Second tour des élections régionales 2015 – regain de la droite, résistance en trompe-l’oeil du PS, plafond de verre relevé mais persistant pour le FN

La participation à 12h est de 19,59%. Certes, en progrès de plus de 3 points par rapport au premier tour, mais de seulement un point par rapport à 2010 (18,57%). En outre, rappelons-nous qu’un surcroît de mobilisation à 12h n’est pas forcément confirmé à 17h et à 20h. Et relativisons ce « sursaut démocratique » de… un point entre 2010 et 2015 (cela semble être la valeur de la lutte contre la « barbarie »… 😉 ).

Participation abstention 2010-2015

Toutefois, c’est un premier élément qui n’est, a priori, pas positif pour le FN, la participation semblant avoir davantage progressé là où il y avait une incertitude liée à son bon score de premier tour.

Tout à l’heure, il faudra surtout scruter l’Ile-de-France, Auvergne-Rhône-Alpes et Bourgogne-Franche-Comté et, dans un second temps, Centre-Val-de-Loire et Normandie (et la Corse, pour les purs « electoral nerds » !).

AJOUT 17h: là, c’est vraiment une hausse de la participation: 50,54% à 17h. Cette fois-ci, il y a vraiment une différence, qui, même avec un affaissement entre 17 et 20h, donnera un recul significatif de l’abstention finale. Je ne pense pas qu’il y ait de raison de penser que cet afflux plus important ait un effet différent de ce que les sondages annoncent.

Sinon, cela signifierait que le FN a un potentiel insoupçonné ou que le PS a réussi à « surfer » sur le battage médiatique de l’après-attentats. Voilà en tous les cas un premier élément de suspense car, à plus 7 points de participation par rapport à 2010, la différence est substantielle.

Participation abstention 2010-2015 (2)

AJOUT 19h45: Vraiment, si les électeurs vont voter uniquement en cas de risque de victoire FN, c’est un peu lamentable… Tout est comme dans la vie courante, ce n’est que sous la contrainte, en dernière minute, que l’on fait les choses… pas bien brillant. Je n’ai pas de prétention particulière, sauf celle d’avoir 100% de participation en 27 ans de vie électorale (non, j’ai commencé seulement aux cantonales de 1988 😉 ).

Cela m’énerve un peu car nous allons entendre des grands discours grotesques sur l’esprit de « responsabilité » et sur le « sursaut démocratique ». Cela m’énerve surtout parce que le suspense est réduit 😉 .

Heureusement, il nous reste l’IdF, ARA, la BFC, la Normandie et le Centre-VdL. Espérons au moins que nous ne saurons pas tout avant 22h. Bonne soirée !

AJOUT 1h30: Désolé pour ce silence prolongé, mais des impératifs familiaux et techniques m’ont empêché de poster.

Mon pronostic est donc faux: il aurait fallu intervertir Normandie et BFC 😛 Cela aurait pu être pire, mais ce n’est pas très brillant. Passons, cela ne vaut que pour le jeu…

Plus importante est une première analyse rapide des résultats:

  • personne ne peut décemment triompher: le FN ne progresse pas d’un tour à l’autre et semble rencontrer une barrière infranchissable dès que l’enjeu augmente; le PS a perdu des régions importantes et ne doit deux de ses victoires qu’à des triangulaires serrées; la droite ne progresse pas autant qu’annoncé et ne doit deux de ses victoires qu’à des désistements de la gauche et une autre à une triangulaire serrée;
  • le surcroît de participation a stoppé la progression du FN.

Cela, vous l’aurez entendu en boucle toute la soirée.

En revanche, vous aurez moins ouï une analyse un tout petit peu plus fine:

  • je ne reviens pas sur l’inanité de la présentation cartographique, qui laisse penser à un équilibre droite-gauche: même Le Monde (c’est dire) parle de défaite de la gauche (ou de victoire de la droite), en reprenant la balance démographique, qui est de 2/3-1/3 en faveur des régions de droite;
  • le surcroît de participation a profité quasi-exclusivement à la droite: soyons clair, tout abstentionniste du premier tour n’est pas venu voter à droite; simplement, toute la progression enregistrée l’est par la droite;
  • plus largement, par un calcul très grossier, si l’on additionne toutes les voix FG-EELV-DVG-DVECOL-PS-PRG (et même AEI et même MoDem en Bourgogne-Franche-Comté, ce qui semble plus pertinent), si l’on additionne toutes les voix LR-UDI-MoDem(sauf autonome)-DVD, si l’on additionne toutes les voix FN-EXD, on obtient un résultat fort surprenant et instructif:
    • le FN stagne ou recule un peu (jusqu’à 4 points en Ile-de-France) et ne progresse que faiblement (1 ou 2 points) dans les régions où il pouvait être compétitif (NPCP, BFC, LRMP), PACA constituant une petite exception (+5), elle-même intéressante;
    • la gauche ne progresse que de 2 à 3 points en Ile-de-France et LRMP (en BFC, elle ne progresse pas si on lui impute AEI et MoDem du premier tour); ailleurs elle stagne (ou baisse de 10 points en ALCA, mais c’était une situation hybride);
    • la droite gagne systématiquement toute la hausse de participation ou même 1 à 3 points de plus (Ile-de-France, Pays-de-la-Loire); elle gagne moins seulement en LRMP (où elle n’avait aucune chance) et en BFC (je mets à part les 3 régions où elle était en duel ou quasi-duel, où elle gagne évidemment beaucoup plus).

Bien entendu, je n’ai pas inclus DLF et UPR dans ce calcul. Cela signifierait que cet électorat s’est plus reporté sur la droite que prévu ou n’a pas eu d’influence sur le résultat final.

Il est donc clair -et cela n’est apparu dans aucun commentaire ce soir- que la participation a quasi-exclusivement profité à la droite ou qu’elle a compensé toutes les pertes de reports de voix et au-delà, alors que la gauche ne tire pas un bilan consolidé positif « participation additionnelle/reports de voix ». Peut-être ne s’agit-il là que d’un rattrapage du score décevant de la droite au premier tour. Mais c’est un résultat un peu plus encourageant pour elle.

Cela ne doit toutefois pas la satisfaire, car elle entame désormais les divisions délicieuses de la primaire et elle sait désormais que le premier tour est celui de tous les dangers… Le risque d’une élimination face à François Hollande doit la pousser à la plus extrême prudence, à ne pas se précipiter pour avancer la primaire (ce qui lui ferait perdre l’impact médiatique positif des débats à l’automne) et à s’unir comme les socialistes ont su le faire fin 2011.

Pour le PS, sa « résistance » en trompe-l’oeil doit lui faire souhaiter plus que jamais de ne pas avoir trop de candidatures de premier tour à gauche. Tout le jeu hollandais va désormais consister à saboter la candidature Mélenchon via le PCF (achetable contre des circonscriptions) ou des éléments perturbateurs au sein du FG (Autain?) et à affaiblir celle de Duflot (en poursuivant le renforcement de l’UDE et en tentant d’acheter celle-ci par des circonscriptions, ce qui n’avait pas suffi en 2012).

Pour le FN, il est difficile de jauger des possibilités de victoire car la seule région qui aurait pu nous éclairer (LRMP) était en triangulaire et non en duel gauche-FN. Il est certain que le FN ne gagnerait pas en duel contre la droite, même si Sarkozy serait boudé par la gauche. Toutefois, la relative contre-performance d’Estrosi et la bonne tenue de MMLP montrent que, face à un candidat de droite dure, le FN peut être compétitif, mais il doit être déjà très haut au premier tour (et PACA n’est pas la France…). En revanche, face à la gauche, il bénéficierait de forts reports de voix de droite et pourrait être menaçant, même si la forte participation d’un second tour de présidentielle rendrait quand même la situation, difficile pour Marine Le Pen.

J’anticipe beaucoup trop, mais les termes de l’année qui vient sont ainsi posés…

J’affinerai dès que possible ce calcul assez brut de mouvements entre les deux tours, qui devrait inciter la droite à s’organiser pour mobiliser son électorat « à la Obama 2008 » ou « à la Cameron 2015 ». Je n’oublie toujours pas la cartographie du premier tour, que je compléterai de celle du FN au second tour (celle des autres partis étant fortement perturbée par les retraits, demi-retraits et dynamiques anti-FN qui ont prévalu en faveur de l’un ou l’autre selon les régions). Je reprendrai également les sondages « sorties des urnes » ou « jour du vote » qui nous renseigneront peut-être sur les reports de voix. Sûrement un peu la semaine prochaine et davantage pendant les vacances… De toute façon, il faudrait faire durer le plaisir, car nous n’avons plus d’élection jusqu’à la primaire de la droite et du centre des 20 et 27 novembre 2016…

 

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Derniers sondages régionaux: confirmation d’une mobilisation supplémentaire et de reports de voix plutôt défavorables au FN

Je n’oublie pas que je dois publier un article sur la cartographie électorale du premier tour: il est simplement légèrement repoussé… 😉

D’autres qui ne tiennent pas leurs promesses, mais c’est habituel, ce sont les médias commanditaires de sondages: rien en Centre-Val-de-Loire et surtout en Bourgogne-Franche-Comté, pourtant les deux régions les plus serrées ! Et un seul sondage en Auvergne-Rhône-Alpes, en Alsace-Lorraine-Champagne-Ardenne et en Normandie ! Argh…

En revanche, une avalanche de sondages en PACA (5) et en Nord-Pas-de-Calais-Picardie (3), alors que ces deux régions ne devraient, logiquement, pas être si ouvertes que cela. Les 3 sondages en Ile-de-France sont un minimum.

L’intérêt de cette série de sondages est cependant réel. Tout d’abord, après le second tour et dans la perspective de la présidentielle, il nous donnera, en complément des sondages nationaux précédant le premier tour, une idée de la fiabilité relative de certains instituts, alors que le paysage a changé et que certains « nouveaux » acteurs sont très actifs (Odoxa, ELABE), presque autant que l’IFOP, IPSOS (les meilleurs sur le long terme) et BVA, alors que des « historiques » apparaissent moins sollicités (CSA surtout, mais aussi TNS-Sofres voire Harris Interactive, certes semi-« historique » mais très performant en 2012).

