Derniers sondages IFOP et Odoxa pour la primaire de la droite et du centre: stabilisation Juppé-Sarkozy au profit du premier, absence de décollage des petits candidats et plafonnement prématuré de Le Maire

Sondage IFOP pour Valeurs Actuelles, réalisé du 29 mars au 14 avril 2016 auprès d’un échantillon de 548 électeurs se déclarant certains de participer sur un total de 5 775

Sondage Odoxa pour Le Parisien et BFM-TV, réalisé du 17 mars au 29 avril 2016 auprès d’un échantillon de 836 personnes « certaines d’aller voter », parmi 1 660 « comptant y aller », parmi un total de 7 088

1. La primaire de la droite et du centre suscite toujours plus de vocations au sein de LR… L’ajout de Jacques Myard, souverainiste sécuritaire, à la liste des impétrants, les réflexions en cours chez Michèle Alliot-Marie et Henri Guaino, gaullistes traditionnelle et souverainiste respectivement, vont rendre encore plus complexe la quête des 20 parrainages de parlementaires pour les « petits » candidats, d’autant que François Fillon (et bientôt les autres « grands » candidats) vont chercher à gagner la « primaire du soutien/ralliement » (endorsement primary) en monopolisant le maximum de signatures parlementaires.

Si Jean-François Copé, en raison de l’ancienneté de son implantation et des « beaux restes » de sa structure de campagne de la fin 2012, devrait franchir la barre assez facilement et si NKM devrait bénéficier d’une bienveillance sarkozyste et de l’absence de concurrence sur son créneau « de gauche et écologiste », il n’est plus si évident que Mariton parvienne à engranger suffisamment de soutiens. Il pourrait en perdre quelques-uns au sein de l’aile conservatrice si Guaino et/ou MAM se lancent vraiment. Toutefois, il sera peut-être le 7e candidat LR, derrière Fillon, Juppé, Sarkozy, Le Maire, assurés de leur candidature, Copé, quasi-assuré, et NKM, probable (Poisson étant déjà qualifié au titre du PCD).

Pour tous les autres candidats, y compris MAM, le pari paraît très délicat. Même ceux qui, comme Guaino, représentent réellement un courant d’idées spécifique, peuvent être desservis par leur personnalité, ce qui fait tomber de précieux soutiens. Et il n’est même plus la peine d’évoquer les Myard, Didier, Lefebvre, Morano

Les derniers sondages IFOP et Odoxa incluent d’ailleurs Didier, Myard et même Jean Arthuis et ils ressortent à 1 (Didier chez Odoxa) ou à 0 (tous les autres chez Odoxa, tous chez l’IFOP) dans toutes les catégories d’électeurs potentiels… Lefebvre reste collé à 1 et Morano l’a rejoint. Pour tous ceux-là : Game over.

2. Seuls MAM (avec son nom et sur la base d’une nostalgie du RPR) et Guaino seraient en mesure de dépasser ces scores de 1 %, à la condition de parvenir à être candidats. Copé lui-même éprouve quelques difficultés à dépasser les 2 %, y compris lorsque sont considérés les seuls électeurs potentiels proches des Républicains, ce qui montre la concentration de l’électorat autour des 4 candidats principaux.

Les petits candidats déjà déclarés ne progressent en effet pas non plus et c’est notamment le cas de NKM. Son positionnement trop décalé risque bien de la laisser marginale jusqu’au bout. Le fait qu’elle sera probablement la seule femme à concourir constituera certes un avantage au moment des débats, mais de faible importance et/ou anéanti par ses habituelles déclarations iconoclastes ou vite raillées. Quand bien même elle séduirait des électeurs écologistes, de centre gauche ou de gauche, il est peu probable qu’ils se déplacent le 20 novembre pour la soutenir réellement. C’est une bonne nouvelle pour Juppé, qui n’a pas été affecté par l’officialisation (ratée sur le plan médiatique) de la candidature NKM.

Le résultat de ce paysage morcelé est surtout que la prolifération de petites candidatures rend pour le moment inaudibles même les grands candidats. Les médias ont annoncé que la primaire était lancée, mais elle est tellement émiettée qu’elle ne permet pas réellement à la droite d’occuper, pour l’instant, l’espace médiatique, semble-t-il réservé au « produit » du moment, Macron.

Cet émiettement est surtout négatif pour Sarkozy, qui est en retard, dont la stature d’ancien président n’impressionne manifestement pas (plus) et qui se retrouve banalisé. Quoi qu’il en soit, quand bien même cette phase d’éclosion des « envies » de candidatures ne ferait que stabiliser la situation, c’est évidemment favorable à Juppé.

A terme, en reportant le véritable début de la primaire (probablement à la fin août), cette situation peut ne pas être mauvaise pour la droite, qui se déchirera moins longtemps et qui bénéficiera quand même de l’occupation du terrain médiatique en septembre-novembre. Après tout, Aubry s’était déclarée en juillet et la coupure estivale n’avait fait démarrer les hostilités qu’à La Rochelle en 2011.

