Dernier sondage ELABE pour la primaire de la droite et du centre: avantage consolidé pour Juppé

Je prends désormais l’habitude d’actualiser les graphiques de la primaire (et prochainement de la présidentielle) dès la publication d’un nouveau sondage. Ce sera l’occasion éventuelle d’articles généraux. A défaut, ceux-ci viendront à leur heure (et plus tôt que plus tard, au regard des déclarations de candidatures qui fleurissent plus rapidement que prévu!).

Etant donné le nombre encore limité de sondages sur la primaire de la droite et du centre, un indicateur agrégé ne serait pas pertinent. Il n’est d’ailleurs pas certains que les budgets des médias soient suffisants pour que ce flux se renforce considérablement… A défaut, des courbes de tendance pourront être ajoutées aux graphiques, avant l’été ou, au plus tard, en septembre.

1. Vient donc d’être publié un sondage ELABE pour L’Opinion et BFM-TV, réalisé au 16 février au 16 mars 2016, auprès d’un échantillon de 5001 personnes, au sein duquel un sous-échantillon de 513 personnes se déclarant « certaines » d’aller voter a été extrait. Comme pour ceux de l’IFOP, d’IPSOS et une partie de ceux d’Odoxa et de BVA (mais contrairement, pour le moment, à ceux d’Harris et de YouGov), l’échantillon est donc concentré sur les personnes déclarant avoir fermement l’intention de participer.

Ainsi qu’il a déjà été expliqué, l’incertitude sur la composition du corps électoral est un point important à garder en mémoire. Même ceux se déclarant « certains » d’aller voter n’iront pas tous. Il n’en reste pas moins que le niveau de participation déclarée est toujours aux alentours de 9-10%.

Auprès de l’ensemble des sondés « certains » d’aller voter, un véritable écart se dessine désormais:

Graphique sondages primaire 2016 ensemble

Les tendances précédentes, notamment celles des dernières enquêtes IPSOS et IFOP, sont en effet confirmées:

Alain Juppé est dominant, au premier comme au second tour. Plus la personne est âgée, plus elle est qualifiée, plus elle est urbaine, plus elle soutient Juppé. Or, ce sont aussi les électeurs les plus susceptibles de se déplacer. Sa force sociologique et géographique est donc confirmée et constitue, pour le moyen terme, une assurance minimale contre le dégonflement de la « bulle » qui ne manquera pas de l’atteindre.

Nicolas Sarkozy, pour la première fois, est même devancé parmi les sympathisants LR, tant au premier qu’au second tour. C’est clairement une mauvaise nouvelle. Son effritement se confirme.

Graphique sondages primaire 2016 LR

– Pour l’un et l’autre, l’évolution est d’ailleurs déconnectée des variations des courbes de popularité qui, comme de coutume, ne veulent pas dire grand-chose, sauf lorsqu’elles sont durablement déprimées pour les gouvernants (Sarkozy en 2010-2012, Hollande depuis quasiment le début et surtout depuis l’automne 2014, malgré les « parenthèses » des attentats).

Les autres candidats ne parviennent pas, pour le moment, à s’imposer face aux deux principaux protagonistes, notamment les deux autres « grands », qui font pour l’instant plutôt figure de « moyens », Le Maire et Fillon. Certes, un très léger frémissement se fait peut-être sentir pour Le Maire et NKM, à la suite de l’officialisation de leur candidature; encore cela n’est-il pas vraiment discernable du « bruit » statistique et n’est-il peut-être qu’un effet de court terme lié à la médiatisation passagère. Fillon semble quant à lui sorti des bas-fonds de l’an dernier; son rétablissement reste toutefois très limité; l’impression est qu’il regagne un peu de terrain au détriment de… Sarkozy, mais ce n’est peut-être que visuel, même si ce ne serait pas illogique au regard de son discours martelé de réforme.

Quoi qu’il en soit, l’éparpillement brouille manifestement la lisibilité des candidats petits et moyens. Il est important de noter que l’émergence de ces candidats ne gêne pas, pour le moment, Alain Juppé alors que, hormis Copé, aucun candidat moyen ou petit ne devrait être en concurrence directe de Sarkozy. C’est pourtant lui qui poursuit son effritement.

Graphique sondages primaire 2016 FN.png

– Le seul électorat présentant une certaine volatilité est celui des sympathisants FN, avec une Nadine Morano parfois assez haute (ici, 15%), mais fort variable, en contrepoint de… Juppé. Cette configuration curieuse montre bien que l’échantillon est trop faible ou que cet électorat, trop incertain, ne participera que faiblement à la primaire. Quoi qu’il en soit, le très bon score de Juppé auprès des électeurs UDI (ou centristes en général lorsque l’institut ne détaille pas) fait plus que gommer l’éventuelle influence des sympathisants FN sur la primaire.

Graphique sondages primaire 2016 UDI

– Enfin, les reports de voix du premier au second tour sont à peu près constants et renforcent la crédibilité d’ensemble des sondages en vue de la primaire. Ainsi, les électeurs Fillon du premier tour se reportent à 23% sur Sarkozy et 56% sur Juppé, ceux de Le Maire à 25% sur Sarkozy et à 50% sur Juppé. Cela signifie que Sarkozy doit impérativement arriver en tête du premier tour, pour créer une dynamique nouvelle, regagner une image de vainqueur électoral et profiter de l’effet de surprise. C’est un minimum, mais il sera peut-être aussi contraint de viser un niveau de premier tour élevé (au-dessus de 40%) afin de parer les effets du « tout sauf Sarkozy ».

Même si le nombre de sondages comportant des chiffres de second tour est limité, j’inclus désormais les graphiques de second tour, pour l’ensemble et pour les sympathisants LR (auprès des centristes et des sympathisants FN, l’intérêt est moindre et le nombre de données réellement limité à ce jour).

