Derniers sondages IPSOS et BVA pour le premier tour de la présidentielle 2017: faiblesse persistante de Hollande, stabilisation apparente de la droite, étiage élevé pour le FN

Sondage BVA pour Orange et la presse régionale, réalisé du 10 au 12 juin 2016 auprès d’un échantillon de 910 personnes sur un total de 1 001

Sondage IPSOS pour Le Monde et le CEVIPOF, réalisé du 13 au 22 mai 2016 auprès d’un échantillon de 1 134 personnes certaines d’aller voter sur un total de 19 455

Graphique sondages 1T 2017 Sarkozy-Hollande-Bayrou.png

Graphique sondages 1T 2017 Juppé-Hollande sans Bayrou.png

1. Bien sûr, l’affichage, à l’occasion du sondage BVA, d’un dépassement de Hollande par Mélenchon dans certains cas de figure ou, au moins, d’une égalité, est médiatiquement porteuse. Toutefois, l’écart s’étant déjà resserré, le croisement ponctuel des courbes n’était pas inatteignable. Comme lors du précédent resserrement, il convient de conserver une certaine distance et de constater que

  • les facteurs poussant Hollande à la baisse et Mélenchon à la hausse finiront par disparaître:
    les grèves et manifestations se dissolvent progressivement et, au plus tard, la coupure estivale et les bons vieux congés pays vont y mettre un terme;
    la « fronde » interne au PS ne s’incarne pas davantage qu’avant et ne peut se permettre d’aller jusqu’à risquer une crise politique majeure avec une chute du gouvernement, alors que les investitures pour les législatives commencent à se dessiner…;
    Hollande est tellement bas qu’il lui est difficile de poursuivre encore la décrue;
  • l’évolution sondagière à gauche connaîtra de nouveau l’enclenchement, comme en économie, de « stabilisateurs automatiques »:
    les électeurs de gauche modérée ne pourront rester insensibles à une trop longue période de faiblesse de leur candidat, même par défaut;
    l’émergence progressive du débat à droite dans le cadre de la primaire tendra à remobiliser l’électeur de gauche dans le cadre d’un vote utile, surtout si la primaire se focalise alternativement sur un programme économique libéral et sur un credo de défense de l’identité nationale, ce qui fait deux épouvantails pour le prix d’un pour le vieil électeur de gauche…

Mais, évidemment, l’affaiblissement partisan d’un Hollande déjà dépouillé de toute autorité internationale et nationale laissera des traces probablement rédhibitoires désormais. Il est difficile d’espérer gagner alors que l’on est déjà si faible en interne. Sa dérive sondagière ne peut en effet qu’entretenir l’agitation autour de Montebourg ou libérer encore davantage la parole de Hamon ou Lienemann et ne peut que le soumettre encore davantage aux divisions et aux pressions pour organiser une primaire.

Néanmoins, les fondamentaux restent:
les seuls en interne qui pourraient prétendre à la candidature, Montebourg et Valls, sont trop affaiblis dans les sondages ou ne susciteraient aucune unité suffisante (en particulier pas Montebourg, dont les aubrystes ne veulent pas et que les « frondeurs » n’ont pas réellement adopté, ainsi que nous l’avons déjà expliqué) pour inquiéter Hollande; ce dernier est trop faible pour gagner en 2017, mais reste suffisamment structuré en interne pour empêcher toute concurrence sérieuse;
à cet égard, la « victoire » prévisible en justice face au recours de 3 militants tentant de forcer l’organisation de la primaire du PS (les tribunaux refusant systématiquement de s’impliquer dans la vie interne des partis, malgré la clarté totale de ceux-ci au cas d’espèce: mais bon, une carrière de magistrat est si fragile…) confirme que la primaire n’aura jamais lieu, la godille permanente d’un Camabdélis qui contrôle totalement le processus et l’absence d’intérêt réel de quiconque à l’extérieur du PS à ce qu’elle soit organisée assurant bien que le président sortant n’aura pas à s’y soumettre.

