Derniers sondages IPSOS et BVA pour le premier tour de la présidentielle 2017: faiblesse persistante de Hollande, stabilisation apparente de la droite, étiage élevé pour le FN

Sondage BVA pour Orange et la presse régionale, réalisé du 10 au 12 juin 2016 auprès d’un échantillon de 910 personnes sur un total de 1 001

Sondage IPSOS pour Le Monde et le CEVIPOF, réalisé du 13 au 22 mai 2016 auprès d’un échantillon de 1 134 personnes certaines d’aller voter sur un total de 19 455

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1. Bien sûr, l’affichage, à l’occasion du sondage BVA, d’un dépassement de Hollande par Mélenchon dans certains cas de figure ou, au moins, d’une égalité, est médiatiquement porteuse. Toutefois, l’écart s’étant déjà resserré, le croisement ponctuel des courbes n’était pas inatteignable. Comme lors du précédent resserrement, il convient de conserver une certaine distance et de constater que

  • les facteurs poussant Hollande à la baisse et Mélenchon à la hausse finiront par disparaître:
    les grèves et manifestations se dissolvent progressivement et, au plus tard, la coupure estivale et les bons vieux congés pays vont y mettre un terme;
    la « fronde » interne au PS ne s’incarne pas davantage qu’avant et ne peut se permettre d’aller jusqu’à risquer une crise politique majeure avec une chute du gouvernement, alors que les investitures pour les législatives commencent à se dessiner…;
    Hollande est tellement bas qu’il lui est difficile de poursuivre encore la décrue;
  • l’évolution sondagière à gauche connaîtra de nouveau l’enclenchement, comme en économie, de « stabilisateurs automatiques »:
    les électeurs de gauche modérée ne pourront rester insensibles à une trop longue période de faiblesse de leur candidat, même par défaut;
    l’émergence progressive du débat à droite dans le cadre de la primaire tendra à remobiliser l’électeur de gauche dans le cadre d’un vote utile, surtout si la primaire se focalise alternativement sur un programme économique libéral et sur un credo de défense de l’identité nationale, ce qui fait deux épouvantails pour le prix d’un pour le vieil électeur de gauche…

Mais, évidemment, l’affaiblissement partisan d’un Hollande déjà dépouillé de toute autorité internationale et nationale laissera des traces probablement rédhibitoires désormais. Il est difficile d’espérer gagner alors que l’on est déjà si faible en interne. Sa dérive sondagière ne peut en effet qu’entretenir l’agitation autour de Montebourg ou libérer encore davantage la parole de Hamon ou Lienemann et ne peut que le soumettre encore davantage aux divisions et aux pressions pour organiser une primaire.

Néanmoins, les fondamentaux restent:
les seuls en interne qui pourraient prétendre à la candidature, Montebourg et Valls, sont trop affaiblis dans les sondages ou ne susciteraient aucune unité suffisante (en particulier pas Montebourg, dont les aubrystes ne veulent pas et que les « frondeurs » n’ont pas réellement adopté, ainsi que nous l’avons déjà expliqué) pour inquiéter Hollande; ce dernier est trop faible pour gagner en 2017, mais reste suffisamment structuré en interne pour empêcher toute concurrence sérieuse;
à cet égard, la « victoire » prévisible en justice face au recours de 3 militants tentant de forcer l’organisation de la primaire du PS (les tribunaux refusant systématiquement de s’impliquer dans la vie interne des partis, malgré la clarté totale de ceux-ci au cas d’espèce: mais bon, une carrière de magistrat est si fragile…) confirme que la primaire n’aura jamais lieu, la godille permanente d’un Camabdélis qui contrôle totalement le processus et l’absence d’intérêt réel de quiconque à l’extérieur du PS à ce qu’elle soit organisée assurant bien que le président sortant n’aura pas à s’y soumettre.

2. La bonne santé de Mélenchon sera avérée s’il parvient à se rapprocher durablement des 20%. C’est peu probable et il convient de noter que son léger rebond tient aussi à l’extinction progressive de Duflot et pas seulement à la faiblesse insigne de Hollande. L’exploit mélenchonien est donc à relativiser, même si, en termes d’affichage, il reste appréciable pour lui.

L’absence d’émergence de Duflot, si elle était initialement, comme nous l’avons abondamment expliqué, un objectif de Hollande, est en train, comme anticipé, de finir par se retourner contre lui. Car l’hypothèse Hulot réémerge et est autrement plus dangereuse, en raison de son positionnement plus modéré et donc potentiellement plus concurrent de Hollande et en raison de l’effacement médiatique de Macron, qui laisse de nouveau un créneau libre pour un candidat (demi-) »surprise » (un peu sur le retour, mais les médias n’ont rien d’autre à se mettre sous la dent…).

Tout va être bon pour dissuader Hulot d’être candidat et l’intérêt de Cambadélis pour le personnage n’est certainement pas celui que nous décrivent les médias, au nom d’une soi-disant préférence pour une écologie moins punitive…

3. A droite, la stabilité est trompeuse. En effet, l’écart entre Juppé et Sarkozy tient maintenant uniquement à la présence ou à l’absence de Bayrou, qui reste un facteur incertain.

Surtout, la candidature Juppé semble s’essouffler:
– son équipe apparaît réduite et peu professionnelle; l’absence de ralliements de poids n’est bonne ni en termes d’image, ni en termes d’organisation; même si l’équipe Juppé en garde sûrement pour l’automne, c’est assez étonnant de voir que beaucoup d’élus continuent d’être très prudents, malgré les bons sondages de Juppé;
– les grèves et manifestations remémorent à beaucoup l’expérience douloureuse de l’échec humiliant de 1995 et de la difficulté personnelle de Juppé à le gérer; les mouvements actuels renvoient à la fois à la question de l’autorité (Sarkozy prenant alors un avantage comparatif) et à celle du renouvellement (Le Maire gagnant fortement dans les sondages qualitatifs sur le sujet);
– le mécontentement est tel à l’égard du pouvoir en place et les tensions, dues aux attentats et à l’agitation générale, sont telles que le sentiment de colère (qui a bénéficié à Trump, son électeur étant avant tout quelqu’un d’angry et de distrustful à l’égard de l’élite, en dehors de toute autre considération sociologique ou idéologique) devient plus prégnant à droite et favorise Sarkozy davantage que Juppé, qui ne peut « muscler » son discours (ce qu’il semble en train de commencer de faire) sans perdre un peu au centre;
– le dynamisme personnel de Sarkozy, l’arrogance naturelle de Juppé (toute justifiée qu’elle soit ponctuellement si elle s’applique à un Douillet, un Courtial, un Estrosi ou un Balkany…), l’accumulation, au cours du temps, de beaucoup d’inimitiés de la part de Juppé (et pas seulement de la part de l’opportuniste gâté qu’est Baroin), encore davantage que de la part de Sarkozy, et le moindre nombre de « vassaux » et de redevables de Juppé que de Sarkozy ne peuvent que bénéficier à ce dernier.

En plus de ces éléments structurels, Sarkozy bénéficie, en ce moment, de facilités de campagne réelles, par rapport aux petites écuries Juppé, Fillon et Le Maire; cette exploitation sans vergogne des moyens du parti rappelle celle de Copé en 2012 et il est incroyable que la naïveté des Fillon, Juppé et Le Maire se reproduise presque à l’identique. Le calendrier de candidature de Sarkozy, s’il présente le risque d’être trop tardif pour remonter tout son retard sondagier, fournit au moins l’avantage de lui permettre de trouver le créneau le plus porteur (la nation, l’identité, la sécurité), alors que tous ses adversaires ont déjà abattu leurs cartes et ont insisté sur des éléments moins favorables en termes d’opinion (la rigueur budgétaire, le libéralisme, la réforme institutionnelle ou la « méthode »).

Dans la mesure où l’été va vite venir, ces avantages conjoncturels ne seront peut-être pas suffisants pour Sarkozy. Mais ses adversaires ne devront pas oublier que Fillon avait dilapidé l’été 2012 et son avance dans son duel avec Copé, qui avait mis à profit la période pour labourer, s’organiser, structurer, faire le travail de l’ombre… Juppé semble en être conscient, qui parle sécurité, armée, terrorisme, autorité, laïcité, islam, etc. avec un peu plus d’entrain et de fermeté qu’il y a ne serait-ce que quelques semaines.

Bien entendu, il faut rappeler que les forces comparatives de Juppé persistent (electability, prédominance chez les électeurs âgés et CSP+ plus susceptibles de voter les 20 et 27 novembre, enjeu important d’une primaire qui sera peut-être la véritable élection, faveurs de l’oligarchie médiatico-intellectualo-politico-économique,…). De fait, son essoufflement est surtout sensible dans les sondages de popularité et dans les sondages qualitatifs (et dans le flux médiatique); l’effritement reste faible (primaire) ou inexistant (présidentielle) dans les sondages d’intentions de vote.

Mais le qualitatif précède souvent le quantitatif. Et la nouvelle progression de Le Maire dans les sondages qualitatifs crée une menace potentielle davantage tournée vers Juppé cette fois-ci (alors que, lors de l’annonce de sa candidature, Le Maire semblait davantage grignoter sur Sarkozy, quelque peu atone alors), d’autant plus qu’il est désormais, au premier tour de la présidentielle au même potentiel que Fillon et n’est donc plus menacé d’élimination par Hollande ou Bayrou. Il faudra donc surveiller Le Maire dans les prochaines enquêtes sur la primaire.

