Géographie électorale, déroulement et suites de la primaire de la droite et du centre

NB: manquant quelque peu de temps ces jours-ci, je repousse un tantinet la publication d’un article sur la primaire de la gauche de gouvernement et je vous propose de patienter en publiant cet article en « stock », avec mon exercice préféré de spéculation cartographique…

1. La primaire de la droite et du centre est réellement lancée avec l’entrée en lice de fait de Nicolas Sarkozy, même s’il en repousse l’officialisation autant que possible. Il lui fallait aborder la coupure estivale en ayant fait entendre une musique différente et en fragilisant la domination juppéiste. C’est chose faite, en enclenchant le story-telling sur le bulldozer prêt à démarrer, le seul à savoir faire campagne, le seul à se démarquer du discours centré sur l’emploi et l’économie et à adopter la thématique différente de l’identité et de la nation (plutôt bien joué conjoncturellement avec le Brexit), l’underdog, l’outsider prêt à remonter et à créer la surprise.

Notons par ailleurs qu’il prend le même risque qu’en 2012, d’une certaine manière. Il est évident qu’il bénéficie des moyens du parti pour réaliser sa propre campagne. Après tout, si les autres candidats le laissent faire et si les adhérents ne s’en offusquent pas, il aurait tort de s’en priver… Le « Sarkothon » de 2012 avait été un grand succès et permis de faire avaliser par des militants politiques d’un parti particulier, a posteriori, de manière volontaire et en monnaie sonnante et trébuchante, les dépassements un peu délirants et réalisés en tous les cas sans aucune vergogne par son équipe de campagne présidentielle. Aujourd’hui, alors que l’on est à moins d’un an de la présidentielle, si Sarkozy est candidat, ses dépenses actuelles (ou plutôt celles de LR, au moins en partie puisqu’il y a bien sûr une partie de son activité qui est bien celle de chef de parti) devraient être prises en compte dans le calcul des futures dépenses de campagne présidentielle…

Bien sûr, Sarkozy peut compter sur le fait qu’on imagine mal un Conseil constitutionnel quel qu’il soit annuler l’élection d’un président en place; mais, avec une majorité désormais nettement « à gauche » au Conseil et une dérive italienne, voire sud-américaine, du système politico-médiatique français, est-ce que Sarkozy est si sûr de son fait sur ce sujet?

Bien sûr, si la primaire fait des bénéfices, cela reviendra au candidat et pourrait compenser des dépenses reconstituées, effectuées en tant que président de LR; mais cela voudrait dire que Sarkozy compte sur une participation massive à la primaire, favorable à Juppé, ce qui n’est pas cohérent…

En réalité, il est probable, comme dans l' »affaire » Bygmalion (qui est surtout un scandale pour les adhérents du parti, en réalité, l’argent public remboursé au candidat étant de toute façon plafonné), qu’il ne se pose pas de questions et se contente de « foncer ». L’apathie des autres candidats (Fillon et Mariton ont timidement saisi la Haute Autorité de la primaire, qui a encore plus timidement répondu), le précédent Copé (qui avait perdu, avait réussi à « gagner » ensuite grâce à la faiblesse de Fillon et avait finalement perdu en raison de la volonté de Sarkozy de « tuer » tous ses rivaux potentiels et de profiter du chaos interne de l’UMP, savamment entretenue) et l’absence de conséquences politiques de Bygmalion et du financement de la campagne 2012 lui donnent finalement raison du strict point de vue de la tactique manœuvrière…

L’absence déjà soulignée de ralliements massifs à Juppé de responsables de premier ou de second rangs montre la capacité préservée de Sarkozy à impressionner et à annihiler une grande partie de l’adversité.

2. Comme déjà évoqué dans ce blog, la dispersion des (intentions de) candidatures peut arranger Sarkozy transitoirement, dans la mesure où elle brouille le message de Juppé, Fillon et Le Maire. Cependant, elle peut aussi avoir un effet centrifuge sur son électorat naturel, les Copé, Morano, Lefebvre, Guaino, Myard, Didier,… ayant davantage d’emprise sur ses électeurs potentiels que sur ceux de Juppé.

A la fin, peu parviendront cependant à réunir les 20 signatures et j’ai déjà indiqué que cela devrait se jouer à 6, voire à 7 ou 8, mais pas davantage, Mariton et Guaino pouvant peut-être espérer accrocher les différents seuils de parrainage. Le nouveau-venu Henri Guaino risque d’être concurrencé par Myard mais aussi par Michèle Alliot-Marie, qui hésite entre primaire et candidature directe. Il faut aussi compter avec les rancœurs internes contre Guaino, trop « personnel » et qui avait bénéficié d’une circonscription législative que beaucoup auraient bien aimé récupérer…

Pour accroître son poids, Guaino menace aussi de se présenter directement à la présidentielle, comme MAM. Comme elle également, sa capacité à réunir les 500 signatures paraît néanmoins incertaine, alors que Dupont-Aignan est déjà sur le créneau souverainiste et gaulliste et qu’un petit candidat comme Asselineau peut lui « voler » quelques signatures.

3. Une autre question liée aux aspects techniques de la primaire réside dans ses suites, surtout si Sarkozy perd.

Celui-ci se résignera-t-il à ne pas être candidat et quelle sera son attitude ? La pression sera forte car l’électeur de droite est légitimiste et se pliera probablement au résultat officiel. Les apparatchiks ne voudront pas non plus d’une situation à la Royal 2007, avec un parti peu dévoué à la candidate. L’envie de revenir au pouvoir sera également forte.

Toutefois, la personnalité de Sarkozy peut rendre la question pertinente… Son envie de revenir est telle qu’il aura peut-être quelque difficulté à accepter le résultat d’une primaire dont il ne voulait pas et qu’il peut encore saboter de multiples manières… Un déroulement chaotique du premier tour (parce que le nombre de bureaux de vote réels serait inférieur aux promesses, par exemple, entraînant des incidents et de l’attente; les 10 337 bureaux prévus seront-ils bien tous mis en place et surtout effectivement tenus toute la journée par suffisamment de volontaires ?) pourrait déboucher sur une annulation ou un report du second tour, « à la haïtienne », une crise totale.

Même s’il se plie au résultat, n’essaiera-t-il pas de contribuer à la défaite de Juppé? C’est bien possible. Il sera toutefois marginalisé et n’aura que peu d’influence sur l’électorat, mais l’exploitation médiatique de ses aigreurs, confidences, soupirs, levers de sourcils pourrait être dévastatrice pour Juppé. Surtout si la structure LR s’en mêle.

Car, lorsque Sarkozy aura démissionné, à la fin août au plus tard, c’est le tandem Wauquiez (vice-président délégué)-Woerth (secrétaire général) qui contrôlera le parti. Dans un premier temps, cela assure une neutralité très bienveillante de la structure du parti à l’égard de Sarkozy pendant la campagne… Ensuite, après le 27 novembre, l’article 39 des statuts peut être difficile à appliquer, car l’alinéa 4 prévoit que c’est le candidat désigné qui propose l’organisation de la direction du mouvement au bureau politique.

Cependant, une défaite de Sarkozy ouvrirait réellement de nouvelles perspectives et les sarkozystes commenceraient de s’éparpiller et de rejoindre Juppé ou de conclure avec lui une alliance de raison et de circonstance. A l’inverse, Juppé aurait besoin de tous les réseaux et structures locales de LR et il ne pourrait remettre en cause trop d’investitures législatives déjà octroyées par Sarkozy (avec un certain succès local de ses partisans, apparemment, dès maintenant, face à une écurie Juppé insuffisamment organisée). La nouvelle direction provisoire de LR pourrait donc être un compromis.

Sans anticiper sur un futur article, Wauquiez (et Woerth, juppéo-compatible et même juppéiste à l’origine, même si meurtri, comme un vulgaire Baroin, de ce qu’il a estimé être un manque de soutien de Juppé lors de l’affaire Bettencourt) peut avoir intérêt à soutenir Juppé plus fortement que le PS et Hollande ne l’avaient fait à l’égard de Royal en 2006-2007. Car un futur président Juppé, engagé sur seulement 5 ans, trop porté à gauche, trop « impuissant », ouvrirait la voie à un positionnement de Wauquiez en candidat de « rupture », à l’identique de ce que Sarkozy avait réalisé sous le dernier mandat de Chirac, à l’égard de ce « roi fainéant »…

4. Venons-en au sujet principal du jour.

Malheureusement, cette primaire manque d’un aspect typiquement « américain », l’étalement du calendrier et la tenue d’élections successives dans les différents Etats. Six mois d’élections dans les différents départements français seraient la réalisation d’un rêve d’electoral nerd 😀  (avec l’Eure-et-Loir en Iowa et la Haute-Savoie en New Hampshire, par exemple !)… mais la réalité est plus dure; nous pourrons déjà être heureux si les résultats départementaux complets et fiables sont publiés après les 20 et 27 novembre prochains…

Quelles pourrait alors être la géographie départementale de la primaire ? Voici des tentatives pour le premier tour (en se contentant du candidat arrivé en tête)

Carte 1T primaire

 

et pour le second tour (dans l’hypothèse « classique » Juppé-Sarkozy)

 

Carte 2T primaire

L’exercice est plus délicat qu’il n’y paraît et il mêle cartographie et sociologie.

– Certes, l’électorat LR sera le cœur de celui de la primaire. Mais, déjà, cet électorat peut surprendre, si l’on se souvient de la carte Fillon-Copé de 2012. Pourquoi Copé avait-il autant réussi dans le sud-ouest, dans les Côtes-d’Armor, mais pas en Moselle ou dans le Pas-de-Calais ? J’avais alors émis de nombreuses hypothèses, mais l’une d’entre elles pourrait retrouver une actualité: les militants de droite impliqués, lorsqu’ils vivent depuis longtemps dans un département de gauche, perdant élection sur élection, peuvent avoir tendance à se radicaliser et à souhaiter un héraut plus combatif. Dans le Tarn-et-Garonne, la droite n’est pas forcément cassoulet à la base… (enfin, si, mais seulement sur le plan culinaire) D’une certaine manière, ce phénomène pourrait simplement expliquer que la carte Sarkozy épouse assez largement celle du FN, sans forcément que cela soit dû à un apport extérieur d’électeurs FN.

Au-delà de l’électorat LR, l’électorat « extérieur » peut contrecarrer les tendances du premier: les centristes empêcheront Sarkozy de prendre le Loir-et-Cher; le Rhône, l’Isère, l’Essonne, le Val-de-Marne voire les Hauts-de-Seine, départements urbains et de CSP+ favoriseront peut-être davantage Juppé, alors que l’électorat LR y est plutôt « dur ».

Dans les départements de gauche, la candidature Juppé ne sera pas forcément favorisée, car c’est davantage la nature sociologique et l’âge des électeurs qui sera en jeu. Dans l’Aude, on n’imagine pas un franc succès du vote Juppé… A l’inverse, des départements conservateurs ne tomberont pas forcément du côté de Sarkozy, si leur « européanisme » et la part des « élites » dans leur population les rapprochent de Juppé (Bas-Rhin ou même Rhône par exemple). Les départements « centristes » par nature (Pyrénées-Atlantiques, Bretagne) seront déjà sociologiquement plus enclins à rejoindre Juppé et l’effet sera donc plutôt cumulatif.

Plus généralement, il est peu probable que l’électorat FN et l’électorat de gauche se mobilisent fortement: signer une déclaration sur des « valeurs » et payer deux euros obligent quand même à un certain engagement personnel (en plus de faire l’effort de se déplacer dans un bureau de vote qui ne sera pas forcément tout près et qui sera éventuellement débordé et mal organisé…). En revanche, l’électorat centriste MoDem et UDI, ainsi que des personnes apolitiques ou « mouvantes », donneront quand même un léger avantage à Juppé. Le résultat se situera entre ce que les sondages annoncent pour l’électorat global et ce qu’ils annoncent pour l’électorat LR seul, plus proche de ce dernier, puisqu’en son sein, les sarkozystes se mobiliseront probablement davantage que les juppéistes, sans toutefois y être identique, la composante de l’âge et de la CSP, ainsi que la participation d’électeurs UDI privés de candidat, compensant (et probablement au-delà) le tropisme sarkozyste du cœur de l’électorat LR.

– En réalité, il est assez probable que la césure se joue sur quelque chose de similaire à la répartition « oui/non » des référendums européens de 1992 et 2005. Car le nœud du positionnement respectif des deux principaux candidats est là, même s’il ne s’agit en partie que de postures, les différences de fond n’étant pas si importantes (la pratique de Sarkozy est moins à droite que son discours, Juppé est historiquement plus à droite que son image actuelle): centre/périphérie, insider/outsider, euroréalisme/euroscepticisme, Europe/nation, intégration/assimilation, libéralisme/protectionnisme, urbain/péri-urbain,…

Cela devra être quelque peu mâtiné du vote en faveur de l' »enfant du pays » (d’où les seules occasions pour Fillon et Le Maire d’arracher des départements au 1er tour et la capacité de Juppé de gagner en territoire sociologiquement hostile, le sud-ouest intérieur, comme dans le Lot ou le Gers). En revanche, l’influence décisive de barons locaux paraît peu probable (même si Wauquiez a démontré à l’occasion des régionales une vraie plus-value personnelle en Haute-Loire) ou elle sera noyée dans la tendance générale du département (un Ciotti et un Estrosi dans les Alpes-Maritimes, un Baroin dans l’Aube ou un Bussereau en Charente-Maritime ne déplaceront pas des masses de voix d’un camp à l’autre). L’héritage chiraquien, à l’ouest du Massif Central, n’est en revanche pas à négliger.

