Géographie électorale, déroulement et suites de la primaire de la droite et du centre

NB: manquant quelque peu de temps ces jours-ci, je repousse un tantinet la publication d’un article sur la primaire de la gauche de gouvernement et je vous propose de patienter en publiant cet article en « stock », avec mon exercice préféré de spéculation cartographique…

1. La primaire de la droite et du centre est réellement lancée avec l’entrée en lice de fait de Nicolas Sarkozy, même s’il en repousse l’officialisation autant que possible. Il lui fallait aborder la coupure estivale en ayant fait entendre une musique différente et en fragilisant la domination juppéiste. C’est chose faite, en enclenchant le story-telling sur le bulldozer prêt à démarrer, le seul à savoir faire campagne, le seul à se démarquer du discours centré sur l’emploi et l’économie et à adopter la thématique différente de l’identité et de la nation (plutôt bien joué conjoncturellement avec le Brexit), l’underdog, l’outsider prêt à remonter et à créer la surprise.

Notons par ailleurs qu’il prend le même risque qu’en 2012, d’une certaine manière. Il est évident qu’il bénéficie des moyens du parti pour réaliser sa propre campagne. Après tout, si les autres candidats le laissent faire et si les adhérents ne s’en offusquent pas, il aurait tort de s’en priver… Le « Sarkothon » de 2012 avait été un grand succès et permis de faire avaliser par des militants politiques d’un parti particulier, a posteriori, de manière volontaire et en monnaie sonnante et trébuchante, les dépassements un peu délirants et réalisés en tous les cas sans aucune vergogne par son équipe de campagne présidentielle. Aujourd’hui, alors que l’on est à moins d’un an de la présidentielle, si Sarkozy est candidat, ses dépenses actuelles (ou plutôt celles de LR, au moins en partie puisqu’il y a bien sûr une partie de son activité qui est bien celle de chef de parti) devraient être prises en compte dans le calcul des futures dépenses de campagne présidentielle…

Bien sûr, Sarkozy peut compter sur le fait qu’on imagine mal un Conseil constitutionnel quel qu’il soit annuler l’élection d’un président en place; mais, avec une majorité désormais nettement « à gauche » au Conseil et une dérive italienne, voire sud-américaine, du système politico-médiatique français, est-ce que Sarkozy est si sûr de son fait sur ce sujet?

Bien sûr, si la primaire fait des bénéfices, cela reviendra au candidat et pourrait compenser des dépenses reconstituées, effectuées en tant que président de LR; mais cela voudrait dire que Sarkozy compte sur une participation massive à la primaire, favorable à Juppé, ce qui n’est pas cohérent…

En réalité, il est probable, comme dans l' »affaire » Bygmalion (qui est surtout un scandale pour les adhérents du parti, en réalité, l’argent public remboursé au candidat étant de toute façon plafonné), qu’il ne se pose pas de questions et se contente de « foncer ». L’apathie des autres candidats (Fillon et Mariton ont timidement saisi la Haute Autorité de la primaire, qui a encore plus timidement répondu), le précédent Copé (qui avait perdu, avait réussi à « gagner » ensuite grâce à la faiblesse de Fillon et avait finalement perdu en raison de la volonté de Sarkozy de « tuer » tous ses rivaux potentiels et de profiter du chaos interne de l’UMP, savamment entretenue) et l’absence de conséquences politiques de Bygmalion et du financement de la campagne 2012 lui donnent finalement raison du strict point de vue de la tactique manœuvrière…

L’absence déjà soulignée de ralliements massifs à Juppé de responsables de premier ou de second rangs montre la capacité préservée de Sarkozy à impressionner et à annihiler une grande partie de l’adversité.

2. Comme déjà évoqué dans ce blog, la dispersion des (intentions de) candidatures peut arranger Sarkozy transitoirement, dans la mesure où elle brouille le message de Juppé, Fillon et Le Maire. Cependant, elle peut aussi avoir un effet centrifuge sur son électorat naturel, les Copé, Morano, Lefebvre, Guaino, Myard, Didier,… ayant davantage d’emprise sur ses électeurs potentiels que sur ceux de Juppé.

A la fin, peu parviendront cependant à réunir les 20 signatures et j’ai déjà indiqué que cela devrait se jouer à 6, voire à 7 ou 8, mais pas davantage, Mariton et Guaino pouvant peut-être espérer accrocher les différents seuils de parrainage. Le nouveau-venu Henri Guaino risque d’être concurrencé par Myard mais aussi par Michèle Alliot-Marie, qui hésite entre primaire et candidature directe. Il faut aussi compter avec les rancœurs internes contre Guaino, trop « personnel » et qui avait bénéficié d’une circonscription législative que beaucoup auraient bien aimé récupérer…

Pour accroître son poids, Guaino menace aussi de se présenter directement à la présidentielle, comme MAM. Comme elle également, sa capacité à réunir les 500 signatures paraît néanmoins incertaine, alors que Dupont-Aignan est déjà sur le créneau souverainiste et gaulliste et qu’un petit candidat comme Asselineau peut lui « voler » quelques signatures.

3. Une autre question liée aux aspects techniques de la primaire réside dans ses suites, surtout si Sarkozy perd.

Celui-ci se résignera-t-il à ne pas être candidat et quelle sera son attitude ? La pression sera forte car l’électeur de droite est légitimiste et se pliera probablement au résultat officiel. Les apparatchiks ne voudront pas non plus d’une situation à la Royal 2007, avec un parti peu dévoué à la candidate. L’envie de revenir au pouvoir sera également forte.

Toutefois, la personnalité de Sarkozy peut rendre la question pertinente… Son envie de revenir est telle qu’il aura peut-être quelque difficulté à accepter le résultat d’une primaire dont il ne voulait pas et qu’il peut encore saboter de multiples manières… Un déroulement chaotique du premier tour (parce que le nombre de bureaux de vote réels serait inférieur aux promesses, par exemple, entraînant des incidents et de l’attente; les 10 337 bureaux prévus seront-ils bien tous mis en place et surtout effectivement tenus toute la journée par suffisamment de volontaires ?) pourrait déboucher sur une annulation ou un report du second tour, « à la haïtienne », une crise totale.

Même s’il se plie au résultat, n’essaiera-t-il pas de contribuer à la défaite de Juppé? C’est bien possible. Il sera toutefois marginalisé et n’aura que peu d’influence sur l’électorat, mais l’exploitation médiatique de ses aigreurs, confidences, soupirs, levers de sourcils pourrait être dévastatrice pour Juppé. Surtout si la structure LR s’en mêle.

Car, lorsque Sarkozy aura démissionné, à la fin août au plus tard, c’est le tandem Wauquiez (vice-président délégué)-Woerth (secrétaire général) qui contrôlera le parti. Dans un premier temps, cela assure une neutralité très bienveillante de la structure du parti à l’égard de Sarkozy pendant la campagne… Ensuite, après le 27 novembre, l’article 39 des statuts peut être difficile à appliquer, car l’alinéa 4 prévoit que c’est le candidat désigné qui propose l’organisation de la direction du mouvement au bureau politique.

Cependant, une défaite de Sarkozy ouvrirait réellement de nouvelles perspectives et les sarkozystes commenceraient de s’éparpiller et de rejoindre Juppé ou de conclure avec lui une alliance de raison et de circonstance. A l’inverse, Juppé aurait besoin de tous les réseaux et structures locales de LR et il ne pourrait remettre en cause trop d’investitures législatives déjà octroyées par Sarkozy (avec un certain succès local de ses partisans, apparemment, dès maintenant, face à une écurie Juppé insuffisamment organisée). La nouvelle direction provisoire de LR pourrait donc être un compromis.

Sans anticiper sur un futur article, Wauquiez (et Woerth, juppéo-compatible et même juppéiste à l’origine, même si meurtri, comme un vulgaire Baroin, de ce qu’il a estimé être un manque de soutien de Juppé lors de l’affaire Bettencourt) peut avoir intérêt à soutenir Juppé plus fortement que le PS et Hollande ne l’avaient fait à l’égard de Royal en 2006-2007. Car un futur président Juppé, engagé sur seulement 5 ans, trop porté à gauche, trop « impuissant », ouvrirait la voie à un positionnement de Wauquiez en candidat de « rupture », à l’identique de ce que Sarkozy avait réalisé sous le dernier mandat de Chirac, à l’égard de ce « roi fainéant »…

4. Venons-en au sujet principal du jour.

Malheureusement, cette primaire manque d’un aspect typiquement « américain », l’étalement du calendrier et la tenue d’élections successives dans les différents Etats. Six mois d’élections dans les différents départements français seraient la réalisation d’un rêve d’electoral nerd 😀  (avec l’Eure-et-Loir en Iowa et la Haute-Savoie en New Hampshire, par exemple !)… mais la réalité est plus dure; nous pourrons déjà être heureux si les résultats départementaux complets et fiables sont publiés après les 20 et 27 novembre prochains…

Quelles pourrait alors être la géographie départementale de la primaire ? Voici des tentatives pour le premier tour (en se contentant du candidat arrivé en tête)

Carte 1T primaire

 

et pour le second tour (dans l’hypothèse « classique » Juppé-Sarkozy)

 

Carte 2T primaire

L’exercice est plus délicat qu’il n’y paraît et il mêle cartographie et sociologie.

– Certes, l’électorat LR sera le cœur de celui de la primaire. Mais, déjà, cet électorat peut surprendre, si l’on se souvient de la carte Fillon-Copé de 2012. Pourquoi Copé avait-il autant réussi dans le sud-ouest, dans les Côtes-d’Armor, mais pas en Moselle ou dans le Pas-de-Calais ? J’avais alors émis de nombreuses hypothèses, mais l’une d’entre elles pourrait retrouver une actualité: les militants de droite impliqués, lorsqu’ils vivent depuis longtemps dans un département de gauche, perdant élection sur élection, peuvent avoir tendance à se radicaliser et à souhaiter un héraut plus combatif. Dans le Tarn-et-Garonne, la droite n’est pas forcément cassoulet à la base… (enfin, si, mais seulement sur le plan culinaire) D’une certaine manière, ce phénomène pourrait simplement expliquer que la carte Sarkozy épouse assez largement celle du FN, sans forcément que cela soit dû à un apport extérieur d’électeurs FN.

Au-delà de l’électorat LR, l’électorat « extérieur » peut contrecarrer les tendances du premier: les centristes empêcheront Sarkozy de prendre le Loir-et-Cher; le Rhône, l’Isère, l’Essonne, le Val-de-Marne voire les Hauts-de-Seine, départements urbains et de CSP+ favoriseront peut-être davantage Juppé, alors que l’électorat LR y est plutôt « dur ».

Dans les départements de gauche, la candidature Juppé ne sera pas forcément favorisée, car c’est davantage la nature sociologique et l’âge des électeurs qui sera en jeu. Dans l’Aude, on n’imagine pas un franc succès du vote Juppé… A l’inverse, des départements conservateurs ne tomberont pas forcément du côté de Sarkozy, si leur « européanisme » et la part des « élites » dans leur population les rapprochent de Juppé (Bas-Rhin ou même Rhône par exemple). Les départements « centristes » par nature (Pyrénées-Atlantiques, Bretagne) seront déjà sociologiquement plus enclins à rejoindre Juppé et l’effet sera donc plutôt cumulatif.

Plus généralement, il est peu probable que l’électorat FN et l’électorat de gauche se mobilisent fortement: signer une déclaration sur des « valeurs » et payer deux euros obligent quand même à un certain engagement personnel (en plus de faire l’effort de se déplacer dans un bureau de vote qui ne sera pas forcément tout près et qui sera éventuellement débordé et mal organisé…). En revanche, l’électorat centriste MoDem et UDI, ainsi que des personnes apolitiques ou « mouvantes », donneront quand même un léger avantage à Juppé. Le résultat se situera entre ce que les sondages annoncent pour l’électorat global et ce qu’ils annoncent pour l’électorat LR seul, plus proche de ce dernier, puisqu’en son sein, les sarkozystes se mobiliseront probablement davantage que les juppéistes, sans toutefois y être identique, la composante de l’âge et de la CSP, ainsi que la participation d’électeurs UDI privés de candidat, compensant (et probablement au-delà) le tropisme sarkozyste du cœur de l’électorat LR.

– En réalité, il est assez probable que la césure se joue sur quelque chose de similaire à la répartition « oui/non » des référendums européens de 1992 et 2005. Car le nœud du positionnement respectif des deux principaux candidats est là, même s’il ne s’agit en partie que de postures, les différences de fond n’étant pas si importantes (la pratique de Sarkozy est moins à droite que son discours, Juppé est historiquement plus à droite que son image actuelle): centre/périphérie, insider/outsider, euroréalisme/euroscepticisme, Europe/nation, intégration/assimilation, libéralisme/protectionnisme, urbain/péri-urbain,…

Cela devra être quelque peu mâtiné du vote en faveur de l' »enfant du pays » (d’où les seules occasions pour Fillon et Le Maire d’arracher des départements au 1er tour et la capacité de Juppé de gagner en territoire sociologiquement hostile, le sud-ouest intérieur, comme dans le Lot ou le Gers). En revanche, l’influence décisive de barons locaux paraît peu probable (même si Wauquiez a démontré à l’occasion des régionales une vraie plus-value personnelle en Haute-Loire) ou elle sera noyée dans la tendance générale du département (un Ciotti et un Estrosi dans les Alpes-Maritimes, un Baroin dans l’Aube ou un Bussereau en Charente-Maritime ne déplaceront pas des masses de voix d’un camp à l’autre). L’héritage chiraquien, à l’ouest du Massif Central, n’est en revanche pas à négliger.

Tous ces facteurs vont finalement se combiner et ce sera la participation relative des différents électorats qui décidera du résultat. Encore une affaire de mobilisation différentielle…

Beaucoup de départements seront passionnants à examiner, par exemple:

  • l’Isère tombera-t-elle côté Sarkozy, avec un électorat FN et de droite dure important dans les lointaines banlieues de Lyon et Grenoble et les territoires perdus aux extrémités des zones d’influence des deux métropoles, ou du côté des élites technologiques et universitaires avides de ski et de montagne, pro-européennes et aisées ?
  • la Marne suivra-t-elle Arnaud Robinet et la bourgeoisie rémoise ou champenoise, ou les paysans en difficulté, les militaires et les zones désindustrialisées et sinistrées de Châlons et de l’est du département (avec, en sens contraire, l’influence d’Apparu, histoire de « simplifier » le paysage…) ?
  • la Lozère suivra-t-elle la vieille tradition UDF rurale ou son électorat populaire des anciennes régions industrielles et minières ? Sera-t-elle plutôt Aveyron ou plutôt Gard ?
  • le Rhône verra-t-il gagner une coalition bourgeoisie conservatrice et catholique/électorat populaire oublié des couronnes lointaines de l’agglomération ou un mélange centrisme rural/électorat urbain bobo-écolo-moderniste ?
  • l’Eure suivra-t-elle le (probable) ralliement (personnel) de Le Maire à Juppé ou sa tendance FN de lointaine banlieue de Paris, de proche banlieue de Rouen et d’axe industriel de la Seine en difficulté ?

La Haute-Garonne (électorat populaire, esprit rebelle et rivalité anti-bordelaise vs tradition centriste, métropole moderne et tendance écolo-bobo), le Bas-Rhin (métropole pro-européenne vs conservatisme rural), la Meurthe-et-Moselle (métropole « éclairée », radicalisme et ouverture sur l’Europe vs électorat populaire des bassin miniers et industriels, droite tendance Morano et Debord et influence du FN), le Loir-et-Cher, la Val-de-Marne, etc., poseront des problèmes similaires.

