Primaire de la droite et du centre (2/2): sondages depuis 2015 et forces relatives des candidats dans l’opinion

1. Les règles de la primaire de la droite et du centre des 20 et 27 novembre prochains ont été fixées au printemps 2015. Les sondages à retenir pour tenter de prédire les résultats de cette consultation sont donc tous ceux publiés depuis le 1er avril 2015.

Parmi ceux-ci, ceux se contentant de sonder les souhaits, les pronostics ou l’appréciation du meilleur candidat doivent être écartés. Même s’ils peuvent fournir des indications sur les anticipations de l’opinion (qui ont aussi leur importance, comme il a été rappelé dans l’article précédent), ils sont trop éloignés des intentions des électeurs réels pour pouvoir être fiables.

Les sondages « généraux » sont inclus en raison du faible nombre d’enquêtes publiées. En réalité, leurs résultats ne sont pas fondamentalement différents des sondages les plus proches de la future réalité électorale, à savoir ceux retenant les seules personnes « certaines » de voter. Cette catégorie représente de 7 à 11 % du corps électoral. La proportion sondée était comparable en ce qui concerne le PS en 2011.

Or, dans la réalité, selon que l’on compare avec les inscrits à la présidentielle de 2012 ou avec ceux des régionales de 2011 (élections immédiatement suivante et précédente), la participation au 1er tour de la primaire socialiste s’est située entre 5,8 et 6,1 % du corps électoral (2,66 millions d’électeurs). Au 2e tour, elle fut comprise entre 6,2 et 6,6 % (2,86 millions).

Les souhaits juppéistes de 3 à 4 millions de participants sont sûrement exagérés. Les intentions d’électeurs de gauche, du centre, du FN et indépendants ne tiendront probablement pas face à la paresse, aux deux euros à débourser et à la déclaration d’adhésion à signer. En sens inverse, l’attrait médiatique, l’impression pour certaines franges de l’électorat de choisir et d’être actif, la réalité d’un enjeu réel à la primaire, l’élection présidentielle perdant une partie de son « intérêt » avec la place assurée de Marine Le Pen au 2e tour, peuvent assurer une participation correcte.

Au regard des inscrits aux régionales de décembre 2015, appliquer les taux socialistes de 2011 reviendrait à une participation aux alentours de 2,7 millions au 1er tour (et 3 millions au 2e).

2. Sur l’ensemble du corps électoral potentiel, la tendance majeure est bien entendu l’ascendant pris par Juppé sur Sarkozy dans les 3 derniers mois.

Graphique sondages primaire 2016 ensemble

Toutefois, les sondages d’ensemble doivent être tempérés car, même réduits aux seuls électeurs « certains », ils surévaluent probablement un peu les candidats attirant au-delà des sympathisants des Républicains, en particulier Juppé.

En effet, celui-ci est très largement dominant chez les électeurs de gauche, qui ont également un très léger tropisme favorable à NKM. En revanche, Fillon et Le Maire sont plutôt plus bas que dans les autres électorats. Mais cet électorat de gauche sera probablement assez faible le 20 novembre.

Au centre, Juppé est largement dominant, sans qu’il y ait d’ailleurs de véritable différence entre UDI et MoDem. Dans la mesure où les sondeurs ne font pas toujours la différence et où le reliquat de proches du MoDem est un conglomérat de vrais centristes, de rebelles modérés, d’extrémistes qui s’ignorent, d’écologistes tempérés, de socialistes déçus, les données retenus sont celles portant sur les seuls proches de l’UDI, lorsqu’elle existent, ou sur l’ensemble du centre.

Graphique sondages primaire 2016 UDI

Dans cet électorat, il est remarquable de constater que Fillon et Le Maire ne gagnent rien par rapport à leur score chez les sympathisants LR. Seul Juppé bénéficie de cette ouverture au centre et au centre-droit.