Tous ces facteurs vont finalement se combiner et ce sera la participation relative des différents électorats qui décidera du résultat. Encore une affaire de mobilisation différentielle…

Beaucoup de départements seront passionnants à examiner, par exemple:

  • l’Isère tombera-t-elle côté Sarkozy, avec un électorat FN et de droite dure important dans les lointaines banlieues de Lyon et Grenoble et les territoires perdus aux extrémités des zones d’influence des deux métropoles, ou du côté des élites technologiques et universitaires avides de ski et de montagne, pro-européennes et aisées ?
  • la Marne suivra-t-elle Arnaud Robinet et la bourgeoisie rémoise ou champenoise, ou les paysans en difficulté, les militaires et les zones désindustrialisées et sinistrées de Châlons et de l’est du département (avec, en sens contraire, l’influence d’Apparu, histoire de « simplifier » le paysage…) ?
  • la Lozère suivra-t-elle la vieille tradition UDF rurale ou son électorat populaire des anciennes régions industrielles et minières ? Sera-t-elle plutôt Aveyron ou plutôt Gard ?
  • le Rhône verra-t-il gagner une coalition bourgeoisie conservatrice et catholique/électorat populaire oublié des couronnes lointaines de l’agglomération ou un mélange centrisme rural/électorat urbain bobo-écolo-moderniste ?
  • l’Eure suivra-t-elle le (probable) ralliement (personnel) de Le Maire à Juppé ou sa tendance FN de lointaine banlieue de Paris, de proche banlieue de Rouen et d’axe industriel de la Seine en difficulté ?

La Haute-Garonne (électorat populaire, esprit rebelle et rivalité anti-bordelaise vs tradition centriste, métropole moderne et tendance écolo-bobo), le Bas-Rhin (métropole pro-européenne vs conservatisme rural), la Meurthe-et-Moselle (métropole « éclairée », radicalisme et ouverture sur l’Europe vs électorat populaire des bassin miniers et industriels, droite tendance Morano et Debord et influence du FN), le Loir-et-Cher, la Val-de-Marne, etc., poseront des problèmes similaires.

Si les sondages de la primaire révèlent des évolutions significatives ou permettent, par miracle, de sentir quelle sera la physionomie de la participation et si les débats de l’automne changent la donne, ces cartes mériteront bien entendu d’être actualisées. Rien n’interdit aux lecteurs de ce blog de discuter et critiquer telle ou telle hypothèse locale, de faire leurs propres suggestions et d’établir leurs propres cartes 😉 .

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Derniers sondages IPSOS et BVA pour le premier tour de la présidentielle 2017: faiblesse persistante de Hollande, stabilisation apparente de la droite, étiage élevé pour le FN

Sondage BVA pour Orange et la presse régionale, réalisé du 10 au 12 juin 2016 auprès d’un échantillon de 910 personnes sur un total de 1 001

Sondage IPSOS pour Le Monde et le CEVIPOF, réalisé du 13 au 22 mai 2016 auprès d’un échantillon de 1 134 personnes certaines d’aller voter sur un total de 19 455

Graphique sondages 1T 2017 Sarkozy-Hollande-Bayrou.png

Graphique sondages 1T 2017 Juppé-Hollande sans Bayrou.png

1. Bien sûr, l’affichage, à l’occasion du sondage BVA, d’un dépassement de Hollande par Mélenchon dans certains cas de figure ou, au moins, d’une égalité, est médiatiquement porteuse. Toutefois, l’écart s’étant déjà resserré, le croisement ponctuel des courbes n’était pas inatteignable. Comme lors du précédent resserrement, il convient de conserver une certaine distance et de constater que

  • les facteurs poussant Hollande à la baisse et Mélenchon à la hausse finiront par disparaître:
    les grèves et manifestations se dissolvent progressivement et, au plus tard, la coupure estivale et les bons vieux congés pays vont y mettre un terme;
    la « fronde » interne au PS ne s’incarne pas davantage qu’avant et ne peut se permettre d’aller jusqu’à risquer une crise politique majeure avec une chute du gouvernement, alors que les investitures pour les législatives commencent à se dessiner…;
    Hollande est tellement bas qu’il lui est difficile de poursuivre encore la décrue;
  • l’évolution sondagière à gauche connaîtra de nouveau l’enclenchement, comme en économie, de « stabilisateurs automatiques »:
    les électeurs de gauche modérée ne pourront rester insensibles à une trop longue période de faiblesse de leur candidat, même par défaut;
    l’émergence progressive du débat à droite dans le cadre de la primaire tendra à remobiliser l’électeur de gauche dans le cadre d’un vote utile, surtout si la primaire se focalise alternativement sur un programme économique libéral et sur un credo de défense de l’identité nationale, ce qui fait deux épouvantails pour le prix d’un pour le vieil électeur de gauche…

Mais, évidemment, l’affaiblissement partisan d’un Hollande déjà dépouillé de toute autorité internationale et nationale laissera des traces probablement rédhibitoires désormais. Il est difficile d’espérer gagner alors que l’on est déjà si faible en interne. Sa dérive sondagière ne peut en effet qu’entretenir l’agitation autour de Montebourg ou libérer encore davantage la parole de Hamon ou Lienemann et ne peut que le soumettre encore davantage aux divisions et aux pressions pour organiser une primaire.

Néanmoins, les fondamentaux restent:
les seuls en interne qui pourraient prétendre à la candidature, Montebourg et Valls, sont trop affaiblis dans les sondages ou ne susciteraient aucune unité suffisante (en particulier pas Montebourg, dont les aubrystes ne veulent pas et que les « frondeurs » n’ont pas réellement adopté, ainsi que nous l’avons déjà expliqué) pour inquiéter Hollande; ce dernier est trop faible pour gagner en 2017, mais reste suffisamment structuré en interne pour empêcher toute concurrence sérieuse;
à cet égard, la « victoire » prévisible en justice face au recours de 3 militants tentant de forcer l’organisation de la primaire du PS (les tribunaux refusant systématiquement de s’impliquer dans la vie interne des partis, malgré la clarté totale de ceux-ci au cas d’espèce: mais bon, une carrière de magistrat est si fragile…) confirme que la primaire n’aura jamais lieu, la godille permanente d’un Camabdélis qui contrôle totalement le processus et l’absence d’intérêt réel de quiconque à l’extérieur du PS à ce qu’elle soit organisée assurant bien que le président sortant n’aura pas à s’y soumettre.

2. La bonne santé de Mélenchon sera avérée s’il parvient à se rapprocher durablement des 20%. C’est peu probable et il convient de noter que son léger rebond tient aussi à l’extinction progressive de Duflot et pas seulement à la faiblesse insigne de Hollande. L’exploit mélenchonien est donc à relativiser, même si, en termes d’affichage, il reste appréciable pour lui.

L’absence d’émergence de Duflot, si elle était initialement, comme nous l’avons abondamment expliqué, un objectif de Hollande, est en train, comme anticipé, de finir par se retourner contre lui. Car l’hypothèse Hulot réémerge et est autrement plus dangereuse, en raison de son positionnement plus modéré et donc potentiellement plus concurrent de Hollande et en raison de l’effacement médiatique de Macron, qui laisse de nouveau un créneau libre pour un candidat (demi-) »surprise » (un peu sur le retour, mais les médias n’ont rien d’autre à se mettre sous la dent…).

Tout va être bon pour dissuader Hulot d’être candidat et l’intérêt de Cambadélis pour le personnage n’est certainement pas celui que nous décrivent les médias, au nom d’une soi-disant préférence pour une écologie moins punitive…

3. A droite, la stabilité est trompeuse. En effet, l’écart entre Juppé et Sarkozy tient maintenant uniquement à la présence ou à l’absence de Bayrou, qui reste un facteur incertain.

Surtout, la candidature Juppé semble s’essouffler:
– son équipe apparaît réduite et peu professionnelle; l’absence de ralliements de poids n’est bonne ni en termes d’image, ni en termes d’organisation; même si l’équipe Juppé en garde sûrement pour l’automne, c’est assez étonnant de voir que beaucoup d’élus continuent d’être très prudents, malgré les bons sondages de Juppé;
– les grèves et manifestations remémorent à beaucoup l’expérience douloureuse de l’échec humiliant de 1995 et de la difficulté personnelle de Juppé à le gérer; les mouvements actuels renvoient à la fois à la question de l’autorité (Sarkozy prenant alors un avantage comparatif) et à celle du renouvellement (Le Maire gagnant fortement dans les sondages qualitatifs sur le sujet);
– le mécontentement est tel à l’égard du pouvoir en place et les tensions, dues aux attentats et à l’agitation générale, sont telles que le sentiment de colère (qui a bénéficié à Trump, son électeur étant avant tout quelqu’un d’angry et de distrustful à l’égard de l’élite, en dehors de toute autre considération sociologique ou idéologique) devient plus prégnant à droite et favorise Sarkozy davantage que Juppé, qui ne peut « muscler » son discours (ce qu’il semble en train de commencer de faire) sans perdre un peu au centre;
– le dynamisme personnel de Sarkozy, l’arrogance naturelle de Juppé (toute justifiée qu’elle soit ponctuellement si elle s’applique à un Douillet, un Courtial, un Estrosi ou un Balkany…), l’accumulation, au cours du temps, de beaucoup d’inimitiés de la part de Juppé (et pas seulement de la part de l’opportuniste gâté qu’est Baroin), encore davantage que de la part de Sarkozy, et le moindre nombre de « vassaux » et de redevables de Juppé que de Sarkozy ne peuvent que bénéficier à ce dernier.

En plus de ces éléments structurels, Sarkozy bénéficie, en ce moment, de facilités de campagne réelles, par rapport aux petites écuries Juppé, Fillon et Le Maire; cette exploitation sans vergogne des moyens du parti rappelle celle de Copé en 2012 et il est incroyable que la naïveté des Fillon, Juppé et Le Maire se reproduise presque à l’identique. Le calendrier de candidature de Sarkozy, s’il présente le risque d’être trop tardif pour remonter tout son retard sondagier, fournit au moins l’avantage de lui permettre de trouver le créneau le plus porteur (la nation, l’identité, la sécurité), alors que tous ses adversaires ont déjà abattu leurs cartes et ont insisté sur des éléments moins favorables en termes d’opinion (la rigueur budgétaire, le libéralisme, la réforme institutionnelle ou la « méthode »).

Dans la mesure où l’été va vite venir, ces avantages conjoncturels ne seront peut-être pas suffisants pour Sarkozy. Mais ses adversaires ne devront pas oublier que Fillon avait dilapidé l’été 2012 et son avance dans son duel avec Copé, qui avait mis à profit la période pour labourer, s’organiser, structurer, faire le travail de l’ombre… Juppé semble en être conscient, qui parle sécurité, armée, terrorisme, autorité, laïcité, islam, etc. avec un peu plus d’entrain et de fermeté qu’il y a ne serait-ce que quelques semaines.

Bien entendu, il faut rappeler que les forces comparatives de Juppé persistent (electability, prédominance chez les électeurs âgés et CSP+ plus susceptibles de voter les 20 et 27 novembre, enjeu important d’une primaire qui sera peut-être la véritable élection, faveurs de l’oligarchie médiatico-intellectualo-politico-économique,…). De fait, son essoufflement est surtout sensible dans les sondages de popularité et dans les sondages qualitatifs (et dans le flux médiatique); l’effritement reste faible (primaire) ou inexistant (présidentielle) dans les sondages d’intentions de vote.

Mais le qualitatif précède souvent le quantitatif. Et la nouvelle progression de Le Maire dans les sondages qualitatifs crée une menace potentielle davantage tournée vers Juppé cette fois-ci (alors que, lors de l’annonce de sa candidature, Le Maire semblait davantage grignoter sur Sarkozy, quelque peu atone alors), d’autant plus qu’il est désormais, au premier tour de la présidentielle au même potentiel que Fillon et n’est donc plus menacé d’élimination par Hollande ou Bayrou. Il faudra donc surveiller Le Maire dans les prochaines enquêtes sur la primaire.

4. Si Marine Le Pen n’est plus à 30%, la consolidation de son potentiel électoral nettement au-dessus de 25% est notable.

En effet, cela se produit alors qu’elle est médiatiquement en retrait. En outre, les dissensions apparaissent de plus en plus nettement entre la tendance Marion et la tendance Philippot. Enfin, l’actualité n’est pas favorable et accroît encore les « grands écarts » et les risques de brouillage du message:
– comment ne pas s’aligner sur une CGT quasi-anarcho-révolutionnaire, sans toutefois revenir au vieux libéralisme économique de Papa Le Pen et paraître cautionner la loi sociale-libérale, c’est-à-dire reperdre le massif électorat populaire si durement acquis ?
– comment soutenir le Brexit sans cautionner une politique libérale et finalement réaliste à l’égard de l’UE ?

Le FN est de plus en plus écartelé et ses contradictions internes (idéologiques, sociologiques, personnelles) sont de plus en plus sensibles. La dynamique favorable au plan sondagier et électoral assure le maintien de l’unité pour le moment, mais la zone de danger commence de se rapprocher…

Il est certain que cet étiage de haut niveau peut tout aussi bien s’analyser comme un plafond. Marine Le Pen est peut-être trop haut trop tôt, sans possibilité de créer la surprise et la « dynamique », tant sa qualification pour le second tour est désormais intégrée par tous, politiques, médias et électeurs. La banalisation de la violence, l’accoutumance aux attentats, la fin de la grande vague migratoire, la difficulté à exploiter aisément sur le plan électoral l’abaissement européen devant la Turquie, le « vieillissement » de l’image de Marine Le Pen dans une société médiatique qui change perpétuellement, l’absence de ralliements de poids au FN sur le plan national, autant d’éléments qui empêchent d’envisager une progression supplémentaire, au-delà de 30%. Et les sondages de second tour sont totalement inintéressants, car Marine  Le Pen ne parvient pas à franchir les 40%, contre quelque candidat de droite que ce soit.