4. Si Marine Le Pen n’est plus à 30%, la consolidation de son potentiel électoral nettement au-dessus de 25% est notable.

En effet, cela se produit alors qu’elle est médiatiquement en retrait. En outre, les dissensions apparaissent de plus en plus nettement entre la tendance Marion et la tendance Philippot. Enfin, l’actualité n’est pas favorable et accroît encore les « grands écarts » et les risques de brouillage du message:
– comment ne pas s’aligner sur une CGT quasi-anarcho-révolutionnaire, sans toutefois revenir au vieux libéralisme économique de Papa Le Pen et paraître cautionner la loi sociale-libérale, c’est-à-dire reperdre le massif électorat populaire si durement acquis ?
– comment soutenir le Brexit sans cautionner une politique libérale et finalement réaliste à l’égard de l’UE ?

Le FN est de plus en plus écartelé et ses contradictions internes (idéologiques, sociologiques, personnelles) sont de plus en plus sensibles. La dynamique favorable au plan sondagier et électoral assure le maintien de l’unité pour le moment, mais la zone de danger commence de se rapprocher…

Il est certain que cet étiage de haut niveau peut tout aussi bien s’analyser comme un plafond. Marine Le Pen est peut-être trop haut trop tôt, sans possibilité de créer la surprise et la « dynamique », tant sa qualification pour le second tour est désormais intégrée par tous, politiques, médias et électeurs. La banalisation de la violence, l’accoutumance aux attentats, la fin de la grande vague migratoire, la difficulté à exploiter aisément sur le plan électoral l’abaissement européen devant la Turquie, le « vieillissement » de l’image de Marine Le Pen dans une société médiatique qui change perpétuellement, l’absence de ralliements de poids au FN sur le plan national, autant d’éléments qui empêchent d’envisager une progression supplémentaire, au-delà de 30%. Et les sondages de second tour sont totalement inintéressants, car Marine  Le Pen ne parvient pas à franchir les 40%, contre quelque candidat de droite que ce soit.

5. Enfin, dans la mesure où l’hypothèse Hulot n’est plus testée, où la visibilité de Bayrou est faible (son nom agissant essentiellement comme une « marque » d’un certain positionnement et non comme le réceptacle d’une réelle adhésion à une candidature) et où aucune candidature « surprise » n’émerge, aucun élément nouveau ne se manifeste dans ces derniers sondages… C’est, en soi, une caractéristique à relever.

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Derniers sondages ELABE, BVA et IFOP pour la présidentielle 2017: même très affaibli, Hollande ne devrait pas être inquiété par un « produit marketing » Macron éventuellement devenu autonome

Sondage IFOP pour Sud Radio, réalisé du 25 au 28 avril 2016 auprès d’un échantillon de 1 419 personnes, parmi un total de 1 550

Sondage ELABE pour Les Echos et Radio Classique, réalisé du 26 au 27 avril 2016 auprès d’un échantillon de 911 personnes, parmi un total de 1 000

Sondage BVA pour Orange et la presse régionale, réalisé du 13 au 16 mai 2016 auprès d’un échantillon de 927 personnes, parmi un total de 1 000

1. Le sondage IFOP n’avait pour vocation que de tester l’hypothèse Macron et il en sera question plus bas.

Graphique sondages 1T 2017 Sarkozy-Hollande-Bayrou

Quant aux sondages ELABE et BVA, ils viennent marquer, comme prévu, un très léger redressement de Hollande, tombé trop bas et qui reprend un peu par rapport à Mélenchon. Néanmoins, Duflot connaît un très léger frémissement (ce qui confirme l’article précédent sur le rôle d’EELV comme réceptacle de certains déçus du socialisme et sur la persistance, quelles que soient les tribulations, implosions et explosions écologistes, d’un socle électoral écologiste qui empêche l’annihilation totale souvent pronostiquée à leur égard).

Ces derniers sondages marquent un certain tassement d’une Le Pen muette, à qui le climat de « chienlit » ne semble pas profiter, et une bonne tenue confirmée pour Dupont-Aignan qui reste au-dessus de 5 %, grâce à l’exaspération d’une frange de la droite traditionnelle, que la surenchère économique libérale des principaux candidats à la primaire ne devrait pas faire retomber.

Ils montrent que les candidats de droite autres que Juppé ne bénéficient pas encore de « l’effet primaire », Fillon et Le Maire restant fragiles par rapport à Valls et surtout Macron, voire Bayrou en ce qui concerne Le Maire, Sarkozy pouvant même être menacé dans l’hypothèse Macron.

La relativement bonne performance de Bayrou illustre le problème récurrent de la droite écartelée entre centre et aile « dure », que seul Juppé est pour le moment en mesure de résoudre, sur le papier en tous les cas.

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Graphique sondages 1T 2017 Juppé-Hollande-Bayrou

Lorsque la situation se sera décantée (mais peut-être faudra-t-il attendre l’automne… 😦 ), il sera possible de discerner les biais des différents instituts, ce qui est encore impossible au regard du faible nombre de sondages et du trop grand nombre d’hypothèses testées.

Néanmoins, une certitude existe : la flambée sondagière Macron est artificielle et irréaliste.

2. Ce blog a déjà évoqué le parallèle Tapie-Macron dans la volonté respective de détruire Rocard (1994-95) et Valls (2015-16), en considérant toutefois que Hollande se serait moins débrouillé que Mitterrand car ayant perdu le contrôle de sa création. En réalité, il faut peut-être nuancer cette analyse.

D’abord, Tapie aurait tout aussi bien pu poursuivre l’idée d’une candidature présidentielle après son émergence politique en 1992 et son succès aux européennes de 1994, réalisant l’objectif mitterrandien de destruction d’un Rocard enfin à la tête du PS. Mais les « affaires », en 1993-95, en ont décidé autrement.

Ensuite, Macron réussit mieux, du point de vue de Hollande, que Tapie vis-à-vis du centre : l’hypothèse Delors (qui ne plaisait pas non plus à Mitterrand) a émergé malgré Tapie, alors que Macron rend encore plus inaudible Bayrou et vient gêner le centre-droit.

Ces éléments montrent peut-être que Hollande est en réalité peut-être toujours à la manœuvre derrière Macron.

3. Parmi toutes les tactiques passées ou en cours, je ne reviendrai pas sur l’utilisation des Hue, Bennahmias et dissidents d’EELV, déjà évoquée dans l’article précédent et parachevée par l’éclatement du groupe écologiste à l’Assemblée nationale. Pour toutes ces manœuvres, ce qui est intéressant pour Hollande, ce sont surtout les vraies-fausses candidatures ou les candidatures putatives (Taubira, Hulot, Macron), qui créent de la confusion et affaiblissent les candidatures potentielles sérieuses et les vraies candidatures (Mélenchon, Duflot, Juppé).

Le départ de Taubira du gouvernement n’a pas été un choix de principe de Hollande. Mais il a tenté, comme souvent, de tirer profit du calendrier et des modalités, en la retenant le plus longtemps possible et en lui permettant de partir correctement, afin de ne pas en faire une irréductible ennemie potentielle, tout en la « remettant en liberté » comme un obstacle potentiel pour Mélenchon.

La flatterie à l’égard de Hulot, bien volontaire celle-là, n’a pas fonctionné, n’écartant pas (par une inclusion au gouvernement) le risque de candidature de l’animateur de télévision, mais l’entretenant suffisamment dans l’ambiguïté pour qu’il s’abîme quelque peu sur le plan personnel (et soit donc potentiellement moins dangereux pour Hollande), tout en continuant à affaiblir la candidature à venir de Duflot.

Le lancement de Macron parmi les candidats potentiels est plus réussi en première phase. Il permet en réalité d’affaiblir au-delà de Valls. A priori, c’est le candidat du centre-droit, ou plus exactement le (peut-être) futur candidat de la droite classique en mesure d’attirer le centre et le centre-gauche, qui est maintenant visé : Juppé. A défaut, l’éternel centriste, Bayrou, se trouve ringardisé. Je l’ai dit, un effet positif du bazar (restons poli) ambiant du point de vue hollandais est que la droite est globalement inaudible : même ce blog, récemment, ne parle que de la gauche ! 😉

Entre l’émiettement sans fin des candidatures à la primaire (pourquoi pas Jean-Louis Debré, après tout, au point où nous en sommes ? ah non, c’est vrai, Debré, maintenant, est plutôt en concurrence avec le radicalisme version Tapie, anti-cléricalisme, décadence personnelle et impudence incluses) et le début des petites attaques sournoises (sur le vote des Français de l’étranger par exemple) ou des affrontements lourds (sur le programme économique et la « méthode »), la droite ne parvient pas, pour le moment, à occuper le terrain médiatique.

Jusqu’où Hollande maîtrise-t-il cette confusion ? La réponse est délicate et ne sera probablement donnée de manière certaine que postérieurement.