Reports rég 2015 triangulaires.png

Reports rég 2015 duels.png

(Oui, ami lecteur, ces tableaux sont moches: mais, entre ce post et le précédent, tu disposes de TOUS les sondages publiés comportant des reports de voix, aux départementales et aux régionales: où peux-tu trouver toutes ces données rassemblées ailleurs qu’ici? 😀 )

Ensuite, ils nous confirment globalement que les éléments relatifs aux mouvements électoraux entre les deux tours, récapitulés dans le post précédent, sont valides:

  • une mobilisation au second tour d’abstentionnistes du premier tour, globalement défavorable au FN, mais d’autant plus qu’il est en duel et en situation de surmédiatisation (avec une logique de « vote utile » qui lui est donc défavorable) et d’autant moins qu’il est mieux placé; il convient toutefois d’ajouter que, même en triangulaire, cet afflux est défavorable au FN dans la mesure où l’ensemble des reports d’abstentionnistes sur les listes non-FN est supérieur à ceux dont il bénéficie: mais leur répartition sur 3 listes peut conduire à éparpiller et donc à annuler l’effet de cet apport de nouveaux suffrages exprimés;
  • une confirmation de la déperdition de ses propres voix du premier tour plus importante pour le FN, des électeurs revenant à droite et/ou votant « utile » pour battre la gauche; cette déperdition des voix du FN est cependant négligeable et pas plus élevée que pour la gauche et la droite lorsqu’une figure nationale est en lice (Le Pen tante et nièce, Philippot, Aliot): ce phénomène jamais mesuré en sondages sera à suivre à l’avenir et peut tout aussi bien être attribué à la position du FN au premier tour (en tête), ce qui serait alors cohérent avec les résultats positifs du FN au second tour des départementales qui montraient qu’il ne reculait pas, relativement, voire s’améliorait lorsqu’il était haut au premier tour et en position de gagner; par ailleurs, la déperdition est légèrement plus importante à gauche qu’à droite; il convient enfin de relever qu’en LRMP, la déperdition à droite est plus forte, par effet de « vote utile » anti-FN;
  • des reports de voix proches des règles que j’avais posées dans le post précédent, sur la base de l’expérience, des sondages à l’occasion des départementales de mars 2015 et des quelques sondages disponibles pour ces régionales de décembre 2015 (je cite le report vers PS/LR/FN ou vers LR/FN toujours dans cet ordre, les abstentions constituant le reste):
    • pour le FG, j’avais posé un 70/5/0 en cas de triangulaire et un 30/5 en cas de duel LR/FN: si c’est tout à fait conforme en triangulaire (bien qu’un tantinet pessimiste pour le FN, qui obtient presque autant de suffrages FG que la droite), le report en duel semble un peu meilleur pour la droite, plus proche de 40-45, le FN étant lui-même plus proche de 10 (un vote anti-système qui va d’un extrême à l’autre),
    • pour EELV, les 80/5/0 et 50/5 sont difficiles à discuter, les sondages régionaux identifiant rarement EELV et FG: soit je suis donc un peu pessimiste pour les reports EELV vers la droite (et le FN), soit l’absence de distinction avec le PG et le PCF éloigne EELV du PS (ce qui signifierait alors que le FG se reporte encore moins sur le PS); néanmoins, pour le FG comme pour EELV, nous ne sommes pas loin de la réalité (beaucoup moins que l’infographiste qui a récemment eu les honneurs du site de France Télévisions, alors que sa matrice de reports est totalement irréaliste et biaisée en faveur de la gauche: c’en est même risible…);
    • le report des voix du PS vers la droite est variable et semble encore incertain, en cas de duel droite-FN; cependant, il est au minimum de 50% et semble en général s’approcher de 60%, même s’il atteint parfois les trois quarts; en tous les cas, le report vers le FN est très faible et ma règle 50/5 est un minimum qui sera effectivement atteint;
    • le report des DVG, AEI et DVD n’est quasiment pas testé, en raison du caractère si ténu de leurs scores de premier tour qu’un échantillon de 1000 personnes ne peut permettre d’être fiable à leur égard; je n’ai pas de raison de remettre en cause mes grilles de report à leur égard;
    • le report de la liste régionaliste en région ALCA paraît nettement plus favorable au FN et à… l’abstention que je ne le pensais (sur le foi de l’expérience électorale accumulée…): 6/30/36 au lieu de 5/70/20; toutefois, le score limité de cette liste et le relatif pessimisme de mes autres reports vers la droite font que cet écart ne remet pas en cause le pronostic;
    • c’est d’autant plus vrai que la configuration hybride d’ALCA est bien confirmée: le report de la liste Masseret vers elle-même est décevant; il ferait le même score qu’au premier tour mais parce que les électeurs FG se comportent comme dans une triangulaire normale, tandis que les électeurs PS et EELV partent à plus de 45% vers la liste Richert (la moitié et un tiers restant cependant fidèles à la liste Masseret); j’avais indiqué que Philippe Richert avait besoin d’avoir au minimum 5 points sur les 16 de la liste Masseret: ce n’est pas remis en cause, si ce n’est que c’est plutôt 6, au regard du report des régionalistes; c’est donc faisable pour la droite;
    • les reports de DLF sont en revanche quelque peu différents de ce que je prévoyais (5/50/20 en cas de triangulaire et 60/25 en cas de duel); lorsque les instituts de sondage les distinguent, ils sont assez variables et oscillent entre 36 et 57 pour la droite en triangulaire, mais le sondeur ELABE semble, en Ile-de-France, être un outlier; en cas de duel, ma grille de report semble en revanche validée.
  • il faut conserver en mémoire que, si baisse des abstentionnistes du premier tour il y a , des suffrages du premier tour ne s’expriment plus: ces vases communicants s’annulent globalement en cas de triangulaire, mais sont, comme déjà dit, plutôt défavorables au FN en configuration de duel; un surcroît de participation ce dimanche devra donc être plutôt interprété comme défavorable au FN (ce qui rejoint l’analyse « traditionnelle »), tant il est vrai que celui-ci semble avoir fortement mobilisé et ne dispose donc plus forcément de réserves dans son électorat le plus « naturel »; toutefois, la prudence est de mise, notamment dans les régions où ses leaders nationaux sont impliqués (les deux Le Pen, Philippot, voire Aliot mais qui est très loin pour menacer la liste Delga) ou celles où il est en tête (mais nous n’avons pas de sondage sur Bourgogne-Franche-Comté 😡 ): le battage médiatique, redevenu anti-FN à partir de mercredi, pourrait fort bien avoir l’effet inverse de celui recherché, en mobilisant, le « peuple » contre le « système », ceux qui ne veulent pas se faire « voler leur vote » contre ceux qui « s’arrangent ». Ce sera un des enseignements du second tour, intéressants à décrypter: le FN peut-il gagner en n’ayant « que » 40 ou 41% des voix au premier tour ou a-t-il encore relevé le « plafond de verre »?

En conséquence de tous ces éléments, je ne modifierai pas mes pronostics de jeudi, malgré l’absence totale de certitude en BFC, Centre-Val-de-Loire, Normandie, Ile-de-France et même ALCA et Auvergne-Rhône-Alpes:

Régionales 2015 pronostics personnels 2nd tour

Certes, les sondages rendent un peu moins optimistes pour la droite en Ile-de-France et ARA, mais, en Normandie, montrent que je suis peut-être un peu optimiste pour la gauche. Cela signifie-t-il que, contrairement à ce que j’écrivais, les régions urbaines et « bobos » veulent à tout prix favoriser la gauche, même moins bien placée face au FN, et que la province plus traditionnelle reviendrait plus facilement à son vote normal en faveur de la droite? Nous verrons bien. Cela pourrait signifier du rose en Ile-de-France voire en ARA, mais du bleu en Normandie et en Centre-Val-de-Loire.

Je reste sur les dynamiques décelées après le premier tour. La polémique déclenchée par le racisme social assumé de Claude Bartolone peut peut-être lui coûter quelques suffrages; les sondages difficiles pour Wauquiez et pour le PS normand peuvent au contraire mobiliser en leur faveur. Les limites de l’exercice sont ici atteintes, puisque c’est de psychologie de l’électeur qu’il s’agit, sur la base de perceptions souvent totalement fausses, basées sur quelques gros titres et quelques fadaises mille fois répétées par les médias. Le raz-de-marée FN est ainsi à relativiser pour le second tour, mais il est pourtant installé dans les têtes, entraînant soit des espoirs excessifs, soit des craintes infondées.

Quoi qu’il en soit, ce devrait être une belle soirée électorale, au sens où il y aura un peu de suspense… En revanche, même avec une meilleure tenue des partis de gouvernement, la période politique qui s’ouvre sera forcément très violente et pleine d’incertitudes. Nous y reviendrons, avec la cartographie électorale des régionales, les sondages et tendances graphiques pour la primaire de la droite et du centre, quelques articles de fond sur la nature possible de la prochaine présidentielle et enfin notre indicateur agrégé des sondages pour la présidentielle de 2017…

Il vous reste jusqu’à demain 18h pour faire vos propres pronostics dans les commentaires: n’hésitez pas !

Quels reports de voix et quels pronostics pour le second tour des élections régionales 2015 ?

Le retrait des listes PS en PACA et dans le Nord-Pas-de-Calais-Picardie et le maintien en Alsace-Lorraine-Champagne-Ardenne d’une liste sans investiture et pour laquelle le Premier ministre n’appelle pas à voter compliquent singulièrement les pronostics pour le second tour.

En revanche, il est clair qu’entre ces trois cas de figure complexes et les situations extrêmement serrées en Normandie, Ile-de-France, Centre-Val-de-Loire, Bourgogne-Franche-Comté, voire Auvergne-Rhône-Alpes, le second tour sera plein de suspense et passionnant, à défaut d’apporter la sérénité politique et la victoire pour certains d’entre nous. Amis pséphologues, réjouissons-nous!

Le 13 décembre, de ce point de vue, sera une belle soirée et j’espère que des régions se décideront avec l’arrivée progressive des bureaux de vote (le site du ministère de l’Intérieur étant un tantinet plus efficace pour ces régionales et certaines préfectures semblant être plus rapides dans les remontées de résultats). Petit bémol: avec 3 types de bulletins au maximum à dépouiller, c’est plus rapide et le suspense durera moins longtemps 😦 .

1. Le premier élément à prendre en considération est la mobilisation. Traditionnellement, l’abstention diminue au second tour. Le plus probable est que ce soit le cas encore cette fois, en raison de la forte médiatisation, de la personnalisation autour des Le Pen et de quelques figures nationales de droite et du centre (la gauche a été plus prudente…), du vrai suspense et de l’enjeu structurel (un FN en position de contrôler de véritables et importants lieux de pouvoir, car même les mairies de Toulon ou, aujourd’hui, de Béziers, ne relev(ai)ent pas de FN « pur jus »).