5. Enfin, dans la mesure où l’hypothèse Hulot n’est plus testée, où la visibilité de Bayrou est faible (son nom agissant essentiellement comme une « marque » d’un certain positionnement et non comme le réceptacle d’une réelle adhésion à une candidature) et où aucune candidature « surprise » n’émerge, aucun élément nouveau ne se manifeste dans ces derniers sondages… C’est, en soi, une caractéristique à relever.

Derniers sondages IPSOS, IFOP et OpinionWay pour la primaire de la droite et du centre: effritement de Juppé, stabilisation de Sarkozy, absence d’émergence de concurrence tierce

Sondage OpinionWay pour Marianne, réalisé du 19 au 23 mai 2016 auprès d’un échantillon de 808 électeurs se déclarant certains de participer et considérant important d’aller voter sur un total de 9 672

Sondage IFOP pour Paris Match, i-Télé et Sud Radio, réalisé du 28 avril au 20 mai 2016 auprès d’un échantillon de 808 personnes certaines d’aller voter sur un total de 8 604

Sondage IPSOS pour Le Monde et le CEVIPOF, réalisé du 13 au 22 mai 2016 auprès d’un échantillon de 1 134 personnes certaines d’aller voter sur un total de 19 455

1. La participation à la primaire de la droite et du centre reste une inconnue importante, depuis l’article précédent traitant notamment de ce sujet. Le taux de participation oscille de 6 à 12% selon les sondeurs, mais de 6 à 10% pour les sondeurs (IPSOS et IFOP) les plus rompus à l’exercice et disposant des échantillons les plus larges, ce qui, en l’occurrence, est un avantage au regard de l’étroitesse du corps électoral potentiel dans un échantillon habituel de sondés.

Cela donnerait un corps électoral de 2,5 à 4 millions de personnes. Le plus probable est que ce soit le point bas de la fourchette qui soit le plus proche de la réalité, les velléités de participation s’érodant vite lorsque l’échéance se présente finalement, un peu comme l’idée (sincèrement?) généreuse d’inviter pour le dîner la grand-tante Sidonie, si seule mais si… enfin bon.

Même si le corps électoral était réduit à 2 millions, cela dépasserait néanmoins le cœur militant des Républicains. Il faut aussi considérer qu’il est bien possible que la participation progresse d’un tour à l’autre, ceux qui auront été vaincus par la paresse le 20 novembre ou qui auront préféré réduire leur dépense aux 2 euros du second tour se déplaçant alors le 27 novembre.

L’écart sera probablement plus important que pour la primaire socialiste d’octobre 2011 (seulement +0,4 à 0,5 point d’un tour à l’autre) car
– en 2011, aucun candidat ne suscitait un rejet tel que celui suscité aujourd’hui par Nicolas Sarkozy, même dans une partie de la droite;
– en 2011, les électeurs de gauche non socialiste, du centre et de droite susceptibles de participer à la primaire n’avaient pas perdu tout espoir de voir leur candidat (Mélenchon, Bayrou, Sarkozy) bien figurer au 1er tour et/ou se qualifier pour le 2nd tour et/ou l’emporter; aujourd’hui, la qualification de Marine Le Pen paraît si sûre et la situation du sortant Hollande est si périlleuse qu’une partie des électeurs de centre et de centre-gauche, voire de gauche, peut considérer que la primaire de la droite et du centre sera leur seule possibilité d’influer sur l’issue de la présidentielle de 2017; c’est à la primaire de la droite et du centre que l’élection se jouera peut-être;
– il convient de répéter que le PS n’organisera pas de primaire, ce qui motivera peut-être d’autant plus une petite frange d’électeurs de gauche et de centre-gauche à s’exprimer dans la seule vraie primaire disponible. Si des adhérents du PS ont déclenché un contentieux, la direction, hollandaise de fait, peut encore gagner beaucoup de temps, en conditionnant cette primaire « ouverte et citoyenne » à la participation des autres structures de gauche (PCF, EELV, voire PG), ce qui est évidemment exclu. Ainsi, sa responsabilité, y compris juridique, pourrait se trouver exonérée, une situation de force majeure » pouvant être constatée… En outre, les tribunaux rechignent souvent à trop s’ingérer dans la vie interne de ce qui reste une association (sur le plan politique cependant, cet élément s’ajoutera toutefois à la loi El Khomri et aux sorties de Macron pour désespérer un peu plus la base de gauche, ce qui ne fera pas vraiment les affaires du président-candidat, qui compte se réorienter vers la gauche, pour minimiser la « mobilisation différentielle » par rapport à l’électorat de droite);
– la familiarisation avec la pratique des primaires (mais aussi des élections internes à la présidence d’un parti) fait progressivement entrer l’exercice dans les us et coutumes de l’électeur.

2. Pour ce qui est des intentions de vote, il apparaît que Juppé ne progresse plus et semble même s’effriter un peu. L’agitation sociale, les blocages et grèves rappellent le précédent de 1995 et sa gestion peu couronnée de succès par le pouvoir Chirac-Villepin-Juppé de l’époque… Certains électeurs, à droite, peuvent aussi se dire que la « méthode douce » n’est décidément pas la bonne, ce qui n’est comparativement pas favorable à Juppé. En revanche, le rappel que la droite est économiquement libérale, qui ravive la polarisation, ne peut que nuire à l’ensemble des candidats Républicains, sans vraiment toucher l’un plus que l’autre.

Graphique sondages primaire 2016 ensemble

Cet effritement de Juppé ne bénéficie cependant pas spécialement à Sarkozy. Si les petits candidats ne dépassent pas 1% (sauf Copé), NKM ne progresse pas non plus. C’est plutôt Le Maire qui semble en situation de reprendre un peu d’ascendant. Nous avions dit dès le début que la zone d’inflexion entre les deux candidats majeurs se situerait un peu en-deçà des 35% et il est peu probable que Juppé se rapproche des 40. Il n’y a donc là rien d’inquiétant pour lui à ce stade, même s’il est pour le moment peu audible.

Graphique sondages primaire 2016 LR.png

Sarkozy a stoppé son érosion et il reste fort parmi les sympathisants LR, à un niveau équivalent à celui de Juppé. Dans la mesure où le résultat final devrait se situer entre les deux courbes (sauf à ce que les sondeurs soient particulièrement performants et la participation particulièrement forte), c’est une base correcte de départ pour lui. Cependant, le temps disponible pour la campagne se réduit et, avec le championnat d’Europe de football, l’agitation sociale pérennisée et la coupure estivale, il restera 3 mois utiles après la fin août. Sarkozy dirait toutefois que c’est amplement suffisant… Mais la couverture médiatique sera-t-elle aussi généreuse que celle accordée au PS en 2011? C’est peu probable et le CSA, alors qu’il n’avait rien dit en 2011, sera « vigilant » cette fois-ci…

En outre, le PS ne commettra pas la même erreur que celle de Sarkozy et de l’UMP, proprement fascinés et muets pendant quasiment deux mois à l’automne 2011, devant la nouveauté d’une vraie grande primaire et ne sachant pas tellement comment réagir et intéresser les médias à autre chose. Quel cataclysme politique, social, international involontaire aura déclenché Hollande d’ici là? Quelle perturbation volontaire a-t-il déjà concoctée pour parasiter la primaire de la droite et du centre? Tout le monde l’ignore, mais la probabilité en est forte.

A ce stade, le favori reste Juppé. C’est d’autant plus vrai que, malgré son effritement, ni Le Maire, ni surtout Fillon ne s’imposent réellement comme une menace réelle pour le duo de tête. Le Maire est certes en position de tirer profit d’une faiblesse d’un deux « grands », étant correctement placé dans les seconds choix des électeurs potentiels des autres candidats, selon IPSOS. Le Maire, s’il se positionnait un peu plus à droite, pourrait profiter d’erreurs de Sarkozy.

Mais le premier « second choix » des électeurs de Sarkozy, c’est Juppé, ce qui valide d’ailleurs l’argument fort du critère d’electability  pour ces électeurs potentiels, Le Maire et Fillon n’ayant pas démontré une capacité à assurer une distance de sécurité suffisante à l’égard de Hollande ou Bayrou pour la qualification au second tour. En sens inverse, Sarkozy n’est que le troisième « second choix » des électeurs de Juppé, montrant que ces derniers adhèrent davantage à la personnalité et/ou aux idées. Cela signifie que Sarkozy ne bénéficierait pas forcément d’une décrue de Juppé et que Le Maire se positionnerait sûrement en alternative.

Juppé est d’ailleurs nettement en tête des seconds choix des électeurs Fillon (38 contre 23 vers Le Maire et 11 vers Sarkozy) et des électeurs Le Maire (40 contre 28 vers Sarkozy et 13 vers Fillon). La marge de progression de Sarkozy n’est donc pas majeure au-delà de son noyau, important, de fidèles.

Enfin, s’il devait y avoir des phénomènes de vote utile supplémentaires, ils bénéficieraient aux deux candidats les mieux placés. Juppé pourrait ainsi bénéficier d’un vote utile aux dépens de Fillon, notamment à l’occasion de ralliements qui, potentiellement, ainsi qu’il a déjà été exposé, toucheraient d’abord Fillon, qui part de très haut. Pour ceux qui rejettent le duopole Juppé-Sarkozy, c’est Le Maire qui pourrait devenir un meilleur pari que Fillon. D’ailleurs, la certitude du vote s’effrite chez les électeurs de Fillon, alors qu’elle progresse, pour devenir juste majoritaire, chez les électeurs de Le Maire et qu’elle est stabilisée à haut niveau (entre 60% et 2/3) chez les électeurs des deux grands candidats, selon IPSOS.

Ainsi, je continue de filer la comparaison (uniquement en termes de dynamique électorale, bien entendu) Hollande-Juppé, Aubry-Sarkozy, Montebourg-Le Maire, Royal-Fillon, voire Valls-NKM et Baylet-Poisson.

3. A cet égard, il faut souligner l’absence totale d’émergence des petits candidats, notamment NKM. Manifestement, son « décalage » permanent n’est pas bien ressenti, l’utilité de sa candidature n’est pas reconnue et elle pâtit d’un vote utile fort en faveur de Juppé. Quant aux autres, y compris Copé, ils n’existent pas médiatiquement et politiquement, se phagocytant les uns les autres.

Mais les débats télévisés de l’automne mettront en valeur, ipso facto, les candidats qui y participeront et un léger éparpillement sera inévitable, même si le précédent du score resté négligeable de Baylet et même le faible score de Valls montrent que l’avantage d’un « vu à la télé » n’est pas toujours décisif, loin s’en faut. Surtout, encore faut-il pouvoir être candidat! Or, il semble que la quête des 20 parrainages parlementaires soit vraiment difficile.

Si Poisson est assuré de sa participation au titre du PCD et si Copé a affirmé avoir les parrainages requis, NKM semble en difficulté et les autres soit en très grande difficulté (Mariton), soit déjà exclus (Myard, Didier, Lefebvre, Morano). Seuls Guaino ou MAM auraient encore les moyens de recueillir les 20 parrainages, mais uniquement si un seul des deux est candidat. A part NKM, toutes ces candidatures potentielles mordraient davantage sur Sarkozy que sur les autres grands et moyens candidats.

Au total, il devrait donc y avoir de 6 à 8 candidats et plutôt 6 que 7 et 7 que 8… L’expérience du PS en 2011 montre que 6 est probablement un maximum pour la clarté des débats. Rappelons que les débats en vue du premier tour sont fixés les jeudis 13 octobre (TF1, RTL, Le Figaro, LCP et Public Sénat), 3 novembre (BFM-TV et i-Télé) et 17 novembre (France Télévisions, Europe 1, LCP et Public Sénat). Pour le second tour, rien n’est fixé à ce jour.

4. Le second tour sera probablement serré, car il y a toujours un phénomène de resserrement naturel dans les compétitions électorales personnalisées et pas trop fortement polarisées (contrairement au second tour de la présidentielle de 2002). Cet écart est d’ailleurs déjà en très léger resserrement.

Graphique sondages primaire 2016 2T ensemble

Graphique sondages primaire 2016 2T LR

En dehors des faiblesses intrinsèques et structurelles de Sarkozy, négocier le second tour sera très délicat pour lui et Juppé reste là encore favori d’une courte tête.

S’il est devancé au premier, Sarkozy ne pourra probablement pas rattraper Juppé. S’il le devance, il bénéficiera du statut enviable de comeback kid et de « surprise divine » et saura en jouer pendant la petite semaine qui sépare les deux tours (soit une semaine de moins que pour une présidentielle). Toutefois, son éventuel succès de premier tour pourrait créer une sur-mobilisation différentielle, fondée, comme expliqué ci-dessus, sur le rejet personnel, favorable à Juppé. Il lui faudrait donc une dynamique très forte et un écart très substantiel.

Car l’écart parmi les électeurs fillonistes et lemairistes risque de lui être défavorable de 5 à 9 points. En effet, si les reports de voix ne sont malheureusement pas testés par tous les sondeurs, il y a désormais suffisamment de données pour réaliser un graphique, même sommaire. Il en ressort que, si les deux grands se partagent 70% et que Le Maire et Fillon se partagent 25 à 30% au premier tour, un différentiel de 20 à 30 points sur les reports de voix des deux moyens candidats vers Juppé et Sarkozy paraît devoir pénaliser lourdement ce dernier.

Graphique primaire 2016 reports 2T électeurs Fillon

Graphique primaire 2016 reports 2T électeurs Le Maire

Il peut également être noté que le rejet des électeurs de Fillon à l’égard de Sarkozy semble grandir, tandis que l’écart s’amoindrit légèrement chez les électeurs de Le Maire, qui sont plus nombreux et probablement en provenance de Sarkozy. Quoi qu’il en soit, les reports semblent se profiler à hauteur de 60/30/10 chez Fillon et 55/30/15 chez Le Maire et n’ont jamais été équilibrés ni, a fortiori, favorables à Sarkozy.