Mais les effets sont semble-t-il bien plus vastes, grâce à la complicité des médias et de la stupidité d’une bonne partie des électeurs (quand on entend « c’est bien, il faut du renouvellement » de la part d’électeurs du « peuple », on se pince… comme si un puceau politique encore accroché à une mère de substitution, élevé aux hormones de cabinet ministériel, c’est-à-dire de bureaucratie cheftaine –la sécurité du fonctionnaire sans sa soumission hiérarchique… le paradis !-, assis sur un tas d’or, adoubé par le patronat et les élites médiatiques, sans aucune expérience partisane et totalement déconnecté des réalités françaises, pouvait passer pour un gage de « renouveau »… bon, j’arrête là, mais cela fait du bien parfois de se lâcher! 😀 ), qu’initialement imaginé.

Ainsi, même l’extrême-droite est un peu troublée, grâce à une remarque sur Louis XVI et à une apparition lors d’une célébration johannique : de quoi attiser la crise interne qui grandit entre les tendances MMLP et Philippot.

La droite libérale dure est séduite par le jeune banquier aux dents longues (cf. Valeurs Actuelles et Kerdrel, ainsi que Geoffroy Didier).

La droite mainstream, qui fait assaut de programmes économiques libéraux (Fillon, puis Le Maire, puis Juppé), ne peut complètement rejeter le programme Macron, quand bien même il se réduit aujourd’hui à des mesurettes (les bonnes vieilles lignes de bus, comme dans les meilleurs films américains des années 50…).

D’ailleurs, dans le dernier sondage IFOP, la candidature Macron semble davantage faire reculer Le Pen que Juppé… Soit elle entraîne en réalité un décalage de certains électeurs sur leur gauche, du FN jusqu’au centre, chacun, à l’extrême-droite et à droite craignant un trop haut score de Macron. Soit l’électorat est encore volatil et le décalage de quelques semaines suffit à rendre les comparaisons avec les hypothèses Hollande ou Valls erronées. Soit, enfin, la stupidité de certains électeurs est telle que, par simple volonté de « renouvellement », de « changement », de « nouveauté », ils passent de Marine Le Pen, plus très « nouvelle », à Emmanuel Macron, alors même que, en termes de positionnement économique, social et européen, ils sont à l’exact opposé.

Cette « nouveauté », ce serait donc celle des shampooings qui contiennent davantage d’agents coiffants, celle de la nouvelle recette du flan au caramel ou celle de la nouvelle berline avec essuie-glaces pilotés par satellite… Mais, au regard de la malléabilité d’une partie du corps électoral, de l’influence grandissante des médias, d’une société caractérisée par le réflexe et l’instantanéité, l’éphémère et le jetable, la haine ou la peur de la « ringardise » et de l’opprobre qui y est associée, Macron constitue effectivement le dernier produit marketing à la mode.

Les effets positifs pour Hollande peuvent enfin se mesurer à gauche. L’hypothèse d’une concurrence de Manuel Valls, qui était envisagée, ne l’oublions pas, en 2014 (une éternité, hein…), est désormais écartée. Le Premier ministre est pleinement Premier ministre, coincé entre l’Elysée et l’ailleurs, obligé d’assumer tous les problèmes, contraint de parler et d’apparaître, empêché de s’autonomiser. Quant au positionnement de Hollande, il se trouve mécaniquement recentré par l’émergence de Macron. Ce serait ainsi une bonne introduction à la campagne formellement plus à gauche que prépare le président sortant (mâtinée aussi des bonnes vieilles recettes de l’antifascisme, bien entendu, et des clins d’œil terranoviens aux diverses catégories victimaires). Et un ralliement mis en scène de Macron parachèverait l’affaire en faisant réfléchir les ex-strauss-kahniens ou actuels juppéistes, les CSP+ qui veulent de l’efficacité et les « humanistes » horrifiés par le bling-bling (mais pas par la GPA 😡 ).

4. Mais évidemment, toutes ces manœuvres confusionnistes à la Hollande ont leur revers. Car si tous ces gens se présentaient réellement, ma foi, Hollande finirait peut-être à moins de 10 %… Mais si un seul se présentait, il ferait plus que prendre à celui qu’il est censé affaiblir et empièterait également sur le potentiel électoral hollandais.

La confusion doit donc durer jusqu’à la fin novembre mais ensuite, tout doit rentrer dans l’ordre. Toutefois, il sera peut-être difficile de faire rentrer tous les diables dans leurs boîtes, une fois tous sortis.

Hollande a la chance que les médias rentrent tous parfaitement dans son jeu, pour le moment. Mais il a face à lui de vraies forces, qui empêcheront probablement que son jeu ne fonctionne à plein.

D’abord, Mélenchon et le futur candidat de droite seront toujours là et la polarisation et la décantation à venir feront logiquement revenir les électeurs vers eux. L’intense et profonde impopularité du président et la difficulté de se repositionner à gauche en pleine loi El Khomri ne sont pas un gage d’avenir…

De même, Hollande est particulièrement affaibli à titre personnel et en termes d’autorité (si tant est que ce mot ait jamais pu lui être associé depuis 35 ans…). Et, de ce point de vue, les vagabondages de Macron (on parlait de « couacs » sous Ayrault, mais là, il n’y a plus de qualificatif, tant Macron se permet de contredire même le président dans les quelques minutes qui suivent ses déclarations), de Hulot, voire de Taubira (ou, en interne, de Montebourg) ne peuvent que renforcer son affaiblissement s’ils perdurent à l’excès.

Enfin, Macron, comme une rose « forcée » du Kénya destinée à un cadeau artificiel et éphémère d’un consommateur parisien, a trop vite émergé et pourrait ne plus faire effet dès l’été, ne perturbant finalement pas la primaire de la droite et du centre et ayant, dans l’intervalle, affaibli Hollande en renforçant l’image de « bazar » d’Etat.

5. Sauf, bien sûr, si Macron a bien échappé à son créateur, tel le pécheur originel (ce à quoi tout son être personnel et politique le renvoie d’ailleurs, soit dit en passant…) ou telle la créature de Frankenstein.

Dans ce cas de figure, Hollande aura été le plus imprudent des tacticiens politiques, même s’il faut relativiser les dégâts potentiels.

En effet, quand le schéma traditionnel aura repris ses droits, vers la fin novembre, Hollande sera le candidat du principal parti étiqueté à gauche, le PS. Et il aura face à lui la candidate du FN et le représentant de la droite et du centre-droit.

Surtout, même si Macron confirmait une candidature, il ne serait qu’une sorte de JJSS ou de Bayrou rajeuni. Quoi qu’il arrive, il aurait un candidat socialiste face à lui, soit Hollande, soit un(e) autre, réalisant évidemment l’unité du PS contre lui : ce n’est pas Collomb, Dray, Terrasse et quelques autres qui font la désignation du candidat, évidemment, et Valls et ses troupes se rangeraient plutôt derrière une Aubry perdante –et donc libérant la voie pour l’après-2017- plutôt que de soutenir le jeune rival direct ; quant au reste du PS, ma foi, avaler la loi El Khomri, après le tournant sécuritaire de novembre 2015, est bien entendu le maximum tolérable… Se rallier à une candidature Macron est proprement inconcevable.

Or, en dehors du PS, Macron n’a ni parti, ni structure forte et ancienne. « En marche! » n’est, pour le moment, rien du tout, quel que soit le battage médiatique effectué.

De plus, sa popularité est factice : tel un Kouchner populaire à droite ou une Veil populaire à gauche, il n’est pas si fort car le capital de popularité ou de sympathie ne se transformerait pas en votes sonnants et trébuchants.

En termes d’intentions de vote, les résultats des deux sondages IFOP et ELABE sont ainsi trompeurs : tester Macron comme candidat socialiste est proprement grotesque, car totalement irréaliste. S’il est candidat, Aubry, Montebourg, Valls, Hamon, peu importe, quelqu’un le sera contre lui, c’est une évidence, quand bien même il recevrait l’onction hollandaise (encore faudrait-il d’ailleurs que Le Foll, Cambadélis, Sapin, Le Drian ou Cazeneuve y consentent, ce qui est loin d’être garanti…).

Or, en cas d’hypothèse Aubry (ou Valls)-Macron-Bayrou contre Sarkozy, ou même Aubry (ou Valls)-Macron sans Bayrou face à Juppé, la division à gauche et au centre-gauche serait suffisante pour empêcher tout espoir d’éviter un duel de second tour FN-LR.

Les sondages sont essentiels et très utiles, sauf lorsqu’ils portent sur du vent, comme au cas d’espèce…

6. Plus largement, jusqu’à présent, le système politique n’a pas permis que l’émergence d’un candidat hors système partisan se transforme en succès présidentiel.

Avec Macron, l’élection de 2017 tient peut-être en effet son candidat « surprise ».

Car presque chaque élection a connu un emballement médiatique, voire sondagier, voire d’opinion, autour d’un nom qui tranche avec les candidats « institutionnels » et prévisibles, qui fait éventuellement « rêver » et qui, de plus en plus, se résume à un test avant lancement d’un nouveau produit…

De manière raisonnable, de tels emballements ont toujours échoué.

