Derniers sondages IPSOS, Odoxa et IFOP pour la primaire de la droite et du centre: avancée de Le Maire au détriment de Sarkozy et Fillon

1. Les dernières livraisons d’Odoxa (sondage réalisé du 18 février au 10 mars 2016, pour le compte du Parisien-Aujourd’hui en France et de BFM-TV auprès d’un échantillon de 426 personnes certaines d’aller voter, parmi 965 comptant aller voter, parmi un échantillon total de 4036), de l’IFOP (sondage réalisé du 23 février au 18 mars 2016, pour le compte de Paris-Match, iTélé et Sud-Radio, auprès d’un échantillon de 768 personnes certaines d’aller voter, extrait d’un échantillon total de 8090) et de l’IPSOS (sondage réalisé du 11 au 20 mars 2016, pour le compte du Monde et du CEVIPOF, auprès de 1282 personnes certaines d’aller voter sur un échantillon total de 20319) montrent une « certitude » de participer à la primaire exprimée autour de 6 à 10% du corps électoral. La tendance est en légère érosion et retrace à peu près celle observée pour la primaire socialiste de 2011. Dans la réalité, la participation effective à cette dernière fut inférieure et plus proche de 6% du corps électoral, ainsi que cela a été détaillé dans l’article du 8 mars dernier.

S’il n’est pas assuré que la participation atteigne les 3 millions, un volume de 2 millions de votants apparaît désormais comme une base assurée et probablement un seuil de 2,5 millions atteint. Cela constituerait un volume suffisant pour avantager Juppé et ne pas trop s’éloigner des sondages. Il convient toutefois de noter une situation un tantinet moins défavorable pour Sarkozy dans le sondage IPSOS dont l’échantillon est nettement plus large et permet de dépasser nettement le seuil des 1000 pour les électeurs « certains » d’aller voter à la primaire.

2. Ces dernières livraisons confirment cependant l’avance globale de Juppé. Elles confirment aussi que celui-ci a désormais rattrapé Sarkozy au sein même de l’électorat LR, davantage susceptible de se mobiliser, ou plus exactement que Sarkozy a continué de s’éroder pour rejoindre Juppé aux alentours des 35%, chiffre pivot que nous avions déjà évoqué. Les avantages sociologiques de Juppé, déjà soulignés, auprès des personnes âgées et des CSP+, c’est-à-dire ceux qui se déplaceront en plus grand nombre, persistent mais sont complétés par une avance de Juppé dans quasiment tous les compartiments.

En effet, la nouveauté de ces sondages -plutôt massifs et donc assez représentatifs- tient, non à l’érosion de Sarkozy en tant que telle, mais à son érosion au profit de Le Maire dans des catégories (CSP+, professions intermédiaires, personnes âgées, personnes d’âge intermédiaire) où il continuait d’être relativement compétitif. L’électorat potentiel de Sarkozy, comme d’ailleurs, désormais, celui de Fillon, apparaît comme composite, voire désarticulé, déconnecté des zones de force traditionnelles et reposant sur des catégories d’âge (25-34 ans, les plus jeunes semblant, au moins temporairement, sensibles à l’arrivée de Le Maire « sur le marché ») ou sociologiques (ouvriers, chômeurs, mais même plus employés) peu fiables quant à leur participation finale.

Il en est de même pour Fillon, qui se retrouve au même niveau chez les CSP+ que dans les catégories populaires, perdant ainsi tout le bénéfice de sa campagne de 2012 pour la présidence de l’UMP et tout le bénéfice de son travail sur le projet. Le grignotage de Fillon par Le Maire était -souvenez-vous, fidèles lecteurs!- attendu.

Graphique sondages primaire 2016 ensemble

3. L’autre face de cette situation évolutive est donc l’émergence relative de Bruno Le Maire. Il convient là de souligner combien, non seulement les médias, mais aussi les instituts eux-mêmes (dans leurs commentaires pré-mâchés), peuvent parfois décrédibiliser les sondages en en faisant une interprétation tronquée, une présentation partielle, qui ne rendent pas justice à la pertinence en général correcte des chiffres eux-mêmes. Odoxa a en effet mis en valeur un Le Maire rattrapant presque Sarkozy.