Bien entendu, Sarkozy n’a pas encore perdu. Il comptera surtout sur la personnalité de Juppé, qui peut très vite devenir arrogant et perdre sur deux ou trois phrases maladroites, pour rester poli. Les débats risquent fort d’être nettement plus agressifs que ceux du PS en 2011, lors desquels Aubry se retenait de peur d’apparaître comme source de division; ce sera moins les cas à l’automne prochain, les électeurs potentiels de droite n’ayant pas forcément une volonté de « consensus » mais plutôt d’en découdre avec Hollande. Juppé n’a pas non plus la même maîtrise du « traitement » des journalistes, alors que Sarkozy sait alterner onction et punition a tempo. Le biais positif du système médiatique en faveur de Juppé devrait toutefois le prémunir partiellement de toute « curée » journalistique à son encontre, même s’il trébuche, comme c’est assez probable.

Sarkozy peut aussi mettre Juppé en porte-à-faux à l’égard de la « vraie » droite, Juppé ne pouvant, en débat télévisé, complètement renier ses ouvertures centristes et « progressistes » sur les questions sociales, environnementales et sociétales; de ce point de vue, il est plus facile de se battre en outsider, en underdog. Il peut également utiliser le passé et le « passif », en faisant ressortir, non pas forcément des affaires (car le camp adverse, comme des juges anti-sarkozystes, pourraient lui servir sa propre part…) mais des situations d’échec politique (réforme de 1995, dissolution de 1997) pour dévaloriser les avantages électoraux supposés de Juppé.

Il peut enfin compter sur des structures plus fournies et plus aguerries, à même de relayer puissamment ses messages: il n’est de voir que la capacité à médiatiser le « ralliement » de Baroin (qui avait déjà rallié Sarkozy depuis bien longtemps…) pour comprendre que l’équipe réduite de Juppé, ses réseaux un peu usés ou encore trop épars, aura du mal à lutter à l’automne. Son utilisation de l’appareil de LR d’ici la fin août et les facilités que permettront Wauquiez et Woerth après sa démission de la présidence ne peuvent pas non plus nuire…

Juppé peut inversement se rassurer en constatant le rejet de Sarkozy et son identification à Hollande, d’une certaine manière.Ce rejet et les bons reports de second tour constituent sa force, avec, en premier lieu, sa sociologie électorale très favorable (personnes âgées, retraités, CSP+). Il est également le mieux placé, toujours nettement, dans les intentions de vote à la présidentielle, ce qui est rassurant pour l’électeur de droite ou même du centre ou de l’extrême-droite, dont le premier but est de se débarrasser de Hollande (dont le taux d’impopularité frôle parfois les 100% dans les électorats de droite et du FN… ce qui est proprement hallucinant et inédit). Il saura peut-être aussi valoriser des ralliements d’importance ou « surprises »: NKM voire Morano -par énervement « anti-Nicolas »- si elles ne parviennent pas à se présenter; Bertrand, même s’il devrait plus logiquement rallier Fillon (s’il soutient quelqu’un); Pécresse, si elle considère qu’elle peut mieux se valoriser auprès de Juppé en le soutenant dès le premier tour (même si, logiquement, elle devrait rester filloniste). Il est enfin le favori des pronostics des électeurs potentiels eux-mêmes, ce qui est toujours un atout car cela installe psychologiquement un ascendant.

Présidentielle 2017: monopole confirmé mais non pérenne de Marine Le Pen sur l’extrême-droite, la droite populiste et la droite souverainiste

Dans l’espace qui est classiquement situé à la droite des Républicains, malgré sa « richesse » historique de multiples courants et traditions, parfois farouchement opposés, la situation pour la présidentielle 2017 en termes de candidatures sera relativement simple, les complexités et les difficultés venant davantage du positionnement stratégique et de l’après-présidentielle.

1. Même si l’orientation Philippot lui donne un positionnement et un électorat presque plus à gauche, globalement, qu’à droite, le FN continue d’être placé à l’extrême-droite. Cela reste logique au regard des origines et des idées de nombre de ses cadres intermédiaires et d’une partie de la direction nationale (Aliot, Bay, Rachline, Ravier, etc.), qui se font plus discrets tant que la ligne Philippot produit des résultats électoraux.

Malgré sa consécration émergente au sein d’une tripolarité complexe, l’horizon n’est pas serein pour le FN. Prosaïquement, il perdra cette année un thème traditionnel de victimisation : la quête des 500 signatures. Avec ses succès électoraux aux municipales, départementales et régionales, il n’est désormais plus menacé d’être exclu de la présidentielle (ce qui ne s’est en réalité d’ailleurs produit qu’en 1981, à une époque groupusculaire et alors que le PFN de Pascal Gauchon faisait transitoirement un peu d’ombre).

L’évidence de la candidature de Marion Anne Perrine « Marine » Le Pen renvoie le débat de fond à la future défaite, en fonction du moment (1er ou 2nd tour), des circonstances (Juppé ou Sarkozy comme vainqueur) et de l’ampleur de celle-ci. Ce débat opposera alors les deux lignes, celles de Florian Philippot et de Marion Maréchal-Le Pen, fondées à la fois sur les différentes politiques (européenne, économique, sociale, sociétale, etc.) et sur la stratégie et la tactique électorales (alliance ou non avec la droite, recherche de nouveaux électorats à droite ou consolidation de l’ancrage populaire, etc.).

Déjà, l’émergence de velléités d’affirmation, voire de candidature, de la part de Robert Ménard ou de Renaud Camus, montrent que la « recette » magique du père Le Pen (parvenir à fédérer tous les courants d’extrême-droite, du solidarisme à l’élitisme fascisant, du paganisme à l’intégrisme catholique, des identitaires aux ex-chevènementistes, des nationalistes aux européanistes, des crypto-reaganiens aux ouvriéristes, des technocrates aux intellectuels,…) commence à ne plus fonctionner.

L’espace occupé est trop grand, trop vaste, trop difficile à maintenir durablement rassemblé. La proximité du pouvoir fait que, fonctionnellement, chaque tendance peut souhaiter s’imposer pour faire prévaloir sa ligne. D’une certaine manière, le PS (de Collomb à Filoche) ou LR (d’Apparu à Peltier) sont confrontés aux mêmes problèmes. Mais, pour le FN, c’est nouveau : il est « riche », désormais, et fait face aux problèmes correspondants.

Ayant gagné à gauche après 2011, en se renforçant encore chez les ouvriers et en progressant fortement chez les employés, mais aussi complétant ses succès sur la droite (déjà acquise dans l’électorat artisan, commerçant) en mordant sur les agriculteurs (ce qui est largement nouveau) et sur une partie de la bourgeoisie (ce qui s’était déjà vu dans les années 1980) et des catholiques (ce qui est totalement nouveau) avec le délitement sociétal, le risque terroriste et l’impopularité croissante de l’Europe, le FN a aujourd’hui probablement atteint un palier aux régionales. Peut-être pas un plafond si un Juppé président dégarnit sa droite, mais un ralentissement.

En tous les cas, son électorat s’est solidifié. Le plus volatil et le plus incertain jusqu’aux années 2000, il est devenu le plus solide et le plus fidèle, voire le plus mobilisé en cas de perspective de victoire, locale ou nationale (voir la différence entre sa déception aux départementales et sa bonne prestation aux régionales, par rapport aux sondages préélectoraux). Cela montre certes qu’il reste un électorat opportuniste et que le FN conserve une fonction utilitariste, de réceptacle des contestations.

Cependant, jusqu’en mai 2017, personne ne remettra en cause, en interne, le leadership de Marine Le Pen. Lorsqu’une dynamique est positive et que l’électorat et les positions de pouvoir s’élargissent, les critiques se taisent, tout le monde souhaitant bénéficier des retombées positives ; ne pas être accusé d’être un diviseur et d’être le responsable d’un éventuel échec ; hériter ou prendre possession, le moment venu, d’un outil fort. En outre, plus le temps passe, plus la structure partisane se renforce (même si les cadres locaux restent assez indigents), plus le financement public se solidifie, moins les dissidences seront probables.

Ainsi, en laissant, après les régionales et l’échec du 2nd tour (et de la stratégie de « splendide isolement » et le succès même précaire et baroque d’une sorte de cordon sanitaire anti-FN), perdurer la ligne Philippot, Marion Maréchal-Le Pen a su faire preuve de patience et se réserver pour l’analyse de l’échec futur de 2017. Elle pourra alors plus facilement critiquer l’incapacité à briser le « plafond de verre » et incarner une alternative interne, après la déception.

Au sein de l’espace occupé par le FN, une seule surprise serait ainsi envisageable : que… Jean-Marie Le Pen lui-même tente d’être candidat… pour continuer de harceler sa fille. Mais son état physique diminué, sa marginalisation au sein du monde du FN et l’absence de tout avantage comparatif en termes politiques et électoraux ne lui permettraient pas de réunir 500 signatures et d’empêcher sa fille de le faire. Toutefois, un petit épisode médiatique du « Menhir » n’est pas à exclure, avec la complicité des médias, friands d' »histoires » à nous conter… Après tout, cela nous changera un peu de Macron 😛

2 En ce qui concerne l’extrême-droite hors FN, son caractère groupusculaire et l’aspect folklorique de certains de ses impétrants ne laissent aucune chance aux Carl Lang ou Henry de Lesquen de parvenir à se présenter.

La force propre du FN et aussi de la « marque Le Pen », même transmutée de père en fille, ont été démontrées amplement par l’écrasement de Bruno Mégret et des relativement nombreux hiérarques du parti qui l’avaient rejoint au sein du MNR, promu sur le papier à un meilleur avenir que la boutique du vieux bonimenteur pro-Algérie française. Pourtant, aucune brèche sérieuse, MNR ou autre (Mégret, Le Gallou, Lang, Martinez, Bompard,…), n’a jamais pu entamer le monopole du FN depuis plus de 30 ans.

En outre, même un Carl Lang (Parti de la France) ou un Paul-Marie Coûteaux (son intime conviction de sa supériorité personnelle sera peut-être contrecarrée par son échec récurrent sur le plan purement pragmatique de la politique politicienne) ne pourraient compter sur des signatures de droite : celle-ci est trop légitimiste et d’ordre pour se risquer à soutenir des petites candidatures qui diviseraient, alors que la primaire est bien là (en théorie) pour rassembler et permettre l’expression de sensibilités qui mordent sur la droite de la droite (par souverainisme, par conservatisme social, par esprit sécuritaire). Les « jeux » dans l’espace auparavant occupé par Pasqua et le CNIP ne reprendront qu’après la présidentielle et en fonction du résultat de celle-ci et de l’anticipation du paysage des législatives. Nous y reviendrons.

3. Dans l’espace de la droite dure mais encore « responsable », c’est-à-dire issue du sérail et de l’élite même si les contestant fortement, les spéculations sur un retour de Villiers ou sur une candidature de Zemmour n’aboutiront pas. Sans force partisane suffisante, alors que la primaire de la droite et du centre absorbera en partie l’espace dévolu à cette zone (Sarkozy, Copé, voire Guaino) et que Ménard ou Collard ont préempté l’attention médiatique, il est déjà trop tard.

Si l’UPR de François Asselineau tentera de nouveau d’être présent, il est très peu probable qu’il parvienne à rassembler les 500 signatures, sa structure étant trop faible et presque résumée à un seul homme.

Qui plus est, la présence de Dupont-Aignan absorbe déjà une partie de l’espace gaullo-souverainiste. Nicolas Dupont-Aignan bénéficie d’une dynamique porteuse et peut espérer un remboursement de ses frais de campagne avec un score supérieur à 5 %. Il mord sur une partie de LR, comme aux régionales, le contexte terroriste, migratoire et européen l’avantageant. Tous les candidats potentiels de LR, même Sarkozy, apparaissent trop pro-européens aux yeux d’une frange conservatrice et souverainiste. Le  possible « Brexit » pourrait renforcer ce mouvement.

Il convient cependant d’être prudent, le vote utile pouvant jouer à droite, lorsque Hollande rebondira quelque peu ou lorsque Sarkozy, si c’est lui, entrera en campagne: l’électeur conservateur veut surtout se débarrasser de l’honni Hollande. Villiers lui-même, certes souverainiste mais pas gaulliste et donc sur un créneau différent, n’a jamais réussi à atteindre les 5 %.

Dupont-Aignan n’a d’ailleurs pas de spécificité suffisamment forte sur le souverainisme, par rapport au FN, pour s’imposer vraiment et être, à droite, l’égal d’un Mélenchon. Il agit surtout comme un « parasite » toléré et parfois utile de LR (comme EELV, jusqu’au ralliement partiel de fin 2015, ou le PCF pour les socialistes).

4. En fin de compte, la seule concurrence un peu sérieuse pour Marine Le Pen pourrait venir de… la gauche.

Si le président sortant va faire feu de tout bois à partir de l’automne pour flatter sa gauche (et a déjà commencé avec les cadeaux dignes des potentats du tiers-monde ou des autoritaires Erdogan ou Poutine : enseignants, SNCF, intermittents, outre-mer, tout en soignant les électorats communautaires : langue arabe à l’école, clins d’œil de Valls aux Juifs, commémorations « sectorielles » et instrumentalisées), l’agitation autour de la loi El-Khomri et les saillies de Macron (le costard, le tutoiement, l’ISF –celui des autres et le sien!-,…) vont remobiliser la gauche de la gauche et redonner un espace à Mélenchon.