Si les sondages de la primaire révèlent des évolutions significatives ou permettent, par miracle, de sentir quelle sera la physionomie de la participation et si les débats de l’automne changent la donne, ces cartes mériteront bien entendu d’être actualisées. Rien n’interdit aux lecteurs de ce blog de discuter et critiquer telle ou telle hypothèse locale, de faire leurs propres suggestions et d’établir leurs propres cartes 😉 .

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Présidentielle 2017: monopole confirmé mais non pérenne de Marine Le Pen sur l’extrême-droite, la droite populiste et la droite souverainiste

Dans l’espace qui est classiquement situé à la droite des Républicains, malgré sa « richesse » historique de multiples courants et traditions, parfois farouchement opposés, la situation pour la présidentielle 2017 en termes de candidatures sera relativement simple, les complexités et les difficultés venant davantage du positionnement stratégique et de l’après-présidentielle.

1. Même si l’orientation Philippot lui donne un positionnement et un électorat presque plus à gauche, globalement, qu’à droite, le FN continue d’être placé à l’extrême-droite. Cela reste logique au regard des origines et des idées de nombre de ses cadres intermédiaires et d’une partie de la direction nationale (Aliot, Bay, Rachline, Ravier, etc.), qui se font plus discrets tant que la ligne Philippot produit des résultats électoraux.

Malgré sa consécration émergente au sein d’une tripolarité complexe, l’horizon n’est pas serein pour le FN. Prosaïquement, il perdra cette année un thème traditionnel de victimisation : la quête des 500 signatures. Avec ses succès électoraux aux municipales, départementales et régionales, il n’est désormais plus menacé d’être exclu de la présidentielle (ce qui ne s’est en réalité d’ailleurs produit qu’en 1981, à une époque groupusculaire et alors que le PFN de Pascal Gauchon faisait transitoirement un peu d’ombre).

L’évidence de la candidature de Marion Anne Perrine « Marine » Le Pen renvoie le débat de fond à la future défaite, en fonction du moment (1er ou 2nd tour), des circonstances (Juppé ou Sarkozy comme vainqueur) et de l’ampleur de celle-ci. Ce débat opposera alors les deux lignes, celles de Florian Philippot et de Marion Maréchal-Le Pen, fondées à la fois sur les différentes politiques (européenne, économique, sociale, sociétale, etc.) et sur la stratégie et la tactique électorales (alliance ou non avec la droite, recherche de nouveaux électorats à droite ou consolidation de l’ancrage populaire, etc.).

Déjà, l’émergence de velléités d’affirmation, voire de candidature, de la part de Robert Ménard ou de Renaud Camus, montrent que la « recette » magique du père Le Pen (parvenir à fédérer tous les courants d’extrême-droite, du solidarisme à l’élitisme fascisant, du paganisme à l’intégrisme catholique, des identitaires aux ex-chevènementistes, des nationalistes aux européanistes, des crypto-reaganiens aux ouvriéristes, des technocrates aux intellectuels,…) commence à ne plus fonctionner.

L’espace occupé est trop grand, trop vaste, trop difficile à maintenir durablement rassemblé. La proximité du pouvoir fait que, fonctionnellement, chaque tendance peut souhaiter s’imposer pour faire prévaloir sa ligne. D’une certaine manière, le PS (de Collomb à Filoche) ou LR (d’Apparu à Peltier) sont confrontés aux mêmes problèmes. Mais, pour le FN, c’est nouveau : il est « riche », désormais, et fait face aux problèmes correspondants.

Ayant gagné à gauche après 2011, en se renforçant encore chez les ouvriers et en progressant fortement chez les employés, mais aussi complétant ses succès sur la droite (déjà acquise dans l’électorat artisan, commerçant) en mordant sur les agriculteurs (ce qui est largement nouveau) et sur une partie de la bourgeoisie (ce qui s’était déjà vu dans les années 1980) et des catholiques (ce qui est totalement nouveau) avec le délitement sociétal, le risque terroriste et l’impopularité croissante de l’Europe, le FN a aujourd’hui probablement atteint un palier aux régionales. Peut-être pas un plafond si un Juppé président dégarnit sa droite, mais un ralentissement.

En tous les cas, son électorat s’est solidifié. Le plus volatil et le plus incertain jusqu’aux années 2000, il est devenu le plus solide et le plus fidèle, voire le plus mobilisé en cas de perspective de victoire, locale ou nationale (voir la différence entre sa déception aux départementales et sa bonne prestation aux régionales, par rapport aux sondages préélectoraux). Cela montre certes qu’il reste un électorat opportuniste et que le FN conserve une fonction utilitariste, de réceptacle des contestations.

Cependant, jusqu’en mai 2017, personne ne remettra en cause, en interne, le leadership de Marine Le Pen. Lorsqu’une dynamique est positive et que l’électorat et les positions de pouvoir s’élargissent, les critiques se taisent, tout le monde souhaitant bénéficier des retombées positives ; ne pas être accusé d’être un diviseur et d’être le responsable d’un éventuel échec ; hériter ou prendre possession, le moment venu, d’un outil fort. En outre, plus le temps passe, plus la structure partisane se renforce (même si les cadres locaux restent assez indigents), plus le financement public se solidifie, moins les dissidences seront probables.

Ainsi, en laissant, après les régionales et l’échec du 2nd tour (et de la stratégie de « splendide isolement » et le succès même précaire et baroque d’une sorte de cordon sanitaire anti-FN), perdurer la ligne Philippot, Marion Maréchal-Le Pen a su faire preuve de patience et se réserver pour l’analyse de l’échec futur de 2017. Elle pourra alors plus facilement critiquer l’incapacité à briser le « plafond de verre » et incarner une alternative interne, après la déception.

Au sein de l’espace occupé par le FN, une seule surprise serait ainsi envisageable : que… Jean-Marie Le Pen lui-même tente d’être candidat… pour continuer de harceler sa fille. Mais son état physique diminué, sa marginalisation au sein du monde du FN et l’absence de tout avantage comparatif en termes politiques et électoraux ne lui permettraient pas de réunir 500 signatures et d’empêcher sa fille de le faire. Toutefois, un petit épisode médiatique du « Menhir » n’est pas à exclure, avec la complicité des médias, friands d' »histoires » à nous conter… Après tout, cela nous changera un peu de Macron 😛

2 En ce qui concerne l’extrême-droite hors FN, son caractère groupusculaire et l’aspect folklorique de certains de ses impétrants ne laissent aucune chance aux Carl Lang ou Henry de Lesquen de parvenir à se présenter.

La force propre du FN et aussi de la « marque Le Pen », même transmutée de père en fille, ont été démontrées amplement par l’écrasement de Bruno Mégret et des relativement nombreux hiérarques du parti qui l’avaient rejoint au sein du MNR, promu sur le papier à un meilleur avenir que la boutique du vieux bonimenteur pro-Algérie française. Pourtant, aucune brèche sérieuse, MNR ou autre (Mégret, Le Gallou, Lang, Martinez, Bompard,…), n’a jamais pu entamer le monopole du FN depuis plus de 30 ans.

En outre, même un Carl Lang (Parti de la France) ou un Paul-Marie Coûteaux (son intime conviction de sa supériorité personnelle sera peut-être contrecarrée par son échec récurrent sur le plan purement pragmatique de la politique politicienne) ne pourraient compter sur des signatures de droite : celle-ci est trop légitimiste et d’ordre pour se risquer à soutenir des petites candidatures qui diviseraient, alors que la primaire est bien là (en théorie) pour rassembler et permettre l’expression de sensibilités qui mordent sur la droite de la droite (par souverainisme, par conservatisme social, par esprit sécuritaire). Les « jeux » dans l’espace auparavant occupé par Pasqua et le CNIP ne reprendront qu’après la présidentielle et en fonction du résultat de celle-ci et de l’anticipation du paysage des législatives. Nous y reviendrons.

3. Dans l’espace de la droite dure mais encore « responsable », c’est-à-dire issue du sérail et de l’élite même si les contestant fortement, les spéculations sur un retour de Villiers ou sur une candidature de Zemmour n’aboutiront pas. Sans force partisane suffisante, alors que la primaire de la droite et du centre absorbera en partie l’espace dévolu à cette zone (Sarkozy, Copé, voire Guaino) et que Ménard ou Collard ont préempté l’attention médiatique, il est déjà trop tard.

Si l’UPR de François Asselineau tentera de nouveau d’être présent, il est très peu probable qu’il parvienne à rassembler les 500 signatures, sa structure étant trop faible et presque résumée à un seul homme.

Qui plus est, la présence de Dupont-Aignan absorbe déjà une partie de l’espace gaullo-souverainiste. Nicolas Dupont-Aignan bénéficie d’une dynamique porteuse et peut espérer un remboursement de ses frais de campagne avec un score supérieur à 5 %. Il mord sur une partie de LR, comme aux régionales, le contexte terroriste, migratoire et européen l’avantageant. Tous les candidats potentiels de LR, même Sarkozy, apparaissent trop pro-européens aux yeux d’une frange conservatrice et souverainiste. Le  possible « Brexit » pourrait renforcer ce mouvement.

Il convient cependant d’être prudent, le vote utile pouvant jouer à droite, lorsque Hollande rebondira quelque peu ou lorsque Sarkozy, si c’est lui, entrera en campagne: l’électeur conservateur veut surtout se débarrasser de l’honni Hollande. Villiers lui-même, certes souverainiste mais pas gaulliste et donc sur un créneau différent, n’a jamais réussi à atteindre les 5 %.

Dupont-Aignan n’a d’ailleurs pas de spécificité suffisamment forte sur le souverainisme, par rapport au FN, pour s’imposer vraiment et être, à droite, l’égal d’un Mélenchon. Il agit surtout comme un « parasite » toléré et parfois utile de LR (comme EELV, jusqu’au ralliement partiel de fin 2015, ou le PCF pour les socialistes).

4. En fin de compte, la seule concurrence un peu sérieuse pour Marine Le Pen pourrait venir de… la gauche.

Si le président sortant va faire feu de tout bois à partir de l’automne pour flatter sa gauche (et a déjà commencé avec les cadeaux dignes des potentats du tiers-monde ou des autoritaires Erdogan ou Poutine : enseignants, SNCF, intermittents, outre-mer, tout en soignant les électorats communautaires : langue arabe à l’école, clins d’œil de Valls aux Juifs, commémorations « sectorielles » et instrumentalisées), l’agitation autour de la loi El-Khomri et les saillies de Macron (le costard, le tutoiement, l’ISF –celui des autres et le sien!-,…) vont remobiliser la gauche de la gauche et redonner un espace à Mélenchon.

Il n’est donc pas exclu que celui-ci parvienne à reprendre –un peu- au FN. Certes, son électorat est désormais peu « populaire » et surtout intermédiaire, enseignant, « secteur public », en partie bobo. Mais un petit retour de flamme « social », à l’ancienne, à la communiste, pourrait bien coûter 1 à 2 points à Marine Le Pen, dont le choix du silence médiatique est de plus en plus difficile à tenir.

Celle-ci ne peut décemment pencher davantage sur sa gauche au regard des tiraillements qu’expriment la liberté de parole de MMLP, les initiatives de Ménard ou l’apparition d’idées de candidatures de « renouvellement ». La CGT peut donc repartir à la conquête d’électeurs perdus pour le vieux communisme.

5. Pour conclure ce tour d’horizon général des candidatures possibles, le paysage semble peu porteur de surprises majeures.

J’opterai pour deux solutions alternatives:

Arthaud / Poutou / Mélenchon / Duflot / Hollande / Lassalle / Juppé / Dupont-Aignan / Le Pen
Arthaud / Poutou / Mélenchon / Duflot / Hollande / Bayrou / Sarkozy / Dupont-Aignan / Le Pen
avec des compléments possibles : Cheminade, Cavada, sans exclure une candidature exploitant l’ire des maires (Troadec, Mumbach) et une candidature « alternative » (Larrouturou?).
Je ne parviens en revanche pas à croire dans les Hulot, Macron, Montebourg et autres « surprises » ou faux dissidents, ainsi qu’exposé au fil des articles de ce blog.

Quoi qu’il en soit, souhaitons une décantation la plus rapide possible, afin que les sondages puissent être simplifiés, donc moins coûteux et donc plus nombreux… C’est évidemment un vœu pieux et je crains de ne pouvoir commencer à publier l’indicateur agrégé que le 28 novembre… 😡 Au moins pourrons-nous faire du rétrospectif et le calculer depuis la fin 2015.

A propos du nombre insuffisant et de la périodicité bien trop fragmentaire et erratique des sondages en France, je signale aux plus férus des lecteurs de ce blog que j’ai ajouté, en bordure droite, un lien vers un site allemand proposant une actualisation en quasi-quotidienne de la moyenne des sondages… Evidemment, le système parlementaire est plus simple à sonder… même si l’exemple britannique de 2015 et l’échec des sondeurs (et la quasi-disette de sondages depuis… même pas un par semaine : My goodness !) peuvent décevoir.

Toutefois, la primaire de la droite et du centre va peut-être enfin compenser cette rareté des sondages. Nous y reviendrons très rapidement, avec le possible début d’un effritement de Juppé.

Présidentielle 2017: le faible impact des candidatures du centre et des candidatures « autres »

L’article précédent soulignait la difficulté pour un candidat « surprise » d’émerger lors d’une élection présidentielle française.

Ce constat vaut également pour le « marais central » et pour les candidatures qui se veulent « ailleurs » ou hors de la dichotomie droite-gauche.

1. Il y a à cela plusieurs raisons. En premier lieu, le vrai centre historique, de fondement démocrate-chrétien, n’existe plus.

C’est vrai en termes de partis. L’UDI n’a pas réussi à recréer l’UDF, ni même le CDS, et n’est qu’un conglomérat de notables et de dissidents de la droite ou du MoDem en mal d’espace politique et médiatique personnel. Quant au MoDem, il n’est plus qu’un simple vecteur de la carrière politique personnelle de François Bayrou.

C’est également vrai en termes d’électorat, la composante chrétienne n’ayant plus d’importance que pour les vrais catholiques pratiquants, qui ont de toute façon toujours été situés dans les partis de la vraie droite (même membres de l’UDF) et qui, pour un peu plus visibles qu’ils soient, restent numériquement marginaux et désormais divisés entre LR (Sens commun, Droite forte et tendance Mariton), PCD et FN (tendance Marion).

En outre, la logique droite-gauche n’est certes plus aussi opérante idéologiquement, les axes d’analyse se multipliant et ne se recoupant pas forcément: d’« européen » à « protectionniste », de « libertaire » à « conservateur », d’ « interventionniste » à « ultra-libéral ». Mais elle reste très prégnante en termes institutionnels, partisans et électoraux. C’est d’autant plus vrai en France avec une élection présidentielle à deux tours et seulement deux candidats au second, ce qui force à une approche binaire. Le surréalisme du positionnement de Bayrou dans l’entre-deux-tours de 2007, participant à un débat bricolé avec Royal, comme les volte-faces successives du même Bayrou de 2007 à 2012 puis à aujourd’hui, illustrent bien cette difficulté persistante d’existence et de clarté pour le centre sous la Ve République.