En réalité, le sondage Odoxa comporte plusieurs vagues sur la période mi-février/mi-mars, comparées à une enquête « point zéro » datant de début février (et qui complète en réalité les sondages déjà engrangés). Les vagues successives confirment certes (comme le dernier sondage IFOP) la progression globale de Le Maire sur la période. Mais celui-ci ne s’est fait menaçant pour Sarkozy qu’au moment de sa déclaration de candidature, qui lui a donné une visibilité plus importante et qui l’a fait gagner en notoriété.

Depuis ce maximum, il a un peu régressé, tout en finissant à la mi-mars à un niveau supérieur à celui du début de l’année. Mais il faut aussi ajouter que la progression de Le Maire sur l’ensemble de l’électorat le fait simplement revenir à son niveau du printemps 2015, à une époque où il bénéficiait encore de sa visibilité à l’occasion de la campagne pour la présidence de LR et d’une médiatisation sur le dossier de la destruction réforme du collège. En soi, le phénomène n’est donc pas inattendu, ni exceptionnel.

Graphique sondages primaire 2016 LR

En revanche, ce qui est notable, c’est sa réelle progression au sein de LR et, semble-t-il, principalement au détriment de Sarkozy. Juppé n’est en effet pas affecté par cette progression, ni dans l’ensemble, ni auprès des sympathisants LR, même s’il l’est auprès des électeurs centristes, mais selon l’IPSOS seulement.

A cet égard, les écarts entre sondages sur les électorats FN (Le Maire rejoignant Sarkozy selon l’IPSOS) et centriste montrent que les seules mesures un peu fiables sont celles auprès de l’ensemble du corps électoral potentiel et auprès des sympathisants LR, la « vérité » se situant probablement entre les deux.

Cette évolution de Le Maire peut-elle conduire à une configuration différente, avec un duel Juppé-Le Maire pour le second tour? Sans être impossible au regard de l’influence des médias, de l’attrait du consommateur-électeur pour la « nouveauté », le « changement » et de l’instabilité chronique du monde post-moderne, cela reste peu probable:
Sarkozy n’est pas encore réellement en campagne; il dispose de l’appareil du parti et aura de nombreux relais locaux, militants, électoraux et politiques; il pourra se rattraper en débat, face à des adversaires, dont Le Maire, moins à l’aise dans l’exercice; c’est-à-dire de quoi faire face à un Le Maire assez technocratique;
– Le Maire devrait se décaler encore un peu plus sur la droite pour étouffer Sarkozy, ce qu’il ne voudra pas faire, de peur de perdre son positionnement central au sein du parti et parce que ce n’est pas sa nature; en outre, sa faible spécificité de fond serait encore davantage brouillée, le laissant réellement avec comme seul argument le renouvellement des générations, ce qui est un peu court;
– l’intérêt de Le Maire peut être davantage de se rendre indispensable pour le second tour à un Juppé pas aussi dominateur qu’aujourd’hui; il ne pourra en effet se substituer à Juppé comme candidat de l’aile modérée; mais, s’il se substituait à Sarkozy, il se retrouverait en opposition à Juppé, futur vainqueur, sans pour autant pouvoir récupérer l’aile plus dure, promise alors à Wauquiez.

Néanmoins, le tableau n’est pas favorable pour Sarkozy: à force d’être un outsider, certes plein de promesses, on risque de le rester, comme l’ont montré Walker, Bush, Rubio, etc. face à Trump. Déjà, la « dispute » tactique (gagner au centre, en siphonnant Bayrou voire Hollande, ou gagner à droite ou « au peuple », en siphonnant Le Pen) semblait tourner à l’avantage de Juppé (les seconds choix des électeurs de Sarkozy, qui vont d’abord vers Juppé, montrent l’attrait de ceux-ci pour l’argument de l’efficacité électorale: si Sarkozy n’est pas plus performant dans les sondages sur la présidentielle, même le cœur de ses soutiens risque de douter).