Il n’est donc pas exclu que celui-ci parvienne à reprendre –un peu- au FN. Certes, son électorat est désormais peu « populaire » et surtout intermédiaire, enseignant, « secteur public », en partie bobo. Mais un petit retour de flamme « social », à l’ancienne, à la communiste, pourrait bien coûter 1 à 2 points à Marine Le Pen, dont le choix du silence médiatique est de plus en plus difficile à tenir.

Celle-ci ne peut décemment pencher davantage sur sa gauche au regard des tiraillements qu’expriment la liberté de parole de MMLP, les initiatives de Ménard ou l’apparition d’idées de candidatures de « renouvellement ». La CGT peut donc repartir à la conquête d’électeurs perdus pour le vieux communisme.

5. Pour conclure ce tour d’horizon général des candidatures possibles, le paysage semble peu porteur de surprises majeures.

J’opterai pour deux solutions alternatives:

Arthaud / Poutou / Mélenchon / Duflot / Hollande / Lassalle / Juppé / Dupont-Aignan / Le Pen
Arthaud / Poutou / Mélenchon / Duflot / Hollande / Bayrou / Sarkozy / Dupont-Aignan / Le Pen
avec des compléments possibles : Cheminade, Cavada, sans exclure une candidature exploitant l’ire des maires (Troadec, Mumbach) et une candidature « alternative » (Larrouturou?).
Je ne parviens en revanche pas à croire dans les Hulot, Macron, Montebourg et autres « surprises » ou faux dissidents, ainsi qu’exposé au fil des articles de ce blog.

Quoi qu’il en soit, souhaitons une décantation la plus rapide possible, afin que les sondages puissent être simplifiés, donc moins coûteux et donc plus nombreux… C’est évidemment un vœu pieux et je crains de ne pouvoir commencer à publier l’indicateur agrégé que le 28 novembre… 😡 Au moins pourrons-nous faire du rétrospectif et le calculer depuis la fin 2015.

A propos du nombre insuffisant et de la périodicité bien trop fragmentaire et erratique des sondages en France, je signale aux plus férus des lecteurs de ce blog que j’ai ajouté, en bordure droite, un lien vers un site allemand proposant une actualisation en quasi-quotidienne de la moyenne des sondages… Evidemment, le système parlementaire est plus simple à sonder… même si l’exemple britannique de 2015 et l’échec des sondeurs (et la quasi-disette de sondages depuis… même pas un par semaine : My goodness !) peuvent décevoir.

Toutefois, la primaire de la droite et du centre va peut-être enfin compenser cette rareté des sondages. Nous y reviendrons très rapidement, avec le possible début d’un effritement de Juppé.

Derniers sondages IFOP et Odoxa pour la primaire de la droite et du centre: stabilisation Juppé-Sarkozy au profit du premier, absence de décollage des petits candidats et plafonnement prématuré de Le Maire

Sondage IFOP pour Valeurs Actuelles, réalisé du 29 mars au 14 avril 2016 auprès d’un échantillon de 548 électeurs se déclarant certains de participer sur un total de 5 775

Sondage Odoxa pour Le Parisien et BFM-TV, réalisé du 17 mars au 29 avril 2016 auprès d’un échantillon de 836 personnes « certaines d’aller voter », parmi 1 660 « comptant y aller », parmi un total de 7 088

1. La primaire de la droite et du centre suscite toujours plus de vocations au sein de LR… L’ajout de Jacques Myard, souverainiste sécuritaire, à la liste des impétrants, les réflexions en cours chez Michèle Alliot-Marie et Henri Guaino, gaullistes traditionnelle et souverainiste respectivement, vont rendre encore plus complexe la quête des 20 parrainages de parlementaires pour les « petits » candidats, d’autant que François Fillon (et bientôt les autres « grands » candidats) vont chercher à gagner la « primaire du soutien/ralliement » (endorsement primary) en monopolisant le maximum de signatures parlementaires.

Si Jean-François Copé, en raison de l’ancienneté de son implantation et des « beaux restes » de sa structure de campagne de la fin 2012, devrait franchir la barre assez facilement et si NKM devrait bénéficier d’une bienveillance sarkozyste et de l’absence de concurrence sur son créneau « de gauche et écologiste », il n’est plus si évident que Mariton parvienne à engranger suffisamment de soutiens. Il pourrait en perdre quelques-uns au sein de l’aile conservatrice si Guaino et/ou MAM se lancent vraiment. Toutefois, il sera peut-être le 7e candidat LR, derrière Fillon, Juppé, Sarkozy, Le Maire, assurés de leur candidature, Copé, quasi-assuré, et NKM, probable (Poisson étant déjà qualifié au titre du PCD).

Pour tous les autres candidats, y compris MAM, le pari paraît très délicat. Même ceux qui, comme Guaino, représentent réellement un courant d’idées spécifique, peuvent être desservis par leur personnalité, ce qui fait tomber de précieux soutiens. Et il n’est même plus la peine d’évoquer les Myard, Didier, Lefebvre, Morano

Les derniers sondages IFOP et Odoxa incluent d’ailleurs Didier, Myard et même Jean Arthuis et ils ressortent à 1 (Didier chez Odoxa) ou à 0 (tous les autres chez Odoxa, tous chez l’IFOP) dans toutes les catégories d’électeurs potentiels… Lefebvre reste collé à 1 et Morano l’a rejoint. Pour tous ceux-là : Game over.

2. Seuls MAM (avec son nom et sur la base d’une nostalgie du RPR) et Guaino seraient en mesure de dépasser ces scores de 1 %, à la condition de parvenir à être candidats. Copé lui-même éprouve quelques difficultés à dépasser les 2 %, y compris lorsque sont considérés les seuls électeurs potentiels proches des Républicains, ce qui montre la concentration de l’électorat autour des 4 candidats principaux.

Les petits candidats déjà déclarés ne progressent en effet pas non plus et c’est notamment le cas de NKM. Son positionnement trop décalé risque bien de la laisser marginale jusqu’au bout. Le fait qu’elle sera probablement la seule femme à concourir constituera certes un avantage au moment des débats, mais de faible importance et/ou anéanti par ses habituelles déclarations iconoclastes ou vite raillées. Quand bien même elle séduirait des électeurs écologistes, de centre gauche ou de gauche, il est peu probable qu’ils se déplacent le 20 novembre pour la soutenir réellement. C’est une bonne nouvelle pour Juppé, qui n’a pas été affecté par l’officialisation (ratée sur le plan médiatique) de la candidature NKM.

Le résultat de ce paysage morcelé est surtout que la prolifération de petites candidatures rend pour le moment inaudibles même les grands candidats. Les médias ont annoncé que la primaire était lancée, mais elle est tellement émiettée qu’elle ne permet pas réellement à la droite d’occuper, pour l’instant, l’espace médiatique, semble-t-il réservé au « produit » du moment, Macron.

Cet émiettement est surtout négatif pour Sarkozy, qui est en retard, dont la stature d’ancien président n’impressionne manifestement pas (plus) et qui se retrouve banalisé. Quoi qu’il en soit, quand bien même cette phase d’éclosion des « envies » de candidatures ne ferait que stabiliser la situation, c’est évidemment favorable à Juppé.

A terme, en reportant le véritable début de la primaire (probablement à la fin août), cette situation peut ne pas être mauvaise pour la droite, qui se déchirera moins longtemps et qui bénéficiera quand même de l’occupation du terrain médiatique en septembre-novembre. Après tout, Aubry s’était déclarée en juillet et la coupure estivale n’avait fait démarrer les hostilités qu’à La Rochelle en 2011.

3. Quant à l’UDI, les dernières nouvelles montrent qu’elle risque de se dissoudre (au sens figuré en tout cas) à l’approche de l’échéance : voulant monnayer son refus initial de participer, elle risque de tout perdre, n’ayant plus le temps de négocier une participation ou de se trouver un candidat unique (Morin refusant de soutenir Lagarde, Hénart refusant Morin, Arthuis parvenant éventuellement à se faire reconnaître par LR, comme déjà expliqué) et finissant par soutenir en ordre dispersé certains candidats LR (Juppé, Le Maire, NKM, voire Fillon), ce qui est déjà le cas de Jégo, ou par s’éparpiller hors cadre (Yade). Ses militants et sympathisants voteront probablement quoi que la structure décide. Mais le plus probable (bien que de peu) reste que les « barons » (Leroy, Sauvadet, Morin, Vigier et même Hénart) prévaudront et imposeront une participation sans candidature à la primaire, quoi qu’en disent Lagarde et Arthuis.

L’UDI n’a pas de Giscard ou de Barre et même plus de Borloo. L’UDF avait déjà du mal à exister dans un système bipolaire, largement partisan et quadripartite ; l’UDI risque la dissolution dans un système tripolaire, surmédiatisé et fortement personnalisé.

4. Pour revenir aux derniers sondages IFOP et Odoxa, ils sont à prendre avec quelque précaution, car réalisé sur un échantillon moins large que d’habitude pour ce qui est de l’IFOP et publié –malheureusement comme d’habitude- avec des données partielles pour Odoxa (moins détaillées sur l’échantillon des seuls « certains d’aller voter » et sur la ventilation parmi les électeurs UDI-MoDem et FN) ; en revanche, Odoxa sonde en continu sur une période d’un mois et demi.

Graphique sondages primaire 2016 ensemble

Graphique sondages primaire 2016 LR

Ces dernières livraisons indiquent essentiellement que l’effet de la déclaration de candidature de Le Maire semble n’avoir été qu’une bulle. Le Maire reste à un niveau plutôt supérieur à sa situation ex ante, mais aucune dynamique réellement profonde ne semble finalement s’être enclenchée, contrairement à ce que l’on pouvait croire. Son côté « techno », son renouveau et sa jeunesse éclipsés par le politicien « iphonique » Macron, sa difficulté à trouver un créneau réellement original alors que Sarkozy, Juppé et Fillon représentent des profils déjà bien établis, le desservent probablement déjà.

François Fillon paraît avoir réussi à lui subtiliser une certaine attention médiatique et refait une partie de son retard. Il est difficile de déterminer sur quels candidats il a gagné du terrain : c’est probablement surtout sur Le Maire, mais Juppé et Sarkozy ne sont pas à l’abri non plus. Il est toutefois peu vraisemblable que son « offensive de notables », certes marquante, suffise à lancer une réelle dynamique de fond.

Juppé s’érode un peu mais reste au-dessus des 35 %. Il n’a pas été significativement affaibli par la bulle Le Maire, sauf chez les électeurs centristes et encore de manière temporaire (ou en raison de l’échantillon bien trop réduit pour disposer de données fiables…). Il reste surtout solide au second tour, continuant de battre Sarkozy même chez les sympathisants LR. Les reports de voix de Fillon et Le Maire lui restent très favorables, entre 60 % et 2/3.

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Graphique sondages primaire 2016 2T LR.png

Sarkozy se stabilise, mais ne remonte pas. Sa faible exposition actuelle peut plaider pour une future remontée. En outre, il a peut-être atteint un étiage qui constitue une base de reconquête déjà plus élevée que celle de Fillon et Le Maire.

A l’inverse de ces interprétations positives, on peut souligner que sa présidence du parti ne l’aide pas spécialement à ce stade et que le processus de la primaire semble désormais bien solidifié (alors qu’il a cherché tous les moyens de le contourner et de le saborder). Son profil sociologique ne s’améliore pas, lui qui ne dépasse Juppé que chez les employés (même plus les ouvriers…), les chômeurs et étudiants et les 25-34 ans : un vrai profil de Nuit Debout ce Sarko ! 😉 Il a perdu au profit de Le Maire à la fin de l’hiver, puis est aujourd’hui quelque peu grignoté par Fillon, ce qui montre qu’il peut s’éroder, comme Juppé. Enfin, Sarkozy est pour le moment essentiellement en situation défensive pour la position de rival de Juppé, et non en situation offensive face à un Juppé qui devrait défendre son capital : sa faiblesse de second tour est la plus inquiétante pour lui car, même revenu à la hauteur de Juppé au premier tour, il ne parviendrait probablement pas à capitaliser sur une dynamique.

5. Dans ses performances potentielles à la présidentielle, Sarkozy a d’ailleurs pour le moment des difficultés un peu similaires à celles de Hollande. Certes, Sarkozy est légèrement plus compétitif que Juppé face à Le Pen, mais il perd beaucoup plus vers Bayrou : comme au 1er tour de 2012, il ne parvient pas à créer une dynamique positive des deux côtés à la fois ; ce n’est pas forcément son but, mais comme Le Pen reste très forte face à lui, même sa stratégie « au peuple » ne fonctionne pas. Sarkozy est réduit à sa base fidèle (qui est toutefois plus large que celle de Hollande, ce qui assure sa qualification, mais par défaut).

Quant à Fillon et Le Maire, c’est leur base intrinsèque qui est trop faible, en particulier face à Bayrou ou Macron. Seul Juppé parvient à ne pas trop perdre sur sa droite ce qu’il gagne fortement sur sa gauche. De ce point de vue, sa dynamique et son electability se confirment et devraient avoir un effet mobilisateur autour de son nom pour la primaire.

Certes, d’aucuns objecteront que le déport de Juppé sur sa gauche est trop important et qu’en campagne, les électeurs regagnent leurs pénates. La polarisation lors de la campagne est un fait ; la sûrement meilleure capacité mobilisatrice d’un Sarkozy que d’un Juppé en est un autre.