De plus, l’avènement d’une sorte de tripolarité, avec un FN au moins à 25 %, rend d’autant plus durs les affrontements droite-gauche que leur espace s’est réduit et qu’ils ne veulent surtout pas d’un basculement vers une bipolarité centre/périphérie, élites/peuple, insiders/outsiders, qui leur laisserait moins de places et d’espaces de pouvoir à partager entre davantage d’impétrants… Dans ces conditions, la notion de centre se trouve écartelée et ne dispose pas d’espace suffisant pour exister fortement, la gauche ou la droite occupant alternativement, voire simultanément le terrain.

Enfin, la très forte personnalisation depuis 2002 (avec Bayrou) et la disparition de la plupart des partis successeurs de l’UDF ont rendu le centre totalement dépendant des hauts et des bas, des humeurs et des volontés d’un seul homme, ce qui est toujours assez aléatoire.

2. D’ailleurs, Bayrou lui-même semble entré dans une phase descendante de sa carrière, se donnant pour seule mission de gêner tel ou tel grand candidat dont il ne veut pas (Sarkozy) ou plus (Hollande). Il n’est même pas certain que les hypothèses Fillon ou Le Maire le gênent beaucoup. Mais, d’une certaine manière, ce seront aussi des considérations purement personnelles qui le décideront en décembre prochain : les temps familial et municipal, notamment.

Entre-temps, Bayrou s’économise et… économise. Sa seule notoriété personnelle et son accès aisé aux médias compensent le caractère désormais étique de sa formation politique, qui ne lui survivra probablement pas ou qui se retrouvera au niveau du CNI sans Pinay ou de Génération Ecologie sans Lalonde (mutatis mutandis…).

Par sa position actuelle de retrait, il rendra aussi son entrée en campagne éventuelle d’autant plus rentable car il deviendra subitement audible, au moins pour quelques semaines ou, s’il se rallie à Juppé, il pourra davantage encore monnayer sa décision (ministère des Affaires étrangères ou de la Justice ? Conseil constitutionnel ? organisation internationale ?).

Il est certain qu’il dispose d’un potentiel important, davantage lié aux déceptions d’un camp ou de l’autre (les socialistes lassés de l’indigence hollandaise, les électeurs LR rétifs à telle ou telle personnalité susceptible de remporter la primaire) et à l’insatisfaction à l’égard du système LR-PS qu’à une adhésion réelle à Bayrou lui-même.

S’il est candidat, il sera ainsi la variable d’ajustement des évolutions de Hollande et du candidat LR. S’il ne l’est pas, il laissera des troupes supplémentaires pour Juppé ou permettra à Hollande de ne pas trop perdre sur sa droite. Dans tous les cas, il n’est plus en mesure de « faire l’élection » ou de prétendre la faire, comme en 2007 et en 2012, même si ses positionnements respectifs n’ont probablement influencé que très peu d’électeurs, trop peu pour avoir décidé du second tour, quelle que soit la haine tenace d’une partie des hiérarques de droite à son endroit depuis 2012. Car, un peu comme Jospin en 2002 est le premier responsable de sa défaite, Sarkozy est le premier responsable en 2012. N’en déplaise à Hortefeux et consorts, il peut même être affirmé que Bayrou a nettement moins contribué à faire battre Sarkozy que Taubira et Chevènement n’ont gêné Jospin (même si c’est d’abord par sa propre faiblesse qu’il a perdu car, après tout, Chirac devait lui aussi compter avec Madelin, Saint-Josse et Boutin pour diluer son électorat potentiel).

3. Mais, sans Bayrou, le paysage politique cherchera probablement à présenter une autre figure pour occuper ce créneau central, à défaut d’être centriste. Car il existe bien un noyau de quelques pour cents qui refuse de rallier le PS ou LR. Ce ne sont pas des centristes au sens historique, mais bien des électeurs rejetant le système partisan qu’ils assimilent au duo, pourtant déclinant, LR-PS. Sans représentation, ils peuvent s’égailler (un peu) au FN, vers Mélenchon (et sa VIe République), sur Dupont-Aignan ou sur Duflot, en fonction des thèmes de campagne. Ils seraient surtout tentés par le vote blanc et l’abstention.

Mais peut-être aussi qu’une offre électorale nouvelle leur permettra de s’exprimer.

Le seul candidat qui pourrait, de ce point de vue, les rallier massivement serait Nicolas Hulot. Il convient toutefois d’être très sceptique sur la volonté de l’intéressé de mener une candidature à son terme, ainsi qu’il a déjà été exposé. En outre, les quelques structures, activistes et apparatchiks qui lui sont restés fidèles depuis son échec contre Eva Joly sont clairement dans la mouvance écologiste et auront peut-être quelque difficulté à aggraver encore les divisions et à défier Duflot, qui sera candidate quoi qu’il arrive (car « tel est son destin »). Hulot lui-même semble s’être « écologisé » et « gauchisé » avec le temps et il ne ferait pas forcément l’effort d’essayer de récupérer l’électorat bayrouiste

Sinon, Jean Lassalle pourrait fournir une candidature de substitution en mesure de réunir 3 à 4 % s’il veille à ne pas dire trop de bêtises (ce qui n’est pas gagné…). Néanmoins, malgré son tour de France à pied (qui avait peut-être déjà pour but de rencontrer de nombreux « petits » maires), il lui sera probablement difficile de réunir les 500 signatures. Le MoDem ne l’aidera pas beaucoup et son profil béarnais marqué ne lui facilitera peut-être pas la tâche dans d’autres zones rurales. En raison de son profil atypique et de la difficulté à anticiper de son impact sur le camp adverse et sur son propre camp, ni le PS ni LR n’auront probablement intérêt à pousser sa candidature : si Bayrou n’y va pas, ce n’est pas pour aider à la remplacer et aider à stériliser de nouveaux de précieuses voix.

La situation de Rama Yade lui assure une notoriété et un accès aux médias totalement disproportionnés par rapport à son poids politique propre, qui est nul : ce n’est pas qu’elle n’a pas réussi à s’imposer au sein de LR, ce n’est même pas qu’elle n’a pas réussi à s’imposer au sein de l’UDI, c’est qu’elle n’a même pas pu se faire accepter au sein du parti radical valoisien… Il est évident qu’elle ne réussira pas à obtenir les 500 signatures et qu’elle cherchera simplement à monnayer son soutien, ce qui ne marchera pas non plus.

Notons le souhait d’un maire fédéraliste du Haut-Rhin, Paul Mumbach, d’être candidat, en utilisant le mécontentement des maires ruraux contre la loi NOTRe. Sa thématique pourrait lui permettre de parvenir à être candidat, mais, dans ce cas, il serait probablement réduit à moins de 1 %. Il gênera en tous les cas Jean Lassalle et Christian Troadec (évoqué dans les articles sur la gauche) dans leurs propres quêtes de signatures.

4. A côté de l’hypothèse Hulot, l’autre possibilité forte de candidature vient des mouvements fallacieusement étiquetés « citoyens », dans cet horrible (et en réalité idéologique, au sens orwellien) usage d’un adjectif pour un substantif : « la primaire des Français », « la transition », « Nous citoyens », « Génération citoyens », etc. Dans les faits, c’est le regroupement Posternak-Jardin-de Foucauld, mais surtout Lepage-Cavada, qui compte. Loin d’une image non-partisane, voire apolitique ou non-politique, ce mouvement est en réalité très politique et émerge justement en raison de l’effacement de Bayrou qui, en 2006-2007, avait précisément suscité l’intérêt de jeunes, de geeks, de gens « impliqués », « disponibles », « dynamiques » et « généreux », prêts à « refonder » et à faire entrer la « société civile » et ses « expériences » dans le monde politique. C’est en réalité toujours la même rengaine de pseudo-refondation, qui existe à chaque génération, ou presque, aboutissant invariablement à l’échec. Le succès réel de Bayrou en 2007 était bien davantage dû à un socle encore existant de démocratie chrétienne, nettement renforcé par des électeurs de gauche sceptiques à l’égard de Royal et des électeurs de centre-droit déjà allergiques à Sarkozy.

L’initiative de Jean-Christophe Fromantin, ex-UDI, relève de la même logique que celle de « Nous citoyens », mais il a clairement indiqué se concentrer sur les seules législatives, probablement à la tête d’un futur mouvement de centre-droit.

Une tentative de récupération par un candidat UDI si les négociations avec LR tournaient mal n’a pas de chance de se réaliser. L’UDI ne parviendrait pas à se mettre d’accord sur un nom et elle est de toute façon trop assimilée à LR. Incapable d’absorber le MoDem, l’UDI est trop à droite organiquement pour pouvoir occuper ce centre un peu rebelle. En outre, Rama Yade a décrédibilisé par avance une telle tentative.

Plus largement, le créneau « renouvellement »-« refondation »-« hors des partis »-« au-dessus des partis »-« société civile » est pour le moment occupé par Macron. Pour prolonger nos articles précédents, était-ce d’ailleurs encore un autre but de Hollande en lançant M@cron©®TM (droits d’auteur réservés): stériliser l’espace « citoyen »? Ne lui prêtons peut-être pas trop d’objectifs: gêner Valls et Juppé, se repositionner vers la gauche, c’est déjà bien… Surtout, Macron serait un candidat fort acceptable, voire idéal, au regard du profil des dirigeants des mouvements « citoyens »: beaucoup de sociaux-libéraux et d’urbains favorisés à la recherche d’une société « libérée », post-partisane, ultra-connectée, ultra-post-moderne au plan économique et moral, avec une bonne conscience environnementale et culturalo-ethnique. Certes, Nouvelle Donne se situe clairement à gauche et son orientation rocardo-scandinave ne la place pas exactement sur le même créneau que les « amateurs » de la politique à la recherche de petits créneaux personnels ou que la ribambelle de jeunes créateurs d’entreprises des NTIC, de la logistique moderne, du service individualisé et parcellisé ou de la vente de produits… superflus.

Toutefois, il est clair que, en l’absence de Macron, Bayrou et Hulot, alors il existe un espace pour une candidature de ce type. Le problème, c’est que Lepage est un peu amortie et n’incarne pas le renouvellement et que Cavada est lui-même vieillissant (malgré son ambition et son autosatisfaction légendaires). Resterait une candidature de la « société civile », plus aisée à faire accepter en amont par la myriade de groupuscules et de personnalités de tous types qui composent cette mouvance (encore qu’un Denis Payre serait surement trop à droite ou qu’un Pierre Larrouturou serait trop à gauche), mais qui aurait peu de chances de réussir en aval et serait marginalisée. Elle n’influerait d’ailleurs pas sur les candidats PS et LR car elle ne leur prendrait rien ou leur prendrait à chacun de manière équilibrée.

Ce sera peut-être simplement le calendrier qui décidera d’une éventuelle candidature « citoyenne »: comme tout sera plus ou moins repoussé à l’après-primaire de la droite et du centre, à l’après-27 novembre (Hollande et Bayrou attendant cette échéance), y aura-t-il encore le temps de faire émerger une véritable « nouvelle » candidature ? C’est peu probable. En l’absence de Bayrou, un Cavada ou une Lepage auraient donc sûrement plus de facilités à rassembler les signatures, voire un Larrouturou, qu’un « vrai » représentant de la société civile.

5. Enfin, pour mémoire et puisque cet article s’intéresse aussi à l' »ailleurs », Jacques Cheminade tentera de nouveau d’être candidat. Sa capacité à obtenir 500 signatures laisse interdit. Mais son incapacité à dépasser un demi-point de pourcentage fait qu’il est déjà temps de ne plus s’y intéresser…

A l’issue de ce rapide tour d’horizon, qui ne révèle pas vraiment de possibilité ferme de candidature centrale décisive même si l’absence de Bayrou libérerait clairement un espace, le paradoxe est que, si le centre n’existe plus vraiment politiquement, c’est au centre que la présidentielle pourrait, de nouveau, se jouer en 2017. En réalité, c’est davantage un électorat « flottant », la règle de l’alternance et le « cordon sanitaire » imposé autour du FN qui font que, visuellement, l’élection devrait se gagner au centre. Ce sera l’objet d’un futur article. Mais nous terminerons d’abord le tour d’horizon politique avec l’extrême-droite et la droite nationaliste et souverainiste.

Derniers sondages ELABE, BVA et IFOP pour la présidentielle 2017: même très affaibli, Hollande ne devrait pas être inquiété par un « produit marketing » Macron éventuellement devenu autonome

Sondage IFOP pour Sud Radio, réalisé du 25 au 28 avril 2016 auprès d’un échantillon de 1 419 personnes, parmi un total de 1 550

Sondage ELABE pour Les Echos et Radio Classique, réalisé du 26 au 27 avril 2016 auprès d’un échantillon de 911 personnes, parmi un total de 1 000

Sondage BVA pour Orange et la presse régionale, réalisé du 13 au 16 mai 2016 auprès d’un échantillon de 927 personnes, parmi un total de 1 000

1. Le sondage IFOP n’avait pour vocation que de tester l’hypothèse Macron et il en sera question plus bas.

Graphique sondages 1T 2017 Sarkozy-Hollande-Bayrou

Quant aux sondages ELABE et BVA, ils viennent marquer, comme prévu, un très léger redressement de Hollande, tombé trop bas et qui reprend un peu par rapport à Mélenchon. Néanmoins, Duflot connaît un très léger frémissement (ce qui confirme l’article précédent sur le rôle d’EELV comme réceptacle de certains déçus du socialisme et sur la persistance, quelles que soient les tribulations, implosions et explosions écologistes, d’un socle électoral écologiste qui empêche l’annihilation totale souvent pronostiquée à leur égard).

Ces derniers sondages marquent un certain tassement d’une Le Pen muette, à qui le climat de « chienlit » ne semble pas profiter, et une bonne tenue confirmée pour Dupont-Aignan qui reste au-dessus de 5 %, grâce à l’exaspération d’une frange de la droite traditionnelle, que la surenchère économique libérale des principaux candidats à la primaire ne devrait pas faire retomber.

Ils montrent que les candidats de droite autres que Juppé ne bénéficient pas encore de « l’effet primaire », Fillon et Le Maire restant fragiles par rapport à Valls et surtout Macron, voire Bayrou en ce qui concerne Le Maire, Sarkozy pouvant même être menacé dans l’hypothèse Macron.

La relativement bonne performance de Bayrou illustre le problème récurrent de la droite écartelée entre centre et aile « dure », que seul Juppé est pour le moment en mesure de résoudre, sur le papier en tous les cas.

Graphique sondages 1T 2017 Juppé-Hollande sans Bayrou.png

Graphique sondages 1T 2017 Juppé-Hollande-Bayrou

Lorsque la situation se sera décantée (mais peut-être faudra-t-il attendre l’automne… 😦 ), il sera possible de discerner les biais des différents instituts, ce qui est encore impossible au regard du faible nombre de sondages et du trop grand nombre d’hypothèses testées.

Néanmoins, une certitude existe : la flambée sondagière Macron est artificielle et irréaliste.

2. Ce blog a déjà évoqué le parallèle Tapie-Macron dans la volonté respective de détruire Rocard (1994-95) et Valls (2015-16), en considérant toutefois que Hollande se serait moins débrouillé que Mitterrand car ayant perdu le contrôle de sa création. En réalité, il faut peut-être nuancer cette analyse.

D’abord, Tapie aurait tout aussi bien pu poursuivre l’idée d’une candidature présidentielle après son émergence politique en 1992 et son succès aux européennes de 1994, réalisant l’objectif mitterrandien de destruction d’un Rocard enfin à la tête du PS. Mais les « affaires », en 1993-95, en ont décidé autrement.