Bien entendu, toute la question est de savoir à qui le surcroît de mobilisation peut profiter. Si ce supplément de participation n’atteindra probablement pas les 5 points des régionales de 2010, 2 à 3% peuvent largement décider du sort de 8 régions.

Logiquement, la mobilisation, qui a été moins forte à gauche (et de moins en moins forte au fur et à mesure que l’on passe de l’extrême-droite à l’extrême-gauche), ne devrait profiter ni à la droite ni au FN. En outre, ce dernier, qui a déjà mobilisé fortement ses électeurs, a probablement atteint ses limites. Enfin, la matraquage médiatique (en recul, néanmoins) sur le « danger FN » et sur la thématique du « réveil » et du « barrage » peut porter ses fruits, d’autant plus si la région possède un électorat CSP+, insider, et d’autant plus si la figure FN en cause est médiatisée (ainsi, la candidate FN en BFC ou même celui du Centre-Val-de-Loire peuvent être plus « à l’abri » d’une mobilisation supérieure que les Le Pen) , comme l’ont prouvé certaines élections partielles.

Toutefois, il n’est pas impossible, même si moins probable, que la perspective de voir les plus médiatiques des dirigeants du FN l’emporter puisse créer un appel d’air sur des abstentionnistes qui se sentiraient le « devoir » d’aider la « dernière solution que l’on n’a pas essayée ».

Il est également possible que la désaffection ou la déception ayant atteint également la droite classique face aux divisions internes et au manque de renouvellement et d’enthousiasme ne soient que passagers et dégèlent quelques abstentionnistes pour la droite classique.

Lorsque des sondeurs testent le report des abstentionnistes du premier tour sur le second, ils trouvent

  • soit un impact équilibré (Opinion Way, 29 mars 2015, pour les départementales: 9% en plus à gauche et 9% à droite en cas de duel -le reste persistant dans l’abstention; 11/8 en cas de duel droite-FN; 10/8 en cas duel gauche-FN; 7/7/7 en cas de triangulaire gauche-droite-FN),
  • soit un petit avantage à l’adversaire du FN (CSA, 29 mars 2015, pour les départementales: 14/6 en cas de duel gauche-FN, 16/6 en cas de duel droite-FN).

Quoi qu’il en soit, l’effet d’un surcroît de participation est totalement impossible à prévoir et il n’est pas possible de faire autrement que de l’ignorer.

2. Il reste à évaluer les reports de voix d’un tour à l’autre. Les mécanismes à l’oeuvre sont multiples et complexes et varient d’une élection à l’autre, mais il est possible d’essayer de construire une matrice de report des voix (quitte à ce qu’elle soit lamentablement infirmée par la réalité de dimanche prochain 😉 ).

Même si quelques farfelus votent pour une liste au premier tour et pour son opposé au second ou ne votent plus au second alors que leur liste du premier tour est présente, ce phénomène est négligeable pour la droite et la gauche parlementaires. Il est moins négligeable pour le FN. Il s’agit peut-être d’un reste de vote protestataire tel qu’il existait dans les années 1980 et 1990 (en tous les cas du temps de Jean-Marie Le Pen, qui n’a lui-même jamais voulu gagner et exercer de responsabilités, et avant le 21 avril 2002): le vote FN du premier tour n’est pas « sérieux », il s’agit d’ébranler le « système » et, dès que l’enjeu est réel, ces électeurs font le « vrai » choix ou retournent vers l’abstention pour ne pas se sentir responsables.

Les résultats globaux des sondages pour le second tour, donnent ainsi un léger avantage à la droite, en tous les cas un total  global supérieur à celui de la simple agrégation de LR, de l’UDI, du MoDem, des divers droite (y compris l’UPR) et même de l’intégralité de DLF:

  • selon IPSOS pour Le Monde (20-29 novembre, soit avant le premier tour mais avec un échantillon de 23 000 électeurs), gauche, droite et FN se ventileraient à 34/36/30,
  • selon Harris Interactive pour M6 (6 décembre, auprès de 1 029 électeurs), c’est 34/35/31, comme selon Odoxa pour Le Parisien (6 décembre, auprès de 2 193 électeurs);
  • en Ile-de-France, selon Odoxa (pour Le Parisien, 6-7 décembre, auprès de 1200 personnes), la gauche (40%) serait derrière la droite (42%) et le FN stagnerait (18%).

En second tour, la droite semble ainsi en mesure de reprendre quelques forces, après son très faible résultat du 6 décembre, peut-être par retour d’électeurs de droite (conservatrice ? catholique ? entrepreneuriale et commerçante ? agricole ? peut-être un mélange de tout cela; en tous les cas avec une orientation plutôt anti-européenne, de rébellion fiscale ou de volonté d’ordre et d’autorité), peut-être par rejet du gouvernement, peut-être par meilleur positionnement au 1er tour, l’ordre d’arrivée pouvant influer sur la psychologie de l’électeur et sur son anticipation du meilleur « rempart » anti-FN.

Voici le tableau des reports des électeurs PS-PRG, LR-UDI-MoDem et FN au second tour, pour les instituts intégrant le choix d’une nouvelle abstention (malheureusement, Harris n’a pu le faire puisqu’il s’adressait aux seuls votants, mais sa répartition des reports entre les seuls exprimés confirme celle mesurée par Odoxa et IPSOS):

Reports rég 2015.png

En complément (car la donnée est rare), les reports du 1er tour en Ile-de-France sont estimés par Odoxa comme suit:

Reports IdF rég 2015

Et parce que les données sont vraiment rares et toujours parcellaires, il convient de ne pas oublier les reports mesurés lors des départementales (j’y inclus les reports en cas de duel gauche-droite, qui permettent de confirmer des tendances sur les reports des petits partis et sur le vote des abstentionnistes de premier tour):

Reports départ 2015

De ces différents éléments, nous pouvons déduire les principes suivants:

  • comme indiqué plus haut, les abstentionnistes de 1er tour, lorsqu’ils votent au second, se reportent de manière équivalente au reste de l’électorat, sauf lorsqu’il y a un duel avec le FN, cas de figure dans lequel il semble y avoir un effet défavorable au FN; il est difficile de l’estimer et il faudra simplement garder cet élément en tête en cas de score très serré après application des reports aux votants du 1er tour;
  • la déperdition de voix est la moins forte pour la droite (près de 100% confirment leur vote), très légèrement plus élevée pour le PS (environ 95%), mais affecte le FN plus significativement (autour de 90%), ce dont il faut tenir compte, notamment dans une élection où le FN a fait davantage le plein de ses voix au 1er tour; un maintien des scores de la droite, une diminution de ceux du PS de 2% et une diminution de 5% de ceux du FN (attention, c’est bien 5% du pourcentage du FN qui sont ôtés et non 5 points de pourcentage…) paraissent raisonnables;
  • en cas de duel droite-FN, un report des électeurs PS à hauteur respective de 50% et 5% paraît réaliste: certes, il y a aura une mobilisation anti-FN, mais moins forte qu’en 2002, et, localement, l’aigreur risque d’être forte à l’égard du retrait imposé par Paris;
  • le report de l’extrême-gauche est faible; il l’est d’autant plus qu’il ne reste presque plus que des listes Lutte Ouvrière, avec un score national de 1,5% et donc un électorat pur et dur, largement anti-système et hors système; un report de 50% vers le PS est un maximum;
  • le report du FG sur le PS est plus important quand existe un risque FN; en l’occurrence, la médiatisation exclusive de la montée du FN efface quelque peu les chiffres du chômage et met les initiatives macroniennes en sourdine (tous éléments qui poussent l’électeur FG vers l’abstention); reporter 70% du FG sur le PS et 5% sur la droite paraît donc raisonnable en triangulaire, et 30% sur la droite et 5% sur le FN en cas de duel;
  • le report d’EELV est logiquement un peu plus favorable au PS, à hauteur de 80% (et 5% pour la droite), et à hauteur de 50% pour la droite et 5% sur le FN en cas de duel;
  • le report des divers gauche et des divers droite peut être estimé respectivement à 80 et 10% vers le PS et la droite et 5 et 90%, en cas de triangulaire; en cas de duel droite-FN, des reports respectifs de 50 et 5 et de 75 et 10 vers la droite et le FN sont envisageables; cela demande toutefois à être adapté aux cas locaux, en fonction de la nature du « divers » (dissidence franche ou formelle, souverainisme, centrisme, teinte régionaliste, etc.);
  • le report de DLF à hauteur de 5% sur le PS, 50% sur la droite (en raison d’une carte proche de la droite classique, qui semble confirmer un vote « protestataire » d’électeurs des Républicains) et 20% sur le FN peut être retenu, et probablement 60/25 en cas de duel droite-FN.

De manière complémentaire (et seulement utile, en partie, en Languedoc-Roussillon-Midi-Pyrénées), en cas de duel gauche-FN, les reports de la droite sur la gauche sont assez mauvais (et en recul avec le temps). De fait, on peut estimer que le volume de reports est équivalent vers le PS et vers le FN.

3. L’application de cette matrice bien artisanale doit encore être complétée des dynamiques en cours:

  • les perspectives de victoire du FN peuvent « libérer » des voix de droite pour le FN en LRMP, même si, vu le faible niveau de la droite au 1er tour, il est probable que l’aile la plus dure de la droite ait déjà migré vers le vote FN;
  • de même, un meilleur report de voix DLF et FG vers le FN est possible, si, psychologiquement, une barrière est franchie;
  • à l’inverse, la pression médiatique peut inciter davantage d’abstentionnistes à voter contre le FN, comme en 2002;
  • une « peur devant l’obstacle » et l’existence hypothétique d’un plafond de verre peuvent stopper la dynamique du FN; aux départementales de mars 2015, l’IFOP avait analysé qu’en triangulaire, le FN reculait de 1 à 2 points (mais cette donnée englobait aussi les nombreux cantons où il pouvait se maintenir sans être en tête; lorsqu’il était en tête, il était globalement stable) et qu’il gagnait « seulement » 5 points en cas de duel avec la droite (en net retrait par rapport aux gains des élections précédentes, lors desquelles il ne réalisait qu’au mieux 25% au 1er tour): cela confirme que, plus le FN est haut, moins il a de réserves de voix et plus, peut-être, la crainte d’une victoire fait coaguler le vote qui lui est opposé;
  • malgré sa forte dynamique, le FN se situe, au mieux, à peine au-dessus de 40%; les départementales ont montré qu’un minimum de 45% lui est plutôt nécessaire pour arracher la victoire;
  • pour la droite parlementaire, le mauvais résultat du 1er tour peut conduire à une désaffection comme à un sursaut; c’est davantage cette dernière option qui est probable au regard des expériences passées;
  • pour la gauche parlementaire, la fausse résistance du 1er tour peut encourager comme démobiliser; en réalité, je ne pense pas qu’il y a ait un effet prédominant; en revanche, dans la mesure où le PS reste bien le parti au pouvoir, le 2nd tour ne lui est en général pas favorable.