A l’inverse, Sarkozy bénéficie d’une plus-value dans l’électorat FN. Celle-ci est nette, même si l’évolution des autres candidats apparaît erratique, en raison de l’étroitesse de l’échantillon concerné. Néanmoins, la « flambée » éphémère de Morano à l’occasion de certaines de ses déclarations montre que cette frange potentielle d’électeurs est réelle.

Graphique sondages primaire 2016 FN

S’il y a encore peu, il aurait été très présomptueux de la considérer comme fiable, c’est différent au regard des élections locales qui ont montré que l’électorat FN, d’instable, peu constant et peu fiable entre les sondages et l’élection, est devenu le plus « fidèle », le plus mobilisé et le plus fiable. La participation fut en effet solide aux régionales de décembre 2015 et les reports d’un tour à l’autre, aux départementales comme aux régionales, furent assez rigoureux et nets. Sarkozy devrait donc pouvoir compter sur une frange motivée et qui ira réellement voter. Il y aura toutefois là aussi de la déperdition, la déception de 2007 étant passée par là. Il est finalement possible que la plus-value pour Sarkozy sur l’électorat FN annule la plus-value pour Juppé sur l’électorat de gauche et écologiste.

Ainsi, la prudence conseille de tempérer les résultats d’ensemble par ceux portant sur le seul électorat au cœur de la future primaire, soit les sympathisants LR. Sarkozy y devance encore Juppé, mais son avance s’érode et n’est plus suffisante pour compenser l’apport des centristes à l’ancien Premier ministre.

Graphique sondages primaire 2016 LR

3. Cette évolution lente mais continue constitue une première force sondagière de Juppé. Son autre point fort est la répartition de son électorat potentiel. De manière extrêmement nette, plus on est âgé, plus on vote Juppé. Or, la participation électorale et la transformation d’une intention de participer en vote réel sont nettement plus élevées chez les électeurs âgés que les électeurs jeunes. Sarkozy ne devance Juppé que chez les moins de 25, 30 ou 35 ans selon les cas.

Juppé est également dominant chez les retraités (ce qui recoupe bien entendu les données relatives à l’âge) et chez les CSP+. Or, là encore, ces catégories connaissent nettement moins l’abstention. Sarkozy ne devance Juppé que chez les autres inactifs (étudiants), les chômeurs et les ouvriers, catégories qui ont moins de chances de se déplacer le 20 novembre. Juppé est donc bien positionné chez les indépendants, commerçants, artisans, professions libérales, professions intermédiaires et il est compétitif chez les employés et les agriculteurs. Son caractère « attrape-tout » est un atout réel.

Cette force de Juppé, notamment chez les plus de 60 ans, est majeure et elle contrebalance largement sa probable surévaluation liée à un corps électoral potentiel trop à gauche et au centre dans les sondages.

Malgré l’assez forte possibilité d’une « bulle » et les forts doutes que cela engendre inévitablement, l’analyse détaillée des sondages montre que la position de Juppé semble sociologiquement et électoralement solide.

En outre, en termes de concurrence, elle apparaît pour le moment très affaiblie. Ni Le Maire, ni NKM ne sont situés à des niveaux menaçants pour Juppé. Bien entendu, les prochains sondages permettront de détecter l’éventuel effet de leurs déclarations officielles de candidature (Le Maire a gagné en popularité, mais on sait combien les sondages de popularité ont peu d’importance, sauf lorsqu’ils montrent des niveaux durables de rejet, comme pour Sarkozy ou Hollande – même les popularités insolentes de Veil ou Kouchner n’ont jamais servi électoralement à rien). Mais, aux alentours de 10 %, Le Maire est trop bas aujourd’hui pour menacer sérieusement Juppé. Il a même plutôt un peu régressé par rapport au printemps 2015, période à laquelle il bénéficiait encore de l’exposition médiatique lors de l’élection à la présidence de l’UMP de fin 2014.

Il faudra probablement attendre un éventuel « engouement » médiatique (car Le Maire et NKM sont jeune, télégéniques ou femme) ou, surtout, l’effet égalisateur des temps de parole des débats télévisés de l’automne pour voir éventuellement Le Maire grignoter Juppé. Encore faut-il se souvenir que Le Maire a intérêt à se positionner le plus centralement possible au sein de LR et donc à gagner aussi sur Fillon et Sarkozy.