Ensuite, Macron réussit mieux, du point de vue de Hollande, que Tapie vis-à-vis du centre : l’hypothèse Delors (qui ne plaisait pas non plus à Mitterrand) a émergé malgré Tapie, alors que Macron rend encore plus inaudible Bayrou et vient gêner le centre-droit.

Ces éléments montrent peut-être que Hollande est en réalité peut-être toujours à la manœuvre derrière Macron.

3. Parmi toutes les tactiques passées ou en cours, je ne reviendrai pas sur l’utilisation des Hue, Bennahmias et dissidents d’EELV, déjà évoquée dans l’article précédent et parachevée par l’éclatement du groupe écologiste à l’Assemblée nationale. Pour toutes ces manœuvres, ce qui est intéressant pour Hollande, ce sont surtout les vraies-fausses candidatures ou les candidatures putatives (Taubira, Hulot, Macron), qui créent de la confusion et affaiblissent les candidatures potentielles sérieuses et les vraies candidatures (Mélenchon, Duflot, Juppé).

Le départ de Taubira du gouvernement n’a pas été un choix de principe de Hollande. Mais il a tenté, comme souvent, de tirer profit du calendrier et des modalités, en la retenant le plus longtemps possible et en lui permettant de partir correctement, afin de ne pas en faire une irréductible ennemie potentielle, tout en la « remettant en liberté » comme un obstacle potentiel pour Mélenchon.

La flatterie à l’égard de Hulot, bien volontaire celle-là, n’a pas fonctionné, n’écartant pas (par une inclusion au gouvernement) le risque de candidature de l’animateur de télévision, mais l’entretenant suffisamment dans l’ambiguïté pour qu’il s’abîme quelque peu sur le plan personnel (et soit donc potentiellement moins dangereux pour Hollande), tout en continuant à affaiblir la candidature à venir de Duflot.

Le lancement de Macron parmi les candidats potentiels est plus réussi en première phase. Il permet en réalité d’affaiblir au-delà de Valls. A priori, c’est le candidat du centre-droit, ou plus exactement le (peut-être) futur candidat de la droite classique en mesure d’attirer le centre et le centre-gauche, qui est maintenant visé : Juppé. A défaut, l’éternel centriste, Bayrou, se trouve ringardisé. Je l’ai dit, un effet positif du bazar (restons poli) ambiant du point de vue hollandais est que la droite est globalement inaudible : même ce blog, récemment, ne parle que de la gauche ! 😉

Entre l’émiettement sans fin des candidatures à la primaire (pourquoi pas Jean-Louis Debré, après tout, au point où nous en sommes ? ah non, c’est vrai, Debré, maintenant, est plutôt en concurrence avec le radicalisme version Tapie, anti-cléricalisme, décadence personnelle et impudence incluses) et le début des petites attaques sournoises (sur le vote des Français de l’étranger par exemple) ou des affrontements lourds (sur le programme économique et la « méthode »), la droite ne parvient pas, pour le moment, à occuper le terrain médiatique.

Jusqu’où Hollande maîtrise-t-il cette confusion ? La réponse est délicate et ne sera probablement donnée de manière certaine que postérieurement.

Mais les effets sont semble-t-il bien plus vastes, grâce à la complicité des médias et de la stupidité d’une bonne partie des électeurs (quand on entend « c’est bien, il faut du renouvellement » de la part d’électeurs du « peuple », on se pince… comme si un puceau politique encore accroché à une mère de substitution, élevé aux hormones de cabinet ministériel, c’est-à-dire de bureaucratie cheftaine –la sécurité du fonctionnaire sans sa soumission hiérarchique… le paradis !-, assis sur un tas d’or, adoubé par le patronat et les élites médiatiques, sans aucune expérience partisane et totalement déconnecté des réalités françaises, pouvait passer pour un gage de « renouveau »… bon, j’arrête là, mais cela fait du bien parfois de se lâcher! 😀 ), qu’initialement imaginé.

Ainsi, même l’extrême-droite est un peu troublée, grâce à une remarque sur Louis XVI et à une apparition lors d’une célébration johannique : de quoi attiser la crise interne qui grandit entre les tendances MMLP et Philippot.

La droite libérale dure est séduite par le jeune banquier aux dents longues (cf. Valeurs Actuelles et Kerdrel, ainsi que Geoffroy Didier).

La droite mainstream, qui fait assaut de programmes économiques libéraux (Fillon, puis Le Maire, puis Juppé), ne peut complètement rejeter le programme Macron, quand bien même il se réduit aujourd’hui à des mesurettes (les bonnes vieilles lignes de bus, comme dans les meilleurs films américains des années 50…).

D’ailleurs, dans le dernier sondage IFOP, la candidature Macron semble davantage faire reculer Le Pen que Juppé… Soit elle entraîne en réalité un décalage de certains électeurs sur leur gauche, du FN jusqu’au centre, chacun, à l’extrême-droite et à droite craignant un trop haut score de Macron. Soit l’électorat est encore volatil et le décalage de quelques semaines suffit à rendre les comparaisons avec les hypothèses Hollande ou Valls erronées. Soit, enfin, la stupidité de certains électeurs est telle que, par simple volonté de « renouvellement », de « changement », de « nouveauté », ils passent de Marine Le Pen, plus très « nouvelle », à Emmanuel Macron, alors même que, en termes de positionnement économique, social et européen, ils sont à l’exact opposé.

Cette « nouveauté », ce serait donc celle des shampooings qui contiennent davantage d’agents coiffants, celle de la nouvelle recette du flan au caramel ou celle de la nouvelle berline avec essuie-glaces pilotés par satellite… Mais, au regard de la malléabilité d’une partie du corps électoral, de l’influence grandissante des médias, d’une société caractérisée par le réflexe et l’instantanéité, l’éphémère et le jetable, la haine ou la peur de la « ringardise » et de l’opprobre qui y est associée, Macron constitue effectivement le dernier produit marketing à la mode.

Les effets positifs pour Hollande peuvent enfin se mesurer à gauche. L’hypothèse d’une concurrence de Manuel Valls, qui était envisagée, ne l’oublions pas, en 2014 (une éternité, hein…), est désormais écartée. Le Premier ministre est pleinement Premier ministre, coincé entre l’Elysée et l’ailleurs, obligé d’assumer tous les problèmes, contraint de parler et d’apparaître, empêché de s’autonomiser. Quant au positionnement de Hollande, il se trouve mécaniquement recentré par l’émergence de Macron. Ce serait ainsi une bonne introduction à la campagne formellement plus à gauche que prépare le président sortant (mâtinée aussi des bonnes vieilles recettes de l’antifascisme, bien entendu, et des clins d’œil terranoviens aux diverses catégories victimaires). Et un ralliement mis en scène de Macron parachèverait l’affaire en faisant réfléchir les ex-strauss-kahniens ou actuels juppéistes, les CSP+ qui veulent de l’efficacité et les « humanistes » horrifiés par le bling-bling (mais pas par la GPA 😡 ).

4. Mais évidemment, toutes ces manœuvres confusionnistes à la Hollande ont leur revers. Car si tous ces gens se présentaient réellement, ma foi, Hollande finirait peut-être à moins de 10 %… Mais si un seul se présentait, il ferait plus que prendre à celui qu’il est censé affaiblir et empièterait également sur le potentiel électoral hollandais.

La confusion doit donc durer jusqu’à la fin novembre mais ensuite, tout doit rentrer dans l’ordre. Toutefois, il sera peut-être difficile de faire rentrer tous les diables dans leurs boîtes, une fois tous sortis.

Hollande a la chance que les médias rentrent tous parfaitement dans son jeu, pour le moment. Mais il a face à lui de vraies forces, qui empêcheront probablement que son jeu ne fonctionne à plein.

D’abord, Mélenchon et le futur candidat de droite seront toujours là et la polarisation et la décantation à venir feront logiquement revenir les électeurs vers eux. L’intense et profonde impopularité du président et la difficulté de se repositionner à gauche en pleine loi El Khomri ne sont pas un gage d’avenir…

De même, Hollande est particulièrement affaibli à titre personnel et en termes d’autorité (si tant est que ce mot ait jamais pu lui être associé depuis 35 ans…). Et, de ce point de vue, les vagabondages de Macron (on parlait de « couacs » sous Ayrault, mais là, il n’y a plus de qualificatif, tant Macron se permet de contredire même le président dans les quelques minutes qui suivent ses déclarations), de Hulot, voire de Taubira (ou, en interne, de Montebourg) ne peuvent que renforcer son affaiblissement s’ils perdurent à l’excès.

Enfin, Macron, comme une rose « forcée » du Kénya destinée à un cadeau artificiel et éphémère d’un consommateur parisien, a trop vite émergé et pourrait ne plus faire effet dès l’été, ne perturbant finalement pas la primaire de la droite et du centre et ayant, dans l’intervalle, affaibli Hollande en renforçant l’image de « bazar » d’Etat.

5. Sauf, bien sûr, si Macron a bien échappé à son créateur, tel le pécheur originel (ce à quoi tout son être personnel et politique le renvoie d’ailleurs, soit dit en passant…) ou telle la créature de Frankenstein.

Dans ce cas de figure, Hollande aura été le plus imprudent des tacticiens politiques, même s’il faut relativiser les dégâts potentiels.

En effet, quand le schéma traditionnel aura repris ses droits, vers la fin novembre, Hollande sera le candidat du principal parti étiqueté à gauche, le PS. Et il aura face à lui la candidate du FN et le représentant de la droite et du centre-droit.

Surtout, même si Macron confirmait une candidature, il ne serait qu’une sorte de JJSS ou de Bayrou rajeuni. Quoi qu’il arrive, il aurait un candidat socialiste face à lui, soit Hollande, soit un(e) autre, réalisant évidemment l’unité du PS contre lui : ce n’est pas Collomb, Dray, Terrasse et quelques autres qui font la désignation du candidat, évidemment, et Valls et ses troupes se rangeraient plutôt derrière une Aubry perdante –et donc libérant la voie pour l’après-2017- plutôt que de soutenir le jeune rival direct ; quant au reste du PS, ma foi, avaler la loi El Khomri, après le tournant sécuritaire de novembre 2015, est bien entendu le maximum tolérable… Se rallier à une candidature Macron est proprement inconcevable.

Or, en dehors du PS, Macron n’a ni parti, ni structure forte et ancienne. « En marche! » n’est, pour le moment, rien du tout, quel que soit le battage médiatique effectué.

De plus, sa popularité est factice : tel un Kouchner populaire à droite ou une Veil populaire à gauche, il n’est pas si fort car le capital de popularité ou de sympathie ne se transformerait pas en votes sonnants et trébuchants.

En termes d’intentions de vote, les résultats des deux sondages IFOP et ELABE sont ainsi trompeurs : tester Macron comme candidat socialiste est proprement grotesque, car totalement irréaliste. S’il est candidat, Aubry, Montebourg, Valls, Hamon, peu importe, quelqu’un le sera contre lui, c’est une évidence, quand bien même il recevrait l’onction hollandaise (encore faudrait-il d’ailleurs que Le Foll, Cambadélis, Sapin, Le Drian ou Cazeneuve y consentent, ce qui est loin d’être garanti…).

Or, en cas d’hypothèse Aubry (ou Valls)-Macron-Bayrou contre Sarkozy, ou même Aubry (ou Valls)-Macron sans Bayrou face à Juppé, la division à gauche et au centre-gauche serait suffisante pour empêcher tout espoir d’éviter un duel de second tour FN-LR.

Les sondages sont essentiels et très utiles, sauf lorsqu’ils portent sur du vent, comme au cas d’espèce…

6. Plus largement, jusqu’à présent, le système politique n’a pas permis que l’émergence d’un candidat hors système partisan se transforme en succès présidentiel.

Avec Macron, l’élection de 2017 tient peut-être en effet son candidat « surprise ».

Car presque chaque élection a connu un emballement médiatique, voire sondagier, voire d’opinion, autour d’un nom qui tranche avec les candidats « institutionnels » et prévisibles, qui fait éventuellement « rêver » et qui, de plus en plus, se résume à un test avant lancement d’un nouveau produit…

De manière raisonnable, de tels emballements ont toujours échoué.

Parfois parce que la nouveauté fut diluée par l’institutionnel et le partisan,
déjà suffisamment nouveau en soi (Lecanuet en 1965, Giscard en 1974, Sarkozy et Bayrou en 2007, Le Pen et Mélenchon 2012),
ou faussement « hors système » ou « de renouveau » (Chaban en 1974 en réalité candidat par défaut du vieux gaullisme, Barre en 1988 en réalité candidat UDF, Balladur en 1995 en réalité candidat UDF),
ou suffisamment indécis pour maintenir en haleine médias et électeurs et empêcher les candidats « surprises » hors partis d’émerger (Delors en 1994-95, Villepin en 2005-06, Rocard en 1987-88).
L’élection de 1969 a constitué une exception, la candidature de Mendès-France n’ayant pu s’intégrer au jeu normal de la Ve République, par choix de principe.

Mais, plus sûrement, la nouveauté, la surprise, ont fait « pschitt » pour citer le président Chirac. Ainsi, Defferre (ou plutôt « Monsieur X » soutenu par JJSS) pour 1965, Coluche pour 1981, Juquin pour 1988, Tapie et Villiers pour 1995, Chevènement pour 2002, Bové et Hulot pour 2007, Villepin et Hulot pour 2012 ont tous bénéficié d’un emballement médiatique à un moment ou un autre, mais sans se muer en menace sérieuse.

Aujourd’hui, aucun candidat hors parti, ou issu de formations marginales, ou « citoyen » ne semble en mesure de s’imposer, car il est déjà presque trop tard : l’été approche, l’automne jusqu’en novembre sera « primaire », puis hollandais et éventuellement bayrouiste en décembre, puis la vraie campagne commencera, ne laissant plus, à partir de janvier, le champ libre qu’à des progressions surprises des grands ou moyens candidats déjà en lice. Et le mouvement social en cours, qui aurait pu porter une figure surprise, déjà faible dans un contexte économique rude et un contexte médiatique favorable au libéralisme bon teint (de Juppé à Macron en passant par Gattaz et Pigasse), se dilue sous les coups de boutoir de l’ultra-gauche (et des enfants glandeurs de l’élite bobo…).

Quant aux candidats des petits partis, ils manquent singulièrement de renouvellement, comme nous l’avons déjà remarqué à gauche et comme nous le soulignerons bientôt au centre et à droite.

Aussi, peut-être Macron sera-t-il le candidat surprise, le candidat virtuel mais jamais réel, le seul de cette élection. Le parallèle avec « Monsieur X », ou plutôt avec son concepteur, Jean-Jacques Servan-Schreiber, est d’ailleurs tentant… Mais ce centre-gauche moderniste n’a eu qu’une importance politique marginale, recyclé au centre, instrumentalisé par le giscardisme ou dissous dans la « deuxième gauche »…

Ces considérations nous amèneront naturellement à traiter prochainement du « marais central », avant de partir vers les contrées de l’extrême-droite et de la droite dure, qui promettent peu de surprises.

Gauche radicale, extrême-gauche et écologistes dans la présidentielle 2017: un paysage émietté et sans perspective, dominé par Jean-Luc Mélenchon et assez moyennement menaçant pour Hollande

Comme pour d’autres secteurs du panel politique, la gauche de la gauche pourrait bien proposer en 2017 un échantillon de candidatures identique à celui de 2012, façonné par le pur et traditionnel rapport de forces partisan, médiatico-sondagier et institutionnel.

