Présidentielle 2017: le faible impact des candidatures du centre et des candidatures « autres »

L’article précédent soulignait la difficulté pour un candidat « surprise » d’émerger lors d’une élection présidentielle française.

Ce constat vaut également pour le « marais central » et pour les candidatures qui se veulent « ailleurs » ou hors de la dichotomie droite-gauche.

1. Il y a à cela plusieurs raisons. En premier lieu, le vrai centre historique, de fondement démocrate-chrétien, n’existe plus.

C’est vrai en termes de partis. L’UDI n’a pas réussi à recréer l’UDF, ni même le CDS, et n’est qu’un conglomérat de notables et de dissidents de la droite ou du MoDem en mal d’espace politique et médiatique personnel. Quant au MoDem, il n’est plus qu’un simple vecteur de la carrière politique personnelle de François Bayrou.

C’est également vrai en termes d’électorat, la composante chrétienne n’ayant plus d’importance que pour les vrais catholiques pratiquants, qui ont de toute façon toujours été situés dans les partis de la vraie droite (même membres de l’UDF) et qui, pour un peu plus visibles qu’ils soient, restent numériquement marginaux et désormais divisés entre LR (Sens commun, Droite forte et tendance Mariton), PCD et FN (tendance Marion).

En outre, la logique droite-gauche n’est certes plus aussi opérante idéologiquement, les axes d’analyse se multipliant et ne se recoupant pas forcément: d’« européen » à « protectionniste », de « libertaire » à « conservateur », d’ « interventionniste » à « ultra-libéral ». Mais elle reste très prégnante en termes institutionnels, partisans et électoraux. C’est d’autant plus vrai en France avec une élection présidentielle à deux tours et seulement deux candidats au second, ce qui force à une approche binaire. Le surréalisme du positionnement de Bayrou dans l’entre-deux-tours de 2007, participant à un débat bricolé avec Royal, comme les volte-faces successives du même Bayrou de 2007 à 2012 puis à aujourd’hui, illustrent bien cette difficulté persistante d’existence et de clarté pour le centre sous la Ve République.

De plus, l’avènement d’une sorte de tripolarité, avec un FN au moins à 25 %, rend d’autant plus durs les affrontements droite-gauche que leur espace s’est réduit et qu’ils ne veulent surtout pas d’un basculement vers une bipolarité centre/périphérie, élites/peuple, insiders/outsiders, qui leur laisserait moins de places et d’espaces de pouvoir à partager entre davantage d’impétrants… Dans ces conditions, la notion de centre se trouve écartelée et ne dispose pas d’espace suffisant pour exister fortement, la gauche ou la droite occupant alternativement, voire simultanément le terrain.

Enfin, la très forte personnalisation depuis 2002 (avec Bayrou) et la disparition de la plupart des partis successeurs de l’UDF ont rendu le centre totalement dépendant des hauts et des bas, des humeurs et des volontés d’un seul homme, ce qui est toujours assez aléatoire.

2. D’ailleurs, Bayrou lui-même semble entré dans une phase descendante de sa carrière, se donnant pour seule mission de gêner tel ou tel grand candidat dont il ne veut pas (Sarkozy) ou plus (Hollande). Il n’est même pas certain que les hypothèses Fillon ou Le Maire le gênent beaucoup. Mais, d’une certaine manière, ce seront aussi des considérations purement personnelles qui le décideront en décembre prochain : les temps familial et municipal, notamment.

Entre-temps, Bayrou s’économise et… économise. Sa seule notoriété personnelle et son accès aisé aux médias compensent le caractère désormais étique de sa formation politique, qui ne lui survivra probablement pas ou qui se retrouvera au niveau du CNI sans Pinay ou de Génération Ecologie sans Lalonde (mutatis mutandis…).

Par sa position actuelle de retrait, il rendra aussi son entrée en campagne éventuelle d’autant plus rentable car il deviendra subitement audible, au moins pour quelques semaines ou, s’il se rallie à Juppé, il pourra davantage encore monnayer sa décision (ministère des Affaires étrangères ou de la Justice ? Conseil constitutionnel ? organisation internationale ?).

Il est certain qu’il dispose d’un potentiel important, davantage lié aux déceptions d’un camp ou de l’autre (les socialistes lassés de l’indigence hollandaise, les électeurs LR rétifs à telle ou telle personnalité susceptible de remporter la primaire) et à l’insatisfaction à l’égard du système LR-PS qu’à une adhésion réelle à Bayrou lui-même.