Mais deux éléments devraient compenser ces probables défauts de Juppé :
– d’abord, l’électeur socialiste, sans forcément voter pour lui (ce sont des chimères de sondages à un an ou d’éditorialistes politiques ou d’électeurs déçus qui font de grandes déclarations à un an de distance), se démobilisera bien davantage face à Juppé que face à Sarkozy, ce qui diminuera d’autant le score hollandais ; or, dans la configuration actuelle, il suffit d’être au-dessus du candidat socialiste, rien d’autre ne compte vraiment ;
– en outre, Juppé semble désormais solidifier aussi sa base de droite, en tous les cas celle des libéraux et conservateurs modérés, traditionnels, bourgeois. Bien entendu, il est toujours déconnecté des souverainistes, des sécuritaires et des poujadistes et le restera, mais cela ne devrait bénéficier à Dupont-Aignan et Le Pen que de manière insuffisamment significative pour le gêner dans sa qualification pour le second tour, d’autant que la candidate FN est de toute façon déjà qualifiée, sauf accident à la DSK (enfin, de même ampleur médiatico-politique, pas forcément de même nature!).

Le sondage IPSOS déjà évoqué dans un post précédent, en reprenant les votes de 2012, montre ainsi que Juppé est aussi efficace que Sarkozy pour conserver un noyau de 55-60% des électeurs de ce dernier. Mais il gagne nettement plus sur les électeurs de Bayrou et Hollande, sans perdre davantage vers Le Pen et Dupont-Aignan. Sarkozy lui-même s’érode davantage que Juppé au profit de Dupont-Aignan dans les plus récents sondages (comme LR a souffert un peu face à DLF lors des régionales de décembre).

La base sarkozyste est donc vraiment réduite à son socle minimal, comme ce fut le cas pour Chirac à chacun de ses premiers tours (1981, 1988, 1995 et 2002). De très bon candidat de premier tour (2007), Sarkozy est devenu « simplement » un bon candidat de premier tour (2012), pour se réduire à un bon candidat de primaire (2016), à défaut d’être vraiment compétitif au premier tour de 2017. Il reste qu’il est tout à fait capable de revenir de loin. Sera-t-il un Jeb Bush 2016 ou un Rubio 2016, ne concrétisant jamais ses promesses ? Ou un McCain 2008, pas vraiment favori et assistant à la défaite de tous ses formidables adversaires successifs (Thompson, Giuliani, Romney, Huckabee) ?

6. Il convient en conclusion d’être très prudent. Juppé peut redevenir arrogant à tout moment. Sarkozy n’est pas encore en campagne ouverte, même s’il est contraint de se rappeler régulièrement au souvenir des sympathisants. Les écarts Juppé-Sarkozy de premier tour ne sont pas abyssaux, notamment auprès des sympathisants LR, les plus susceptibles de voter en novembre prochain. La volatilité dans les électorats périphériques (UDI et FN) est forte. La situation est mouvante parmi les électeurs potentiels qui cherchent autre chose que le duo de tête. La participation extérieure au noyau LR, plus favorable à Sarkozy, reste une inconnue. La bataille ne sera réellement lancée qu’en septembre et les débats télévisés de l’automne seront vraiment décisifs.

Ainsi, même si Juppé dispose d’atouts structurels, la situation reste ouverte. Jusqu’en septembre, il est finalement peu probable que le duo de tête soit menacé. Seule une exposition médiatique favorable lors des débats peut permettre à Le Maire et, moins probablement, à Fillon, de connaître une embellie « à la Montebourg ». Le parallèle Juppé-Hollande, Sarkozy-Aubry, Fillon-Royal, Le Maire-Montebourg tient toujours, à mon sens. Le combat pour la 1e place n’est en revanche pas acquis, loin de là.

Derniers sondages pour le 1er tour de la présidentielle 2017: seuils d’alerte atteints à gauche pour Hollande et nivellement derrière Juppé au sein de la droite

Sondage Harris-Interactive réalisé du 11 au 13 avril 2016 pour WE Demain, auprès d’un échantillon de 1535
Sondage IFOP réalisé du 12 au 14 avril 2016 pour iTélé, Paris Match et Sud Radio, auprès d’un échantillon de 1876 électeurs potentiels, extrait d’un total de 2019
Sondage Odoxa réalisé du 14 au 15 avril 2016 pour Le Parisien et BFM-TV, auprès d’un échantillon de 949
Sondage TNS-Sofres réalisé du 15 au 16 avril 2016 pour Le Figaro, LCI et RTL, aurpès d’un échantillon de 1011
Sondage BVA réalisé du 15 au 17 avril 2016 pour Orange et la presse régionale, auprès d’un échantillon de 949 électeurs potentiels, extrait d’un total de 1013

Comme trop souvent, la publication de sondages et les choix des médias agacent…

Il peut s’écouler un mois sans sondage et, en deux jours, nous sommes ensevelis de sondages réalisés à peu près aux mêmes dates. Quel gâchis. C’est encore trop erratique pour mettre en place l’indice agrégé, mais cela suffit à perturber les courbes simples. Bref, il faudra très prochainement envisager de passer aux courbes de tendance.

Le fleurissement des candidatures potentielles entraîne aussi celui des hypothèses sondagières, toujours plus variées, mais malheureusement souvent incohérentes. Passe encore que certains instituts et/ou leurs commanditaires privilégient définitivement l’hypothèse « Juppé sans Bayrou ». Mais pourquoi imaginer l’étendre aussi facilement aux cas de figure où Fillon ou Le Maire est le candidat des Républicains ? S’agit-il de dévaloriser Sarkozy ?

De même, tester l’hypothèse Hulot sans Bayrou est, a priori, gonfler artificiellement le premier. S’agit-il de « pousser » sa candidature ?

Enfin, on peut relever que, chez certains sondeurs, Macron arrive en tête des sympathisants de gauche voire socialistes, mais que c’est un cas de figure sans Hollande et, surtout, avec à la fois Aubry et Hidalgo (et même Montebourg), ce qui n’a pas de sens et divise artificiellement l’aile gauche et permet de favoriser la coqueluche médiatique du moment. De nouveau, une manipulation ?

Car, répétons-le, les sondages ne manipulent pas en soi. Ce sont les questions posées et les hypothèses forgées, essentiellement, par les directions des médias commanditaires qui influent ainsi indirectement sur le paysage politique et tentent de le modeler de manière cachée.

L’avalanche de 5 sondages (IFOP, Odoxa, BVA, TNS-Sofres et Harris Interactive) dans les derniers jours oblige à un décryptage général et tous azimuts, mais le phénomène Macron et l’évolution générale de la gauche appellent de prochains articles sur la situation de la gauche de la gauche et des écologistes, d’une part, et sur les solutions possibles au sein de la gauche gouvernementale, avec une mise au point sur la(es) primaire(s) qui ne verront pas le jour, d’autre part.

IFOP pour iTélé, Paris-Match et Sud-Radio, réalisé du 12 au 14 avril 2016 (échantillon de 1876 parmi un tota

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Graphique sondages 1T 2017 Juppé-Hollande sans Bayrou.png

1. La première question qui se pose a trait à la dérive du sortant Hollande. Il est clair qu’il est déjà candidat ; il est également clair que la direction du PS et lui n’ont jamais eu l’intention d’organiser la primaire, pourtant prévue dans les statuts et que tout adhérent du PS pourrait réclamer (il semble que quelques individus sont enfin prêts à lancer jusqu’au contentieux). Tout discours sur la primaire est dilatoire et n’a pour seul but que de gagner du temps et de prolonger les discussions sur tout aspect de la question qui permet de la suspendre jusqu’aux calendes grecques ou, plus exactement, jusqu’après la primaire de la droite et du centre, moment choisi par Hollande pour se dévoiler et tenter d’effacer un automne qui aura été monopolisé médiatiquement par la droite (ou de profiter d’éventuelles divisions sanguinaires de celle-ci…).

Dans ces conditions, il est difficile d’envisager un candidat alternatif au PS ou dans la gauche de gouvernement. Pourtant, si Hollande descend trop bas, n’y aura-t-il pas un moment de basculement, avec des hiérarques socialistes qui auront peur de tout perdre (surtout dans la perspective de législatives dramatiques et si Macron, Hulot, Bayrou, un « citoyen » ou d’autres viennent dangereusement diluer leur créneau politique sur son flanc droit) ?

A quel moment cela peut-il se produire ? D’ores et déjà, le risque d’un nouveau « 21 avril » est intégré. Après tout, un drame inconcevable mais déjà vécu est toujours plus facile à digérer lorsqu’il se reproduit… En revanche, si, de manière durable et dans toutes les hypothèses (surtout dans les seules qui vaillent, c’est-à-dire avec Sarkozy ou avec Juppé sans Bayrou), Hollande passe en 4e position, derrière Mélenchon ou Bayrou, voire glisse en 5e position derrière ces deux derniers, alors une remise en cause du caractère naturel ou légitime de sa candidature pourrait sérieusement émerger.

C’est peut-être cette hypothèse que joue Macron, ultra-moderne, c’est-à-dire situé dans la posture, l’opportunisme calendaire, le très court terme et la pure image : il pense peut-être, au moment où Hollande est réellement mis en cause, profiter d’une fenêtre de lancement de quelques semaines. Si ce n’est pas le cas, il pense qu’il aura au moins occupé une case à prendre, à la place de Valls (dont l’avenir n’existe pas sans le PS et les institutions) et de Bayrou (pour lequel, a priori, 2017 devrait correspondre à sa retraite de la vie politique).

Néanmoins, cette hypothèse reste peu probable :

  • le PS est un parti en réalité très légitimiste, même si moins que feu le RPR;
  • l’influence de Hollande reste très importante et ses rivaux potentiels ont tous renoncé ou sont affaiblis et divisés (nous y reviendrons), comme le montre la, certes, meilleure performance de Valls et Macron lorsqu’ils sont testés à la place de Hollande, mais dans de faibles proportions et avec des conditions favorables : Macron est ainsi testé sans Bayrou, même contre Sarkozy…
  • ce naufrage sondagier du moment tient aussi à une volatilité croissante de l’opinion et est probablement aussi exagéré que l’était le rebond factice de popularité après chaque vague d’attentat,
  • le frémissement en faveur de Mélenchon aura peut-être la même durée que celui du printemps 2012, qui n’avait pas duré, même s’il est évidemment durablement installé au-dessus de 10 %,
  • la tenue correcte de Bayrou tient à une attente peu stable au centre ou « ailleurs », qui pourrait tout aussi bien s’incarner en Hulot ou en un candidat de centre-droit « différent » (non, ce ne sera pas Rama Yade 😉 Comment l’imaginer rencontrant des milliers de petits maires ruraux pour tenter d’avoir ses 500 signatures ?…),
  • mécaniquement, un rebond, même léger, est à prévoir, la peur de l’électeur de gauche d’une débâcle et d’un niveau menaçant du FN arrêtant l’hémorragie et permettant au moins à Hollande de regagner une petite distance par rapport à Mélenchon et Bayrou,
  • une décantation, lorsque le vent de folie Macron se sera calmé (car un autre événement médiatique s’imposera : nouvelles vagues de migrants, Brexit, crise chinoise, explosion libyenne, nouvelle maîtresse officielle, esclandre sarkozyen,… ou il aura été congédié du gouvernement et se retrouvera hors du système socialiste et donc sans beaucoup de troupes), permettra à la gauche de revenir aux candidatures « classiques » et attendues, chacun gérant sa petite boutique (Arthaud, Poutou, Mélenchon, Duflot, Hollande).

Quoi qu’il en soit, Hollande doit résister au croisement des courbes avec Mélenchon voire Bayrou. Il est désormais réduit à son noyau dur et ne devrait plus descendre :

  • son score d’intentions de vote est peu ou prou équivalent à son indice de popularité,
  • même une candidature Hulot ne le fait pas (trop) davantage baisser alors que, normalement, cette candidature devrait être celle qui lui est la plus défavorable, fournissant un exutoire idéal et plus avenant que la candidature Duflot aux socialistes déçus,
  • l’absence ou la présence de Bayrou n’a pas d’influence notable sur le niveau de Hollande : comme le point précédent, cela démontre que Hollande a déjà perdu tout ce qu’il pouvait perdre et devrait désormais rebondir (ou stagner…).
  1. Comme l’extrême-gauche trotskyste (de manière marginale), Mélenchon est à la hausse.

Il est certain que l’agitation sociale contre la loi El-Khomri et contre la politique sécuritaire, thèmes mobilisateurs à la fois pour la « vieille gauche » et pour l’aile bobo-libertaire, lui bénéficient, en tant que seul représentant crédible (au sens de l’obtention d’un score électoral significatif) de la gauche de la gauche. Nous reviendrons sur cette très probable difficulté de ce courant à lui substituer un autre candidat, qu’il s’agisse de Pierre Laurent, de Taubira, d’Autain, d’un Piketty, d’un quelconque représentant de la société civile ou même d’un socialiste qui ferait dissidence. Mélenchon est parti plus tôt, justement pour éviter de se trouver diminué par cette vaine agitation et d’abîmer son statut de représentant médiatique et électoral le plus solide et le plus légitime à la gauche du PS. Seul un Montebourg ou un Hamon (sans parler d’Aubry) en rupture de PS aurait été en mesure de lui contester ce statut.

Néanmoins, l’actualité tournera et Mélenchon, s’il frémit vers les 15 % ou au-delà, reviendra probablement à un niveau de 10-12 %, surtout s’il est plus visible dans les médias, ce qui, désormais, le dessert par effet de répétition et de lassitude.

En revanche, il n’a rien à craindre sur sa gauche, le temps des figures médiatiques à la Laguiller ou à la Besancenot étant révolu.

3. La candidature Duflot semble ne pas accrocher. Elle est très faible chez Odoxa et à l’IFOP. Elle est conforme au niveau habituel des écologistes (2-3 %) pour les autres instituts. Il semble qu’elle ait un peu perdu au profit de Mélenchon (car Hulot, lorsqu’il est testé à sa place fait baisser Mélenchon), n’étant plus très audible ; mais, surtout, elle est en situation de vases communicants avec Hollande, ce qui confirme, même si de manière bien plus marginale que lors des élections européennes ou régionales (EELV dépassant les 10 % lorsque le PS dégringolait), la fonction exutoire du parti vert pour les déçus du socialisme gouvernemental ne souhaitant quand même pas aller jusqu’aux héritiers officiels du communisme.