Graphique sondages primaire 2016 2T ensemble

Graphique sondages primaire 2016 2T LR

2. Un point d’actualité mérite d’être clarifié à propos de la primaire: l’incurie de l’UDI à décider de sa participation ne devrait pas voir d’effet majeur sur les scores des candidats.

Si l’UDI participe, elle peut le faire avec un seul candidat ou avec plusieurs candidats. Dans ce second cas de figure, encore faut-il que les impétrants obtiennent les 20 parrainages de parlementaires. Ce n’est pas évident dans la mesure où certains parlementaires de centre-droit ne voudront pas entrer dans la guerre des chapelles centristes ou soutiendront directement un candidat LR, car les statuts ne l’interdisent pas… Le Maire est déjà soutenu officiellement par des parlementaires UDI et Juppé ou NKM pourraient bien l’être également. Evidemment, une autre solution consisterait, pour Les Républicains, à accepter la candidature de tel ou tel au titre de son parti, lui évitant alors de devoir recueillir les parrainages parlementaires, à l’image d’un Jean-Frédéric Poisson pour le PCD. Déjà, Jean Arthuis, au nom de l’Alliance centriste, souhaite participer. Il est toutefois peu probable que LR accepte d’arbitrer ainsi entre chapelles centristes et chacun sera probablement renvoyé à la « maison commune » UDI.

Quoi qu’il en soit, en cas de participation de l’UDI (soit de son seul président, soit de plusieurs candidats), leur score sera celui d’un Baylet en 2011. Même les sympathisants de centre-droit privilégieront Juppé ou Le Maire ou même NKM, par vote utile ou, de manière marginale pour les seuls militants, par souhait de détruire le leader de la chapelle d’à côté (des NC votant pour affaiblir Lagarde, des FED cherchant à barrer Morin ou Arthuis, des Radicaux cherchant à affaiblir tous les autres,…). Seuls les quelques « réseaux » banlieusards et les amis aux méthodes peu recommandables de Lagarde pourront apporter quelques paquets de voix issues de Drancy, Bobigny et Le Bourget, grands fiefs historiques de la droite et du centre, comme chacun sait… Plus généralement, un « parti » comme l’UDI ne contrôle pas ses troupes et il est évidemment loin le temps où, par exemple en 1981, le RPR pouvait faire voter Mitterrand et le PCF Giscard avec une réelle portée concrète.

Si l’UDI ne participe pas, cela n’empêchera nullement ses électeurs de participer et, même s’il faudra un petit peu de pédagogie, ils en seront bien entendu conscients, s’ils ne le sont pas déjà pour les plus motivés d’entre eux. Tout ce que l’UDI aura alors réussi à faire, c’est à se déconsidérer encore davantage, chaque leader ne se positionnant que pour ennuyer l’autre et pouvant changer d’avis dans l’instant (en témoigne un Morin qui, de manière tout à fait réaliste, pense initialement qu’il ne faut pas présenter de candidat par peur d’une marginalisation complète, mais qui, de manière plus hystérique, demande qu’il y en ait plusieurs si finalement l’UDI participe, pour éviter que Lagarde soit le seul médiatisé au moment des débats…).

La conséquence plus néfaste pour la droite et le centre d’une non-participation à la primaire, au-delà d’un affichage médiatique négatif (mais éphémère une fois le véritable combat lancé), serait qu’elle anticipât une candidature séparée à la présidentielle. Paradoxalement, cette situation handicaperait davantage un Sarkozy, qui ne semble pourtant pas s’empresser de sécuriser la participation de Lagarde à la primaire, commettant probablement une véritable erreur de calcul.

Quoi qu’il en soit, le risque est cependant assez faible. Tout d’abord, de la même manière qu’à la primaire en cas de participation, chaque chapelle centriste ferait tout pour freiner la quête des 500 signatures par la chapelle concurrente. Ensuite, les sondages incluant Hervé Morin en 2011 montraient bien qu’il stagnait à 1-2%, alors même qu’il était plus visible médiatiquement et qu’un électorat centriste cherchait vraiment à s’identifier à un candidat. De fait, seul Borloo, à l’époque, avait la possibilité de n’être pas seulement un figurant; à défaut, c’était Bayrou, voire DSK puis Hollande, qui captaient cet électorat. Aujourd’hui, une candidature Juppé absorberait totalement le centre-droit; une candidature Sarkozy entraînerait l’émergence d’un Bayrou repositionné au centre-droit, étouffant l’UDI; dans les deux cas, une candidature Hulot serait également un désavantage pour un impétrant UDI et l’annonce de Jean Lassalle viendrait perturber la recherche de parrainages. Bref, le risque est faible et l’UDI l’agiterait uniquement pour faire monter les enchères sur les investitures législatives.

Quel que soit le plaisir que l’on peut éprouver à suivre les péripéties de ces combats de nains au sein de ce qui se veut une sorte de successeur du MRP et de l’UDF, la participation ou non de l’UDI à la primaire de la droite et du centre ne devrait donc être qu’un épiphénomène, même si les candidats eux-mêmes (notamment Juppé et Sarkozy) semblent y accorder une certaine importance, car probablement trop insérés dans la petite comédie politico-médiatique.

Très prochainement, j’actualiserai les courbes des sondages relatifs au premier tour de la présidentielle de 2017. Maintenant que l’élection présidentielle américaine et que les résultats en Floride, Caroline du Nord, mais surtout Ohio, Illinois et Missouri ont malheureusement tué tout suspense, il faut bien trouver un « os à ronger » !

Nikki Haley for President ! Nikki Haley 2020 ! 😉

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