Parfois parce que la nouveauté fut diluée par l’institutionnel et le partisan,
déjà suffisamment nouveau en soi (Lecanuet en 1965, Giscard en 1974, Sarkozy et Bayrou en 2007, Le Pen et Mélenchon 2012),
ou faussement « hors système » ou « de renouveau » (Chaban en 1974 en réalité candidat par défaut du vieux gaullisme, Barre en 1988 en réalité candidat UDF, Balladur en 1995 en réalité candidat UDF),
ou suffisamment indécis pour maintenir en haleine médias et électeurs et empêcher les candidats « surprises » hors partis d’émerger (Delors en 1994-95, Villepin en 2005-06, Rocard en 1987-88).
L’élection de 1969 a constitué une exception, la candidature de Mendès-France n’ayant pu s’intégrer au jeu normal de la Ve République, par choix de principe.

Mais, plus sûrement, la nouveauté, la surprise, ont fait « pschitt » pour citer le président Chirac. Ainsi, Defferre (ou plutôt « Monsieur X » soutenu par JJSS) pour 1965, Coluche pour 1981, Juquin pour 1988, Tapie et Villiers pour 1995, Chevènement pour 2002, Bové et Hulot pour 2007, Villepin et Hulot pour 2012 ont tous bénéficié d’un emballement médiatique à un moment ou un autre, mais sans se muer en menace sérieuse.

Aujourd’hui, aucun candidat hors parti, ou issu de formations marginales, ou « citoyen » ne semble en mesure de s’imposer, car il est déjà presque trop tard : l’été approche, l’automne jusqu’en novembre sera « primaire », puis hollandais et éventuellement bayrouiste en décembre, puis la vraie campagne commencera, ne laissant plus, à partir de janvier, le champ libre qu’à des progressions surprises des grands ou moyens candidats déjà en lice. Et le mouvement social en cours, qui aurait pu porter une figure surprise, déjà faible dans un contexte économique rude et un contexte médiatique favorable au libéralisme bon teint (de Juppé à Macron en passant par Gattaz et Pigasse), se dilue sous les coups de boutoir de l’ultra-gauche (et des enfants glandeurs de l’élite bobo…).

Quant aux candidats des petits partis, ils manquent singulièrement de renouvellement, comme nous l’avons déjà remarqué à gauche et comme nous le soulignerons bientôt au centre et à droite.

Aussi, peut-être Macron sera-t-il le candidat surprise, le candidat virtuel mais jamais réel, le seul de cette élection. Le parallèle avec « Monsieur X », ou plutôt avec son concepteur, Jean-Jacques Servan-Schreiber, est d’ailleurs tentant… Mais ce centre-gauche moderniste n’a eu qu’une importance politique marginale, recyclé au centre, instrumentalisé par le giscardisme ou dissous dans la « deuxième gauche »…

Ces considérations nous amèneront naturellement à traiter prochainement du « marais central », avant de partir vers les contrées de l’extrême-droite et de la droite dure, qui promettent peu de surprises.

Gauche radicale, extrême-gauche et écologistes dans la présidentielle 2017: un paysage émietté et sans perspective, dominé par Jean-Luc Mélenchon et assez moyennement menaçant pour Hollande

Comme pour d’autres secteurs du panel politique, la gauche de la gauche pourrait bien proposer en 2017 un échantillon de candidatures identique à celui de 2012, façonné par le pur et traditionnel rapport de forces partisan, médiatico-sondagier et institutionnel.

1. A l’extrême-gauche, le paysage est simple. L’échec répété à toutes les élections locales fait que l’existence des avatars du trotskysme ne tient plus qu’au temps de parole gratuit lors de la présidentielle (et à l’influence délirante de leurs inspirations sur une grande partie des décervelés qui constituent « la jeunesse », des médias, de l’université et de l’intelligentsia salariée…). Aussi, LO présentera Arthaud, le NPA présentera Poutou et le POI tentera de présenter Schivardi (déjà candidat en 2007). La quête des 500 signatures sera de plus en plus difficile, le POI ne devant pas y parvenir, mais LO et le NPA sont rôdés à l’exercice. En outre, le soutien indirect du PS –pour affaiblir Mélenchon- n’est pas à exclure (la droite ayant, elle, davantage intérêt à pousser Duflot ou le candidat MRC…).

2. Au sein du Front de Gauche et de ceux qui se rattachent à la « gauche de la gauche », Mélenchon a, comme c’était éminemment prévisible (mais la paresse de ce blog en janvier n’a pas permis de l’affirmer dès le nouvel an!), annoncé sa candidature pour préempter le champ et éviter de s’embourber et de se démonétiser dans des combats internes stériles en vue d’une primaire mort-née. Tout cela était écrit d’avance et il est stratégiquement, politiquement et tactiquement normal que Mélenchon s’impose.

Mais, évidemment, la culture de cette frange de l’échiquier politique rejette les hommes providentiels. Or, Mélenchon, César et tribun et se prenant parfois pour Dieu, est le seul à avoir une assise idéologique (mélange de communisme, de vieux socialisme, d’écologisme radical, voire de praxis trotskyste) et un relais médiatique suffisants pour unifier l’électorat de cette mouvance, empiéter sur le PS et dépasser les 10 %, afin de continuer à exister.

Certes, le PCF est un peu marri de ne pouvoir présenter une tête d’affiche en mesure de le concurrencer et d’en être réduit à fournir les troupes (militants et élus) d’un chef qui n’est pas des leurs. Mais c’est la loi d’airain de la dure réalité politique et partisane… On imagine mal Pierre Laurent en mesure de galvaniser les foules et d’attirer les bobos déçus du socialisme, les gaucho-libertaires, voire quelques électeurs populaires hésitant à rejoindre le FN. Pierre Laurent voire quelque petit ambitieux du PCF (Dartigolles ?) essaiera en vain de nier cette réalité. Seul André Chassaigne pourrait être en mesure de faire un peu d’ombre médiatique à Mélenchon ; mais Pierre Laurent aurait trop peur d’être lui-même évincé et il n’est pas certain que la perspective de retrouver un score à la Lajoinie 1988 (au mieux) vaille vraiment la peine d’user les finances du parti.

D’une certaine manière, l’élément le plus gênant dans la relation entre Mélenchon et le PCF, c’est… le PS. Car il est clair que la technique du « salami » et de la division pourrait bien être appliquée au FG par Hollande. Le PCF dépend tellement du PS pour beaucoup de ses réélections locales qu’il pourrait être tenté de s’autonomiser. Mais le résultat serait le même pour Mélenchon si le PCF ne le soutenait pas : les électeurs sont bien loin de telles subtilités et votent pour un nom qui représente un courant, pas pour des petits logos au dos des tracts.

3. Au sein de la myriade de petits mouvements confidentiels de la gauche réellement radicale, seule Clémentine Autain dispose d’une reconnaissance médiatique suffisante pour envisager de se présenter. Mais le discours sur le « collectif » et la faiblesse des troupes et des structures qui pourraient la soutenir (seul le PCF pourrait faire quelque chose pour elle…) rendent l’hypothèse très peu probable.

Plus largement, pour la gauche de la gauche, c’est un peu Mélenchon ou rien.

Car, tous ces nains ne peuvent exister sans une primaire. Mais de primaire élargie, il n’y aura pas, car les « institutionnels » (Mélenchon, Duflot, voire Faudot) n’y ont pas intérêt, puisqu’ils ont déjà leur structure, voire leur légitimité et leur base électorale. Et, quand bien même il y aurait une primaire, les nains n’auraient aucune chance de la gagner contre le seul candidat à la surface nationale clairement établie, Jean-Luc Mélenchon.

4. Quant à élargir le champ de la gauche radicale pour y inclure les « compagnons de route » ou l’aile gauche du PS, cela ne changerait rien à la domination mélenchonienne.

Il est d’abord peu probable qu’un hiérarque significatif du PS (non, je ne parle pas de Marie-Noëlle Lienemann ou de Gérard Filoche…) fasse dissidence. Comment un ténor ou un demi-ténor du PS peut-il envisager un avenir sans le parti, car il serait contraint d’en démissionner (comme Mélenchon en son temps) ou d’en être exclu. Ce serait perdre toute chance personnelle pour l’avenir, tant il faut passer par les partis existants pour pouvoir progresser, quels que soient les discours sur « la fin des partis ».

En outre, encore faudrait-il que les forces à la gauche du PS acceptent de voir débarquer un nouveau « leader naturel », tout juste sorti du parti du président, mais pas forcément « supportable » au plan personnel, pas forcément très fort en termes de potentiel électoral et qui impliquerait un retrait de Mélenchon, ce qui est inconcevable.

Batho aurait le profil idéologique et personnel et serait probablement disposée à quitter le PS ou à en être exclue, mais elle n’a pas de troupes et ses difficultés relationnelles semblent l’avoir grillée auprès de beaucoup.

Peillon est retraité. Quilès est d’un autre siècle. Lienemann également. Emmanuelli est rentré dans le rang.

Hamon est déjà assez inaudible au sein de son parti en ce moment : il n’a pas besoin de passer pour un traître et de se retrouver en position subsidiaire par rapport à Mélenchon. Il doit surtout cultiver l’après-2017 et éviter de se faire souffler la tête de l’aile gauche et des aubrystes par Anne Hidalgo. Son objectif, c’est clairement d’être le futur concurrent direct de Valls pour l’après-2017, le Copé d’un Valls-Fillon si l’on veut filer une comparaison un peu bancale, tout de même… 😛 car Valls est loin de contrôler le parti… sauf si tous les hollandais le rallient, ce qui est loin d’être acquis.