Une candidature Hulot, testée notamment par Harris Interactive mais en concurrence avec Duflot (et dans les deux cas de figure Sarkozy-Bayrou et Juppé sans Bayrou), prend à cette dernière, déjà pas très haute, mais aussi à Bayrou, à Hollande et à Juppé de manière équilibrée. Etant donné son faible niveau, il est évident que cette candidature est plus défavorable pour Hollande, qui doit se qualifier, mais cela reste dans des proportions assez limitées, comme déjà signalé.

Mais son caractère assez flou, comme le personnage lui-même, confirme que, s’il devait se décider à concourir (ce qui est fort peu probable, au regard de son caractère éminemment velléitaire), sa candidature se dégonflerait probablement rapidement et ne tiendrait pas la distance.

4. Hormis le cas particulier de l’hypothèse Hulot, l’électorat Bayrou est de nouveau le plus instable. Clairement, le nom Bayrou suffit à fédérer 8 à 10 %, mais il est devenu un simple réceptacle, au-delà du noyau centriste historique (qui était précisément à cet étiage, mais s’est en partie dissous à mesure du recul de la vieille démocratie chrétienne), d’une frange flottante pour laquelle la moralité publique est l’essentiel et le rejet des partis fondamental. Il ne s’agit pas ici du petit contingent modéré qui recherche l’efficacité économique et politique et qui a soutenu DSK, Borloo, Bayrou, Hollande en 2012, et qui soutient Juppé ou Macron aujourd’hui. Il s’agit d’un contingent « civique », qui s’incarnerait tout aussi bien dans une candidature Lepage ou équivalente, éventuellement chez Hulot ou dans une candidature de la « société civile ». A l’extrême, une partie de ce courant se retrouve sur Dupont-Aignan, Le Pen ou Mélenchon, si Bayrou et aucun autre candidat équivalent n’est présent, par refus absolu du duopôle PS-LR.

5. Dupont-Aignan est à la hausse, même si c’est limité. Il peut envisager de rentrer dans ses frais de campagne, ce qui prolongerait la vie de son mouvement politique. Il semble en mesure de prendre quelques électeurs de droite, dès lors que Juppé n’est pas le candidat LR. Seul Juppé empêche une fuite, déjà constatée aux régionales, des plus de 65 ans vers le candidat DLF. Même Sarkozy n’y parvient pas.

C’est un premier signe de la faiblesse croissante de Sarkozy. Même le cœur de son électorat semble avoir perdu, en partie, foi en son succès. Or, une bonne partie de sa dynamique tient à une capacité supposée à mener une bonne campagne. Si, effectivement, en vue d’une présidentielle, il s’est montré performant malgré l’adversité, ses résultats locaux sont en revanche très décevants, soit en tant que président de la République, soit en tant que président de LR. Il semble désormais que même les sondages présidentiels lui font perdre une partie de son avantage comparatif.

Désormais, il n’est pas tellement plus performant que Fillon ou Le Maire. L’écart avec Juppé s’est même accru et pèsera lourd dans les décisions des électeurs de la primaire de la droite et du centre. Le fait qu’il ne tienne plus aussi bien l’électorat âgé et que le profil sociologique de son électorat potentiel se soit brouillé n’est évidemment pas favorable.

Avec ces sondages et avec la multiplication des candidatures à droite, y compris sur l’aile la moins modérée, sa situation se banalise, alors que continue le flot d’informations sur les « affaires » et que la « ringardisation » de Hollande semble également l’emporter.

Alain Juppé apparaît désormais dominateur. Il lui faudra toutefois bien gérer l’inévitable décrue des sondages qui, si elle est trop rapide ou trop visible médiatiquement, peut créer une dynamique négative qui s’entretiendrait d’elle-même. Il reste que ses atouts sont forts, avec un soutien de catégories d’électeurs qui sont les plus fiables en termes de participation électorale et les plus stables dans leur choix.

6. Le Pen est globalement stable, sauf chez Odoxa, où elle repart au-dessus des 30 %. Il reste à voir s’il s’agit d’un retour de son électorat à son instabilité habituelle ou si l’institut a quelques difficultés dans ses redressements…

Sa situation est désormais solide autour de son noyau populaire bien établi. Elle est même un peu plus performante au second tour. Elle ne progresse toutefois plus au 1er tour et la question de l’avenir du FN reste entier : que faire de son actif électoral ?

Graphique sondages 2T 2017 Sarkozy-Le Pen

7. Cela nous amène logiquement à évoquer le second tour, qui reste, un an avant l’échéance, beaucoup plus incertain encore que le premier tour. En effet, à distance, les électeurs donnent encore une intention de 2e tour équivalente à celle du 1er et donc basée sur un choix véritable, une préférence de personnalité ou un rejet idéologique. Dans la réalité, la polarisation politique et l’égalisation médiatique font leur œuvre et les duels sont plus serrés, notamment en cas de duel gauche-droite, aujourd’hui peu probable.

Graphique sondages 2T 2017 Sarkozy-Hollande

En outre, il faut tenir compte d’un probable « tir de barrage » médiatique intense en cas de qualification de Marine Le Pen pour le 2nd tour : « le fascisme ne devant pas passer », tout sera bon pour relancer les réflexes de vote anti-FN, sauf peut-être en cas de duel Sarkozy-Le Pen. Cela créera forcément une mobilisation à son désavantage, qui ne s’exprime évidemment pas à un an de distance dans de simples sondages et qui ne se matérialisait que faiblement aux élections locales, même si, aux régionales, cet effet a clairement joué là où il y avait un risque de victoire du FN et là où il y avait forte médiatisation.

Graphique sondages 2T 2017 Juppé-Le Pen

Quoi qu’il en soit, la domination des candidats de droite sur le FN ne fait pas de doute, même si Marine Le Pen fait nettement mieux que son père en 2002.

Graphique sondages 2T 2017 Hollande-Le Pen.png

Surtout, elle semble en mesure d’inquiéter Hollande s’il parvenait à se qualifier pour le 2nd tour.

Même si les reports de voix ne sont pas toujours mesurés ou publiés par les sondeurs, il apparaît clairement des traits forts et nouveaux pour 2017 :

le candidat socialiste est très bas dans les reports du FN comme de LR. Les sondages de popularité montrent que, depuis plusieurs années, il a perdu toute confiance de leur part et que le rejet est total. C’est ce qui fait qu’il perdrait probablement, même face à un candidat LR affaibli, n’ayant plus aucun report depuis le FN (alors qu’il pouvait espérer 10 à 20 % selon les années). C’est ce qui fait qu’il n’est plus protégé par des reports significatifs de droite face à Le Pen. Seuls les électeurs MoDem et UDI sont encore dans un réflexe de « front républicain ». Les moments où Hollande a repris l’avantage sur Le Pen sont les périodes post-attentats. Bien entendu, il faut être très prudent car il est aujourd’hui très bas et ne peut que rebondir ; en outre, l’exaspération ambiante donne toujours un bonus à Le Pen ; enfin, les médias reprendront leur défense du pouvoir en place lorsque les candidatures se seront décantées à gauche et que la polarisation reprendra ses droites. Néanmoins, voir un président sortant menacé par la présidente du FN est en soi un petit événement ;

les reports de Mélenchon vers Hollande ne sont corrects que dans le cas d’un duel face à Le Pen (encore dépassent-ils péniblement les 50 %) ; face à la droite, la gauche radicale considère que c’est « blanc bonnet et bonnet blanc » ;

les reports de gauche vers la droite se sont érodés et l’assimilation de Sarkozy au FN fait que seul Juppé peut espérer des reports corrects. Même Fillon et Le Maire ne sont pas si écrasants face à Le Pen, puisqu’en-dessous des 2/3 des voix ;

les électeurs de Bayrou détestent Sarkozy et ne le soutiennent que faiblement majoritairement face à Le Pen ; mais ils ne le détestent pas au point de lui préférer Hollande : c’est équilibré, alors qu’en 2012, Hollande avait pris l’avantage sur Sarkozy dans cet électorat, qui avait surtout boudé Sarkozy, plus que rallié massivement Hollande ;

– en fin de compte, l’électorat FN s’est surtout solidifié et forme un « noyau dur » fidèle d’un tour à l’autre et d’une élection à l’autre. La capacité de progression au 2nd tour de Marine Le Pen reste insuffisante. Mais, pour élargir sa base électorale, elle ne pourrait que s’éloigner de la rhétorique qui plaît à cet électorat populaire dans lequel elle l’emporte très largement. Objectivement, elle a intérêt à ce que Hollande gagne, pour tenter l’implosion de la droite et essayer de prendre le leadership de l’opposition si le président sortant se succédait à lui-même. Cet élément peut être important dans la manière dont se déroulera la primaire de la droite et du centre, mais aussi dans les suites de celle-ci si la réconciliation est impossible après trop de déchirements.

Nous reviendrons également prochainement sur la dernière livraison IFOP sur la primaire de la droite et du centre, qui voit Le Maire incapable de confirmer son embellie.

Derniers sondages IFOP et IPSOS pour le premier tour de la présidentielle 2017: un Hollande profondément affaibli et s’érodant en tous sens

MISE A JOUR: cet article a fait l’objet d’un ajout sur les 3 phases de dégradation de Hollande depuis 2012

Sondage IFOP réalisé du 11 au 13 mars 2016 pour Sud Radio, auprès d’un échantillon de 1026 électeurs potentiels, extrait d’un total de 1096
Sondage IPSOS réalisé du 11 au 20 mars 2016 pour Le Monde et le CEVIPOF, auprès d’un échantillon de 13693 électeurs potentiels, sur un total de 20319

1. C’est une première évidence depuis de longs mois, mais il convient de la répéter car elle ne semble pas complètement prise en compte par le monde politico-médiatique et elle influencera forcément les résultats de la primaire et l’organisation des candidatures « secondaires », au centre, à la gauche de la gauche et chez les divers écologistes (sujets sur lesquels nous reviendrons successivement dans les prochaines semaines): Marine Le Pen sera au second tour de la présidentielle de 2017.

Il ne reste donc plus qu’une place disponible pour le « système », pour les partis traditionnels de gouvernement. Il est donc essentiel pour ces derniers de sélectionner un candidat bien positionné et pouvant bénéficier d’une dynamique électorale (momentum). Cela signifie d’abord d’être capable de rassembler, pour l’essentiel, sa base partisane et électorale. Cela signifie ensuite de pouvoir exprimer une position sur sa gauche sans faire fuir d’électeurs sur sa droite et inversement.

C’est ce que Mitterrand avait porté au plus haut point en 1988. C’est ce que parvenait à faire, peu ou prou, Sarkozy en 2007, même si une certaine déperdition se faisait jour au centre au profit de Bayrou, compensée par des gains sur le FN et par une bonne mobilisation. C’est ce que semblait parvenir à faire DSK, mais sans certitude car le positionnement de Hollande était meilleur. C’est ce que parvient à faire Hollande en 2011-12, positionné centralement au sein du PS et, ensuite, capable de faire le discours (formellement grotesque, mais il fallait bien « quelque chose » pour les médias et la mythologie de la campagne) du Bourget sans perdre le noyau de centristes ballotté de DSK à Borloo, à Bayrou, à Hollande, et de jouer au social-démocrate responsable sans trop perdre vers Mélenchon (malgré l’attirance des bobos pour ce dernier lors d’une flambée sondagière aussi éphémère que les passions soi-disant amoureuses de ceux-ci 😀 cf. le blog sondages2012) ou en tout cas en compensant par un anti-sarkozysme très mobilisateur. C’est ce que parvient à faire, pour le moment, Juppé.

C’est ce que Jospin n’a pas pu faire en 2002, trop prématurément « présidentiel », modéré et responsable et perdant sur sa gauche et vers l’extrême-droite. C’est ce que Sarkozy ne parvenait plus à faire en 2012, perdant au centre ce qu’il espérait gagner sur le FN ou inversement; bref, dominé par les forces centrifuges, alors qu’une dynamique électorale est centripète. C’est ce qu’Hollande, mais aussi les autres candidats socialistes potentiels, ne parviennent pour le moment pas à réaliser.

Lorsque Montebourg ou Aubry ont été testés en 2014-15, ils perdaient largement vers Bayrou ce qu’ils gagnaient sur leur gauche. Mais ils pouvaient aussi ne rien gagner sur leur gauche, Montebourg se retrouvant alors derrière Mélenchon, en 5e position après Le Pen, Sarkozy et Bayrou. Lorsque Valls a été testé, il est apparu peu différent de Hollande dans son positionnement ou, lorsqu’il a perdu un peu de sa superbe auprès des socialistes eux-mêmes, un peu plus compétitif face à Bayrou et même directement face à Sarkozy, mais perdant sur sa gauche sa plus-value au centre et à droite. Avec le dernier sondage IFOP, la candidature Macron est -logiquement- encore plus caricaturale de ce point de vue: très compétitive face à Bayrou mais catastrophique sur la gauche avec une déperdition très nette vers Mélenchon.

Ainsi, par défaut, Hollande se retrouve comme le moins mauvais candidat socialiste… C’est ce que pour quoi il a travaillé depuis 4 ans… Le seul problème, c’est que son pari est réussi mais à un niveau inférieur à 20%. Merkel a de même éliminé chacun de ses adversaires potentiels au fil des années, mais en préservant une attractivité supérieure à 35, voire à 40%. Hollande a bien émasculé Aubry, Fabius, étouffé Valls, Hamon, marginalisé Montebourg, Peillon, mais il l’a fait sur fond de rétrécissement du PS: il est devenu le borgne au milieu des aveugles. Gagner en descendant n’est pas une réussite politique…

C’est sur ses faiblesses et ses quelques points d’appui que nous nous concentrerons aujourd’hui.