Mais, en outre, la « dispute » quant à la personnalité semble échapper également à Sarkozy, qui s’érode même auprès de ses soutiens premiers. Car, si Le Maire n’apporte pas grand-chose de nouveau sur le fond, il semble, au moins conjoncturellement (mais c’est déjà énorme lorsqu’il s’agit d’interroger des électeurs sur un choix électoral) séduire sur le simple renouvellement personnel. Sarkozy peut toutefois se rassurer en considérant qu’en la matière, le retournement est également possible et que les débats pourront l’aider davantage que le « gris » Le Maire (ou le « doublement gris » Juppé…).

Cela promet des affrontements internes d’autant plus durs qu’ils seront personnels et que le fond comptera moins (le seul ayant adopté des positions de fond assez complètes -Fillon- étant inaudible et/ou à contre-emploi par rapport à son gaullisme social d’origine). La violence décuplée risque de laisser des traces et cela vaudra d’autant plus si Juppé l’emporte, car il faudra bien qu’il manœuvre pour empêcher Sarkozy de lui nuire ensuite. Woerth, Chatel, voire Wauquiez auront alors probablement leur utilité… pour circonvenir Sarkozy et l’empêcher de rééditer le « soutien » des éléphants à Royal en 2006-07, avec l’efficacité que l’on sait…

4. En parallèle de l’émergence de Le Maire, la stabilité à faible niveau de NKM est à noter. Certes, elle pourra toujours jouer sur le fait d’être une femme dans les débats, mais resservir l’argument « royaliste » sur la différence évidente, qui se voit, sera délicat. Quant à son positionnement, il est trop modéré pour pouvoir prendre, sachant que l’espace est déjà occupé par Juppé, qui aura pour lui l’avantage de l’electability. Encore empêtrée dans la recherche de parrainages, n’ayant pas bénéficié d’une fenêtre médiatique favorable pour le lancement de sa candidature, elle risque de vite épuiser ses possibilités d’aborder les débats de l’automne en meilleure position.

Pour NKM, comme pour Copé, Fillon, voire Sarkozy, les débats pourraient devenir un jeu de quitte ou double assez dangereux. En 2011, les campagnes atones d’Aubry et Royal étaient devenues trop dépendantes du résultat des débats, ce qui est fort dangereux (comme lorsqu’un Giuliani faisait dépendre sa campagne de la Floride en 2008 ou lorsqu’un Rubio jouait au yo-yo en fonction des prestations lors des débats télévisés). A l’inverse, Hollande pouvait se contenter de « gérer » son avance et de ne pas faire de gaffe (le vide de ses interventions en était sidérant, mais le format des émissions lui permettait de passer à travers les gouttes…).

Valls et Montebourg n’avaient, eux, pas grand-chose à perdre, ayant déjà imposé leur nom, et pouvaient profiter au contraire des débats pour s’affirmer définitivement comme incontournables et façonner des « personnages ». De manière équivalente, Le Maire, voire Mariton plus marginalement, pourront davantage tirer parti des débats.

5. Quant aux autres petits candidats, ils n’émergent pas, à l’exception de Morano auprès de l’électorat FN, qui ne se déplacera de toute façon pas en masse et qui est assez erratique dans les sondages pour le moment. Quoi qu’il en soit, la candidature Morano est très peu probable.

A ce propos, notons l’arrivée de Geoffroy Didier parmi les « petits » candidats sans chance réelle de franchir la barre des 20 parrainages parlementaires. Certes, il est sûrement mieux placé que Frédéric Lefebvre de ce point de vue, mais il n’est pas mieux placé que NKM et sûrement moins que Copé ou même Mariton.