3. Quant à l’UDI, les dernières nouvelles montrent qu’elle risque de se dissoudre (au sens figuré en tout cas) à l’approche de l’échéance : voulant monnayer son refus initial de participer, elle risque de tout perdre, n’ayant plus le temps de négocier une participation ou de se trouver un candidat unique (Morin refusant de soutenir Lagarde, Hénart refusant Morin, Arthuis parvenant éventuellement à se faire reconnaître par LR, comme déjà expliqué) et finissant par soutenir en ordre dispersé certains candidats LR (Juppé, Le Maire, NKM, voire Fillon), ce qui est déjà le cas de Jégo, ou par s’éparpiller hors cadre (Yade). Ses militants et sympathisants voteront probablement quoi que la structure décide. Mais le plus probable (bien que de peu) reste que les « barons » (Leroy, Sauvadet, Morin, Vigier et même Hénart) prévaudront et imposeront une participation sans candidature à la primaire, quoi qu’en disent Lagarde et Arthuis.

L’UDI n’a pas de Giscard ou de Barre et même plus de Borloo. L’UDF avait déjà du mal à exister dans un système bipolaire, largement partisan et quadripartite ; l’UDI risque la dissolution dans un système tripolaire, surmédiatisé et fortement personnalisé.

4. Pour revenir aux derniers sondages IFOP et Odoxa, ils sont à prendre avec quelque précaution, car réalisé sur un échantillon moins large que d’habitude pour ce qui est de l’IFOP et publié –malheureusement comme d’habitude- avec des données partielles pour Odoxa (moins détaillées sur l’échantillon des seuls « certains d’aller voter » et sur la ventilation parmi les électeurs UDI-MoDem et FN) ; en revanche, Odoxa sonde en continu sur une période d’un mois et demi.

Graphique sondages primaire 2016 ensemble

Graphique sondages primaire 2016 LR

Ces dernières livraisons indiquent essentiellement que l’effet de la déclaration de candidature de Le Maire semble n’avoir été qu’une bulle. Le Maire reste à un niveau plutôt supérieur à sa situation ex ante, mais aucune dynamique réellement profonde ne semble finalement s’être enclenchée, contrairement à ce que l’on pouvait croire. Son côté « techno », son renouveau et sa jeunesse éclipsés par le politicien « iphonique » Macron, sa difficulté à trouver un créneau réellement original alors que Sarkozy, Juppé et Fillon représentent des profils déjà bien établis, le desservent probablement déjà.

François Fillon paraît avoir réussi à lui subtiliser une certaine attention médiatique et refait une partie de son retard. Il est difficile de déterminer sur quels candidats il a gagné du terrain : c’est probablement surtout sur Le Maire, mais Juppé et Sarkozy ne sont pas à l’abri non plus. Il est toutefois peu vraisemblable que son « offensive de notables », certes marquante, suffise à lancer une réelle dynamique de fond.

Juppé s’érode un peu mais reste au-dessus des 35 %. Il n’a pas été significativement affaibli par la bulle Le Maire, sauf chez les électeurs centristes et encore de manière temporaire (ou en raison de l’échantillon bien trop réduit pour disposer de données fiables…). Il reste surtout solide au second tour, continuant de battre Sarkozy même chez les sympathisants LR. Les reports de voix de Fillon et Le Maire lui restent très favorables, entre 60 % et 2/3.

Graphique sondages primaire 2016 2T ensemble.png

Graphique sondages primaire 2016 2T LR.png

Sarkozy se stabilise, mais ne remonte pas. Sa faible exposition actuelle peut plaider pour une future remontée. En outre, il a peut-être atteint un étiage qui constitue une base de reconquête déjà plus élevée que celle de Fillon et Le Maire.

A l’inverse de ces interprétations positives, on peut souligner que sa présidence du parti ne l’aide pas spécialement à ce stade et que le processus de la primaire semble désormais bien solidifié (alors qu’il a cherché tous les moyens de le contourner et de le saborder). Son profil sociologique ne s’améliore pas, lui qui ne dépasse Juppé que chez les employés (même plus les ouvriers…), les chômeurs et étudiants et les 25-34 ans : un vrai profil de Nuit Debout ce Sarko ! 😉 Il a perdu au profit de Le Maire à la fin de l’hiver, puis est aujourd’hui quelque peu grignoté par Fillon, ce qui montre qu’il peut s’éroder, comme Juppé. Enfin, Sarkozy est pour le moment essentiellement en situation défensive pour la position de rival de Juppé, et non en situation offensive face à un Juppé qui devrait défendre son capital : sa faiblesse de second tour est la plus inquiétante pour lui car, même revenu à la hauteur de Juppé au premier tour, il ne parviendrait probablement pas à capitaliser sur une dynamique.