1. A l’extrême-gauche, le paysage est simple. L’échec répété à toutes les élections locales fait que l’existence des avatars du trotskysme ne tient plus qu’au temps de parole gratuit lors de la présidentielle (et à l’influence délirante de leurs inspirations sur une grande partie des décervelés qui constituent « la jeunesse », des médias, de l’université et de l’intelligentsia salariée…). Aussi, LO présentera Arthaud, le NPA présentera Poutou et le POI tentera de présenter Schivardi (déjà candidat en 2007). La quête des 500 signatures sera de plus en plus difficile, le POI ne devant pas y parvenir, mais LO et le NPA sont rôdés à l’exercice. En outre, le soutien indirect du PS –pour affaiblir Mélenchon- n’est pas à exclure (la droite ayant, elle, davantage intérêt à pousser Duflot ou le candidat MRC…).

2. Au sein du Front de Gauche et de ceux qui se rattachent à la « gauche de la gauche », Mélenchon a, comme c’était éminemment prévisible (mais la paresse de ce blog en janvier n’a pas permis de l’affirmer dès le nouvel an!), annoncé sa candidature pour préempter le champ et éviter de s’embourber et de se démonétiser dans des combats internes stériles en vue d’une primaire mort-née. Tout cela était écrit d’avance et il est stratégiquement, politiquement et tactiquement normal que Mélenchon s’impose.

Mais, évidemment, la culture de cette frange de l’échiquier politique rejette les hommes providentiels. Or, Mélenchon, César et tribun et se prenant parfois pour Dieu, est le seul à avoir une assise idéologique (mélange de communisme, de vieux socialisme, d’écologisme radical, voire de praxis trotskyste) et un relais médiatique suffisants pour unifier l’électorat de cette mouvance, empiéter sur le PS et dépasser les 10 %, afin de continuer à exister.

Certes, le PCF est un peu marri de ne pouvoir présenter une tête d’affiche en mesure de le concurrencer et d’en être réduit à fournir les troupes (militants et élus) d’un chef qui n’est pas des leurs. Mais c’est la loi d’airain de la dure réalité politique et partisane… On imagine mal Pierre Laurent en mesure de galvaniser les foules et d’attirer les bobos déçus du socialisme, les gaucho-libertaires, voire quelques électeurs populaires hésitant à rejoindre le FN. Pierre Laurent voire quelque petit ambitieux du PCF (Dartigolles ?) essaiera en vain de nier cette réalité. Seul André Chassaigne pourrait être en mesure de faire un peu d’ombre médiatique à Mélenchon ; mais Pierre Laurent aurait trop peur d’être lui-même évincé et il n’est pas certain que la perspective de retrouver un score à la Lajoinie 1988 (au mieux) vaille vraiment la peine d’user les finances du parti.

D’une certaine manière, l’élément le plus gênant dans la relation entre Mélenchon et le PCF, c’est… le PS. Car il est clair que la technique du « salami » et de la division pourrait bien être appliquée au FG par Hollande. Le PCF dépend tellement du PS pour beaucoup de ses réélections locales qu’il pourrait être tenté de s’autonomiser. Mais le résultat serait le même pour Mélenchon si le PCF ne le soutenait pas : les électeurs sont bien loin de telles subtilités et votent pour un nom qui représente un courant, pas pour des petits logos au dos des tracts.

3. Au sein de la myriade de petits mouvements confidentiels de la gauche réellement radicale, seule Clémentine Autain dispose d’une reconnaissance médiatique suffisante pour envisager de se présenter. Mais le discours sur le « collectif » et la faiblesse des troupes et des structures qui pourraient la soutenir (seul le PCF pourrait faire quelque chose pour elle…) rendent l’hypothèse très peu probable.

Plus largement, pour la gauche de la gauche, c’est un peu Mélenchon ou rien.

Car, tous ces nains ne peuvent exister sans une primaire. Mais de primaire élargie, il n’y aura pas, car les « institutionnels » (Mélenchon, Duflot, voire Faudot) n’y ont pas intérêt, puisqu’ils ont déjà leur structure, voire leur légitimité et leur base électorale. Et, quand bien même il y aurait une primaire, les nains n’auraient aucune chance de la gagner contre le seul candidat à la surface nationale clairement établie, Jean-Luc Mélenchon.

4. Quant à élargir le champ de la gauche radicale pour y inclure les « compagnons de route » ou l’aile gauche du PS, cela ne changerait rien à la domination mélenchonienne.

Il est d’abord peu probable qu’un hiérarque significatif du PS (non, je ne parle pas de Marie-Noëlle Lienemann ou de Gérard Filoche…) fasse dissidence. Comment un ténor ou un demi-ténor du PS peut-il envisager un avenir sans le parti, car il serait contraint d’en démissionner (comme Mélenchon en son temps) ou d’en être exclu. Ce serait perdre toute chance personnelle pour l’avenir, tant il faut passer par les partis existants pour pouvoir progresser, quels que soient les discours sur « la fin des partis ».

En outre, encore faudrait-il que les forces à la gauche du PS acceptent de voir débarquer un nouveau « leader naturel », tout juste sorti du parti du président, mais pas forcément « supportable » au plan personnel, pas forcément très fort en termes de potentiel électoral et qui impliquerait un retrait de Mélenchon, ce qui est inconcevable.

Batho aurait le profil idéologique et personnel et serait probablement disposée à quitter le PS ou à en être exclue, mais elle n’a pas de troupes et ses difficultés relationnelles semblent l’avoir grillée auprès de beaucoup.

Peillon est retraité. Quilès est d’un autre siècle. Lienemann également. Emmanuelli est rentré dans le rang.

Hamon est déjà assez inaudible au sein de son parti en ce moment : il n’a pas besoin de passer pour un traître et de se retrouver en position subsidiaire par rapport à Mélenchon. Il doit surtout cultiver l’après-2017 et éviter de se faire souffler la tête de l’aile gauche et des aubrystes par Anne Hidalgo. Son objectif, c’est clairement d’être le futur concurrent direct de Valls pour l’après-2017, le Copé d’un Valls-Fillon si l’on veut filer une comparaison un peu bancale, tout de même… 😛 car Valls est loin de contrôler le parti… sauf si tous les hollandais le rallient, ce qui est loin d’être acquis.

Montebourg est trop fantasque et bourgeois et, testé dans les sondages au sein de la gauche, il est désormais relativement marginalisé, arrivant derrière Mélenchon. En outre, ses troupes sont quand même assez clairsemées et pas forcément disposées à quitter le PS (Paul, Baumel, Kalfon,… même si Filippetti, issue d’EELV, pourrait sûrement se faire violence une dernière fois, malgré son « embourgeoisement » prononcé). Son heure semble passée ; elle n’aurait de toute façon été que celle d’un Mélenchon plus jeune, plus affable et plus télégénique… Ses velléités de candidature ne peuvent s’exprimer qu’à l’intérieur du PS et il y est trop minoritaire pour prétendre imposer une primaire, qu’il ne gagnerait d’ailleurs pas. Comme cela a déjà été indiqué ici, seule Aubry a la surface suffisante en interne pour, d’abord, forcer à la primaire, ensuite, la remporter. Or, l’affaire des « frondeurs » à l’occasion du 49-3 montre que les vrais aubrystes se pensent et agissent comme des médiateurs entre l’aile gauche du PS (frondeurs « purs et durs » et « montebourgeois ») et le marais hollandais.

– Enfin, les frondeurs n’ont pas fait émerger de leader clair, ne constituent pas un ensemble totalement stable et bien défini (Germain ou Galut sont-ils des frondeurs ?) et ceux qui sont les moins anonymes (Paul, Maurel, Baumel) sont de vrais membres du PS et n’ont pas de raison de le quitter, sauf si Macron en devenait le premier secrétaire. Les frondeurs attendent plutôt leur heure, après la défaite de 2017, pour conquérir le parti via Hidalgo, Hamon ou une alliance avec des hollandais « de gauche ».

5. Christiane Taubira, parmi les « compagnons de route » du pouvoir, est certainement la seule légitime et la seule possible pour affronter Mélenchon ou se présenter contre lui. Mais son positionnement mouvant, ses volte-face tactiques, le mauvais souvenir de 2002 (où elle avait probablement été celle, avec Chevènement, qui avait le plus contribué à l’élimination de Jospin), son autoritarisme et ses relations personnelles (hors champ des caméras) généralement exécrables, affaibliraient nettement sa capacité de nuisance. En outre, s’il prenait à Hollande l’idée de s’en servir contre Mélenchon, l’effet boomerang serait certain, Taubira constituant un réceptacle idéal (et renouvelé par rapport à 2012) pour accueillir les bobos qui avaient assuré un beau printemps électoral à Mélenchon il y a 5 ans ; or, le PS a besoin de ces voix, pas qu’elles glissent de Mélenchon à Taubira, ce qui ne sert à rien ; déjà que Macron semble avoir échappé à son créateur, il ne faudrait pas connaître la même mésaventure sur l’aile gauche.

Quoi qu’il en soit, elle n’a pas montré une appétence particulière ; elle n’est pas particulièrement brillante dans les sondages de popularité ou sur une éventuelle primaire de gauche, même si elle tient la comparaison avec Montebourg, voire le dépasse ; elle n’apparaît nullement connectée au mouvement social et à la contestation gauchiste actuels, ce qui aurait pu lui offrir un tremplin. Surtout, même face à elle, Mélenchon ne renoncerait pas. Toutefois, il perdrait forcément des voix, mais la face du 1er tour n’en serait pas transformée.

6. Le MRC a annoncé son intention de présenter Marc Faudot. Le MRC n’a plus les réseaux locaux d’antan, mais le mouvement chevènementiste est peut-être un des petits partis qui peut encore franchir la barre des 500 signatures, surtout si la droite l’aide un peu… Car cette candidature, si elle a peu de chances de retrouver les élans chevènementistes, pourrait très bien dépasser le 1 % et constituer une véritable gêne potentielle pour le candidat Hollande, surtout si elle trouve une résonance parmi l’aile laïciste et l’aile sécuritaire des socialistes.

7. Robert Hue n’aura pas réussi à devenir ministre (comme Bennahmias, d’ailleurs : ils auront très mal joué, par rapport à l’opportuniste absolue, Emmanuelle Cosse), mais il ne peut non plus rêver à une nouvelle candidature à la présidentielle. Son mouvement, le MdP (mouvement des progressistes) doit donc tenter de présenter le quidam Sébastien Nadot. S’agit-il d’une vraie déception de Robert Hue et d’un coup de pied de l’âne à Hollande ou bien s’agit-il d’une énième manœuvre suscitée par le président sortant pour affaiblir, cette fois-ci, le candidat MRC (leur quête des 500 signatures serait clairement en concurrence directe) ou, encore une fois, Mélenchon ? Hollande fait peut-être à Mélenchon, en se servant de Hue, ce qu’il voulait faire à Duflot, en se servant de Hulot…

Car, si Hollande s’est déjà servi de-ci de-là de Hue pour tenter d’affaiblir Mélenchon et le PCF (et de Bennahmias, puis Placé et Rugy, puis Hulot, pour affaiblir Duflot et EELV), il n’a pas de raison d’aider à une candidature qui ajouterait de la confusion à gauche.

8. S’il est pertinent d’inclure les écologistes d’EELV (les seuls qui seront présents à l’élection) au présent article, c’est que Duflot devrait être leur candidate et qu’ils se situent désormais hors de la gauche de gouvernement, dans un gauchisme libertaire et multiculturaliste qui fait paraître certains vieux communistes (plus bien nombreux, il faut le reconnaître…) pour de vilains conservateurs et réactionnaires…

Les écologistes ont, ainsi qu’expliqué dans un précédent article de ce blog, subi la technique du « salami » appliquée par Hollande. Mais le départ de Rugy, Placé, Pompili, Baupin, Cosse, Durand, etc., n’est problématique pour EELV qu’à court terme et du point de vue médiatique.

D’abord, les écologistes « de gouvernement » ne se sont pas structurés de manière forte et n’ont pas entraîné derrière eux des structures locales et des élus en mesure de leur fournir 500 signatures ; d’ailleurs, ils seraient bien en peine de faire émerger un leader incontestable, quelle que soit la conviction de Placé sur son propre destin personnel… (on serait même tenté d’écrire Destin avec une majuscule!). Certains se rallieront peut-être simplement à Hollande, espérant au moins ne pas faire plus mal que Filippetti en termes de carrière (en termes de vie privée, les écologistes ont déjà fait nettement mieux, avec les divers couples Duflot-Placé, Sas-Placé, Sas-Canfin, Cosse-Baupin, Duflot-Cantat, Pompili et tutti quanti).

Certes, le parti EELV est affaibli, mais il persiste, sa structure de base, sa « marque », son association de financement aussi, l’essentiel des parlementaires, même hors EELV, continuent de l’alimenter financièrement. On n’insistera jamais assez sur l’importance et la force d’inertie liée à la prégnance du financement public, qui fige pour 5 ans les situations à la suite des législatives précédentes, comme l’a montré la difficulté pour Fillon de s’extraire de l’UMP fin 2012. Les recompositions politiques ont lieu dans la foulée d’une présidentielle, en vue des législatives, rarement avant.

De plus, les Verts ont toujours eu un candidat présidentiel depuis 1974. Ils ont même plutôt connu la nécessité de choisir parmi plusieurs possibles (Lipietz-Mamère, Cochet-Voynet, Waechter-Lalonde, etc.).

En outre, l’ambition et l’ego personnels de Duflot rendent peu probable son renoncement.

Comme d’autres (PG, DLF, LO, NPA, MoDem), EELV existe en fait bien davantage par une présence présidentielle tous les 5 ans que par un élargissement progressif du nombre de ses élus et de ses réseaux. La personnalisation, la médiatisation, les phénomènes de « marque » et de name recognition font qu’il vaut mieux, du point de vue de ces structures partisanes, réaliser 2 % à la présidentielle tous les 5 ans et négocier quelques portefeuilles ministériels pour leur petite « élite » interne, plutôt que de tenter de devenir un parti de masse.

La candidature Duflot ne serait menacée que par deux hypothèses peu probables :
– l’émergence d’une candidature interne concurrente : mais les « poids lourds » d’EELV sont partis ; Mamère ne se positionne qu’en recours en cas de défection de Duflot ; seul Jadot pourrait encore concurrencer Duflot, mais celle-ci contrôle probablement davantage de troupes et a la main sur l’appareil ;
une candidature externe forte : Waechter est certes de nouveau candidat mais a peu de chances d’avoir ses 500 signatures (et on a écrit « forte »…) ; le danger vient surtout de Nicolas Hulot, mais son caractère velléitaire et sa difficulté à progresser hors de structures à sa dévotion rendent peu probable la matérialisation d’une candidature ; quand bien même il le serait, il n’est pas certain que Duflot renonce, trouvant toujours prétexte à déceler une tendance trop droitière de Hulot, constatant l’explosion de la bulle médiatique  dudit Hulot ou dénonçant ses lacunes hors du champ environnemental. Enfin, nous y reviendrons, mais la pseudo-surprise de 2017 (il faut toujours qu’il y en ait une avant une présidentielle) est peut-être déjà passée, avec Macron.

Une petite incertitude pèse également, celle des 500 signatures. Les défaites municipales et régionales ont réduit drastiquement le nombre d’élus EELV et il n’y a aucune raison que le PS leur fasse un cadeau. Néanmoins, depuis 40 ans, les Verts n’ont jamais été inquiétés, qu’ils aient présenté des environnementalistes ou des gauchistes, des extérieurs ou des apparatchiks, des candidats médiatiques ou non.