En ce qui concerne Fillon, son niveau est trop bas et étale et la conviction de sa menace trop faible chez les médias, les politiques et… lui-même pour qu’il constitue un réel danger. Toute la question sera plutôt de savoir s’il ne risque pas une marginalisation encore plus nette avec le temps. Il est intéressant de noter que le seul effet discernable des petits candidats est celui de Xavier Bertrand lorsqu’il était testé et situé au-dessus de la marge d’erreur statistique : il prenait assez clairement à Fillon, ce qui est logique au regard de « traces » d’un certain gaullisme social.

Pour les électeurs de Fillon comme de Le Maire, il faut aussi noter que, dans les sondages, leur second choix est Juppé : ce n’est ni Le Maire ou Fillon (respectivement), ni Sarkozy. Ainsi, ce dernier pourrait regagner sur Fillon ce qu’il perdrait sur Le Maire. Il n’empêche que Juppé est sûrement celui qui aura le plus à perdre d’une émergence de Le Maire ou, surtout, de NKM.

Dans un premier temps, la multiplicité de candidatures nuit en revanche aux petits candidats qui ont du mal à se faire entendre (les cas Copé et NKM le démontrent déjà). Les annonces de soutiens qui vont être égrenées au cours des prochains mois seront également difficiles pour les petits candidats (et pour Fillon, comme l’expliquait l’article précédent). Déjà, Juppé a engrangé un soutien surprenant avec le député-maire d’Ajaccio, Laurent Marcangeli, pourtant plutôt sarkozyste. Cela lui permet de démontrer une capacité « attrape-tout », déjà effective dans sa sociologie électorale. Cela lui permet également de mailler davantage le territoire et de contrebalancer un peu la force de l’appareil LR, que Sarkozy tente d’uniformiser à son profit : ainsi, le ralliement de Michel Havard à Juppé (après Perben) le renforce dans l’important département du Rhône.

4. Les sondages sur le 2nd tour sont encore trop épars pour dégager de réelles tendances, si ce n’est que Juppé est écrasant au centre et au centre-droit, que la situation s’est équilibrée au sein des sympathisants LR même si elle est instable et que l’électorat FN donne encore une petite préférence à Sarkozy. Les courbes sont toutefois trop erratiques pour être encore représentatives.

Les reports entre les deux tours sont en revanche assez nets et constants : Juppé prend la moitié des électeurs Fillon et plus de la moitié des électeurs Le Maire ; Sarkozy prend un tiers des électeurs Fillon et entre un quart et un tiers des électeurs Le Maire. Cela signifie que si Juppé devance Sarkozy au 1er tour, il aura une dynamique intrinsèque favorable.

Il ne faut toutefois pas que sa « bulle » gonfle trop et élève les anticipations à l’excès, de peur de susciter un récit médiatique dévalorisant au soir du 1er tour. En 2011, Hollande avait ainsi plutôt sous-performé et s’était situé à 39 % et non au-dessus de 40 %, tandis qu’Aubry avait sur-performé et dépassé le seuil de 30 %. C’est l’effet d’accumulation des désistements en sa faveur, l’absence d’effet du débat télévisé et le souhait de désigner un candidat en mesure de battre Sarkozy qui lui avaient permis d’éviter un retour d’Aubry. Juppé pourrait bien être confronté à une situation comparable en novembre prochain. A ce stade, le seuil de croisement de Juppé et Sarkozy est probablement aux alentours de 35 à 37 %. Il s’élèvera peut-être une fois le paysage des candidatures éclairci, puis rebaissera avec la valorisation des autres candidats que le duopôle de tête dans les débats télévisés.

L’avenir dira si l’analogie Juppé-Hollande, Sarkozy-Aubry, Le Maire-Montebourg, Fillon-Royal, NKM-Valls a quelque chance de se réaliser…

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