Montebourg est trop fantasque et bourgeois et, testé dans les sondages au sein de la gauche, il est désormais relativement marginalisé, arrivant derrière Mélenchon. En outre, ses troupes sont quand même assez clairsemées et pas forcément disposées à quitter le PS (Paul, Baumel, Kalfon,… même si Filippetti, issue d’EELV, pourrait sûrement se faire violence une dernière fois, malgré son « embourgeoisement » prononcé). Son heure semble passée ; elle n’aurait de toute façon été que celle d’un Mélenchon plus jeune, plus affable et plus télégénique… Ses velléités de candidature ne peuvent s’exprimer qu’à l’intérieur du PS et il y est trop minoritaire pour prétendre imposer une primaire, qu’il ne gagnerait d’ailleurs pas. Comme cela a déjà été indiqué ici, seule Aubry a la surface suffisante en interne pour, d’abord, forcer à la primaire, ensuite, la remporter. Or, l’affaire des « frondeurs » à l’occasion du 49-3 montre que les vrais aubrystes se pensent et agissent comme des médiateurs entre l’aile gauche du PS (frondeurs « purs et durs » et « montebourgeois ») et le marais hollandais.

– Enfin, les frondeurs n’ont pas fait émerger de leader clair, ne constituent pas un ensemble totalement stable et bien défini (Germain ou Galut sont-ils des frondeurs ?) et ceux qui sont les moins anonymes (Paul, Maurel, Baumel) sont de vrais membres du PS et n’ont pas de raison de le quitter, sauf si Macron en devenait le premier secrétaire. Les frondeurs attendent plutôt leur heure, après la défaite de 2017, pour conquérir le parti via Hidalgo, Hamon ou une alliance avec des hollandais « de gauche ».

5. Christiane Taubira, parmi les « compagnons de route » du pouvoir, est certainement la seule légitime et la seule possible pour affronter Mélenchon ou se présenter contre lui. Mais son positionnement mouvant, ses volte-face tactiques, le mauvais souvenir de 2002 (où elle avait probablement été celle, avec Chevènement, qui avait le plus contribué à l’élimination de Jospin), son autoritarisme et ses relations personnelles (hors champ des caméras) généralement exécrables, affaibliraient nettement sa capacité de nuisance. En outre, s’il prenait à Hollande l’idée de s’en servir contre Mélenchon, l’effet boomerang serait certain, Taubira constituant un réceptacle idéal (et renouvelé par rapport à 2012) pour accueillir les bobos qui avaient assuré un beau printemps électoral à Mélenchon il y a 5 ans ; or, le PS a besoin de ces voix, pas qu’elles glissent de Mélenchon à Taubira, ce qui ne sert à rien ; déjà que Macron semble avoir échappé à son créateur, il ne faudrait pas connaître la même mésaventure sur l’aile gauche.

Quoi qu’il en soit, elle n’a pas montré une appétence particulière ; elle n’est pas particulièrement brillante dans les sondages de popularité ou sur une éventuelle primaire de gauche, même si elle tient la comparaison avec Montebourg, voire le dépasse ; elle n’apparaît nullement connectée au mouvement social et à la contestation gauchiste actuels, ce qui aurait pu lui offrir un tremplin. Surtout, même face à elle, Mélenchon ne renoncerait pas. Toutefois, il perdrait forcément des voix, mais la face du 1er tour n’en serait pas transformée.

6. Le MRC a annoncé son intention de présenter Marc Faudot. Le MRC n’a plus les réseaux locaux d’antan, mais le mouvement chevènementiste est peut-être un des petits partis qui peut encore franchir la barre des 500 signatures, surtout si la droite l’aide un peu… Car cette candidature, si elle a peu de chances de retrouver les élans chevènementistes, pourrait très bien dépasser le 1 % et constituer une véritable gêne potentielle pour le candidat Hollande, surtout si elle trouve une résonance parmi l’aile laïciste et l’aile sécuritaire des socialistes.

7. Robert Hue n’aura pas réussi à devenir ministre (comme Bennahmias, d’ailleurs : ils auront très mal joué, par rapport à l’opportuniste absolue, Emmanuelle Cosse), mais il ne peut non plus rêver à une nouvelle candidature à la présidentielle. Son mouvement, le MdP (mouvement des progressistes) doit donc tenter de présenter le quidam Sébastien Nadot. S’agit-il d’une vraie déception de Robert Hue et d’un coup de pied de l’âne à Hollande ou bien s’agit-il d’une énième manœuvre suscitée par le président sortant pour affaiblir, cette fois-ci, le candidat MRC (leur quête des 500 signatures serait clairement en concurrence directe) ou, encore une fois, Mélenchon ? Hollande fait peut-être à Mélenchon, en se servant de Hue, ce qu’il voulait faire à Duflot, en se servant de Hulot…

Car, si Hollande s’est déjà servi de-ci de-là de Hue pour tenter d’affaiblir Mélenchon et le PCF (et de Bennahmias, puis Placé et Rugy, puis Hulot, pour affaiblir Duflot et EELV), il n’a pas de raison d’aider à une candidature qui ajouterait de la confusion à gauche.

8. S’il est pertinent d’inclure les écologistes d’EELV (les seuls qui seront présents à l’élection) au présent article, c’est que Duflot devrait être leur candidate et qu’ils se situent désormais hors de la gauche de gouvernement, dans un gauchisme libertaire et multiculturaliste qui fait paraître certains vieux communistes (plus bien nombreux, il faut le reconnaître…) pour de vilains conservateurs et réactionnaires…

Les écologistes ont, ainsi qu’expliqué dans un précédent article de ce blog, subi la technique du « salami » appliquée par Hollande. Mais le départ de Rugy, Placé, Pompili, Baupin, Cosse, Durand, etc., n’est problématique pour EELV qu’à court terme et du point de vue médiatique.

D’abord, les écologistes « de gouvernement » ne se sont pas structurés de manière forte et n’ont pas entraîné derrière eux des structures locales et des élus en mesure de leur fournir 500 signatures ; d’ailleurs, ils seraient bien en peine de faire émerger un leader incontestable, quelle que soit la conviction de Placé sur son propre destin personnel… (on serait même tenté d’écrire Destin avec une majuscule!). Certains se rallieront peut-être simplement à Hollande, espérant au moins ne pas faire plus mal que Filippetti en termes de carrière (en termes de vie privée, les écologistes ont déjà fait nettement mieux, avec les divers couples Duflot-Placé, Sas-Placé, Sas-Canfin, Cosse-Baupin, Duflot-Cantat, Pompili et tutti quanti).

Certes, le parti EELV est affaibli, mais il persiste, sa structure de base, sa « marque », son association de financement aussi, l’essentiel des parlementaires, même hors EELV, continuent de l’alimenter financièrement. On n’insistera jamais assez sur l’importance et la force d’inertie liée à la prégnance du financement public, qui fige pour 5 ans les situations à la suite des législatives précédentes, comme l’a montré la difficulté pour Fillon de s’extraire de l’UMP fin 2012. Les recompositions politiques ont lieu dans la foulée d’une présidentielle, en vue des législatives, rarement avant.

De plus, les Verts ont toujours eu un candidat présidentiel depuis 1974. Ils ont même plutôt connu la nécessité de choisir parmi plusieurs possibles (Lipietz-Mamère, Cochet-Voynet, Waechter-Lalonde, etc.).

En outre, l’ambition et l’ego personnels de Duflot rendent peu probable son renoncement.

Comme d’autres (PG, DLF, LO, NPA, MoDem), EELV existe en fait bien davantage par une présence présidentielle tous les 5 ans que par un élargissement progressif du nombre de ses élus et de ses réseaux. La personnalisation, la médiatisation, les phénomènes de « marque » et de name recognition font qu’il vaut mieux, du point de vue de ces structures partisanes, réaliser 2 % à la présidentielle tous les 5 ans et négocier quelques portefeuilles ministériels pour leur petite « élite » interne, plutôt que de tenter de devenir un parti de masse.

La candidature Duflot ne serait menacée que par deux hypothèses peu probables :
– l’émergence d’une candidature interne concurrente : mais les « poids lourds » d’EELV sont partis ; Mamère ne se positionne qu’en recours en cas de défection de Duflot ; seul Jadot pourrait encore concurrencer Duflot, mais celle-ci contrôle probablement davantage de troupes et a la main sur l’appareil ;
une candidature externe forte : Waechter est certes de nouveau candidat mais a peu de chances d’avoir ses 500 signatures (et on a écrit « forte »…) ; le danger vient surtout de Nicolas Hulot, mais son caractère velléitaire et sa difficulté à progresser hors de structures à sa dévotion rendent peu probable la matérialisation d’une candidature ; quand bien même il le serait, il n’est pas certain que Duflot renonce, trouvant toujours prétexte à déceler une tendance trop droitière de Hulot, constatant l’explosion de la bulle médiatique  dudit Hulot ou dénonçant ses lacunes hors du champ environnemental. Enfin, nous y reviendrons, mais la pseudo-surprise de 2017 (il faut toujours qu’il y en ait une avant une présidentielle) est peut-être déjà passée, avec Macron.