Evidemment, à l’élection, Duflot risque de réaliser un score à la Joly et de se décrédibiliser définitivement. En effet, l’écologisme français des Verts prospère encore sur l’illusion de certains électeurs qu’ils ne font que défendre la nature ; sur ce créneau, une concurrence hulotienne ferait perdre nombre de voix potentielles. Par ailleurs, le rôle d’exutoire pour les électeurs socialistes déçus ou frustrés, qui a assuré de tels succès à EELV aux européennes (2009, mais aussi, de manière relative par rapport au PS, 2014) et aux régionales (2010), fonctionne moins à la présidentielle et bénéficiera davantage à Mélenchon (fonctionnaires, « intellectuels », bobos désargentés), à une candidature centrale (Bayrou s’il parvient à se renouveler, Hulot ou Macron), voire à Juppé (professions libérales, bobos « argentés »). Enfin, il est peu probable que la carrure personnelle de Duflot lui permette de briller au cours de la campagne.

Ce pourrait donc être aussi son échec définitif et, avec la marginalisation qui les attend aux législatives (l’appareil « khmer vert » ayant refusé un accord avec le PS), une période d’éclipse pour EELV. Mais le créneau subsistera et, sauf à ce qu’un Hulot ou un autre personnage ayant une aura médiatique parvienne à structurer différemment le courant ou à ce que les Placé, Rugy et alii soient réellement capables de fonder un parti qui se substituerait à EELV dans le champ politique, les Verts ne disparaîtront pas non plus totalement.

9. Il faut enfin faire un sort particulier aux candidats régionalistes, dont l’apparition impacterait essentiellement la gauche.

Même si l’est de la France montre qu’ils ne sont pas toujours à gauche, le seul ayant quelque chance de rassembler 500 signatures, Christian Troadec, maire « bonnet rouge » de Carhaix en Bretagne, se situe clairement à gauche de la gauche et aurait un effet très négatif pour Hollande dans le centre-Bretagne, voire, si des Occitans, des Catalans, des Basques ou des Corses le soutenaient, dans d’autres régions socialistes. Bien sûr, le concept d’un candidat régionaliste unique semble illusoire et, lorsque des regroupements de listes ont été présentés aux européennes, chaque électeur votait bien pour « son » régionaliste. Néanmoins, il est certain que le président sortant garde un œil sur cette candidature potentiellement dangereuse. Si le ministre de la justice Urvoas, voisin, s’est précipité pour dire qu’il n’aurait pas ses 500 signatures, c’est bien que le risque est réel. Jean Lassalle pourrait cependant lui faire concurrence auprès de petits maires ruraux et l’empêcher d’obtenir des signatures en Béarn et Pays Basque.

De même que Troadec, Oscar Temaru, dans le Pacifique, à la tête d’un parti plutôt « progressiste », pourrait gêner Hollande en Outre-Mer, là où la droite a fortement reculé depuis les années 1980 et où le FN n’a pas réussi à s’implanter. Même s’il a un nom connu, Temaru aura toutefois encore plus de difficultés que Troadec à réunir les 500 signatures, d’autant qu’un soutien d’élus antillais, guyanais, réunionnais ou même néo-calédoniens à sa démarche est loin d’être assuré. Protester et revendiquer de la même manière à l’égard de la métropole est une chose, s’unir autour d’un porte-voix en provenance d’une seule des collectivités d’Outre-Mer, c’en est une autre.

10. Ainsi, Hollande a peu de soucis à se faire sur son aile gauche : hors Mélenchon, il est fort peu probable qu’émergent beaucoup de candidatures entraînant, par elles-mêmes, un « effet 2002 ». Et le paysage devrait être fort banal : Arthaud, Poutou, Mélenchon, Duflot. Et le vote utile jouera, même si peut-être un peu moins qu’en 2012.

En revanche, sa faiblesse propre pourrait très bien favoriser l’émergence de Mélenchon jusqu’à 15 %, si la politique Valls-Macron-Sapin était trop prédominante dans le paysage. En outre, sa faiblesse est telle et son rejet est tellement fort, certes à l’extrême-droite et à droite, mais y compris au centre-droit et au centre, qu’il a fort peu de chances de dépasser son socle naturel, entre 15 et 20 % ; les hypothèses sondagières avec Macron ou avec Valls montrent ainsi un petit effritement à gauche, mais limité à 2 points au maximum, alors qu’existe un gain au centre, d’environ 5-6 points pour Valls, mais jusqu’à 10 points pour Macron. D’ailleurs, Sarkozy, repoussé vers la droite, ne serait pas qualifié pour le second tour, dans une hypothèse Macron-Bayrou testée récemment par ELABE : a contrario, cela souligne la faiblesse personnelle de Hollande.

Mais les « cadeaux » sonnants et trébuchants qui commencent d’être distribués montrent que le président sortant va tenter de plaire sur sa gauche. Il est en effet clair que, dans une configuration de bonne mobilisation à droite (voire de gains au centre en cas de candidature Juppé) et de qualification déjà assurée pour une Le Pen maintenant une orientation populiste et « populaire » (contre la ligne droitière de sa nièce), il ne reste plus à Hollande qu’à s’orienter à gauche pour tenter de mobiliser son camp de base.

Le choix hasardeux de la loi El Khomri et l’absence totale de maîtrise du calendrier ne favorisent pas cette évolution, mais Hollande doit penser que tout cela sera terminé en septembre et que les débats télévisés de la primaire de droite, avec des surenchères libérales (économiquement) et sécuritaires, lui permettront de se couler facilement dans le costume du « recours » de gauche, protecteur, social, un tantinet libertaire et un peu moins « casqué »…

De ce point de vue, « laisser Macron en liberté » a l’avantage de ramener Hollande vers la gauche, ne serait-ce que visuellement, tout en occupant l’espace médiatique et en jetant l’habituelle confusion dont raffole le président sortant.

Ces différents développements nous conduiront ainsi à revenir d’ici le week-end sur l’hypothèse Macron et sur son insertion éventuelle dans les tactiques politiques hollandaises du moment qui consistent à diviser à gauche, à gêner tous ses adversaires mais qui pourraient produire un effet « boomerang » (Hulot, Taubira, Hue et donc Macron).

Présidentielle 2017 : existe-t-il vraiment des alternatives à Hollande au sein de la gauche de gouvernement ?

Pour faire suite au précédent article sur les difficultés sondagières du président sortant, voyons s’il peut être évincé au sein de son camp.

1. Il faut toutefois le répéter en préambule : Hollande sera candidat. La politique et même la pure politique électorale sont sa vie : il n’a jamais rien fait d’autre, n’ayant jamais été ministre et étant resté très peu de temps responsable d’un exécutif local. En outre, il sait que la volatilité de l’électorat s’est accrue et que le temps médiatique est toujours plus rapide et fractionné, autorisant théoriquement des rebonds significatifs et des victoires surprises. Enfin, il ne veut pas rester dans l’histoire comme celui qui aura renoncé.

Il n’en reste pas moins que, comme évoqué dans un précédent article, une érosion sondagière telle qu’elle le situerait au niveau ou en-deçà de Mélenchon et/ou Bayrou pour une longue période de temps poserait réellement la question de sa candidature. Après tout, des cadres du PS pourraient eux-mêmes finir par demander l’application des statuts du PS qui prévoient l’organisation d’une primaire « citoyenne » et ouverte, même en cas de président sortant.

Cet article n’est donc pas forcément de pure spéculation. Quand bien même le serait-il, c’est le plaisir de la « politicaillerie »…

2. Hollande cherche depuis le début à détruire toute possibilité de primaire, au sein du PS et plus largement, avec le soutien de l’apparatchik Cambadélis et de manière tellement évidente que l’on se demande si beaucoup de gens de gauche et de médias qui croient encore que la hiérarchie élyséenne et solférinienne pourrait la laisser se dérouler sont réellement aussi naïfs… Bien entendu, on proclame partout que l’on souhaite une primaire, d’autant plus que l’on pense exactement l’inverse.

Plus le temps passe, moins l’organisation matérielle en sera possible, évidemment. Il est même probablement déjà trop tard, lorsque l’on voit la longueur du processus au sein de LR.

Ensuite, entretenir le flou sur le périmètre est le meilleur moyen d’assurer que les multiples chapelles de gauche discuteront à l’envi, au-delà même d’avril 2017… Les socialistes ne veulent pas trop l’élargir par peur d’une prise en otage par un candidat extérieur ; la gauche radicale ne veut pas de Hollande lui-même ; les écologistes sont divisés ; chacun a un avis sur l’électorat, sur les candidatures, sur les modalités, sur les engagements réciproques, sur les conséquences sur les candidatures du 1er tour de la présidentielle, etc. Cambadélis peut même se permettre de faire du zèle sur la participation, l’élargissement, l’organisation, car il sait que ce sera toujours inacceptable pour tel ou tel, chaque groupuscule ou candidat putatif en paralysant un autre. Et les distances idéologiques sont telles qu’aucune primaire marge de gauche n’est envisageable.

Ainsi, sous couvert de démocratie, de concertation, de débat, on gagne du temps, on s’assure que rien n’aura été décidé à l’automne, période qui sera ensevelie sous les débats de la primaire de droite et à laquelle il sera trop tard pour organiser quoi que ce soit de sérieux. C’est basique, mais cela fonctionne apparemment très bien.

D’ailleurs, la gauche radicale elle-même n’a pas forcément d’autres visées : Mélenchon n’a que faire des primaires ; les petits candidats potentiels ne veulent pas d’une primaire trop large qui les empêcheraient de gagner sur leur petit créneau.

En interne au PS, la volonté n’est pas forcément farouche non plus, même de la part des opposants à Hollande. Ce serait prendre le risque d’un fiasco: Mélenchon devant plusieurs candidats PS, un président sortant devancé par une candidature interne… du jamais vu.

3. En effet, qui d’autre qu’Aubry pourrait sérieusement contester le leadership hollandais ?

Aubry serait la seule à disposer de l’assise électorale interne, de la légitimité historique et des réseaux nécessaires pour l’emporter sur Hollande. Mais elle n’en a plus envie. Elle est dans un mélange de velléité, d’orgueil et de rancœur, qui l’empêchent d’aller vraiment jusqu’au bout (sa candidature à la primaire de 2011 s’est faite à reculons et elle ne s’est vraiment investie que dans l’ultime débat de second tour contre Hollande : trop tard…), mais font qu’elle ne se reconnaît pas vraiment d’héritier et la motivent pour saboter le parcours des « camarades ». De surcroît, lorsqu’elle a été testée dans un sondage IFOP d’octobre 2014, elle était au même niveau qu’Hollande au 1er tour de la présidentielle, voire pire. Ses défaites successives aux départementales et aux régionales l’ont également fortement affaiblie.

Valls s’est finalement banalisé en tant que Premier ministre et il a quasiment rejoint tous ses prédécesseurs dans les bas-fonds sondagiers. Dans les hypothèses où il est testé à la place de Hollande, il ne fait pas tellement mieux que lui (1 à 2 points d’écart en moyenne). A l’automne dernier, il a probablement raté une sortie du gouvernement à la Rocard (quand ce dernier avait pris –un véritable- prétexte en 1985 pour démissionner, refusant la proportionnelle aux législatives que le machiavélique Mitterrand mettait en place pour assurer un groupe FN à l’Assemblée et gêner la droite, ce qui avait presque totalement réussi). Il lui fallait trouver une bonne occasion, mais elle n’est pas venue. Pire, les attentats du 13 novembre 2015 l’ont contraint à rester, en plus sans que le virage sécuritaire lui profite réellement, étouffé qu’il est entre Hollande et Cazeneuve.

Le but de Valls est maintenant de tenter la prise du PS en 2017, après la défaite. Ce sera difficile. Sa base est faible même s’il a étoffé (un peu) ses réseaux. Il devra surtout tenter de récupérer une bonne partie des hollandais. Ce n’est pas impossible dans le cas des Sapin, Le Drian, Le Foll. C’est beaucoup moins sûr dans le cas des Cazeneuve, NVB, Le Roux, Feltesse, Dray, Cambadélis, soit qu’ils soient plus à gauche (Le Roux, Cambadélis) ou qu’ils veuillent tenter leur propre chance (NVB) ou qu’ils souhaitent déjà passer à Macron (Dray).

Ce dernier est évidemment gênant pour Valls dans la mesure où il lui vole son créneau du réformiste permanent, de la jeunesse et du renouveau. Mais, à terme, ce n’est pas forcément mauvais car cela peut lui permettre de se recentrer au sein du PS et d’occuper la même position que celle de Hollande en son temps. Il pourrait ainsi, au-delà d’anciens rocardiens, rallier d’anciens jospinistes, d’anciens strauss-kahniens de gauche et d’anciens royalistes. Il ne serait pas étonnant de voir Valls, pendant la campagne, si Hollande ne le fait pas suffisamment lui-même, se poser en conscience de gauche… Encore faut-il que Macron ne soit pas complètement externalisé du PS et qu’il reste à bonne distance.

Macron s’inscrit en effet encore dans la gauche de gouvernement et il est justifié d’en dire quelques mots ici. Hollande, en le lançant, a voulu affaiblir Valls, en trouvant plus jeune et plus « perturbateur » que lui, et, dans un second temps, Juppé. Peut-être a-t-il voulu imiter Mitterrand lançant Tapie contre Rocard aux européennes de 1994 (avec un succès certain, puisque Rocard fut ainsi détruit avant la présidentielle de 1995). Mais, comme souvent, Hollande s’est emmêlé les pinceaux : en 1994, Mitterrand achevait son 2e mandat (et sa vie) et n’avait rien à craindre personnellement d’un effet boomerang de Tapie ; aujourd’hui, Hollande n’a rien à craindre de Valls, qui a raté l’occasion (si tant est qu’il en ait eu une) de partir avant de sombrer ; et l’électorat modéré recherchant l’efficacité et la réforme, qui l’avait soutenu en 2012, ne le soutiendra pas en 2017 seulement parce qu’il promettrait vaguement de placer Macron à Matignon.

Finalement, l’opération se retourne contre Hollande,
en brouillant l’image de l’action présidentielle et gouvernementale,
en agaçant toute la gauche, alors qu’Hollande a d’abord besoin de remobiliser son camp et non de penser prendre des voix au centre-droit, ce qui n’est probablement plus possible, vu le niveau de rejet même parmi ces électeurs-là,
en créant une nouvelle menace de candidature potentielle sur son flanc droit, alors qu’il ne peut se permettre de se retrouver coincé en tenaille entre Mélenchon et le centre ; il perd tout le bénéfice de la technique du « salami » appliquée à EELV et de la flatterie appliquée à Hulot, destinées à éviter une candidature au centre-gauche, et de l’innocuité supposée de Bayrou en 2017 (soit qu’il se retire en cas de candidature Juppé, libérant –selon l’espoir de Hollande- quelques points au centre-gauche ; soit qu’il se présente, prenant à Sarkozy davantage qu’il ne prendrait à Hollande).

Si, finalement, il prenait l’envie à Macron de prendre totalement son autonomie, de se présenter ou, en tous les cas, d’alimenter la chronique encore plus longuement que prévu, il y aurait ainsi le spectre d’un Bayrou jeune ou d’un Borloo à jeun, tous éléments évidemment défavorables à Hollande dans la perspective d’un premier tour « make or break ». La comparaison avec la créature du docteur Frankenstein est donc tout à fait pertinente (même si elle est évidemment très exagérée : cette pauvre créature est quand même beaucoup moins froide et carnassière que Macron 😀 ).