S’il est candidat, il sera ainsi la variable d’ajustement des évolutions de Hollande et du candidat LR. S’il ne l’est pas, il laissera des troupes supplémentaires pour Juppé ou permettra à Hollande de ne pas trop perdre sur sa droite. Dans tous les cas, il n’est plus en mesure de « faire l’élection » ou de prétendre la faire, comme en 2007 et en 2012, même si ses positionnements respectifs n’ont probablement influencé que très peu d’électeurs, trop peu pour avoir décidé du second tour, quelle que soit la haine tenace d’une partie des hiérarques de droite à son endroit depuis 2012. Car, un peu comme Jospin en 2002 est le premier responsable de sa défaite, Sarkozy est le premier responsable en 2012. N’en déplaise à Hortefeux et consorts, il peut même être affirmé que Bayrou a nettement moins contribué à faire battre Sarkozy que Taubira et Chevènement n’ont gêné Jospin (même si c’est d’abord par sa propre faiblesse qu’il a perdu car, après tout, Chirac devait lui aussi compter avec Madelin, Saint-Josse et Boutin pour diluer son électorat potentiel).

3. Mais, sans Bayrou, le paysage politique cherchera probablement à présenter une autre figure pour occuper ce créneau central, à défaut d’être centriste. Car il existe bien un noyau de quelques pour cents qui refuse de rallier le PS ou LR. Ce ne sont pas des centristes au sens historique, mais bien des électeurs rejetant le système partisan qu’ils assimilent au duo, pourtant déclinant, LR-PS. Sans représentation, ils peuvent s’égailler (un peu) au FN, vers Mélenchon (et sa VIe République), sur Dupont-Aignan ou sur Duflot, en fonction des thèmes de campagne. Ils seraient surtout tentés par le vote blanc et l’abstention.

Mais peut-être aussi qu’une offre électorale nouvelle leur permettra de s’exprimer.

Le seul candidat qui pourrait, de ce point de vue, les rallier massivement serait Nicolas Hulot. Il convient toutefois d’être très sceptique sur la volonté de l’intéressé de mener une candidature à son terme, ainsi qu’il a déjà été exposé. En outre, les quelques structures, activistes et apparatchiks qui lui sont restés fidèles depuis son échec contre Eva Joly sont clairement dans la mouvance écologiste et auront peut-être quelque difficulté à aggraver encore les divisions et à défier Duflot, qui sera candidate quoi qu’il arrive (car « tel est son destin »). Hulot lui-même semble s’être « écologisé » et « gauchisé » avec le temps et il ne ferait pas forcément l’effort d’essayer de récupérer l’électorat bayrouiste

Sinon, Jean Lassalle pourrait fournir une candidature de substitution en mesure de réunir 3 à 4 % s’il veille à ne pas dire trop de bêtises (ce qui n’est pas gagné…). Néanmoins, malgré son tour de France à pied (qui avait peut-être déjà pour but de rencontrer de nombreux « petits » maires), il lui sera probablement difficile de réunir les 500 signatures. Le MoDem ne l’aidera pas beaucoup et son profil béarnais marqué ne lui facilitera peut-être pas la tâche dans d’autres zones rurales. En raison de son profil atypique et de la difficulté à anticiper de son impact sur le camp adverse et sur son propre camp, ni le PS ni LR n’auront probablement intérêt à pousser sa candidature : si Bayrou n’y va pas, ce n’est pas pour aider à la remplacer et aider à stériliser de nouveaux de précieuses voix.

La situation de Rama Yade lui assure une notoriété et un accès aux médias totalement disproportionnés par rapport à son poids politique propre, qui est nul : ce n’est pas qu’elle n’a pas réussi à s’imposer au sein de LR, ce n’est même pas qu’elle n’a pas réussi à s’imposer au sein de l’UDI, c’est qu’elle n’a même pas pu se faire accepter au sein du parti radical valoisien… Il est évident qu’elle ne réussira pas à obtenir les 500 signatures et qu’elle cherchera simplement à monnayer son soutien, ce qui ne marchera pas non plus.

Notons le souhait d’un maire fédéraliste du Haut-Rhin, Paul Mumbach, d’être candidat, en utilisant le mécontentement des maires ruraux contre la loi NOTRe. Sa thématique pourrait lui permettre de parvenir à être candidat, mais, dans ce cas, il serait probablement réduit à moins de 1 %. Il gênera en tous les cas Jean Lassalle et Christian Troadec (évoqué dans les articles sur la gauche) dans leurs propres quêtes de signatures.

4. A côté de l’hypothèse Hulot, l’autre possibilité forte de candidature vient des mouvements fallacieusement étiquetés « citoyens », dans cet horrible (et en réalité idéologique, au sens orwellien) usage d’un adjectif pour un substantif : « la primaire des Français », « la transition », « Nous citoyens », « Génération citoyens », etc. Dans les faits, c’est le regroupement Posternak-Jardin-de Foucauld, mais surtout Lepage-Cavada, qui compte. Loin d’une image non-partisane, voire apolitique ou non-politique, ce mouvement est en réalité très politique et émerge justement en raison de l’effacement de Bayrou qui, en 2006-2007, avait précisément suscité l’intérêt de jeunes, de geeks, de gens « impliqués », « disponibles », « dynamiques » et « généreux », prêts à « refonder » et à faire entrer la « société civile » et ses « expériences » dans le monde politique. C’est en réalité toujours la même rengaine de pseudo-refondation, qui existe à chaque génération, ou presque, aboutissant invariablement à l’échec. Le succès réel de Bayrou en 2007 était bien davantage dû à un socle encore existant de démocratie chrétienne, nettement renforcé par des électeurs de gauche sceptiques à l’égard de Royal et des électeurs de centre-droit déjà allergiques à Sarkozy.

