionales 2015 pronostics personnels 2nd tour

La région Bourgogne-Franche-Comté sera la plus disputée, même si les 7 autres incertaines se joueront probablement à peu de choses.

J’ai beaucoup hésité. Non pas que François Sauvadet soit un bon candidat (comme beaucoup d’autres à droite, il ne fut pas performant, qu’il s’agisse de candidats décalés politiquement comme Sauvadet et Morin, non enracinés comme Reynié et Calmels ou trop faibles politiquement face à leurs adversaires comme Estrosi, Vigier ou Richert), mais son adversaire socialiste n’est pas non plus excellente et la mobilisation supplémentaire devrait bénéficier à la liste LR-UDI-MoDem. Notons aussi que le FN a paradoxalement davantage de chances de gain en BFC (et, de manière moindre, en ALCA) qu’en PACA et en NPCP, à cause d’une situation de triangulaire équilibrée.

La position de Laurent Wauquiez paraît étonnamment solide (presque autant que celle de Bruno Retailleau en Pays-de-la-Loire). Il est clair qu’il est le seul candidat de droite à avoir réussi son élection, dans le contexte ambiant, et à avoir apporté une plus-value indéniable (ou, plus exactement, à avoir évité les moins-values enregistrées par toutes les autres têtes de liste de droite). En Ile-de-France, la droite est correctement placée, sans être dominante: la dynamique est bonne et la liste Pécresse mordra au centre, voire au centre-gauche.

La situation d’ALCA est singulière: en cas de vraie triangulaire, Florian Philippot serait la tête de liste FN la mieux placée nationalement pour l’emporter; mais, avec cette situation hybride, Philippe Richert devrait réussir à prendre la région: il lui suffit en fait de rassembler 5 points sur les plus de 16 de la liste Masseret du 1er tour, ce qui paraît tout à fait jouable.

Le PS doit pouvoir bénéficier de bons reports de voix en Normandie et Centre-Val-de-Loire, où ses scores de premier tour sont mauvais, surtout dans cette dernière. La position de leader d’Hervé Morin peut peut-être lui permettre de surperformer au second tour mais ce sera très difficile pour lui. Dans le Centre, il faudrait que la droite reprenne vraiment beaucoup de voix au FN.

Les victoires de Xavier Bertrand et de Christian Estrosi seront limitées et quelque peu « honteuses »: ils ne les devront qu’à la gauche…

Si ces pronostics s’avéraient justes (no way…), la gauche et la droite parlementaires pourraient se satisfaire, mais ce serait bien superficiel: la droite contrôlerait la moitié des régions et aurait gagné Ile-de-France, ARA, NPCP et PACA, les plus importantes; la gauche aurait préservé 6 régions, de manière assez inespérée. Pourtant, ces résultats ne seraient dus qu’aux configurations de 2nd tour, aux découpages pré-électoraux et au plafonnement du FN au tour décisif.Si le FN gagne 5% à chaque élection, il y a bien un moment où cela se verra nettement…

Les paris sont ouverts dans les commentaires…

J’essaierai de prendre le temps de publier la géographie électorale du premier tour d’ici le week-end.