2. Au préalable, il faut affirmer que François Hollande sera candidat à sa succession. Comme beaucoup d’autres animaux politiques français, il est un professionnel pur de la politique; peut-être même plus que les autres, car il n’a jamais été ministre et trop peu élu local: il a toujours gravité en cabinet, en parti politique, dans le microcosme médiatico-politique. C’est sûrement ce qui explique à la fois sa victoire d’anguille en 2011 puis 2012, mais aussi son incapacité à gouverner et agir depuis 2012.

C’est ce qui fonde le pronostic quasi-certain d’une nouvelle candidature: il ne vit que pour cela, il ne sait rien faire d’autre et seules les campagnes et le simple statut de vainqueur (même pas celui de gouvernant) l’intéressent. Il n’est là que pour jouir du pouvoir, après en avoir été le commentateur si longtemps. En 2011, Royal posait la question de ce que les Français répondraient à ce que Hollande avait fait en 30 ans de vie politique, donnant elle-même la réponse: rien.

Bref, il sera évidemment candidat et tout ce qu’il fait est dans cette optique, même lorsque c’est petit, même lorsque cela rate: réviser la constitution à l’occasion des attentats était évidemment une pure manœuvre politicienne, qui a cependant mieux « fonctionné » à gauche qu’à droite, dans son objectif de division. La tactique du salami appliquée aux Verts (départ du parti, désorganisation des groupes parlementaires, entrées au gouvernement,…) n’a pas non plus d’autres but, même si elle ne devrait pas porter tous ses fruits (nous y reviendrons).

3. Mais, tout candidat qu’il est déjà, il présente évidemment énormément de faiblesses.

– Sa popularité est indigente, retombée dans ses plus bas de l’automne 2014. Même Sarkozy n’avait pas atteint ces niveaux et nous disions déjà à l’époque qu’avec de tels scores, il est impossible de gagner, quelle que soit la fiabilité relative des cotes de confiance.

De plus, cette popularité extrêmement faible et même inédite concerne l’ensemble des tranches d’âge et des CSP. Même les restes de forces au sein des CSP+ et des catégories intermédiaires (socialement et en âge) tendent à s’effacer ou pèsent moins face à un Juppé.

Les intentions de vote sont à l’avenant pour le 1er tour.

Graphique sondages 1T 2017 Sarkozy-Hollande-Bayrou.png

Graphique sondages 1T 2017 Juppé-Hollande-Bayrou

Graphique sondages 1T 2017 Juppé-Hollande sans Bayrou

– Son absence de dynamique électorale se reflète dans les résultats aux élections intermédiaires (même si ce fut masqué aux régionales) et aux législatives partielles: les socialistes ne (se) mobilisent plus. Certes, face à Sarkozy, de guerre lasse, les socialistes reviendraient probablement voter pour leur candidat, mais face à un Juppé, le différentiel de mobilisation et de participation serait terrible.

En outre, même face à Sarkozy, l’émiettement à gauche, que craint depuis toujours Hollande, devrait se produire quand même: un candidat écologiste sera présent, Mélenchon est déjà là, un candidat à gauche du PS est probable, qu’il s’agisse de Taubira, d’Autain, d’un dissident PS ou d’un représentant de la société civile bobo-gauchisto-libertaire, sans compter d’éventuelles surprises régionalistes (Troadec) ou une confirmation de la candidature du MRC chevènementiste si elle obtient 500 signatures. Selon la formule consacrée: nous y reviendrons.

Certes, face au candidat préféré de Hollande (Sarkozy), il est plus fort, avec un électorat plus polarisé et plus mobilisé (et des médias plus conciliants). Mais il devra alors automatiquement faire face à Bayrou, qui devrait être le réceptacle naturel des CSP+, des « macroniens », du MEDEF de gauche (!), voire de certains enseignants.

Sa seule orientation est aujourd’hui de viser le second tour par défaut… ce qui n’est pas vraiment entraînant, ni valorisant.

– Son positionnement politique n’est plus maîtrisé. Sa grande force passée, y compris lorsque DSK était dans la course, c’était d’être au centre du PS.

Aujourd’hui, il a été contraint de se déporter sur la droite du parti. Or, si l’opération Macron consistait initialement à créer une aile « droite » pour se recentrer visuellement, elle est sur le point d’échouer, car Macron n’est plus vraiment identifié comme socialiste. Celui qui tenait auparavant ce rôle (Valls) n’a plus de spécificité, est accaparé par la gestion du quotidien comme tout Premier ministre (surtout avec un Président qui ne fait rien) et a déteint sur le Président, le « couple » exécutif étant confondu dans l’esprit de beaucoup.

Il a laissé un espace trop important sur sa gauche et permis à Aubry de commencer son opération de vengeance (qu’elle poursuivra à la moindre occasion, ne souhaitant plus rien pour elle-même d’ailleurs). En outre, les déçus sont nombreux dans la jeunesse et parmi les électeurs de gauche. Le niveau tout à fait honorable de Mélenchon dans les sondages (alors qu’il ne contrôle plus les troupes communistes, qu’il n’a pas réussi à rallier Duflot, que ses ouvertures internationales ont échoué et qu’il est un candidat vieillissant et peu renouvelé) montre bien qu’une partie de la gauche boudera Hollande, comme elle avait omis de soutenir Jospin en 2002.

Certes, le « 21 avril » empêchera peut-être que Hollande tombe à moins de 17%. Mais, il n’est aujourd’hui même plus assuré d’une 3e place, si Bayrou retrouve une seconde jeunesse, si la campagne de Mélenchon gagnait en dynamique ou si Hulot s’en mêlait.

– Quand bien même il essaierait un repositionnement à gauche, ou un approfondissement au centre, il perdrait immédiatement de l’autre côté tout gain, voire davantage. C’est le propre des candidats ayant perdu la confiance de leurs électeurs potentiels, des bases de force fidèles et toute dynamique positive. Même avec une campagne accrocheuse, Sarkozy perdait au centre et à gauche quand il se faisait plus « dur »; il perdait vers le FN lorsque son électorat potentiel se remémorait les promesses non tenues sur la sécurité ou la TVA.

Depuis 2012, si l’on en croit les sondages d’intention de vote dans l’hypothèse Hollande-Sarkozy-Bayrou (la seule testée systématiquement, mais, depuis le printemps 2014, les sondages Hollande-Juppé confirment les tendances), Hollande a connu 3 phases principales de dégradation:
de son élection à l’automne 2014, c’est l’électorat populaire qui a continué de fuir la gauche pour se réfugier dans le vote ou l’intention de vote FN; d’une certain manière, cette « fuite » est la moins grave car ces électeurs sont surtout susceptibles de s’abstenir et, en tous les cas, ne rejoindront jamais la droite; mais elle est la plus profonde et la plus durable par rapport à l’histoire de la gauche;
– puis, de l’automne 2014 aux régionales de 2015, Hollande a (re)gagné puis reperdu au centre et au centre-droit, d’abord à la faveur des attentats et du positionnement « régalien », puis en raison de la déception qui a suivi, d’autant plus forte que les attentes et espoirs furent élevés et même ressuscités; les attentats ont ramené à Hollande ce noyau d’électeurs flottants, modernistes et éduqués (ou supposés tels 😉 ), ceux qui avaient évolué entre DSK, Borloo, Bayrou, Hollande et qui adorent aujourd’hui les idoles Juppé et Macron; ceux-ci avaient déserté Hollande après la déception gestionnaire connue dès l’été 2012 et progressivement enracinée au fil des échecs économiques et sociaux et des preuves de faiblesse dans la gouvernance et la réforme; Hollande a même un peu mordu sur l’électorat de droite dans une dynamique d’ « union nationale » qui n’a finalement pas duré; l’échec de la révision constitutionnelle et les palinodies sur le code du travail pourraient avoir définitivement détourné cet électorat globalement centriste de Hollande (seul un 2e tour face à Le Pen le verra revenir vers le socialiste); l’accumulation des attentats et la « peur » que s’est faite la droite lors des régionales devraient de même avoir ramené au bercail LR les quelques électeurs égarés lors de cette année 2015;
– enfin, depuis décembre 2015, Hollande semble perdre sur sa gauche vers Mélenchon, en raison d’un chômage durablement élevé et des attaques macroniennes et vallsiennes sur le code du travail, et au centre-gauche vers Bayrou (ou, bientôt peut-être, vers un Hulot), en raison de fonctionnaires, d’enseignants et de CSP+ déçus sans se décider à rallier Juppé, en raison du souvenir de 1995.

Ce phénomène de fuites bilatérales ou alternées est très délicat à contrecarrer et à inverser. A vrai dire, aucun contre-exemple évident ne vient à l’esprit dans l’histoire de l’élection présidentielle.

Dans son propre camp, les rancœurs sont fortes, tant il traite les autres avec désinvolture et dans une relation de pur intérêt. Des ennemis traditionnels comme Aubry, Lamy, Lebranchu, des alliés comme Peillon , Pellerin, Filippetti, des amis comme Rebsamen, peuvent tous témoigner à des degrés divers de ce « traitement » et beaucoup ne l’aideront évidemment pas… La lassitude s’est aussi emparée de fidèles comme Le Foll.

Sans parler de ceux qui auront intérêt à sa chute, car leur victoire sera plus facile en 2022 face à la droite: Valls au premier chef évidemment, mais aussi, de manière moins nette (car trop faibles, trop jeunes ou trop indécis selon le cas), Montebourg, Hamon, Hidalgo, voire Macron ou Vallaud-Belkacem. Le syndrome Chirac 1981 est une évidence dans leur cas…

– Les événements économiques et politiques ne devraient pas être plus favorables qu’ils ne sont: chômage, ralentissement chinois, atonie européenne, bourbier syrien, tensions avec l’Allemagne, nouveaux attentats qui n’auraient plus d’effet « union sacrée » mais bel et bien un effet dépréciatif sur l’incapacité du pouvoir à protéger le pays, etc. Aucune amélioration à attendre des événements…

– Enfin, depuis 1978, toutes les élections générales (présidentielle et législatives, en considérant bien entendu qu’elles ne font qu’un événement électoral en 1981, 1988, 2002, 2007 et 2012 puisque tenus dans la foulée) ont conduit à un résultat inverse à l’élection suivante et à une alternance.

Seules font exception les échéances de 1995 et de 2007. Mais la victoire de Chirac sur Balladur en 1995 -après un affrontement homérique ayant focalisé toute la campagne, Jospin se retrouvant presque spectateur et tout étonné de figurer au second tour- ne fut-elle pas une forme d’alternance? Et la victoire de Sarkozy de 2007 n’était-elle pas celle de la « rupture » avec le chiraquisme fainéant et mourant?

4. Face à cette lourde litanie de handicaps, peu d’éléments de force émergent et ils ne sont que partiels.

– Le soutien médiatique pourrait jouer un peu en sa faveur, mais seulement en cas de candidature Sarkozy. Même si le FN devait s’envoler (ce qui est peu probable), le soutien médiatique irait à Juppé encore davantage, en cas de candidature de ce dernier.

Car, en cas de victoire de Juppé à la primaire, le système médiatico-culturalo-entreprenarial le ralliera largement, dans l’attente du futur « poulain » du système, déjà placé sur orbite, Macron. Et l’on sait combien la vulgate médiatique influe sur les élections, malgré le fait que beaucoup d’électeurs s’en défendent et prétendent voir clair… Après tout, même Sarkozy avait partiellement réussi son entreprise de séduction des médias en 2007. Sans parler de Hollande lui-même, ami, connivent et concubin de la petite classe des journalistes politiques, des éditorialistes et des patrons de médias, des années 1990 à 2012.

– La gauche de la gauche reste émiettée et aucune candidature de gauche en mesure de le devancer n’apparaîtra. Seule une dissidence socialiste de poids pourrait le faire mais ne se produira pas, car chacun a trop besoin du parti pour l’échéance suivante (Hamon, Valls voire Montebourg) ou reste fidèle par inertie ou pour l’histoire (Aubry).

Mais même cet avantage est relatif. Certes, Hollande ne devrait pas finir 4e ou 5e, mais Mélenchon conserve son socle de 10% et c’est un peu aussi… Marine Le Pen qui est l’autre candidate de gauche… Certes, elle doit faire face au dilemme qui fait qu’elle ne peut plus progresser qu’en rassurant les personnes âgées de droite, tout en essayant de ne pas perdre ses récentes conquêtes de gauche. Toutefois, elle a clairement un avantage compétitif à gauche, sur les sujets touchant à l’Europe économique ou migratoire. La ligne Philippot permet de siphonner à gauche et la simple actualité terroriste suffit pour que le FN reste le FN sur la sécurité et l’embrouillamini culturalo-ethnico-religieux (comme l’économie pour les Tories ou les sujets de défense pour le GOP).

– Il faut répéter qu’une candidature Sarkozy pourrait l’avantager un peu. Mais, outre la redynamisation de Bayrou, elle le place en situation de complète dépendance à la primaire de la droite et du centre, lui faisant repousser sa candidature officielle à une période où les débats de la primaire devraient avoir donné un avantage à la droite.

L’horizon est donc particulièrement sombre pour Hollande et il est difficile de ne pas penser que, structurellement, il a déjà perdu. Toutefois, c’est ce que nous disions pour Sarkozy dès le début de 2011 et il avait quand même réussi à se rapprocher -un peu mais pas autant que veulent bien le faire accroire les Hortefeux et Buisson- de Hollande…