Une petite incertitude pèse également, celle des 500 signatures. Les défaites municipales et régionales ont réduit drastiquement le nombre d’élus EELV et il n’y a aucune raison que le PS leur fasse un cadeau. Néanmoins, depuis 40 ans, les Verts n’ont jamais été inquiétés, qu’ils aient présenté des environnementalistes ou des gauchistes, des extérieurs ou des apparatchiks, des candidats médiatiques ou non.

Evidemment, à l’élection, Duflot risque de réaliser un score à la Joly et de se décrédibiliser définitivement. En effet, l’écologisme français des Verts prospère encore sur l’illusion de certains électeurs qu’ils ne font que défendre la nature ; sur ce créneau, une concurrence hulotienne ferait perdre nombre de voix potentielles. Par ailleurs, le rôle d’exutoire pour les électeurs socialistes déçus ou frustrés, qui a assuré de tels succès à EELV aux européennes (2009, mais aussi, de manière relative par rapport au PS, 2014) et aux régionales (2010), fonctionne moins à la présidentielle et bénéficiera davantage à Mélenchon (fonctionnaires, « intellectuels », bobos désargentés), à une candidature centrale (Bayrou s’il parvient à se renouveler, Hulot ou Macron), voire à Juppé (professions libérales, bobos « argentés »). Enfin, il est peu probable que la carrure personnelle de Duflot lui permette de briller au cours de la campagne.

Ce pourrait donc être aussi son échec définitif et, avec la marginalisation qui les attend aux législatives (l’appareil « khmer vert » ayant refusé un accord avec le PS), une période d’éclipse pour EELV. Mais le créneau subsistera et, sauf à ce qu’un Hulot ou un autre personnage ayant une aura médiatique parvienne à structurer différemment le courant ou à ce que les Placé, Rugy et alii soient réellement capables de fonder un parti qui se substituerait à EELV dans le champ politique, les Verts ne disparaîtront pas non plus totalement.

9. Il faut enfin faire un sort particulier aux candidats régionalistes, dont l’apparition impacterait essentiellement la gauche.

Même si l’est de la France montre qu’ils ne sont pas toujours à gauche, le seul ayant quelque chance de rassembler 500 signatures, Christian Troadec, maire « bonnet rouge » de Carhaix en Bretagne, se situe clairement à gauche de la gauche et aurait un effet très négatif pour Hollande dans le centre-Bretagne, voire, si des Occitans, des Catalans, des Basques ou des Corses le soutenaient, dans d’autres régions socialistes. Bien sûr, le concept d’un candidat régionaliste unique semble illusoire et, lorsque des regroupements de listes ont été présentés aux européennes, chaque électeur votait bien pour « son » régionaliste. Néanmoins, il est certain que le président sortant garde un œil sur cette candidature potentiellement dangereuse. Si le ministre de la justice Urvoas, voisin, s’est précipité pour dire qu’il n’aurait pas ses 500 signatures, c’est bien que le risque est réel. Jean Lassalle pourrait cependant lui faire concurrence auprès de petits maires ruraux et l’empêcher d’obtenir des signatures en Béarn et Pays Basque.

De même que Troadec, Oscar Temaru, dans le Pacifique, à la tête d’un parti plutôt « progressiste », pourrait gêner Hollande en Outre-Mer, là où la droite a fortement reculé depuis les années 1980 et où le FN n’a pas réussi à s’implanter. Même s’il a un nom connu, Temaru aura toutefois encore plus de difficultés que Troadec à réunir les 500 signatures, d’autant qu’un soutien d’élus antillais, guyanais, réunionnais ou même néo-calédoniens à sa démarche est loin d’être assuré. Protester et revendiquer de la même manière à l’égard de la métropole est une chose, s’unir autour d’un porte-voix en provenance d’une seule des collectivités d’Outre-Mer, c’en est une autre.

10. Ainsi, Hollande a peu de soucis à se faire sur son aile gauche : hors Mélenchon, il est fort peu probable qu’émergent beaucoup de candidatures entraînant, par elles-mêmes, un « effet 2002 ». Et le paysage devrait être fort banal : Arthaud, Poutou, Mélenchon, Duflot. Et le vote utile jouera, même si peut-être un peu moins qu’en 2012.

En revanche, sa faiblesse propre pourrait très bien favoriser l’émergence de Mélenchon jusqu’à 15 %, si la politique Valls-Macron-Sapin était trop prédominante dans le paysage. En outre, sa faiblesse est telle et son rejet est tellement fort, certes à l’extrême-droite et à droite, mais y compris au centre-droit et au centre, qu’il a fort peu de chances de dépasser son socle naturel, entre 15 et 20 % ; les hypothèses sondagières avec Macron ou avec Valls montrent ainsi un petit effritement à gauche, mais limité à 2 points au maximum, alors qu’existe un gain au centre, d’environ 5-6 points pour Valls, mais jusqu’à 10 points pour Macron. D’ailleurs, Sarkozy, repoussé vers la droite, ne serait pas qualifié pour le second tour, dans une hypothèse Macron-Bayrou testée récemment par ELABE : a contrario, cela souligne la faiblesse personnelle de Hollande.

Mais les « cadeaux » sonnants et trébuchants qui commencent d’être distribués montrent que le président sortant va tenter de plaire sur sa gauche. Il est en effet clair que, dans une configuration de bonne mobilisation à droite (voire de gains au centre en cas de candidature Juppé) et de qualification déjà assurée pour une Le Pen maintenant une orientation populiste et « populaire » (contre la ligne droitière de sa nièce), il ne reste plus à Hollande qu’à s’orienter à gauche pour tenter de mobiliser son camp de base.

Le choix hasardeux de la loi El Khomri et l’absence totale de maîtrise du calendrier ne favorisent pas cette évolution, mais Hollande doit penser que tout cela sera terminé en septembre et que les débats télévisés de la primaire de droite, avec des surenchères libérales (économiquement) et sécuritaires, lui permettront de se couler facilement dans le costume du « recours » de gauche, protecteur, social, un tantinet libertaire et un peu moins « casqué »…

De ce point de vue, « laisser Macron en liberté » a l’avantage de ramener Hollande vers la gauche, ne serait-ce que visuellement, tout en occupant l’espace médiatique et en jetant l’habituelle confusion dont raffole le président sortant.

Ces différents développements nous conduiront ainsi à revenir d’ici le week-end sur l’hypothèse Macron et sur son insertion éventuelle dans les tactiques politiques hollandaises du moment qui consistent à diviser à gauche, à gêner tous ses adversaires mais qui pourraient produire un effet « boomerang » (Hulot, Taubira, Hue et donc Macron).

Présidentielle 2017 : existe-t-il vraiment des alternatives à Hollande au sein de la gauche de gouvernement ?

Pour faire suite au précédent article sur les difficultés sondagières du président sortant, voyons s’il peut être évincé au sein de son camp.

1. Il faut toutefois le répéter en préambule : Hollande sera candidat. La politique et même la pure politique électorale sont sa vie : il n’a jamais rien fait d’autre, n’ayant jamais été ministre et étant resté très peu de temps responsable d’un exécutif local. En outre, il sait que la volatilité de l’électorat s’est accrue et que le temps médiatique est toujours plus rapide et fractionné, autorisant théoriquement des rebonds significatifs et des victoires surprises. Enfin, il ne veut pas rester dans l’histoire comme celui qui aura renoncé.

Il n’en reste pas moins que, comme évoqué dans un précédent article, une érosion sondagière telle qu’elle le situerait au niveau ou en-deçà de Mélenchon et/ou Bayrou pour une longue période de temps poserait réellement la question de sa candidature. Après tout, des cadres du PS pourraient eux-mêmes finir par demander l’application des statuts du PS qui prévoient l’organisation d’une primaire « citoyenne » et ouverte, même en cas de président sortant.

Cet article n’est donc pas forcément de pure spéculation. Quand bien même le serait-il, c’est le plaisir de la « politicaillerie »…

2. Hollande cherche depuis le début à détruire toute possibilité de primaire, au sein du PS et plus largement, avec le soutien de l’apparatchik Cambadélis et de manière tellement évidente que l’on se demande si beaucoup de gens de gauche et de médias qui croient encore que la hiérarchie élyséenne et solférinienne pourrait la laisser se dérouler sont réellement aussi naïfs… Bien entendu, on proclame partout que l’on souhaite une primaire, d’autant plus que l’on pense exactement l’inverse.

Plus le temps passe, moins l’organisation matérielle en sera possible, évidemment. Il est même probablement déjà trop tard, lorsque l’on voit la longueur du processus au sein de LR.