Hollande doit désormais parvenir à le liquider sans en faire un martyr (ce que Macron cherche manifestement) : il ne peut l’éjecter du gouvernement trop vite. Peut-être que s’appuyer sur Valls, le plus menacé par Macron à moyen terme, constituera la solution. Laisser Macron présenter un projet de loi dans lequel il s’enlisera et se dévalorisera ? Ou le « promouvoir » à un poste ministériel en réalité plus exposé ? Le pousser à partir mais dans de mauvaises conditions, en s’assurant qu’aucun parlementaire ne le suivra, afin de lui assurer une destinée à la Villepin ? Mais Macron pourrait lui aussi chercher une sortie à la Rocard 1985.

Toutefois, le destin Villepin 2011 est le plus probable, car le phénomène Macron est largement factice. C’est bien entendu le candidat idéal du « système » médiatique et capitalistique dominant : libéral en économie, libéral sur le plan sociétal, sans aucun tabou, riche, jeune et télégénique. Mais son succès tient largement aux électeurs du centre et de droite, un peu à la manière de Kouchner en son temps (ou de Veil à l’égard du bord opposé). Jamais un Kouchner ou une Veil n’ont réussi à s’imposer nationalement. Et Villepin n’a eu ses moments de gloire en 2011 que parce que les médias (Canal+ l’invitant à répétition, sûrement pour gêner Sarkozy, mais quand même…) et certains bobos riches s’étaient entichés de lui.

C’est de toute façon trop tôt pour Macron. Si certains sondages ont pu le placer assez haut parmi les candidats alternatifs de gauche, ce n’est qu’auprès de l’ensemble des Français (ce qui n’a pas de sens) ou, à gauche, en proposant à la fois Aubry, Hidalgo, Montebourg, voire Hamon (ce qui n’a pas davantage de sens : l’aile gauche ne serait jamais aussi divisée).

Hidalgo, justement, n’est évidemment pas mûre pour être en première ligne cette fois-ci (sur le fond, elle ne le sera jamais :p : je m’exprime ici du simple point de vue tactique et électoral !). Mais elle est clairement en position de reprendre l’aile gauche du PS dès le lendemain de la défaite de 2017. Et donc peut-être le parti lui-même si les non-aubrystes ne se coalisent pas.

Elle a le bénéfice de la place forte parisienne, aujourd’hui plus à gauche que les vieux bastions populaires et seule vraie victoire locale depuis 2012 (avec la consolidation de Collomb à Lyon)… Elle a le bénéfice d’un soutien assez général du courant aubryste, auprès duquel Hamon n’a pas cherché ou réussi à s’imposer. Elle se positionne de manière presque caricaturale en libertaire sociétale et en socialiste vieux jeu sur le plan économique : un mélange évidemment gagnant en interne au PS (et à l’ensemble de la gauche, d’ailleurs). Elle est une femme et elle est d’origine étrangère : fantastique sur le plan symbolique. Son mari, Jean-Marc Germain, ancien collaborateur d’Aubry, est un des chefs des frondeurs et lui assurera le soutien de ces derniers : comme chez EELV, on n’est jamais mieux servi qu’en faisant de la politique en couple (Cosse-Baupin, Sas-Canfin, Placé-Duflot, Placé-Sas, etc.) et MAM et POM sont des petits joueurs !

Bref, un affrontement Hidalgo-Valls se profile probablement à la tête du PS. Peut-être un remake du congrès de Reims de 2008 entre Aubry et Royal (avec Hidalgo et Valls aux premières loges dans chaque camp, d’ailleurs). Toujours est-il que ceux-là ne prendront pas le risque de s’abîmer prématurément à tenter de remplacer Hollande: qu’il perde seul et solde la période pour mieux repartir en 2022…

Hamon aurait pu être le grand espoir de l’aile gauche, mais il a mal manœuvré. Comme Peillon en son temps, il est difficile d’en déterminer les raisons exactes. Faible sens tactique ? Problèmes de personnalité ? Espérance erronée dans une transmission de sceptre de la part de l’acariâtre et bornée Aubry ? Toujours est-il que le fantasque Montebourg l’a emporté dans son « ailleurs » et qu’il ne s’en est pas relevé. Même s’il était resté au gouvernement, la position de ministre de l’Education nationale n’aurait cependant pas été favorable pour la suite d’une carrière politique.

Son tour semble passé, mais peut-être trouvera-t-il quelque possibilité d’alliance avec Valls pour écarter Hidalgo, comme il l’a fait pour écarter Ayrault en 2013-14. Cela reste acrobatique.

Montebourg est trop inconstant. A-t-il d’ailleurs réellement envie de mener une campagne présidentielle ? C’est peu probable. Il n’a jamais structuré de courant et n’a fait que surfer sur son relatif succès à la primaire de 2011. Il commence en outre de ne plus vraiment incarner le renouveau. Il n’aurait une utilité que si Hollande décidait de le rappeler au gouvernement pour tenter de faire de l’ombre à Mélenchon : mais que de couacs en perspective pour un résultat tout sauf assuré…

Fabius et Delanoë sont désormais retirés, leurs troupes s’éparpillant vers Hollande et Aubry. Peillon a abandonné. Moscovici a trouvé sa sinécure pour quelques temps encore. Bartolone s’est « grillé » avec sa campagne régionale. Vallaud-Belkacem est trop jeune et trop prudemment ambitieuse pour se dilapider prématurément (elle n’aurait de toute façon pas l’assise interne suffisante, n’étant pour le moment qu’une personnalité de second rang).

Même s’il y avait contestation de son leadership, Hollande parviendrait à s’imposer, par réflexe légitimiste et par organisation d’une primaire moins « ouverte » et « citoyenne » que ne le prévoient les statuts (en clair, un tranquille vote interne de ratification auprès du reste d’adhérents que comptent le parti et le PRG, plus une ou deux officines à la Bennahmias, à la Placé ou à la Hue). Certes, il serait affaibli, comme Ford par Reagan en 1976, Carter par Ted Kennedy en 1980 ou Bush Sr par Buchanan (repris par Perot, en quelque sorte) en 1992, mais il finirait par être le candidat officiel. Même les demi-sortants Gore et Bush Sr l’avaient emporté sur Bradley en 2000 et Dole et Robertson en 1988. Seul LBJ avait dû renoncer en 1968, mais le bourbier vietnamien était quand même une circonstance très particulière et RFK un opposant autrement brillant que les noms que nous venons d’égrener.

4. Quant à la gauche au sens large, l’effacement de l’extrême-gauche trotskyste, orpheline de ses vedettes Laguiller et Besancenot, l’émiettement de la gauche radicale derrière un Mélenchon désormais banalisé et qui est un moindre mal pour Hollande, et les déchirements des Verts assurent à Hollande une situation moins problématique qu’il ne pouvait le craindre au regard de son affaiblissement inégalé. Nous reviendrons sur la gauche de la gauche et sur les écologistes, mais évoquons quand même ces forces politiques, du seul point de vue hollandais.

Il a parfaitement mené l’opération « salami » sur EELV, tel Staline et Jdanov à la fin des années 1940 dans les pays d’Europe de l’Est, découpant progressivement les autres partis pour renforcer progressivement le PC local et lui faire prendre insensiblement tous les leviers du pouvoir. Aujourd’hui, Hollande applique le même principe à EELV pour rallier (faussement) les élites du parti moyennant quelques menus postes. Hollande n’a même pas besoin que se reconstitue un parti écologiste modéré et le chaos actuel lui convient parfaitement : Cosse, Baupin et Pompili n’ont pas rejoint Rugy, Placé et Bennahmias et restent dans un entre-deux ; il ya quasiment autant de structures que de personnes…. Le PS n’a même plus la nécessité tactique de s’embêter à assurer un groupe parlementaire auxdits cadres ; certains suivront sûrement le chemin de Filippetti en se fondant dans le PS ; mais les convertis de fraîche date sont souvent les soldats les plus ardents… Cela évite aussi qu’une structure efficace soit disponible pour Hulot.

Concernant ce dernier, Hollande a fait tout ce qu’il a pu pour le réduire. Il y est presque parvenu et, si le danger n’est pas complètement écarté, il est suffisamment amoindri pour qu’en cas de décision de Hulot d’y aller quand même, la bulle explose rapidement, selon un schéma bien connu pour les candidatures « autres » (Bové, Coluche, CPNT,…) ou les carrières issues de la « société civile » (Tapie, Kouchner, Schwartzenberg, Breton, Mer et tant d’autres). De ce point de vue, le calcul tactique de Hollande est juste.

Plus largement, le président sortant tentera peut-être d’appliquer la technique du « salami » à la gauche de la gauche. La promesse de circonscriptions législatives permettra peut-être de détacher le PCF de Mélenchon.

De son côté, la « belle alliance populaire » (que l’on me permette un ROFLMAO) a, elle, pour objectif de diluer au maximum les autres candidats de gauche ou de les rapprocher de manière factice pour qu’ils s’entre-déchirent et s’annulent d’autant plus. Ce concept de « dépassement » du PS qu’avait avancé Cambadélis découlait d’une volonté initiale de recréer la France Unie du Mitterrand de 1988. Hollande étant très loin de ce modèle, a minima, le « dépassement » du PS doit servir à brouiller les cartes autour de lui, de manière à ce que la dispersion ne l’atteigne pas directement. Car dispersion vaut disparition, selon son théorème forgé à la lumière (évidente) de la débâcle de 2002.

5. A l’égard de Bayrou, si l’on peut en partie l’inclure dans le champ de la gauche au sens où une bonne partie du MoDem croupion est en réalité un électorat de centre-gauche (le centre-droit étant parti avec la création de l’UDI), Hollande ne peut pratiquer l’attraction-étouffement.

C’est d’abord trop tard. Il a probablement raté une occasion en début de septennat de l’inclure dans sa majorité (un poste de Garde des Sceaux lui aurait suffi). Bayrou s’est éloigné et, même si Hollande aurait encore pu flatter son orgueil à l’occasion de l’arrivée de Valls, les élections locales et la pesanteur des quelques élus dont dispose encore le MoDem l’ont fait rebasculer vers les alliances avec l’UDI et LR.

De toute façon (et c’est peut-être ce que Hollande avait en fait en tête dès 2012), Bayrou peut avoir son utilité en cas de candidature Sarkozy ou de candidatures Le Maire ou Fillon droitisées par l’épreuve de la primaire : il doit gagner au moins autant de voix à droite qu’à gauche. Cela apparaît cependant un calcul bien illusoire, car Bayrou constitue un exutoire supplémentaire (en dehors du candidat écologiste, surtout si c’est Hulot) pour les socialistes déçus, notamment enseignants et fonctionnaires.

Quant aux candidatures éventuelles du pôle centriste-citoyen, avec Corinne Lepage et alii, elles ne seraient que de témoignage et ne passeraient peut-être pas l’obstacle des 500 signatures. L’inquiétude hollandaise à ce sujet est donc modérée.

Au total, ainsi que je l’avais déjà noté, Hollande a, comme Merkel, réussi à éviter l’émergence de concurrents sérieux dans son camp. Son problème est qu’elle a par ailleurs réussi à préserver un 35 % alors qu’il peine à se maintenir à 15 %… Même en tactique électorale, il est déclassé !

 

Derniers sondages pour le 1er tour de la présidentielle 2017: seuils d’alerte atteints à gauche pour Hollande et nivellement derrière Juppé au sein de la droite

Sondage Harris-Interactive réalisé du 11 au 13 avril 2016 pour WE Demain, auprès d’un échantillon de 1535
Sondage IFOP réalisé du 12 au 14 avril 2016 pour iTélé, Paris Match et Sud Radio, auprès d’un échantillon de 1876 électeurs potentiels, extrait d’un total de 2019
Sondage Odoxa réalisé du 14 au 15 avril 2016 pour Le Parisien et BFM-TV, auprès d’un échantillon de 949
Sondage TNS-Sofres réalisé du 15 au 16 avril 2016 pour Le Figaro, LCI et RTL, aurpès d’un échantillon de 1011
Sondage BVA réalisé du 15 au 17 avril 2016 pour Orange et la presse régionale, auprès d’un échantillon de 949 électeurs potentiels, extrait d’un total de 1013

Comme trop souvent, la publication de sondages et les choix des médias agacent…

Il peut s’écouler un mois sans sondage et, en deux jours, nous sommes ensevelis de sondages réalisés à peu près aux mêmes dates. Quel gâchis. C’est encore trop erratique pour mettre en place l’indice agrégé, mais cela suffit à perturber les courbes simples. Bref, il faudra très prochainement envisager de passer aux courbes de tendance.

Le fleurissement des candidatures potentielles entraîne aussi celui des hypothèses sondagières, toujours plus variées, mais malheureusement souvent incohérentes. Passe encore que certains instituts et/ou leurs commanditaires privilégient définitivement l’hypothèse « Juppé sans Bayrou ». Mais pourquoi imaginer l’étendre aussi facilement aux cas de figure où Fillon ou Le Maire est le candidat des Républicains ? S’agit-il de dévaloriser Sarkozy ?

De même, tester l’hypothèse Hulot sans Bayrou est, a priori, gonfler artificiellement le premier. S’agit-il de « pousser » sa candidature ?

Enfin, on peut relever que, chez certains sondeurs, Macron arrive en tête des sympathisants de gauche voire socialistes, mais que c’est un cas de figure sans Hollande et, surtout, avec à la fois Aubry et Hidalgo (et même Montebourg), ce qui n’a pas de sens et divise artificiellement l’aile gauche et permet de favoriser la coqueluche médiatique du moment. De nouveau, une manipulation ?

Car, répétons-le, les sondages ne manipulent pas en soi. Ce sont les questions posées et les hypothèses forgées, essentiellement, par les directions des médias commanditaires qui influent ainsi indirectement sur le paysage politique et tentent de le modeler de manière cachée.

L’avalanche de 5 sondages (IFOP, Odoxa, BVA, TNS-Sofres et Harris Interactive) dans les derniers jours oblige à un décryptage général et tous azimuts, mais le phénomène Macron et l’évolution générale de la gauche appellent de prochains articles sur la situation de la gauche de la gauche et des écologistes, d’une part, et sur les solutions possibles au sein de la gauche gouvernementale, avec une mise au point sur la(es) primaire(s) qui ne verront pas le jour, d’autre part.

IFOP pour iTélé, Paris-Match et Sud-Radio, réalisé du 12 au 14 avril 2016 (échantillon de 1876 parmi un tota

Graphique sondages 1T 2017 Sarkozy-Hollande-Bayrou

Graphique sondages 1T 2017 Juppé-Hollande-Bayrou.png

Graphique sondages 1T 2017 Juppé-Hollande sans Bayrou.png

1. La première question qui se pose a trait à la dérive du sortant Hollande. Il est clair qu’il est déjà candidat ; il est également clair que la direction du PS et lui n’ont jamais eu l’intention d’organiser la primaire, pourtant prévue dans les statuts et que tout adhérent du PS pourrait réclamer (il semble que quelques individus sont enfin prêts à lancer jusqu’au contentieux). Tout discours sur la primaire est dilatoire et n’a pour seul but que de gagner du temps et de prolonger les discussions sur tout aspect de la question qui permet de la suspendre jusqu’aux calendes grecques ou, plus exactement, jusqu’après la primaire de la droite et du centre, moment choisi par Hollande pour se dévoiler et tenter d’effacer un automne qui aura été monopolisé médiatiquement par la droite (ou de profiter d’éventuelles divisions sanguinaires de celle-ci…).