4. Les particularités locales ne devraient pas avoir d’effet majeur, sauf en ALCA et en BFC.

La liste Troadec en Bretagne (plutôt de gauche) ne changera pas le résultat final, déjà largement acquis.

La dissidence de Philippe Saurel en LRMP a largement échoué et ses électeurs ne se comporteront pas différemment de divers gauche classiques.

Le cas corse est trop délicat à pronostiquer finement et il s’agit davantage de faire une prédiction « avec les tripes ».

En ALCA, en revanche, il est difficile de déterminer le score -forcément écorné- que la liste Masseret décrochera finalement. En outre, la liste régionaliste (essentiellement alsacienne) est délicate à ventiler. Le plus raisonnable est d’en faire un intermédiaire entre DLF et divers droite: bref, un report à hauteur de 5% pour la gauche, 70% pour la droite et 20% pour le FN paraît envisageable.

Il convient également de relever la présence d’une liste MoDem autonome en Bourgogne-Franche-Comté (avec une probable répartition 50% droite/25% PS/10% FN) et de listes Alliance écologiste indépendante en PACA et en Bourgogne-Franche-Comté, dont le relatif succès montre qu’il persiste un malentendu dans l’électorat EELV: les Verts ne sont pas (plus) des environnementalistes, mais bien des représentants d’une tendance du gauchisme. Pour l’AEI, la répartition est extrêmement délicate, mais peut être envisagée à hauteur de 60/20/5 dans la triangulaire gauche-droite-FN en BFC et de 65/15 dans le duel droite-FN en PACA (en tenant compte d’un petit courant de « défense de la cause animale » à l’extrême-droite, qui avait même utilisé des petits partis faux-nez pour tenter de rassembler des électeurs d’autres horizons dans les années 1980 et 1990).

5. En tenant compte de la matrice de reports définie ci-dessus, sans tenir compte d’une mobilisation additionnelle, la carte régionale du second tour serait la suivante (avec indication des écarts inférieurs à 3 points par une flèche de retournement):

Pronostics 2nd tour reports voix stricts

Comme vous le constatez, contrairement à la dynamique qui semblait naître du 1er tour, les Le Pen vont probablement échouer sur le même écueil que dans nombre de cantons en mars dernier: elles n’ont pas de réserves de voix, notamment face à al droite. 40%, c’est une base encore insuffisante en duel, sauf si c’est contre la gauche, cas de figure inexistant aujourd’hui.

Néanmoins, les dynamiques à l’oeuvre, le surcroît de mobilisation, le désavantage du FN en duel (ou en situation hybride comme en ALCA) conduisent à des pronostics personnels plus « raisonnables »:

Régionales 2015 pronostics personnels 2nd tour

La région Bourgogne-Franche-Comté sera la plus disputée, même si les 7 autres incertaines se joueront probablement à peu de choses.

J’ai beaucoup hésité. Non pas que François Sauvadet soit un bon candidat (comme beaucoup d’autres à droite, il ne fut pas performant, qu’il s’agisse de candidats décalés politiquement comme Sauvadet et Morin, non enracinés comme Reynié et Calmels ou trop faibles politiquement face à leurs adversaires comme Estrosi, Vigier ou Richert), mais son adversaire socialiste n’est pas non plus excellente et la mobilisation supplémentaire devrait bénéficier à la liste LR-UDI-MoDem. Notons aussi que le FN a paradoxalement davantage de chances de gain en BFC (et, de manière moindre, en ALCA) qu’en PACA et en NPCP, à cause d’une situation de triangulaire équilibrée.

La position de Laurent Wauquiez paraît étonnamment solide (presque autant que celle de Bruno Retailleau en Pays-de-la-Loire). Il est clair qu’il est le seul candidat de droite à avoir réussi son élection, dans le contexte ambiant, et à avoir apporté une plus-value indéniable (ou, plus exactement, à avoir évité les moins-values enregistrées par toutes les autres têtes de liste de droite). En Ile-de-France, la droite est correctement placée, sans être dominante: la dynamique est bonne et la liste Pécresse mordra au centre, voire au centre-gauche.

La situation d’ALCA est singulière: en cas de vraie triangulaire, Florian Philippot serait la tête de liste FN la mieux placée nationalement pour l’emporter; mais, avec cette situation hybride, Philippe Richert devrait réussir à prendre la région: il lui suffit en fait de rassembler 5 points sur les plus de 16 de la liste Masseret du 1er tour, ce qui paraît tout à fait jouable.

Le PS doit pouvoir bénéficier de bons reports de voix en Normandie et Centre-Val-de-Loire, où ses scores de premier tour sont mauvais, surtout dans cette dernière. La position de leader d’Hervé Morin peut peut-être lui permettre de surperformer au second tour mais ce sera très difficile pour lui. Dans le Centre, il faudrait que la droite reprenne vraiment beaucoup de voix au FN.

Les victoires de Xavier Bertrand et de Christian Estrosi seront limitées et quelque peu « honteuses »: ils ne les devront qu’à la gauche…

Si ces pronostics s’avéraient justes (no way…), la gauche et la droite parlementaires pourraient se satisfaire, mais ce serait bien superficiel: la droite contrôlerait la moitié des régions et aurait gagné Ile-de-France, ARA, NPCP et PACA, les plus importantes; la gauche aurait préservé 6 régions, de manière assez inespérée. Pourtant, ces résultats ne seraient dus qu’aux configurations de 2nd tour, aux découpages pré-électoraux et au plafonnement du FN au tour décisif.Si le FN gagne 5% à chaque élection, il y a bien un moment où cela se verra nettement…

Les paris sont ouverts dans les commentaires…

J’essaierai de prendre le temps de publier la géographie électorale du premier tour d’ici le week-end.

Bilan du premier tour des élections régionales 2015: victoire des sondages et du FN, échec lourd de conséquences pour la droite, résistance en trompe-l’œil du PS

Je ne reviendrai pas sur l’échec, désormais habituel, de mes pronostics :P. En revanche, beaucoup d’enseignements peuvent déjà être tirés des résultats d’hier.

1. Les sondages nationaux ont été d’une grande fiabilité. Pour rappel, la physionomie des derniers sondages était la suivante:

Moyenne derniers sondages 1er tour

A cette heure, sur la base des totalisations nationales du ministère de l’Intérieur, les résultats sont les suivants:

1er tour rég 2015

Au niveau local, c’est plus contestable, mais les rapports de force globaux et l’ordre d’arrivée étaient justes même dans des régions délicates à estimer (Auvergne-Rhône-Alpes, Normandie). Seule la Bourgogne-Franche-Comté a été plus délicate pour certains sondeurs, mais ce n’est pas forcément étonnant.

Comme en 2012, il faut donc insister sur le fait que, lorsque les médias critiquent les sondages, ce n’est que parce que leurs propres attentes médiatiques sont fausses, car non fondées sur les évolutions les plus récentes des sondages, ne tenant pas compte de la mobilisation différentielle des électorats ou ne tenant pas compte des évolutions en cours, alors que les sondages, de fait, s’arrêtent 3 jours avant le jour du vote. Il est en outre assez rare de voir souligner la qualité des estimations, lorsqu’elle est réelle.

2. Malgré les grands discours sur le sursaut de participation, l’abstention atteint 50,1%, contre 53,7% au premier tour en 2010, 49,8% au second tour de 2010 et 49,8% au premier tour des départementales de mars 2015. Il n’y a donc là rien d’exceptionnel, même si, marginalement, cela n’a pas avantagé la droite.

En revanche, il est clair que, comme anticipé, les attentats ont joué en faveur d’une petite sur-mobilisation du FN (le sondage Harris Interactive pour M6 du jour du vote montre que 29% des électeurs du FN considèrent qu’ils ont eu un impact sur leur motivation de vote).

De même, l’anticipation d’une victoire FN a probablement amené à une mobilisation un peu plus importante de l’électorat PS (dans le même sondage, 29% des électeurs socialistes ont été motivés par le score anticipé du FN).

Cela explique donc que, contrairement au phénomène constaté lors des municipales et européennes de 2014 et des départementales de 2015, le PS se soit maintenu par rapport aux anticipations sondagières (et même très légèrement amélioré, grâce aussi à un petit vote utile de la gauche de la gauche), ainsi que le FN. En contrepartie, la droite et le centre ont légèrement sous-performé, contrairement à ce que ce blog prévoyait (pour une fois qu’il n’était pas entièrement pessimiste sur la droite, il faut que ce soit en ce 6 décembre… :P).

3. Le résultat de la droite et du centre est également venu d’une bonne tenue de DLF (et de l’UPR, au score faible mais présent partout). Ce point est passé sous silence par les médias, mais le parti de Nicolas Dupont-Aignan a clairement mordu sur l’électorat Républicains-UDI, ainsi que le montrera la géographie électorale (en préparation sur ce blog).

Les candidats FN « performants » (la tante, son mari et la nièce, mais aussi le protégé) ont limité l’emprise de DLF dans leurs régions. Le seul candidat de droite à avoir réussi pareil résultat est clairement Laurent Wauquiez (nous y reviendrons).

4. L’interprétation médiatique de l’ordre d’arrivée, comme prévu, fait du FN le grand gagnant, alors même que l’ensemble droite-centre n’est pas loin.

Le PS est considéré comme ayant limité les pertes, alors même qu’il est menacé dans de nombreuses régions. L’ensemble de la gauche est présenté comme le premier bloc, alors que les divisions y sont profondes et les électorats plus distants qu’auparavant, sauf en cas de vote anti-FN.

La perspective est faussée, comme anticipé, par les couleurs portées sur les cartes et leurs surfaces respectives. Elle est faussée par un mode de scrutin proportionnel donnant une prime à la liste arrivée en tête.