Ensuite, entretenir le flou sur le périmètre est le meilleur moyen d’assurer que les multiples chapelles de gauche discuteront à l’envi, au-delà même d’avril 2017… Les socialistes ne veulent pas trop l’élargir par peur d’une prise en otage par un candidat extérieur ; la gauche radicale ne veut pas de Hollande lui-même ; les écologistes sont divisés ; chacun a un avis sur l’électorat, sur les candidatures, sur les modalités, sur les engagements réciproques, sur les conséquences sur les candidatures du 1er tour de la présidentielle, etc. Cambadélis peut même se permettre de faire du zèle sur la participation, l’élargissement, l’organisation, car il sait que ce sera toujours inacceptable pour tel ou tel, chaque groupuscule ou candidat putatif en paralysant un autre. Et les distances idéologiques sont telles qu’aucune primaire marge de gauche n’est envisageable.

Ainsi, sous couvert de démocratie, de concertation, de débat, on gagne du temps, on s’assure que rien n’aura été décidé à l’automne, période qui sera ensevelie sous les débats de la primaire de droite et à laquelle il sera trop tard pour organiser quoi que ce soit de sérieux. C’est basique, mais cela fonctionne apparemment très bien.

D’ailleurs, la gauche radicale elle-même n’a pas forcément d’autres visées : Mélenchon n’a que faire des primaires ; les petits candidats potentiels ne veulent pas d’une primaire trop large qui les empêcheraient de gagner sur leur petit créneau.

En interne au PS, la volonté n’est pas forcément farouche non plus, même de la part des opposants à Hollande. Ce serait prendre le risque d’un fiasco: Mélenchon devant plusieurs candidats PS, un président sortant devancé par une candidature interne… du jamais vu.

3. En effet, qui d’autre qu’Aubry pourrait sérieusement contester le leadership hollandais ?

Aubry serait la seule à disposer de l’assise électorale interne, de la légitimité historique et des réseaux nécessaires pour l’emporter sur Hollande. Mais elle n’en a plus envie. Elle est dans un mélange de velléité, d’orgueil et de rancœur, qui l’empêchent d’aller vraiment jusqu’au bout (sa candidature à la primaire de 2011 s’est faite à reculons et elle ne s’est vraiment investie que dans l’ultime débat de second tour contre Hollande : trop tard…), mais font qu’elle ne se reconnaît pas vraiment d’héritier et la motivent pour saboter le parcours des « camarades ». De surcroît, lorsqu’elle a été testée dans un sondage IFOP d’octobre 2014, elle était au même niveau qu’Hollande au 1er tour de la présidentielle, voire pire. Ses défaites successives aux départementales et aux régionales l’ont également fortement affaiblie.

Valls s’est finalement banalisé en tant que Premier ministre et il a quasiment rejoint tous ses prédécesseurs dans les bas-fonds sondagiers. Dans les hypothèses où il est testé à la place de Hollande, il ne fait pas tellement mieux que lui (1 à 2 points d’écart en moyenne). A l’automne dernier, il a probablement raté une sortie du gouvernement à la Rocard (quand ce dernier avait pris –un véritable- prétexte en 1985 pour démissionner, refusant la proportionnelle aux législatives que le machiavélique Mitterrand mettait en place pour assurer un groupe FN à l’Assemblée et gêner la droite, ce qui avait presque totalement réussi). Il lui fallait trouver une bonne occasion, mais elle n’est pas venue. Pire, les attentats du 13 novembre 2015 l’ont contraint à rester, en plus sans que le virage sécuritaire lui profite réellement, étouffé qu’il est entre Hollande et Cazeneuve.

Le but de Valls est maintenant de tenter la prise du PS en 2017, après la défaite. Ce sera difficile. Sa base est faible même s’il a étoffé (un peu) ses réseaux. Il devra surtout tenter de récupérer une bonne partie des hollandais. Ce n’est pas impossible dans le cas des Sapin, Le Drian, Le Foll. C’est beaucoup moins sûr dans le cas des Cazeneuve, NVB, Le Roux, Feltesse, Dray, Cambadélis, soit qu’ils soient plus à gauche (Le Roux, Cambadélis) ou qu’ils veuillent tenter leur propre chance (NVB) ou qu’ils souhaitent déjà passer à Macron (Dray).

Ce dernier est évidemment gênant pour Valls dans la mesure où il lui vole son créneau du réformiste permanent, de la jeunesse et du renouveau. Mais, à terme, ce n’est pas forcément mauvais car cela peut lui permettre de se recentrer au sein du PS et d’occuper la même position que celle de Hollande en son temps. Il pourrait ainsi, au-delà d’anciens rocardiens, rallier d’anciens jospinistes, d’anciens strauss-kahniens de gauche et d’anciens royalistes. Il ne serait pas étonnant de voir Valls, pendant la campagne, si Hollande ne le fait pas suffisamment lui-même, se poser en conscience de gauche… Encore faut-il que Macron ne soit pas complètement externalisé du PS et qu’il reste à bonne distance.

Macron s’inscrit en effet encore dans la gauche de gouvernement et il est justifié d’en dire quelques mots ici. Hollande, en le lançant, a voulu affaiblir Valls, en trouvant plus jeune et plus « perturbateur » que lui, et, dans un second temps, Juppé. Peut-être a-t-il voulu imiter Mitterrand lançant Tapie contre Rocard aux européennes de 1994 (avec un succès certain, puisque Rocard fut ainsi détruit avant la présidentielle de 1995). Mais, comme souvent, Hollande s’est emmêlé les pinceaux : en 1994, Mitterrand achevait son 2e mandat (et sa vie) et n’avait rien à craindre personnellement d’un effet boomerang de Tapie ; aujourd’hui, Hollande n’a rien à craindre de Valls, qui a raté l’occasion (si tant est qu’il en ait eu une) de partir avant de sombrer ; et l’électorat modéré recherchant l’efficacité et la réforme, qui l’avait soutenu en 2012, ne le soutiendra pas en 2017 seulement parce qu’il promettrait vaguement de placer Macron à Matignon.

Finalement, l’opération se retourne contre Hollande,
en brouillant l’image de l’action présidentielle et gouvernementale,
en agaçant toute la gauche, alors qu’Hollande a d’abord besoin de remobiliser son camp et non de penser prendre des voix au centre-droit, ce qui n’est probablement plus possible, vu le niveau de rejet même parmi ces électeurs-là,
en créant une nouvelle menace de candidature potentielle sur son flanc droit, alors qu’il ne peut se permettre de se retrouver coincé en tenaille entre Mélenchon et le centre ; il perd tout le bénéfice de la technique du « salami » appliquée à EELV et de la flatterie appliquée à Hulot, destinées à éviter une candidature au centre-gauche, et de l’innocuité supposée de Bayrou en 2017 (soit qu’il se retire en cas de candidature Juppé, libérant –selon l’espoir de Hollande- quelques points au centre-gauche ; soit qu’il se présente, prenant à Sarkozy davantage qu’il ne prendrait à Hollande).

Si, finalement, il prenait l’envie à Macron de prendre totalement son autonomie, de se présenter ou, en tous les cas, d’alimenter la chronique encore plus longuement que prévu, il y aurait ainsi le spectre d’un Bayrou jeune ou d’un Borloo à jeun, tous éléments évidemment défavorables à Hollande dans la perspective d’un premier tour « make or break ». La comparaison avec la créature du docteur Frankenstein est donc tout à fait pertinente (même si elle est évidemment très exagérée : cette pauvre créature est quand même beaucoup moins froide et carnassière que Macron 😀 ).

Hollande doit désormais parvenir à le liquider sans en faire un martyr (ce que Macron cherche manifestement) : il ne peut l’éjecter du gouvernement trop vite. Peut-être que s’appuyer sur Valls, le plus menacé par Macron à moyen terme, constituera la solution. Laisser Macron présenter un projet de loi dans lequel il s’enlisera et se dévalorisera ? Ou le « promouvoir » à un poste ministériel en réalité plus exposé ? Le pousser à partir mais dans de mauvaises conditions, en s’assurant qu’aucun parlementaire ne le suivra, afin de lui assurer une destinée à la Villepin ? Mais Macron pourrait lui aussi chercher une sortie à la Rocard 1985.

Toutefois, le destin Villepin 2011 est le plus probable, car le phénomène Macron est largement factice. C’est bien entendu le candidat idéal du « système » médiatique et capitalistique dominant : libéral en économie, libéral sur le plan sociétal, sans aucun tabou, riche, jeune et télégénique. Mais son succès tient largement aux électeurs du centre et de droite, un peu à la manière de Kouchner en son temps (ou de Veil à l’égard du bord opposé). Jamais un Kouchner ou une Veil n’ont réussi à s’imposer nationalement. Et Villepin n’a eu ses moments de gloire en 2011 que parce que les médias (Canal+ l’invitant à répétition, sûrement pour gêner Sarkozy, mais quand même…) et certains bobos riches s’étaient entichés de lui.

C’est de toute façon trop tôt pour Macron. Si certains sondages ont pu le placer assez haut parmi les candidats alternatifs de gauche, ce n’est qu’auprès de l’ensemble des Français (ce qui n’a pas de sens) ou, à gauche, en proposant à la fois Aubry, Hidalgo, Montebourg, voire Hamon (ce qui n’a pas davantage de sens : l’aile gauche ne serait jamais aussi divisée).

Hidalgo, justement, n’est évidemment pas mûre pour être en première ligne cette fois-ci (sur le fond, elle ne le sera jamais :p : je m’exprime ici du simple point de vue tactique et électoral !). Mais elle est clairement en position de reprendre l’aile gauche du PS dès le lendemain de la défaite de 2017. Et donc peut-être le parti lui-même si les non-aubrystes ne se coalisent pas.