3 hypothèses peuvent être émises à son sujet:
– la jeunesse « moderne » ose tout, ne s’embarrasse de rien, surtout pas de l’expérience ou de l’autorité, a compris que le culot payait dans le système médiatico-libertaro-capitaliste actuel et Didier s’est dit: pourquoi pas moi, surtout que les Wauquiez, Le Maire, NKM, Pécresse, Bertrand, Baroin allaient occuper le terrain pour longtemps et que, derrière, les places commençaient à devenir enviées: Peltier, Retailleau, Philippe, Apparu, Béchu, Darmanin, Larrivé, Solère, nombreux sont les deuxièmes et troisièmes couteaux à émerger et à figurer en bonne place dans les différentes écuries présidentielles,
– Sarkozy ne l’a pas promu dans son équipe rapprochée et le protégé d’Hortefeux se regimbe, énième créature sarkozyste à échapper à son maître (aux côtés de Morano, Dati, Lefebvre, Estrosi, Mariani,…),
– il s’agit d’une candidature éphémère téléguidée par Sarkozy et Hortefeux pour brouiller les cartes et ridiculiser globalement la primaire (en espérant toujours qu’elle n’ait pas lieu et que Sarkozy soit désigné « à la Bonaparte ») ou, à défaut, occuper le terrain du « renouvellement générationnel » pour éviter que Le Maire confirme cette embellie relevée plus haut, et, finalement, organiser un « ralliement » de Didier à Sarkozy, histoire de jouer par avance ce qui risque de se produire en faveur de Juppé entre les deux tours.

6. Quant aux candidats hors LR, Poisson est presque assuré de sa participation au titre du PCD. Le CNIP va sûrement être débouté.

L’UDI a voté « non » mais participera de toute façon, soit en considérant que l’accord final obtenu sera « suffisant », soit que ses troupes (électeurs, mais aussi militants, voire barons locaux) participeront sans se soucier de cadres dirigeants qui se déconsidéreront encore un peu plus. En outre, certaines composantes pourraient participer, comme l’AC de Jean Arthuis. Si le bureau politique de LR l’acceptait, ce serait sûrement un casus belli avec Lagarde, Morin et Hénart; mais, inversement, cela peut constituer un contre-chantage car Arthuis, moins connu que Lagarde et Morin et dont le parti est moins « puissant » que les radicaux de Laurent Hénart, pourrait profiter de la tribune des débats pour venir troubler le jeu interne de l’UDI. De plus, le profil d’Arthuis serait idéal, du point de vue sarkozyste, pour gêner de « sage », technocratique et fiscal conservative Juppé. Tout reste donc possible, même si le petit théâtre centriste n’aura que peu d’importance une fois la mécanique de la primaire vraiment lancée, les appareils partisans ne contrôlant pas leurs troupes électorales.

7. Enfin, le second tour reste très favorable à Juppé, même si plus serré sur les seuls sympathisants LR. Il n’empêche que la tendance reste bonne pour lui sur le long terme et que les reports des électeurs Fillon et Le Maire sont nettement majoritaires. C’est là, après l’érosion sociologique et politique continue de Sarkozy, sa deuxième faiblesse majeure: même en cas de premier tour correct (32-36%), voire réussi (37-40%), il risque de partir de trop bas pour l’emporter.

En conclusion, l’évolution de Le Maire est désormais à suivre. Fillon en sera-t-il, comme je l’anticipe (avec amertume mais résignation ;D), totalement marginalisé? Le Maire va-t-il retomber quelque peu, une fois l’effet de la médiatisation passé, ce qui me paraît le plus probable? Sarkozy continuera-t-il son érosion et devra-t-il revoir son calendrier pour se dévoiler plus tôt, dès ce printemps, de crainte d’être trop distancé par Juppé? L’effet d’une réelle entrée en campagne de Juppé sera également à surveiller car les premiers « accidents » pourraient alors se produire, même s’il garde sous le pied quelques moyens financiers et des annonces probablement nombreuses de ralliements divers et variés, dans une primaire des endorsements qu’il devrait maîtriser.

Prochainement, nous reviendrons sur les sondages pour le premier tour de la présidentielle de 2017 et sur la faiblesse structurelle, voire rédhibitoire, du président-candidat.

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