2. La bonne santé de Mélenchon sera avérée s’il parvient à se rapprocher durablement des 20%. C’est peu probable et il convient de noter que son léger rebond tient aussi à l’extinction progressive de Duflot et pas seulement à la faiblesse insigne de Hollande. L’exploit mélenchonien est donc à relativiser, même si, en termes d’affichage, il reste appréciable pour lui.

L’absence d’émergence de Duflot, si elle était initialement, comme nous l’avons abondamment expliqué, un objectif de Hollande, est en train, comme anticipé, de finir par se retourner contre lui. Car l’hypothèse Hulot réémerge et est autrement plus dangereuse, en raison de son positionnement plus modéré et donc potentiellement plus concurrent de Hollande et en raison de l’effacement médiatique de Macron, qui laisse de nouveau un créneau libre pour un candidat (demi-) »surprise » (un peu sur le retour, mais les médias n’ont rien d’autre à se mettre sous la dent…).

Tout va être bon pour dissuader Hulot d’être candidat et l’intérêt de Cambadélis pour le personnage n’est certainement pas celui que nous décrivent les médias, au nom d’une soi-disant préférence pour une écologie moins punitive…

3. A droite, la stabilité est trompeuse. En effet, l’écart entre Juppé et Sarkozy tient maintenant uniquement à la présence ou à l’absence de Bayrou, qui reste un facteur incertain.

Surtout, la candidature Juppé semble s’essouffler:
– son équipe apparaît réduite et peu professionnelle; l’absence de ralliements de poids n’est bonne ni en termes d’image, ni en termes d’organisation; même si l’équipe Juppé en garde sûrement pour l’automne, c’est assez étonnant de voir que beaucoup d’élus continuent d’être très prudents, malgré les bons sondages de Juppé;
– les grèves et manifestations remémorent à beaucoup l’expérience douloureuse de l’échec humiliant de 1995 et de la difficulté personnelle de Juppé à le gérer; les mouvements actuels renvoient à la fois à la question de l’autorité (Sarkozy prenant alors un avantage comparatif) et à celle du renouvellement (Le Maire gagnant fortement dans les sondages qualitatifs sur le sujet);
– le mécontentement est tel à l’égard du pouvoir en place et les tensions, dues aux attentats et à l’agitation générale, sont telles que le sentiment de colère (qui a bénéficié à Trump, son électeur étant avant tout quelqu’un d’angry et de distrustful à l’égard de l’élite, en dehors de toute autre considération sociologique ou idéologique) devient plus prégnant à droite et favorise Sarkozy davantage que Juppé, qui ne peut « muscler » son discours (ce qu’il semble en train de commencer de faire) sans perdre un peu au centre;
– le dynamisme personnel de Sarkozy, l’arrogance naturelle de Juppé (toute justifiée qu’elle soit ponctuellement si elle s’applique à un Douillet, un Courtial, un Estrosi ou un Balkany…), l’accumulation, au cours du temps, de beaucoup d’inimitiés de la part de Juppé (et pas seulement de la part de l’opportuniste gâté qu’est Baroin), encore davantage que de la part de Sarkozy, et le moindre nombre de « vassaux » et de redevables de Juppé que de Sarkozy ne peuvent que bénéficier à ce dernier.

En plus de ces éléments structurels, Sarkozy bénéficie, en ce moment, de facilités de campagne réelles, par rapport aux petites écuries Juppé, Fillon et Le Maire; cette exploitation sans vergogne des moyens du parti rappelle celle de Copé en 2012 et il est incroyable que la naïveté des Fillon, Juppé et Le Maire se reproduise presque à l’identique. Le calendrier de candidature de Sarkozy, s’il présente le risque d’être trop tardif pour remonter tout son retard sondagier, fournit au moins l’avantage de lui permettre de trouver le créneau le plus porteur (la nation, l’identité, la sécurité), alors que tous ses adversaires ont déjà abattu leurs cartes et ont insisté sur des éléments moins favorables en termes d’opinion (la rigueur budgétaire, le libéralisme, la réforme institutionnelle ou la « méthode »).