L’initiative de Jean-Christophe Fromantin, ex-UDI, relève de la même logique que celle de « Nous citoyens », mais il a clairement indiqué se concentrer sur les seules législatives, probablement à la tête d’un futur mouvement de centre-droit.

Une tentative de récupération par un candidat UDI si les négociations avec LR tournaient mal n’a pas de chance de se réaliser. L’UDI ne parviendrait pas à se mettre d’accord sur un nom et elle est de toute façon trop assimilée à LR. Incapable d’absorber le MoDem, l’UDI est trop à droite organiquement pour pouvoir occuper ce centre un peu rebelle. En outre, Rama Yade a décrédibilisé par avance une telle tentative.

Plus largement, le créneau « renouvellement »-« refondation »-« hors des partis »-« au-dessus des partis »-« société civile » est pour le moment occupé par Macron. Pour prolonger nos articles précédents, était-ce d’ailleurs encore un autre but de Hollande en lançant M@cron©®TM (droits d’auteur réservés): stériliser l’espace « citoyen »? Ne lui prêtons peut-être pas trop d’objectifs: gêner Valls et Juppé, se repositionner vers la gauche, c’est déjà bien… Surtout, Macron serait un candidat fort acceptable, voire idéal, au regard du profil des dirigeants des mouvements « citoyens »: beaucoup de sociaux-libéraux et d’urbains favorisés à la recherche d’une société « libérée », post-partisane, ultra-connectée, ultra-post-moderne au plan économique et moral, avec une bonne conscience environnementale et culturalo-ethnique. Certes, Nouvelle Donne se situe clairement à gauche et son orientation rocardo-scandinave ne la place pas exactement sur le même créneau que les « amateurs » de la politique à la recherche de petits créneaux personnels ou que la ribambelle de jeunes créateurs d’entreprises des NTIC, de la logistique moderne, du service individualisé et parcellisé ou de la vente de produits… superflus.

Toutefois, il est clair que, en l’absence de Macron, Bayrou et Hulot, alors il existe un espace pour une candidature de ce type. Le problème, c’est que Lepage est un peu amortie et n’incarne pas le renouvellement et que Cavada est lui-même vieillissant (malgré son ambition et son autosatisfaction légendaires). Resterait une candidature de la « société civile », plus aisée à faire accepter en amont par la myriade de groupuscules et de personnalités de tous types qui composent cette mouvance (encore qu’un Denis Payre serait surement trop à droite ou qu’un Pierre Larrouturou serait trop à gauche), mais qui aurait peu de chances de réussir en aval et serait marginalisée. Elle n’influerait d’ailleurs pas sur les candidats PS et LR car elle ne leur prendrait rien ou leur prendrait à chacun de manière équilibrée.

Ce sera peut-être simplement le calendrier qui décidera d’une éventuelle candidature « citoyenne »: comme tout sera plus ou moins repoussé à l’après-primaire de la droite et du centre, à l’après-27 novembre (Hollande et Bayrou attendant cette échéance), y aura-t-il encore le temps de faire émerger une véritable « nouvelle » candidature ? C’est peu probable. En l’absence de Bayrou, un Cavada ou une Lepage auraient donc sûrement plus de facilités à rassembler les signatures, voire un Larrouturou, qu’un « vrai » représentant de la société civile.

5. Enfin, pour mémoire et puisque cet article s’intéresse aussi à l' »ailleurs », Jacques Cheminade tentera de nouveau d’être candidat. Sa capacité à obtenir 500 signatures laisse interdit. Mais son incapacité à dépasser un demi-point de pourcentage fait qu’il est déjà temps de ne plus s’y intéresser…

A l’issue de ce rapide tour d’horizon, qui ne révèle pas vraiment de possibilité ferme de candidature centrale décisive même si l’absence de Bayrou libérerait clairement un espace, le paradoxe est que, si le centre n’existe plus vraiment politiquement, c’est au centre que la présidentielle pourrait, de nouveau, se jouer en 2017. En réalité, c’est davantage un électorat « flottant », la règle de l’alternance et le « cordon sanitaire » imposé autour du FN qui font que, visuellement, l’élection devrait se gagner au centre. Ce sera l’objet d’un futur article. Mais nous terminerons d’abord le tour d’horizon politique avec l’extrême-droite et la droite nationaliste et souverainiste.

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