5. Il n’en reste pas moins (et nous y reviendrons plus en détail encore en publiant rapidement la géographie électorale des grands ensembles) que la droite et le centre subissent un revers grave:

  • toutes les formations de la droite gouvernementale (hors souverainistes purs) ont été rassemblées, pour n’atteindre que 27%,
  • la droite et le centre ont très peu de réserves de voix et reprendre au FN ce qu’il a dérobé risque de faire perdre des électeurs modérés qu’un PS décalé au centre (au moins en termes de positionnement apparent, avec Manu Militari et Manu Macron, pour couvrir le sécuritaire et l’économique respectivement) ne cesse de guigner,
  • l’opposition officielle d’un gouvernement aux résultats catastrophiques et d’un président ayant atteint des records d’impopularité dépasse de peu le quart de l’électorat ou, en tous les cas, n’atteint pas le tiers s’il lui est adjoint DLF,
  • l’opposition officielle est rejointe, pour un scrutin largement national, par l’autre opposition, celle-là dirigée contre le système en son entier,
  • le débat reste entier sur l’optique à adopter: droite ferme et régalienne pour éviter les fuites vers DLF et le FN/droite modérée pour ne pas laisser échapper les électeurs du marais central sensibles au « vallsisme »; débat décliné sur le plan tactique et électoral en « ni (front républicain) ni (front national) » contre désistement anti-FN; ce n’est pas que ce débat puisse ou même doive être tranché, mais il continuera de polluer l’année 2016 pour la droite, grâce au jeu machiavélo-mitterrandien de François Hollande, jouant de manière classique du FN pour mettre la pression sur la droite,
  • ce débat permettant aux affrontements personnels de trouver une motivation supplémentaire; or, aucune ligne ne semble avoir l’avantage, même si, localement, les têtes de liste UDI ou Républicains modérés déçoivent plutôt (Normandie, BFC, Centre-Val-de-Loire, d’un côté, ALCA, de l’autre) tandis que Laurent Wauquiez s’en sort bien, de même que, plus faiblement, Bruno Retailleau; ce constat n’est cependant peut-être lié qu’aux personnalités et aux campagnes, non aux orientations de fond (après tout, en PACA et en NPCP, l’échec est sévère, tandis que la droite résiste correctement en Ile-de-France et ALPC avec des candidats plus modérés).

Ce premier tour des régionales 2015, s’il n’est pas compensé par un regain de mobilisation et le gain des régions Ile-de-France, ARA et ALCA au second tour, risque donc d’avoir de lourdes conséquences sur une droite et un centre encombrés de présidentiables (même si Xavier Bertrand et Christian Estrosi sont évidemment hors jeu, mais avec un Laurent Wauquiez qui pourrait se sentir poussé s’il fait figure de rescapé; j’anticipe mais notons une vraie curiosité: il est le seul à réaliser plus de 50% dans un département: en l’occurrence le sien, la Haute-Loire, mais c’est assez significatif).

6. Pour le PS, la tentation est grande de se contenter des 3 régions déjà acquises et de voir tout gain supplémentaire comme une belle victoire. Sa résistance (déjà analysée précédemment et bien mise en scène par le PS et préparée par le président) est en réalité moins significative qu’il ne paraît:

  • il perd simplement moins que la droite et le centre et il n’est fort que de l’insigne faiblesse du camp opposé,
  • mais il recule de nouveau dans ses baronnies locales, ce qui diminue son ancrage local, qui était sa force principale des années 2000,
  • l’éloignement entre électeurs de la gauche de la gauche et électeurs de centre-gauche semble s’accentuer, rendant délicats les bons reports de voix et ancrant davantage la perspective de candidatures FG, EELV, voire autres, à la gauche du PS en 2017; les attentats et surtout le « risque FN » étant des éléments qui cachent en partie le désamour des électeurs qui se considèrent de la vraie gauche à l’égard de l’orientation libérale en économie et conjoncturellement fortement sécuritaire;
  • la tentative de dissolution des Verts par François Hollande n’est pas, à ce jour, couronnée de succès; certes, EELV est le premier perdant par rapport aux régionales de 2010, mais il avait à l’époque sur-performé parce que l’électeur anti-sarkozyste n’était pas satisfait du PS; or, faire quitter EELV par les Placé, Rugy, Pompili et consorts -le président pensant ruiner les perspectives de candidature Duflot- n’a fait que laisser la structure aux mains de l’aile gauche,
  • il perd l’essentiel de ses ancrages populaires et se retrouve à la tête d’une coalition électorale quelque peu hétéroclite et à la merci partielle d’une candidature Juppé (ou d’une candidature Bayrou en cas de victoire sarkozyste à la primaire de la droite et du centre).

7. Pour le FN, le succès est clair, mais il apparaît quelque peu surestimé, l’interprétation étant influencée par le succès de ses figures principales, presque toutes engagées dans les régionales, contrairement aux autres partis (et singulièrement le PS, mais aussi LR, qui a finalement beaucoup délégué à l’UDI):

  • le niveau absolu du FN reste inférieur à 30%, sans réelle réserve de voix autre que les reports par défaut que la gauche contre la droite ou, plus fortement, la droite contre la gauche pourrait assurer dans un duel de second tour; le FN franchit toutefois les seuils année après année ou, plus exactement, décennie après décennie: 10%, 15%, 20%, 25%, 30%, avec une certaine accélération depuis 2011;
  • sans qu’il soit forcément question d’un plafond de verre, il est clair que, plus le FN monte, plus la pression médiatique et le « barrage » du système sera virulent, surtout si la perspective d’une victoire en 2017 n’est plus une simple invention théorique;
  • il semble atteindre ses limites: les sondages Harris et Odoxa (pour Le Parisien) du jour du vote montrent que, si les électeurs PS et LR du premier tour se reporteront logiquement sur leur propre candidat au second tour (entre 90 et 100%), ceux du FN sont légèrement moins nombreux à le faire: 88% entre cas de triangulaire et même 82% en cas de duel droite/FN; cela signifie qu’il reste un part de vote simplement protestataire au FN, même si elle a fortement reculé, ou, plus précisément, qu’un vote protestataire plus nouveau (plus « bourgeois », similaire au mini-succès de DLF et conjoncturel, lié à la crise des migrants et aux attentats du 13 novembre) s’est fait jour et que ces électeurs retourneront, au tour décisif, vers la droite;
  • plus il s’élargit, plus le FN risque de se diviser; toutefois, la dynamique positive permettra sûrement à toutes les tendances de cohabiter au moins jusqu’en 2017 et l’équilibre quasi-parfait des scores en NPCP et en PACA y contribue; ce sont quand même des « problèmes de riche ».

Cependant, les éléments favorables prédominent à l’évidence:

  • le FN poursuit sa « nationalisation« , à la fois géographique et sociologique, gagnant même dans les CSP+ et se développant dans toutes les zones rurales, même dans la moitié ouest; seules les métropoles les plus mondialisées résistent;
  • les petites listes souverainistes ou d’extrême-droite sont marginalisées (même Jacques Bompard en PACA) soulignant la force du vote tactique du FN, déjà marquée par la certitude de vote pour le FN, qui est la plus forte exprimée avant l’élection (et que confirment les sondages du jour du vote, avec un vote FN acquis le plus en amont de tous les partis – c’est le vote EELV ou FG qui était le moins solide, en apparence, tout du moins);
  • il continue de créer la division dans les forces du « système » et de structurer le débat politique et électoral;
  • il peut encore « marcher sur ses deux pieds« , entre Marine et Marion, nord et sud, gauche et droite, ce qui en fait, en forçant un peu le trait, le nouveau parti attrape-tout, statut que le PS avait connu en 1988 et l’UMP en 2007; de manière complémentaire, sa montée légitime ceux qui hésitent encore à voter pour lui et qui pourraient d’autant plus facilement sauter le pas que la « bonne conscience » médiatique se fissure, est moins efficiente ou devient même un motif de rejet du « système ».

8. En ce qui concerne le débat sur les retraits de listes, en dehors de mon erreur de prévision (largement due à une bonne part de naïveté résiduelle…), il est clair que le président joue un jeu de billard à 3 bandes, en sacrifiant, pour préserver la seule chose qui l’intéresse dans la vie (le premier tour de 2017), le PS dans deux régions emblématiques (les corons du Nord et Marseille, quand même! Il fut un temps pas si lointain où les fédérations de Mollet, Mauroy et Defferre faisaient la SFIO…).

En PACA et en NPCP (j’y reviendrai), la dynamique FN est trop forte, la droite n’a que très peu de chances de l’emporter. Pourquoi, donc, ne pas se donner le beau rôle dans le camp « républicain » et mettre la pression sur la droite, dans un jeu classique depuis l’utilisation (certains diraient la création, mais c’est excessif; l’entretien et l’accélération, sûrement, en revanche) de la montée du FN par François Mitterrand dès 1984-86 (manifestations de SOS-Racisme, mode de scrutin proportionnel aux législatives de 1986 et aux régionales de 1986 et 1992) ? La défaite du « camp républicain » ne pourra être que la faute de la droite puisque la gauche aura fait son devoir « moral ».

La ficelle étant, hier soir, un peu grosse, la région ALCA a été ajoutée, au moins en apparence. Car il n’est pas exclu que le PS national ait été amené à afficher une position de retrait, avec en parallèle une entente à coups de SMS entre président et tête de liste Masseret (vieille connaissance s’il en est…) pour, de fait, ne pas se retirer. Jean-Pierre Soisson fut coutumier de faits équivalents, en son temps… Ainsi, coup double: le PS est vertueux, mais Florian Philippot bat la droite.

En effet, pourquoi le PS ne poursuit-il pas la logique jusqu’au bout et ne se retire-t-il pas en Bourgogne-Franche-Comté (où le FN est en position de gagner), dans le Centre-Val-de-Loire (où il est très menaçant) et en Normandie (où il est fort sans être très haut, mais où le PS est derrière la droite et le centre) ? C’est d’autant plus « étonnant » qu’il s’agit à chaque fois de têtes de liste UDI, moins « suspectes » que le premier Estrosi venu… Et le total des voix de gauche n’est pas un argument, puisqu’en NPCP, la gauche est devant la droite.

Bref, la « morale » s’arrête là où commence l’intérêt électoral. Tout cela est de bonne guerre, mais c’est surtout le révélateur que les médias ont commencé de se réaligner politiquement (en sens inverse, l’analyse du score de LR par Le Figaro vaut son pesant) et le feront pleinement à partir de janvier prochain, sur la lancée de la propagande anti-terroriste officielle depuis 3 semaines. Encore une bonne nouvelle pour le président qui, sur ce front, n’est menacé que par Alain Juppé.

9. Nicolas Dupont-Aignan ne se désiste pas en faveur de la droite et refuse toute fusion; il ne donne aucune consigne. Visuellement, ce n’est évidemment pas une bonne nouvelle pour Valérie Pécresse ou pour la droite en Normandie, Centre-Val-de-Loire et ALCA, notamment. Toutefois, cette annonce est à relativiser.