Elle a le bénéfice de la place forte parisienne, aujourd’hui plus à gauche que les vieux bastions populaires et seule vraie victoire locale depuis 2012 (avec la consolidation de Collomb à Lyon)… Elle a le bénéfice d’un soutien assez général du courant aubryste, auprès duquel Hamon n’a pas cherché ou réussi à s’imposer. Elle se positionne de manière presque caricaturale en libertaire sociétale et en socialiste vieux jeu sur le plan économique : un mélange évidemment gagnant en interne au PS (et à l’ensemble de la gauche, d’ailleurs). Elle est une femme et elle est d’origine étrangère : fantastique sur le plan symbolique. Son mari, Jean-Marc Germain, ancien collaborateur d’Aubry, est un des chefs des frondeurs et lui assurera le soutien de ces derniers : comme chez EELV, on n’est jamais mieux servi qu’en faisant de la politique en couple (Cosse-Baupin, Sas-Canfin, Placé-Duflot, Placé-Sas, etc.) et MAM et POM sont des petits joueurs !

Bref, un affrontement Hidalgo-Valls se profile probablement à la tête du PS. Peut-être un remake du congrès de Reims de 2008 entre Aubry et Royal (avec Hidalgo et Valls aux premières loges dans chaque camp, d’ailleurs). Toujours est-il que ceux-là ne prendront pas le risque de s’abîmer prématurément à tenter de remplacer Hollande: qu’il perde seul et solde la période pour mieux repartir en 2022…

Hamon aurait pu être le grand espoir de l’aile gauche, mais il a mal manœuvré. Comme Peillon en son temps, il est difficile d’en déterminer les raisons exactes. Faible sens tactique ? Problèmes de personnalité ? Espérance erronée dans une transmission de sceptre de la part de l’acariâtre et bornée Aubry ? Toujours est-il que le fantasque Montebourg l’a emporté dans son « ailleurs » et qu’il ne s’en est pas relevé. Même s’il était resté au gouvernement, la position de ministre de l’Education nationale n’aurait cependant pas été favorable pour la suite d’une carrière politique.

Son tour semble passé, mais peut-être trouvera-t-il quelque possibilité d’alliance avec Valls pour écarter Hidalgo, comme il l’a fait pour écarter Ayrault en 2013-14. Cela reste acrobatique.

Montebourg est trop inconstant. A-t-il d’ailleurs réellement envie de mener une campagne présidentielle ? C’est peu probable. Il n’a jamais structuré de courant et n’a fait que surfer sur son relatif succès à la primaire de 2011. Il commence en outre de ne plus vraiment incarner le renouveau. Il n’aurait une utilité que si Hollande décidait de le rappeler au gouvernement pour tenter de faire de l’ombre à Mélenchon : mais que de couacs en perspective pour un résultat tout sauf assuré…

Fabius et Delanoë sont désormais retirés, leurs troupes s’éparpillant vers Hollande et Aubry. Peillon a abandonné. Moscovici a trouvé sa sinécure pour quelques temps encore. Bartolone s’est « grillé » avec sa campagne régionale. Vallaud-Belkacem est trop jeune et trop prudemment ambitieuse pour se dilapider prématurément (elle n’aurait de toute façon pas l’assise interne suffisante, n’étant pour le moment qu’une personnalité de second rang).

Même s’il y avait contestation de son leadership, Hollande parviendrait à s’imposer, par réflexe légitimiste et par organisation d’une primaire moins « ouverte » et « citoyenne » que ne le prévoient les statuts (en clair, un tranquille vote interne de ratification auprès du reste d’adhérents que comptent le parti et le PRG, plus une ou deux officines à la Bennahmias, à la Placé ou à la Hue). Certes, il serait affaibli, comme Ford par Reagan en 1976, Carter par Ted Kennedy en 1980 ou Bush Sr par Buchanan (repris par Perot, en quelque sorte) en 1992, mais il finirait par être le candidat officiel. Même les demi-sortants Gore et Bush Sr l’avaient emporté sur Bradley en 2000 et Dole et Robertson en 1988. Seul LBJ avait dû renoncer en 1968, mais le bourbier vietnamien était quand même une circonstance très particulière et RFK un opposant autrement brillant que les noms que nous venons d’égrener.

4. Quant à la gauche au sens large, l’effacement de l’extrême-gauche trotskyste, orpheline de ses vedettes Laguiller et Besancenot, l’émiettement de la gauche radicale derrière un Mélenchon désormais banalisé et qui est un moindre mal pour Hollande, et les déchirements des Verts assurent à Hollande une situation moins problématique qu’il ne pouvait le craindre au regard de son affaiblissement inégalé. Nous reviendrons sur la gauche de la gauche et sur les écologistes, mais évoquons quand même ces forces politiques, du seul point de vue hollandais.

Il a parfaitement mené l’opération « salami » sur EELV, tel Staline et Jdanov à la fin des années 1940 dans les pays d’Europe de l’Est, découpant progressivement les autres partis pour renforcer progressivement le PC local et lui faire prendre insensiblement tous les leviers du pouvoir. Aujourd’hui, Hollande applique le même principe à EELV pour rallier (faussement) les élites du parti moyennant quelques menus postes. Hollande n’a même pas besoin que se reconstitue un parti écologiste modéré et le chaos actuel lui convient parfaitement : Cosse, Baupin et Pompili n’ont pas rejoint Rugy, Placé et Bennahmias et restent dans un entre-deux ; il ya quasiment autant de structures que de personnes…. Le PS n’a même plus la nécessité tactique de s’embêter à assurer un groupe parlementaire auxdits cadres ; certains suivront sûrement le chemin de Filippetti en se fondant dans le PS ; mais les convertis de fraîche date sont souvent les soldats les plus ardents… Cela évite aussi qu’une structure efficace soit disponible pour Hulot.

Concernant ce dernier, Hollande a fait tout ce qu’il a pu pour le réduire. Il y est presque parvenu et, si le danger n’est pas complètement écarté, il est suffisamment amoindri pour qu’en cas de décision de Hulot d’y aller quand même, la bulle explose rapidement, selon un schéma bien connu pour les candidatures « autres » (Bové, Coluche, CPNT,…) ou les carrières issues de la « société civile » (Tapie, Kouchner, Schwartzenberg, Breton, Mer et tant d’autres). De ce point de vue, le calcul tactique de Hollande est juste.

Plus largement, le président sortant tentera peut-être d’appliquer la technique du « salami » à la gauche de la gauche. La promesse de circonscriptions législatives permettra peut-être de détacher le PCF de Mélenchon.

De son côté, la « belle alliance populaire » (que l’on me permette un ROFLMAO) a, elle, pour objectif de diluer au maximum les autres candidats de gauche ou de les rapprocher de manière factice pour qu’ils s’entre-déchirent et s’annulent d’autant plus. Ce concept de « dépassement » du PS qu’avait avancé Cambadélis découlait d’une volonté initiale de recréer la France Unie du Mitterrand de 1988. Hollande étant très loin de ce modèle, a minima, le « dépassement » du PS doit servir à brouiller les cartes autour de lui, de manière à ce que la dispersion ne l’atteigne pas directement. Car dispersion vaut disparition, selon son théorème forgé à la lumière (évidente) de la débâcle de 2002.

5. A l’égard de Bayrou, si l’on peut en partie l’inclure dans le champ de la gauche au sens où une bonne partie du MoDem croupion est en réalité un électorat de centre-gauche (le centre-droit étant parti avec la création de l’UDI), Hollande ne peut pratiquer l’attraction-étouffement.

C’est d’abord trop tard. Il a probablement raté une occasion en début de septennat de l’inclure dans sa majorité (un poste de Garde des Sceaux lui aurait suffi). Bayrou s’est éloigné et, même si Hollande aurait encore pu flatter son orgueil à l’occasion de l’arrivée de Valls, les élections locales et la pesanteur des quelques élus dont dispose encore le MoDem l’ont fait rebasculer vers les alliances avec l’UDI et LR.

De toute façon (et c’est peut-être ce que Hollande avait en fait en tête dès 2012), Bayrou peut avoir son utilité en cas de candidature Sarkozy ou de candidatures Le Maire ou Fillon droitisées par l’épreuve de la primaire : il doit gagner au moins autant de voix à droite qu’à gauche. Cela apparaît cependant un calcul bien illusoire, car Bayrou constitue un exutoire supplémentaire (en dehors du candidat écologiste, surtout si c’est Hulot) pour les socialistes déçus, notamment enseignants et fonctionnaires.

Quant aux candidatures éventuelles du pôle centriste-citoyen, avec Corinne Lepage et alii, elles ne seraient que de témoignage et ne passeraient peut-être pas l’obstacle des 500 signatures. L’inquiétude hollandaise à ce sujet est donc modérée.

Au total, ainsi que je l’avais déjà noté, Hollande a, comme Merkel, réussi à éviter l’émergence de concurrents sérieux dans son camp. Son problème est qu’elle a par ailleurs réussi à préserver un 35 % alors qu’il peine à se maintenir à 15 %… Même en tactique électorale, il est déclassé !