5. Dans ses performances potentielles à la présidentielle, Sarkozy a d’ailleurs pour le moment des difficultés un peu similaires à celles de Hollande. Certes, Sarkozy est légèrement plus compétitif que Juppé face à Le Pen, mais il perd beaucoup plus vers Bayrou : comme au 1er tour de 2012, il ne parvient pas à créer une dynamique positive des deux côtés à la fois ; ce n’est pas forcément son but, mais comme Le Pen reste très forte face à lui, même sa stratégie « au peuple » ne fonctionne pas. Sarkozy est réduit à sa base fidèle (qui est toutefois plus large que celle de Hollande, ce qui assure sa qualification, mais par défaut).

Quant à Fillon et Le Maire, c’est leur base intrinsèque qui est trop faible, en particulier face à Bayrou ou Macron. Seul Juppé parvient à ne pas trop perdre sur sa droite ce qu’il gagne fortement sur sa gauche. De ce point de vue, sa dynamique et son electability se confirment et devraient avoir un effet mobilisateur autour de son nom pour la primaire.

Certes, d’aucuns objecteront que le déport de Juppé sur sa gauche est trop important et qu’en campagne, les électeurs regagnent leurs pénates. La polarisation lors de la campagne est un fait ; la sûrement meilleure capacité mobilisatrice d’un Sarkozy que d’un Juppé en est un autre.

Mais deux éléments devraient compenser ces probables défauts de Juppé :
– d’abord, l’électeur socialiste, sans forcément voter pour lui (ce sont des chimères de sondages à un an ou d’éditorialistes politiques ou d’électeurs déçus qui font de grandes déclarations à un an de distance), se démobilisera bien davantage face à Juppé que face à Sarkozy, ce qui diminuera d’autant le score hollandais ; or, dans la configuration actuelle, il suffit d’être au-dessus du candidat socialiste, rien d’autre ne compte vraiment ;
– en outre, Juppé semble désormais solidifier aussi sa base de droite, en tous les cas celle des libéraux et conservateurs modérés, traditionnels, bourgeois. Bien entendu, il est toujours déconnecté des souverainistes, des sécuritaires et des poujadistes et le restera, mais cela ne devrait bénéficier à Dupont-Aignan et Le Pen que de manière insuffisamment significative pour le gêner dans sa qualification pour le second tour, d’autant que la candidate FN est de toute façon déjà qualifiée, sauf accident à la DSK (enfin, de même ampleur médiatico-politique, pas forcément de même nature!).

Le sondage IPSOS déjà évoqué dans un post précédent, en reprenant les votes de 2012, montre ainsi que Juppé est aussi efficace que Sarkozy pour conserver un noyau de 55-60% des électeurs de ce dernier. Mais il gagne nettement plus sur les électeurs de Bayrou et Hollande, sans perdre davantage vers Le Pen et Dupont-Aignan. Sarkozy lui-même s’érode davantage que Juppé au profit de Dupont-Aignan dans les plus récents sondages (comme LR a souffert un peu face à DLF lors des régionales de décembre).

La base sarkozyste est donc vraiment réduite à son socle minimal, comme ce fut le cas pour Chirac à chacun de ses premiers tours (1981, 1988, 1995 et 2002). De très bon candidat de premier tour (2007), Sarkozy est devenu « simplement » un bon candidat de premier tour (2012), pour se réduire à un bon candidat de primaire (2016), à défaut d’être vraiment compétitif au premier tour de 2017. Il reste qu’il est tout à fait capable de revenir de loin. Sera-t-il un Jeb Bush 2016 ou un Rubio 2016, ne concrétisant jamais ses promesses ? Ou un McCain 2008, pas vraiment favori et assistant à la défaite de tous ses formidables adversaires successifs (Thompson, Giuliani, Romney, Huckabee) ?

6. Il convient en conclusion d’être très prudent. Juppé peut redevenir arrogant à tout moment. Sarkozy n’est pas encore en campagne ouverte, même s’il est contraint de se rappeler régulièrement au souvenir des sympathisants. Les écarts Juppé-Sarkozy de premier tour ne sont pas abyssaux, notamment auprès des sympathisants LR, les plus susceptibles de voter en novembre prochain. La volatilité dans les électorats périphériques (UDI et FN) est forte. La situation est mouvante parmi les électeurs potentiels qui cherchent autre chose que le duo de tête. La participation extérieure au noyau LR, plus favorable à Sarkozy, reste une inconnue. La bataille ne sera réellement lancée qu’en septembre et les débats télévisés de l’automne seront vraiment décisifs.

Ainsi, même si Juppé dispose d’atouts structurels, la situation reste ouverte. Jusqu’en septembre, il est finalement peu probable que le duo de tête soit menacé. Seule une exposition médiatique favorable lors des débats peut permettre à Le Maire et, moins probablement, à Fillon, de connaître une embellie « à la Montebourg ». Le parallèle Juppé-Hollande, Sarkozy-Aubry, Fillon-Royal, Le Maire-Montebourg tient toujours, à mon sens. Le combat pour la 1e place n’est en revanche pas acquis, loin de là.

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