Encore faut-il que tous ses électeurs soient atteints par l’information. Encore faut-il ensuite qu’ils respectent le positionnement de leur candidat. Or, il est bien connu que ces « consignes » (de surcroît une… absence de consigne) sont de peu d’effets par rapport à ce que les électeurs avaient/ont déjà décidé.

Au cas d’espèce, le « gros » sondage IPSOS antérieur au 1er tour (le seul se penchant sur DLF) donnait un report, au 2nd tour, vers la droite à hauteur de 47%, vers le FN à hauteur de 29%, vers la gauche à hauteur de 7% et vers l’abstention à hauteur de 17%. Ce sondage a été réalisé entre les 20 et 29 novembre et DLF y faisait 3,5% des intentions de vote: cette matrice de reports est donc tout à fait réaliste et sera intégrée dans les futurs pronostics.

10. Le programme de la semaine est donc simple: il sera loisible d’effectuer des pronostics dès mardi soir, après clôture des dépôts de listes pour le second tour (en ALCA, sans la gauche, Richert serait favori; avec le maintien de la gauche, il perd très probablement). Les sondages comportant des matrices de report de voix (Harris mais malheureusement sans prévoir la possibilité d’une abstention; Odoxa; IPSOS d’avant le premier tour; les sondages IPSOS, IFOP et Odoxa relatifs aux départementales, déjà cités ici).

Les autres jours de la semaine permettront d’établir la cartographie départementale du premier tour par grands ensembles et un retour sur la sociologie, à partir du traditionnel sondage IFOP du jour du vote et, s’il est publié en intégralité, du sondage IPSOS.

Premier tour des élections régionales 2015 – moyenne des sondages pré-électoraux et premiers résultats

NOTA BENE: ce post sera actualisé tout au long de la soirée et de la nuit. Rendez-vous en fin de post pour les ajouts et dans les commentaires pour ceux qui veulent discuter (votre premier commentaire est forcément modéré, mais une fois approuvé, les commentaires suivants s’affichent sans autorisation a priori – même si sous surveillance vigilante 😉 )

Pour cette soirée électorale, moment toujours béni même en période de difficultés ou de tristesse, il convient de rappeler ce que j’avais déjà publié ces jours derniers, à savoir les éléments de participation pertinents:

Participation-abstention 2010-2015

A 12h, la participation, aujourd’hui, était de 16,27 %, contre 16,07 % en 2010. Autant dire qu’il n’y a aucune évolution depuis 2010 et que le niveau des départementales de mars n’est même pas atteint.

Il faut être prudent: en fonction des dimanches, la participation peut être en retrait à 12h, en progrès à 17h, encore à un autre niveau à 20h, ou l’inverse. Mais, fondamentalement, il n’y a aucun « sursaut démocratique » ou « républicain » en termes de participation. Back to basics, retour à la normale et ces usual results sont plutôt, en théorie, une bonne nouvelle pour la droite et une mauvaise pour le PS et le FN. Si vous avez suivi les posts précédents, vous aurez deviné que les personnes âgées et les retraités sont allées voter, certains des catégories modestes sont retombés dans l’abstention et attendent le second tour et les jeunes rebelles ont préféré cuver la vodka-orange d’hier soir et continuer d’écouter Eagles of Death Metal: on ne peut pas résister sur tous les fronts, hein!

Pour ce qui est des résultats nationaux que nous découvrirons à 20h, voici les éléments de comparaison à avoir en tête. En premier lieu, les résultats des régionales de 2010:

Résultats 1er tour rég 2010

Ensuite, les moyennes des derniers sondages publiés:

Moyenne derniers sondages 1er tour

La moyenne de tous les sondages publiés cette dernière semaine ne comprend que ceux des instituts ODOXA, ELABE, IPSOS et Harris Interactive. Tous ont été réalisés depuis le 29 novembre. La moyenne pondérée en fonction de la taille de l’échantillon est très peu différente et donne une bien plus grande place au sondage IPSOS, qui réunissait 8000 personnes interrogées contre le millier habituel. Enfin, la moyenne des derniers sondages de chaque institut permet d’intégrer également Opinion Way, TNS-Sofres et l’IFOP. L’écart reste fort limité.

Visuellement, les médias insisteront, au niveau national, sur la 1ère place: le FN est-il devant la droite et le centre ? Même si le FN est derrière d’un demi-point, ce sera présenté comme une mini-défaite pour celui-ci, alors que ce sera une forte déception pour un ensemble rassemblant quand même Les Républicains, l’UDI et le MoDem. Ceux qui ont connu l’ensemble RPR-UDF des années 1970 en riront bien (éventuellement jaune).

Toutefois, si la droite parvient à dépasser les 30% ou même les 32%, ce sera un faible soulagement pour elle. En dessous de 30, ce sera de mauvais augure pour l’année 2016, qui verra alors des déchirements terribles.

Au-dessus de 25%, le FN pourra se prétendre gagnant. Mais s’il ne parvient pas à dépasser les 28%, cela signifiera qu’il marque le pas par rapport aux européennes de 2014 et aux départementales de 2015. Il ne pourra alors compter, pour l’avenir, que sur la division de la droite pour devenir la principale force d’opposition. En dessous de 25%, ce serait une contre-performance, bien entendu. Au-delà de 30%, la dynamique mariniste serait assez difficile à arrêter, car de nouveaux « plafonds de verre » auront été et seront brisés.

Les médias compareront peut-être aussi le niveau du PS à celui de 2010, en oubliant toutefois les listes « union de la gauche » de l’époque. Bref, si le PS se rapproche de 20%, ce sera une vraie déconvenue, alors que le président parade sur le porte-avions et en champion  de l’air pur. S’il dépasse les 25%, il pensera que tous les espoirs sont permis, mais probablement à tort: si ce résultat est obtenu par un écrasement de l’ensemble FG-EELV en dessous de 10%, cela signifiera que l’électorat centriste n’est pas au rendez-vous, malgré l’état d’urgence, Macron, les Rafale et le discours vallsien sur les ennemis de la République.

Les résultats régionaux, que j’essaierai d’analyser dès qu’ils parviendront au cours de la soirée et de la nuit, seront tout aussi importants, mais ne retiendront pas les grands titres de la presse écrite demain, car il faudra faire des additions à plus de quatre termes. J’y reviendrai, mais les différents pronostics publiés depuis le lancement de ce blog vous renseigneront utilement.

Restez à l’écoute!

AJOUT 17h20: la participation à 17h, contrairement à 12h, est bien en hausse par rapport à 2010: 43,01% contre 39,29%. Peut-être nos jeunes rebelles ont-ils émergé après la 17e sonnerie du réveil, vers 14h30, ou nos catégories modestes se sont-elles dit qu’il fallait renverser le système, après un bon repas dominical avec l’oncle Jules… 😉

Près de 4 points de participation supplémentaire, c’est significatif par rapport à 2010. Toutefois, on a déjà vu des évolutions favorables à 17h se transformer en faible progrès de la participation à 20h. En outre, par rapport aux départementales de mars, le score est identique… Je ne tablerais donc pas encore sur un « sursaut démocratique ». Si sursaut il y a, il a déjà eu lieu en mars, après les attentats de janvier, et la situation n’a pas changé depuis. Je ne penche donc toujours pas pour une remontée du FN (par rapport aux sondages) et du PS (par rapport à mars 2015). Réponse à 20h…

Participation-abstention 2010-2015

AJOUT 19h: bien entendu, les dépêches commencent d’insister sur une participation en hausse, « trois semaines après les attentats ». Si les élections pouvaient être comme les médias, éminemment prévisibles…! A 49-50% (fourchette des instituts ayant publié des estimations à cette heure), l’abstention sera donc comparable aux départementales de mars dernier. Certes, normalement inférieure aux régionales de 2010, mais supérieure à celles de 2004. En outre, j’insiste sur le fait que la physionomie intraday de la participation est très élastique d’une élection à l’autre.

A cette heure, je doute que le FN soit en tête. Mais il n’y aura pas non plus de vrai vainqueur, c’est le plus probable: une droite en tête faiblement, un FN pas aussi haut que prévu mais quand même fort, un PS pas vraiment sauvé, une gauche de la gauche émiettée et décevante, des divers droite ne parvenant pas à se faire entendre. Je prends des risques!

Evidemment, la participation semble plus forte dans le Nord et sur le pourtour méditerranéen et plus faible dans les grands centres urbains. Mais cela peut tout aussi bien signifier une mobilisation anti-FN là où il a été signalé en tête et là où sont présentées les représentantes de la famille Le Pen. Wait and see

AJOUT 20h40: Comme d’habitude, le rédacteur de ce blog s’est bien trompé… Je devrais demander la nationalité américaine.

Plus sérieusement, car les pronostics sont bien moins intéressants que les résultats et les analyses, les sondages ont été finalement d’une grande précision, si les estimations actuelles des instituts et les résultats partiels du ministère de l’intérieur sont confirmés.

L’ensemble droite-centre apparaît en léger retrait d’un point. Le PS réalise un gain d’un demi-point environ, mais pris, comme prévu, sur l’ensemble EELV-FG, en léger déficit. Enfin, le FN, qui est bien en tête, réalise une performance en haut de la fourchette des sondages pré-électoraux et c’est bien lui qui a profité du léger surcroît de participation.

Aucun institut n’a eu raison sur les différents ensembles partisans. IPSOS semble être le meilleur en moyenne, avec Opinion Way également assez proche. Mais il n’y a pas d’institut qui se soit réellement trompé ou qui afficherait un biais net et problématique pour la suite. Il s’agit ici uniquement des seuls sondages nationaux (en précisant que BVA, CSA, Polling Vox et, évidemment, ViaVoice et YouGov n’en ont pas publié) et un point devra être fait quant aux sondages régionaux.

Rendez-vous plus tard pour des estimations des dynamiques à l’oeuvre en régions, mais le second tour sera difficile pour Laurent Wauquiez et le FN est très bien parti en ALCA, à ma grande surprise. Au vu des niveaux atteints par le FN en NPCP, en PACA et en ALCA, il n’est pas improbable qu’il soit aussi menaçant en Normandie et Bourgogne-Franche-Comté, voire en LRMP.

Pour ce qui est des fusions et des retraits, il est fort probable, comme prévu, qu’il n’y en ait pas, même si ce sont les têtes de liste qui, localement, pourront décider. Reynié en LRMP pourrait désobéir à Sarkozy; le PS pourrait réfléchir en ALCA. Prudence donc.