Dans la mesure où l’été va vite venir, ces avantages conjoncturels ne seront peut-être pas suffisants pour Sarkozy. Mais ses adversaires ne devront pas oublier que Fillon avait dilapidé l’été 2012 et son avance dans son duel avec Copé, qui avait mis à profit la période pour labourer, s’organiser, structurer, faire le travail de l’ombre… Juppé semble en être conscient, qui parle sécurité, armée, terrorisme, autorité, laïcité, islam, etc. avec un peu plus d’entrain et de fermeté qu’il y a ne serait-ce que quelques semaines.

Bien entendu, il faut rappeler que les forces comparatives de Juppé persistent (electability, prédominance chez les électeurs âgés et CSP+ plus susceptibles de voter les 20 et 27 novembre, enjeu important d’une primaire qui sera peut-être la véritable élection, faveurs de l’oligarchie médiatico-intellectualo-politico-économique,…). De fait, son essoufflement est surtout sensible dans les sondages de popularité et dans les sondages qualitatifs (et dans le flux médiatique); l’effritement reste faible (primaire) ou inexistant (présidentielle) dans les sondages d’intentions de vote.

Mais le qualitatif précède souvent le quantitatif. Et la nouvelle progression de Le Maire dans les sondages qualitatifs crée une menace potentielle davantage tournée vers Juppé cette fois-ci (alors que, lors de l’annonce de sa candidature, Le Maire semblait davantage grignoter sur Sarkozy, quelque peu atone alors), d’autant plus qu’il est désormais, au premier tour de la présidentielle au même potentiel que Fillon et n’est donc plus menacé d’élimination par Hollande ou Bayrou. Il faudra donc surveiller Le Maire dans les prochaines enquêtes sur la primaire.

4. Si Marine Le Pen n’est plus à 30%, la consolidation de son potentiel électoral nettement au-dessus de 25% est notable.

En effet, cela se produit alors qu’elle est médiatiquement en retrait. En outre, les dissensions apparaissent de plus en plus nettement entre la tendance Marion et la tendance Philippot. Enfin, l’actualité n’est pas favorable et accroît encore les « grands écarts » et les risques de brouillage du message:
– comment ne pas s’aligner sur une CGT quasi-anarcho-révolutionnaire, sans toutefois revenir au vieux libéralisme économique de Papa Le Pen et paraître cautionner la loi sociale-libérale, c’est-à-dire reperdre le massif électorat populaire si durement acquis ?
– comment soutenir le Brexit sans cautionner une politique libérale et finalement réaliste à l’égard de l’UE ?

Le FN est de plus en plus écartelé et ses contradictions internes (idéologiques, sociologiques, personnelles) sont de plus en plus sensibles. La dynamique favorable au plan sondagier et électoral assure le maintien de l’unité pour le moment, mais la zone de danger commence de se rapprocher…

Il est certain que cet étiage de haut niveau peut tout aussi bien s’analyser comme un plafond. Marine Le Pen est peut-être trop haut trop tôt, sans possibilité de créer la surprise et la « dynamique », tant sa qualification pour le second tour est désormais intégrée par tous, politiques, médias et électeurs. La banalisation de la violence, l’accoutumance aux attentats, la fin de la grande vague migratoire, la difficulté à exploiter aisément sur le plan électoral l’abaissement européen devant la Turquie, le « vieillissement » de l’image de Marine Le Pen dans une société médiatique qui change perpétuellement, l’absence de ralliements de poids au FN sur le plan national, autant d’éléments qui empêchent d’envisager une progression supplémentaire, au-delà de 30%. Et les sondages de second tour sont totalement inintéressants, car Marine  Le Pen ne parvient pas à franchir les 40%, contre quelque candidat de droite que ce soit.

5. Enfin, dans la mesure où l’hypothèse Hulot n’est plus testée, où la visibilité de Bayrou est faible (son nom agissant essentiellement comme une « marque » d’un certain positionnement et non comme le réceptacle d’une réelle adhésion à une candidature) et où aucune candidature « surprise » n’émerge, aucun élément nouveau ne se manifeste dans ces derniers sondages… C’est, en soi, une caractéristique à relever.

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