Dans ces conditions, il est difficile d’envisager un candidat alternatif au PS ou dans la gauche de gouvernement. Pourtant, si Hollande descend trop bas, n’y aura-t-il pas un moment de basculement, avec des hiérarques socialistes qui auront peur de tout perdre (surtout dans la perspective de législatives dramatiques et si Macron, Hulot, Bayrou, un « citoyen » ou d’autres viennent dangereusement diluer leur créneau politique sur son flanc droit) ?

A quel moment cela peut-il se produire ? D’ores et déjà, le risque d’un nouveau « 21 avril » est intégré. Après tout, un drame inconcevable mais déjà vécu est toujours plus facile à digérer lorsqu’il se reproduit… En revanche, si, de manière durable et dans toutes les hypothèses (surtout dans les seules qui vaillent, c’est-à-dire avec Sarkozy ou avec Juppé sans Bayrou), Hollande passe en 4e position, derrière Mélenchon ou Bayrou, voire glisse en 5e position derrière ces deux derniers, alors une remise en cause du caractère naturel ou légitime de sa candidature pourrait sérieusement émerger.

C’est peut-être cette hypothèse que joue Macron, ultra-moderne, c’est-à-dire situé dans la posture, l’opportunisme calendaire, le très court terme et la pure image : il pense peut-être, au moment où Hollande est réellement mis en cause, profiter d’une fenêtre de lancement de quelques semaines. Si ce n’est pas le cas, il pense qu’il aura au moins occupé une case à prendre, à la place de Valls (dont l’avenir n’existe pas sans le PS et les institutions) et de Bayrou (pour lequel, a priori, 2017 devrait correspondre à sa retraite de la vie politique).

Néanmoins, cette hypothèse reste peu probable :

  • le PS est un parti en réalité très légitimiste, même si moins que feu le RPR;
  • l’influence de Hollande reste très importante et ses rivaux potentiels ont tous renoncé ou sont affaiblis et divisés (nous y reviendrons), comme le montre la, certes, meilleure performance de Valls et Macron lorsqu’ils sont testés à la place de Hollande, mais dans de faibles proportions et avec des conditions favorables : Macron est ainsi testé sans Bayrou, même contre Sarkozy…
  • ce naufrage sondagier du moment tient aussi à une volatilité croissante de l’opinion et est probablement aussi exagéré que l’était le rebond factice de popularité après chaque vague d’attentat,
  • le frémissement en faveur de Mélenchon aura peut-être la même durée que celui du printemps 2012, qui n’avait pas duré, même s’il est évidemment durablement installé au-dessus de 10 %,
  • la tenue correcte de Bayrou tient à une attente peu stable au centre ou « ailleurs », qui pourrait tout aussi bien s’incarner en Hulot ou en un candidat de centre-droit « différent » (non, ce ne sera pas Rama Yade 😉 Comment l’imaginer rencontrant des milliers de petits maires ruraux pour tenter d’avoir ses 500 signatures ?…),
  • mécaniquement, un rebond, même léger, est à prévoir, la peur de l’électeur de gauche d’une débâcle et d’un niveau menaçant du FN arrêtant l’hémorragie et permettant au moins à Hollande de regagner une petite distance par rapport à Mélenchon et Bayrou,
  • une décantation, lorsque le vent de folie Macron se sera calmé (car un autre événement médiatique s’imposera : nouvelles vagues de migrants, Brexit, crise chinoise, explosion libyenne, nouvelle maîtresse officielle, esclandre sarkozyen,… ou il aura été congédié du gouvernement et se retrouvera hors du système socialiste et donc sans beaucoup de troupes), permettra à la gauche de revenir aux candidatures « classiques » et attendues, chacun gérant sa petite boutique (Arthaud, Poutou, Mélenchon, Duflot, Hollande).

Quoi qu’il en soit, Hollande doit résister au croisement des courbes avec Mélenchon voire Bayrou. Il est désormais réduit à son noyau dur et ne devrait plus descendre :

  • son score d’intentions de vote est peu ou prou équivalent à son indice de popularité,
  • même une candidature Hulot ne le fait pas (trop) davantage baisser alors que, normalement, cette candidature devrait être celle qui lui est la plus défavorable, fournissant un exutoire idéal et plus avenant que la candidature Duflot aux socialistes déçus,
  • l’absence ou la présence de Bayrou n’a pas d’influence notable sur le niveau de Hollande : comme le point précédent, cela démontre que Hollande a déjà perdu tout ce qu’il pouvait perdre et devrait désormais rebondir (ou stagner…).
  1. Comme l’extrême-gauche trotskyste (de manière marginale), Mélenchon est à la hausse.

Il est certain que l’agitation sociale contre la loi El-Khomri et contre la politique sécuritaire, thèmes mobilisateurs à la fois pour la « vieille gauche » et pour l’aile bobo-libertaire, lui bénéficient, en tant que seul représentant crédible (au sens de l’obtention d’un score électoral significatif) de la gauche de la gauche. Nous reviendrons sur cette très probable difficulté de ce courant à lui substituer un autre candidat, qu’il s’agisse de Pierre Laurent, de Taubira, d’Autain, d’un Piketty, d’un quelconque représentant de la société civile ou même d’un socialiste qui ferait dissidence. Mélenchon est parti plus tôt, justement pour éviter de se trouver diminué par cette vaine agitation et d’abîmer son statut de représentant médiatique et électoral le plus solide et le plus légitime à la gauche du PS. Seul un Montebourg ou un Hamon (sans parler d’Aubry) en rupture de PS aurait été en mesure de lui contester ce statut.

Néanmoins, l’actualité tournera et Mélenchon, s’il frémit vers les 15 % ou au-delà, reviendra probablement à un niveau de 10-12 %, surtout s’il est plus visible dans les médias, ce qui, désormais, le dessert par effet de répétition et de lassitude.

En revanche, il n’a rien à craindre sur sa gauche, le temps des figures médiatiques à la Laguiller ou à la Besancenot étant révolu.

3. La candidature Duflot semble ne pas accrocher. Elle est très faible chez Odoxa et à l’IFOP. Elle est conforme au niveau habituel des écologistes (2-3 %) pour les autres instituts. Il semble qu’elle ait un peu perdu au profit de Mélenchon (car Hulot, lorsqu’il est testé à sa place fait baisser Mélenchon), n’étant plus très audible ; mais, surtout, elle est en situation de vases communicants avec Hollande, ce qui confirme, même si de manière bien plus marginale que lors des élections européennes ou régionales (EELV dépassant les 10 % lorsque le PS dégringolait), la fonction exutoire du parti vert pour les déçus du socialisme gouvernemental ne souhaitant quand même pas aller jusqu’aux héritiers officiels du communisme.

Une candidature Hulot, testée notamment par Harris Interactive mais en concurrence avec Duflot (et dans les deux cas de figure Sarkozy-Bayrou et Juppé sans Bayrou), prend à cette dernière, déjà pas très haute, mais aussi à Bayrou, à Hollande et à Juppé de manière équilibrée. Etant donné son faible niveau, il est évident que cette candidature est plus défavorable pour Hollande, qui doit se qualifier, mais cela reste dans des proportions assez limitées, comme déjà signalé.

Mais son caractère assez flou, comme le personnage lui-même, confirme que, s’il devait se décider à concourir (ce qui est fort peu probable, au regard de son caractère éminemment velléitaire), sa candidature se dégonflerait probablement rapidement et ne tiendrait pas la distance.

4. Hormis le cas particulier de l’hypothèse Hulot, l’électorat Bayrou est de nouveau le plus instable. Clairement, le nom Bayrou suffit à fédérer 8 à 10 %, mais il est devenu un simple réceptacle, au-delà du noyau centriste historique (qui était précisément à cet étiage, mais s’est en partie dissous à mesure du recul de la vieille démocratie chrétienne), d’une frange flottante pour laquelle la moralité publique est l’essentiel et le rejet des partis fondamental. Il ne s’agit pas ici du petit contingent modéré qui recherche l’efficacité économique et politique et qui a soutenu DSK, Borloo, Bayrou, Hollande en 2012, et qui soutient Juppé ou Macron aujourd’hui. Il s’agit d’un contingent « civique », qui s’incarnerait tout aussi bien dans une candidature Lepage ou équivalente, éventuellement chez Hulot ou dans une candidature de la « société civile ». A l’extrême, une partie de ce courant se retrouve sur Dupont-Aignan, Le Pen ou Mélenchon, si Bayrou et aucun autre candidat équivalent n’est présent, par refus absolu du duopôle PS-LR.

5. Dupont-Aignan est à la hausse, même si c’est limité. Il peut envisager de rentrer dans ses frais de campagne, ce qui prolongerait la vie de son mouvement politique. Il semble en mesure de prendre quelques électeurs de droite, dès lors que Juppé n’est pas le candidat LR. Seul Juppé empêche une fuite, déjà constatée aux régionales, des plus de 65 ans vers le candidat DLF. Même Sarkozy n’y parvient pas.

C’est un premier signe de la faiblesse croissante de Sarkozy. Même le cœur de son électorat semble avoir perdu, en partie, foi en son succès. Or, une bonne partie de sa dynamique tient à une capacité supposée à mener une bonne campagne. Si, effectivement, en vue d’une présidentielle, il s’est montré performant malgré l’adversité, ses résultats locaux sont en revanche très décevants, soit en tant que président de la République, soit en tant que président de LR. Il semble désormais que même les sondages présidentiels lui font perdre une partie de son avantage comparatif.

Désormais, il n’est pas tellement plus performant que Fillon ou Le Maire. L’écart avec Juppé s’est même accru et pèsera lourd dans les décisions des électeurs de la primaire de la droite et du centre. Le fait qu’il ne tienne plus aussi bien l’électorat âgé et que le profil sociologique de son électorat potentiel se soit brouillé n’est évidemment pas favorable.

Avec ces sondages et avec la multiplication des candidatures à droite, y compris sur l’aile la moins modérée, sa situation se banalise, alors que continue le flot d’informations sur les « affaires » et que la « ringardisation » de Hollande semble également l’emporter.

Alain Juppé apparaît désormais dominateur. Il lui faudra toutefois bien gérer l’inévitable décrue des sondages qui, si elle est trop rapide ou trop visible médiatiquement, peut créer une dynamique négative qui s’entretiendrait d’elle-même. Il reste que ses atouts sont forts, avec un soutien de catégories d’électeurs qui sont les plus fiables en termes de participation électorale et les plus stables dans leur choix.

6. Le Pen est globalement stable, sauf chez Odoxa, où elle repart au-dessus des 30 %. Il reste à voir s’il s’agit d’un retour de son électorat à son instabilité habituelle ou si l’institut a quelques difficultés dans ses redressements…

Sa situation est désormais solide autour de son noyau populaire bien établi. Elle est même un peu plus performante au second tour. Elle ne progresse toutefois plus au 1er tour et la question de l’avenir du FN reste entier : que faire de son actif électoral ?

Graphique sondages 2T 2017 Sarkozy-Le Pen

7. Cela nous amène logiquement à évoquer le second tour, qui reste, un an avant l’échéance, beaucoup plus incertain encore que le premier tour. En effet, à distance, les électeurs donnent encore une intention de 2e tour équivalente à celle du 1er et donc basée sur un choix véritable, une préférence de personnalité ou un rejet idéologique. Dans la réalité, la polarisation politique et l’égalisation médiatique font leur œuvre et les duels sont plus serrés, notamment en cas de duel gauche-droite, aujourd’hui peu probable.

Graphique sondages 2T 2017 Sarkozy-Hollande

En outre, il faut tenir compte d’un probable « tir de barrage » médiatique intense en cas de qualification de Marine Le Pen pour le 2nd tour : « le fascisme ne devant pas passer », tout sera bon pour relancer les réflexes de vote anti-FN, sauf peut-être en cas de duel Sarkozy-Le Pen. Cela créera forcément une mobilisation à son désavantage, qui ne s’exprime évidemment pas à un an de distance dans de simples sondages et qui ne se matérialisait que faiblement aux élections locales, même si, aux régionales, cet effet a clairement joué là où il y avait un risque de victoire du FN et là où il y avait forte médiatisation.

Graphique sondages 2T 2017 Juppé-Le Pen

Quoi qu’il en soit, la domination des candidats de droite sur le FN ne fait pas de doute, même si Marine Le Pen fait nettement mieux que son père en 2002.

Graphique sondages 2T 2017 Hollande-Le Pen.png

Surtout, elle semble en mesure d’inquiéter Hollande s’il parvenait à se qualifier pour le 2nd tour.

Même si les reports de voix ne sont pas toujours mesurés ou publiés par les sondeurs, il apparaît clairement des traits forts et nouveaux pour 2017 :

le candidat socialiste est très bas dans les reports du FN comme de LR. Les sondages de popularité montrent que, depuis plusieurs années, il a perdu toute confiance de leur part et que le rejet est total. C’est ce qui fait qu’il perdrait probablement, même face à un candidat LR affaibli, n’ayant plus aucun report depuis le FN (alors qu’il pouvait espérer 10 à 20 % selon les années). C’est ce qui fait qu’il n’est plus protégé par des reports significatifs de droite face à Le Pen. Seuls les électeurs MoDem et UDI sont encore dans un réflexe de « front républicain ». Les moments où Hollande a repris l’avantage sur Le Pen sont les périodes post-attentats. Bien entendu, il faut être très prudent car il est aujourd’hui très bas et ne peut que rebondir ; en outre, l’exaspération ambiante donne toujours un bonus à Le Pen ; enfin, les médias reprendront leur défense du pouvoir en place lorsque les candidatures se seront décantées à gauche et que la polarisation reprendra ses droites. Néanmoins, voir un président sortant menacé par la présidente du FN est en soi un petit événement ;

les reports de Mélenchon vers Hollande ne sont corrects que dans le cas d’un duel face à Le Pen (encore dépassent-ils péniblement les 50 %) ; face à la droite, la gauche radicale considère que c’est « blanc bonnet et bonnet blanc » ;

les reports de gauche vers la droite se sont érodés et l’assimilation de Sarkozy au FN fait que seul Juppé peut espérer des reports corrects. Même Fillon et Le Maire ne sont pas si écrasants face à Le Pen, puisqu’en-dessous des 2/3 des voix ;

les électeurs de Bayrou détestent Sarkozy et ne le soutiennent que faiblement majoritairement face à Le Pen ; mais ils ne le détestent pas au point de lui préférer Hollande : c’est équilibré, alors qu’en 2012, Hollande avait pris l’avantage sur Sarkozy dans cet électorat, qui avait surtout boudé Sarkozy, plus que rallié massivement Hollande ;

– en fin de compte, l’électorat FN s’est surtout solidifié et forme un « noyau dur » fidèle d’un tour à l’autre et d’une élection à l’autre. La capacité de progression au 2nd tour de Marine Le Pen reste insuffisante. Mais, pour élargir sa base électorale, elle ne pourrait que s’éloigner de la rhétorique qui plaît à cet électorat populaire dans lequel elle l’emporte très largement. Objectivement, elle a intérêt à ce que Hollande gagne, pour tenter l’implosion de la droite et essayer de prendre le leadership de l’opposition si le président sortant se succédait à lui-même. Cet élément peut être important dans la manière dont se déroulera la primaire de la droite et du centre, mais aussi dans les suites de celle-ci si la réconciliation est impossible après trop de déchirements.

Nous reviendrons également prochainement sur la dernière livraison IFOP sur la primaire de la droite et du centre, qui voit Le Maire incapable de confirmer son embellie.