AJOUT 21h20: Le FN semble très bien parti pour le second tour en Bourgogne-Franche-Comté en ALCA (en plus de PACA et NPCP, déjà quasi-gagnées). Il est très menaçant en Centre-Val-de-Loire, ce qui est une très mauvaise nouvelle pour la droite. La Normandie semble en revanche trop difficile à gagner pour le FN, de même que LRMP.

Le paysage est très délicat pour la droite et le centre, qui n’est vraiment « tranquille » qu’en Pays-de-la-Loire. L’Ile-de-France sera difficile à arracher, sauf si Dupont-Aignan appelle explicitement à soutenir Pécresse, ce qui est peu probable. L’ARA est peut-être hors de portée.

Le PS a tout intérêt à jouer de ce découpage régional machiavélien (probablement la seule réussite de Hollande, cette fois à la hauteur de Mitterrand sur le gerrymandering: c’est toujours ça! 😉 ) pour laisser la droite se faire plumer par le FN en ALCA, BFC, voire Centre. En se maintenant partout, le PS perdra moins que la droite ne perdra.

Certes, il faudra compter avec un éventuel sursaut « anti-FN ». Il sera toutefois d’ampleur limitée, sauf matraquage médiatique massif. Néanmoins, il convient de ne pas oublier que le FN est probablement au maximum de sa mobilisation. C’est ce qui permettrait à la droite et au centre de sauver le Centre-Val-de-Loire, mais c’est tout.

AJOUT 23h50: décidément, c’est une mauvaise soirée pour les pronostics 😛

L’annonce du PS de retirer les listes mais seulement en NPCP et PACA est la marque du machiavélisme tacticien de François Hollande. Si la gauche voulait vraiment faire barrage, elle se retirerait également en ALCA, en BFC, voire en Centre-Val-de-Loire, régions où le risque FN est réel. Ainsi, le futur candidat socialiste essaie d’étouffer la droite entre lui et le FN: en PACA et NPCP, l’avance et la dynamique des Le Pen sont telles qu’une victoire de la droite, avec des Estrosi et Bertrand physiquement et psychologiquement ravagés et des électeurs de gauche qui se reporteront au mieux à 55% sur la droite (cf. les sondages sur les reports aux départementales, sur lesquels ce blog reviendra dans la semaine), est peu probable. En revanche, le maintien du PS en ALCA, en BFC et en Centre fera perdre la droite, soit de manière certaine (en ALCA et même BFC), soit de manière hypothétique (Centre).

En attendant, Les Républicains passent pour des alliés objectifs du FN et on peut déjà imaginer la renaissance des divisions au sein de la droite entre Juppé, NKM, l’UDI et Bayrou d’un côté, Sarkozy, Fillon, Wauquiez, Le Maire, de l’autre. Le PS peut même se payer le luxe de redorer son image auprès des « bobos », de son électorat de CSP+, voire des centristes du MoDem ou des centristes honteux de l’UDI et de l’aile dite humaniste de LR: tous éléments favorables en Ile-de-France et en ARA. Ce premier tour tourne donc à la défaite complète de la droite (qui est trop basse pour éviter le débat « front républicain or not front républicain »), à la victoire réelle du FN et à une forme de satisfaction, à la Pyrrhus certes, de François Hollande.

J’essaie de publier rapidement des cartes électorales départementales.

Derniers sondages nationaux pour les élections régionales 2015 – Quels pronostics finaux ?

1. La dernière série de sondages nationaux comprend Harris Interactive, Odoxa et IPSOS, qui ressort un sondage « grand format » (8 053 sondés, après les quelques 24 000 de la semaine précédente: IPSOS reviendrait-il à son heure de gloire de 2007 ?). Harris (qui fut aussi bon que l’IFOP en 2012, si vous avez suivi mon blog « sondages2012 ») affiche un léger tropisme en faveur du PS et de la gauche qu’il faudra analyser au vu des résultats de dimanche et alors que les autres instituts sont vraiment comparables (sauf Opinion Way, toujours légèrement biaisé vers la droite).

Les intentions de vote se sont désormais stabilisées, entre 28 et 30% pour le FN, entre 27 et 29% pour Les Républicains, l’UDI et le MoDem, entre 22 et 24% pour le PS, entre 10 et 12% pour l’ensemble FG-EELV.

Sondages nationaux pour les élections régionales 2015

Graphique sondages régionales

Graphique sondages régionales blocs.png

Ces graphiques compilent tous les sondages nationaux relatifs aux régionales. Les voici rapidement listés :
ELABE pour Marianne des 22-23 septembre,
ODOXA pour BFM-TV et Le Parisien des 24-25 septembre,
Opinion Way pour LCI et Metronews des 7-9 octobre,
ELABE pour Atlantico des 13-14 octobre,
TNS-SOFRES pour RTL, LCI et Le Figaro des 13-23 octobre,
IPSOS pour France 3 des 30 octobre-2 novembre,
Opinion Way du 13 novembre (non publié),
Harris Interactive pour 20 Minutes des 17-19 novembre,
Opinion Way pour LCI et Metronews des 18-19 novembre,
TNS-SOFRES pour RTL, LCI et Le Figaro des 20-23 novembre,
IPSOS pour France 3 des 21-24 novembre,
IFOP pour Le Journal du Dimanche des 23-25 novembre,
Harris Interactive pour 20 Minutes des 24-26 novembre,
IPSOS pour Le Monde et le CEVIPOF des 20-29 novembre,
IPSOS pour France Télévisions et Radio France des 29 novembre-2 décembre,
ELABE pour Les Echos, Radio Classique et Alila des 1er-2 décembre,
Harris Interactive pour 20 Minutes des 1er-3 décembre,
ODOXA pour Le Parisien et BFM-TV du 3 décembre.

Seule véritable nouveauté sur la dernière semaine: un effritement de DLF et une légère remontée des listes « autres ». Il est bien difficile de dire si ces évolutions sont réelles, car comprises dans les marges d’erreur et le « bruit » statistique. Elles reflètent peut-être l’existence d’un petit 1 à 2% qui cherche son positionnement, sans vouloir voter FN, tout en voulant rejeter le « système ».

2. Effectuer un pronostic personnel, c’est prendre le risque de se tromper, comme cela arrive très souvent au rédacteur de ce blog… Toujours pessimiste pour la droite, prenant souvent en compte trop de critères subtils qui déforment ses prédictions au niveau infranational, tentant de corriger ses propres biais en en introduisant d’autres, j’ai choisi de raisonner davantage en « dynamiques », de fond ou conjoncturelles. Voici donc ce que je me risque à prédire :

Aquitaine-Limousin-Poitou-Charentes : l’avance de la liste Rousset et les fondamentaux de la gauche dans la majeure partie de la région sont trop forts pour qu’elle échappe au PS, quels que soient les relais médiatiques de la protégée d’Alain Juppé.

Bretagne : l’aura de Jean-Yves Le Drian, l’érosion de la liste Troadec et le maintien certain d’une liste FN au second tour ne laissent aucun espoir à la droite.

Pays-de-la-Loire : la campagne dynamique de Bruno Retailleau, sa capacité à ratisser assez large, des Vendéens du bocage jusqu’aux centristes de Mayenne, et l’irritation de la gauche de la gauche sur Notre-Dame-des-Landes lui assureront une victoire normalement sans trop de difficultés, même si la région n’est plus aussi à droite que dans les années 60 ou 70.

Centre-Val-de-Loire : la dynamique reste favorable à la droite, qui ne fait pas une mauvaise campagne, tandis que les socialistes ont subi beaucoup de déconvenues et de divisions locales qui font qu’ils maillent moins le territoire. Ce sera un peu une victoire par défaut, car le FN devrait encore progresser en zones rurales et dans les villes moyennes.

Normandie : il s’agira d’un des résultats les plus serrés ; toutefois, la modération normande devrait conduire les électeurs anti-FN à se rallier à la liste arrivée en tête, qui devrait être celle d’Hervé Morin, au regard des probables surestimation du PS et sous-estimation de l’ensemble LR-UDI-MoDem. Même si l’exposition médiatique de Nicolas Bay augmente, le « vote utile » devrait l’empêcher de l’emporter, malgré les progrès en zone rurale à attendre.

Ile-de-France : alors que Valérie Pécresse n’était pas forcément la candidate la mieux placée à droite, le choix de Claude Bartolone se révèle décalé par rapport à une situation régionale fortement affectée par les attentats du 13 novembre et par rapport aux réflexes combinés des « bobos » et du Medef, qui soutiendront le candidat « central » le mieux placé face à un FN en progression dans des villes traumatisées ou dans les couronnes extérieures de la région. La droite devrait donc l’emporter, même de peu, dans cette région essentielle pour la coloration de la soirée électorale du 13 décembre.

Nord-Pas-de-Calais-Picardie : le suspense s’est éteint et Marine Le Pen va se retrouver bien embêtée en devant gérer la fusion de ces deux régions. Sûrement prétextera-t-elle l’entrée en campagne présidentielle pour passer la main. Xavier Bertrand sera la première victime de la primaire de la droite et du centre ; il n’avait, ceci étant dit, aucune chance réelle de s’y imposer, la comparaison avec François Hollande (ancien 1er secrétaire du PS pendant 11 ans, positionné légèrement plus au centre du parti que DSK et n’appartenant pas, en apparence, à l’ »élite mondialisée « ; donc prêt, à l’époque, à gagner même sans l’affaire du Sofitel) ne tenant pas. Mais c’est un autre sujet sur lequel nous reviendrons avec avidité.

Alsace-Lorraine-Champagne-Ardenne : malgré la notoriété et la progression de Florian Philippot, il a déjà déçu électoralement. En outre, l’implantation de la droite et du centre est forte et généralisée. Enfin, Philippe Richert peut convaincre les électeurs urbains de le soutenir contre le risque FN. En tenant compte d’une légère sous-évaluation de la droite, celle-ci ne devrait pas avoir trop de difficultés à l’emporter.

Bourgogne-Franche-Comté : dans un des affrontements les plus serrés, le discutable François Sauvadet devrait être en mesure de rallier des électeurs modérés à sa liste, notamment ceux du MoDem, pour écarter la menace du FN, dont l’encadrement n’est pas forcément de grande qualité.

Auvergne-Rhône-Alpes : ce sera un résultat serré et en même temps très important, car il contribuera à colorer (un peu) différemment la soirée du 13 décembre, pour la gauche ou la droite, même si l’Ile-de-France aura une importance supérieure. Le positionnement personnel de Laurent Wauquiez peut le desservir et pousser des électeurs centristes à rallier les « socialo-écolo-bobos » pour faire face à un FN assez dur en Rhône-Alpes. Toutefois, il a su rassembler assez largement, mener une campagne active, il peut compter sur l’usure de Jean-Jack Queyranne et sur les divisions internes au PS avec un Gérard Collomb peu solidaire et il est probablement un peu sous-estimé dans les sondages. Malgré cela, sans menace FN forte, les électeurs de gauche voudront battre et faire battre l’ambitieux quadragénaire et je table sur une victoire de justesse du PS.

Provence-Alpes-Côte-d’Azur : l’avance de Marion Maréchal-Le Pen semble assez solide. Le choix de Christian Estrosi n’était évidemment pas le bon, trop bourgeois pour Marseille, trop vulgaire et positionné trop à droite pour les électeurs plus modérés d’Avignon ou d’Aix, trop inconstant et cherchant trop l’exposition médiatique pour les électeurs hésitant entre lui et la méthodique MMLP, qui constitue une menace très importante pour l’unité et l’avenir des Républicains.

Languedoc-Roussillon-Midi-Pyrénées : la faiblesse de la campagne de droite et du centre-droit fait que la liste Reynié est coincée entre PS et FN. Dans la mesure où le dissident Saurel est en perte de vitesse et où la liste EELV se ralliera au PS, Louis Aliot a peu de chances de gêner une victoire socialiste, même moins importante qu’initialement escompté.

Corse : « joker » ! Plus sérieusement, il est bien possible que les autonomistes, s’ils sont rassemblés, gagnent par défaut, même si une droite réellement unie au 2nd tour pourrait l’emporter.

Régionales 2015 pronostics personnels

Bon, ces pronostics sont évidemment destinés à évoluer à l’issue du premier tour, ce qui me permettra peut-être d’éviter le ridicule en Normandie, Bourgogne-Franche-Comté et ARA.

Pour ce qui est de l’Outre-Mer, là, c’est franchement au-dessus de mes forces…

N’hésitez pas à faire vos propres pronostics dans les commentaires !

 

Derniers sondages nationaux pour les élections régionales 2015 – Quelle interprétation des futurs résultats du premier tour ?

Pour commencer, je peux actualiser les graphiques détaillé et par blocs de tous les sondages nationaux réalisés jusqu’à ce jour. Les derniers sondages IPSOS et ELABE ne changent pas fondamentalement les tendances récentes relevées :

effritement des listes LR-UDI-MoDem au profit du FN et, marginalement, de DLF,

léger mouvement de vote utile de la gauche de la gauche vers le PS.

Sondages nationaux pour les élections régionales 2015

Graphique sondages régionales

Graphique sondages régionales blocs

Ces mouvements issus des événements du 13 novembre dernier semblent toutefois stabilisés.

Les constats nationaux n’excluent pas des dynamiques locales différentes ou accentuées :

la progression du FN semble plus forte dans les régions où il est en retard, mais c’est aussi un effet d’optique, de comparaison par rapport à des précédents sondages régionaux plus anciens,

le PS semble s’éroder dans les régions où il partait favori, stabilisé là où il était déjà faible et un peu plus compétitif dans les régions disputées (Normandie, Bourgogne-Franche-Comté, ARA),

– la droite se comporte mieux là où elle était faible, mais semble en difficulté dans les régions disputées (Normandie, BFC, ARA, voire ALCA).

La droite risque ainsi de pâtir d’une trop grande dispersion de son électorat, avec des scores corrects mais inutiles dans les régions où elle n’a aucune chance, non compétitives. C’est la démonstration du découpage électoralement intelligent des nouvelles régions par un président Hollande attentif à la petite cuisine du gerrymandering (charcutage électoral), ainsi que le post d’avant-hier l’explicitait. Les suffrages de la gauche et du FN sont plus concentrés et répartis plus efficacement sur le territoire au regard des nouvelles frontières régionales.

Quant à la participation, même si certaines enquêtes font état d’une plus grande volonté affichée de mobilisation des sondés, l’abstention brute telle qu’elle est mesurée par les instituts posant la question plus clairement et de manière moins alambiquée (sans référence aux attentats, au « réveil démocratique » et autres fadaises), reste équivalente à celle des départementales de mars 2015 et pas véritablement en diminution par rapport aux régionales de 2010.

Toutefois, il est certain qu’il faudra surveiller l’évolution de la participation lors de la journée de dimanche. Pour rappel, voici les taux de participation à 12 heures et 17 heures et le taux final d’abstention pour les précédentes régionales (2010) et les toutes récentes départementales (2015) :Tableau abstention 2010 2015Quels autres éléments suivre dimanche pour tenter d’analyser correctement les résultats du 1er tour ?

1. Le monde politico-médiatique ayant sa logique propre, souvent déconnectée de la réalité, l’interprétation est quasiment plus importante, au moins à court terme et dans son influence sur les dynamiques en cours, que la réalité des résultats eux-mêmes. Elle dépend de plusieurs facteurs d’ordre général.

L’aspect visuel de la carte électorale sera évidemment très important, car les médias aiment les schémas simples, les couleurs vives, les images animées et, malheureusement, le citoyen se contente souvent d’une perception imposée et d’origine extérieure ou personnelle mais trop superficielle et rapide.

Pour avoir la « vague » que les médias veulent vendre à chaque élection, la Creuse et la Lozère et la Meuse réunies, pourtant désertes, « pèsent » davantage, en termes de superficie, que toute l’Ile-de-France. Autant les médias sont incapables de renseigner subtilement une carte des circonscriptions un soir d’élections législatives ou des cartes cantonales un soir d’élections départementales, autant remplir 13 (ou même 12 si la Corse est exclue) blocs sur une carte de France est à la portée de n’importe quel stagiaire vaguement graphiste de France Télévisions. Il a déjà été question de la masse rose que vont représenter l’ALPC et le LRMP et qui imprimeront une image mentale, tant chez les citoyens que chez une partie des commentateurs et analystes, ce qui minimisera probablement la défaite du pouvoir en place.

Par ailleurs, les résultats sont toujours analysés par rapport aux anticipations réelles ou reconstruites après coup. Le PS a ainsi minutieusement fait jouer des attentes minimalistes dans ses contacts officieux avec la presse, ce qui permettra de présenter la conservation d’ARA ou d’Ile-de-France, voire de BFC ou de Normandie, comme des exploits herculéens. Le message médiatique sera que « c’est moins pire que prévu ». De même, le FN saura présenter toute région gagnée comme un succès métahistorique.

Or, l’anticipation rationnelle et l’analyse réelle, c’est que la tripolarisation rend de nombreuses régions incertaines (ARA, Ile-de-France, BFC, Normandie, en particulier) et que l’interprétation devra être mesurée en raison même de situations serrées potentiellement assez nombreuses. Sinon, le risque sera d’un commentaire excessif comme ceux sur l’effondrement du Labour ou sur l’éclatante victoire de Cameron au printemps 2015.

Les résultats seront aussi perçus au travers du « story telling » que les médias aiment bien développer, l’intérêt commercial primant alors sur l’orientation politique et/ou rédactionnelle. Ainsi, la « progression inexorable » du FN sera probablement mise en avant, avec « à suivre dans le prochain épisode, la conquête de l’Elysée ». Le gouvernement y aura d’ailleurs intérêt afin de minimiser les quelques gains de la droite, de la gêner et de tenter de s’imposer comme le « moi » dans « moi ou le chaos ».

2. Dans la perspective du 2nd tour, une analyse plus spécifique des résultats du 1er tour devra être bien évidemment menée.

Un premier critère résidera dans les reports potentiels entre listes avec, essentiellement, la question déjà abordée de la déperdition des voix de la gauche de la gauche en ce qui concerne le PS et celle du report des voix de DLF vers le bloc de droite-centre-droit ou vers le FN. Malheureusement, seul un sondeur (IPSOS), dans l’enquête d’ampleur menée du 20 au 29 novembre auprès d’un échantillon total de 24 139 personnes, s’est penché sur la question. Sur le moyen terme, en revanche, la question n’a pas été posée systématiquement depuis septembre.

Cependant, l’enquête IPSOS permet de relever, par rapport aux reports mesurés en mars lors des départementales et indiqués dans le post d’avant-hier :

– la confirmation d’un report de l’extrême-gauche vers le PS à hauteur de seulement 56 % (32 % ne choisissant pas et 7 % allant sur le FN), ce qui n’est quand même pas négligeable au regard d’une extrême-gauche à un très faible niveau et donc normalement composée de « purs et durs »; ce chiffre est cependant classique,

– une légère amélioration des reports de la gauche de la gauche vers le PS, comme anticipé hier : les électeurs FG se reporteraient à 72 % sur le PS et les électeurs EELV à 79 % : c’est environ 10 points de plus que lors des départementales, où seuls les duels gauche-FN parvenaient à mobiliser au-delà de 70 % les électeurs FG-EELV ; l’essentiel des autres électeurs FG et EELV ne choisissent pas au 2nd tour,

– un report mitigé pour la droite des électeurs DLF (47 %), le FN prenant sa part non négligeable (29 %) et trouvant là une modeste réserve de voix, en sus du vote « révolutionnaire » de quelques extrémistes de gauche ou de l’appoint d’une poignée d’abstentionnistes (l’essentiel du reste des électeurs DLF ne choisit pas au 2nd tour).

C’est d’ailleurs un point à relever, par rapport aux développements d’hier sur la forte mobilisation des électeurs FN et leur motivation entière dès le 1er tour et plus élevée, désormais, que celle de n’importe quel autre parti : cette situation a un revers en cas de triangulaire, à savoir que le FN n’a que très peu de réserves de voix. Ce serait différent en cas de duel, comme cela fut le cas lors des départementales. Le FN est donc avantagé par le mode de scrutin et par la configuration politique au 1er tour (comme aux européennes), mais pas au 2nd (qui se rapproche alors de la configuration de 1er tour des départementales).

De plus, l’élargissement de l’électorat FN, notamment son rajeunissement et sa « popularisation » font qu’il intègre des catégories traditionnellement plus abstentionnistes que l’électorat CSP+ du PS, d’EELV ou les contingents de retraités de la droite.

En dehors du résultat absolu, l’ordre d’arrivée des listes au 1er tour sera important, car il créera une dynamique (momentum), accentuée par la présentation des gros titres, l’affichage médiatique et l’approche de plus en plus synthétique et simplifiée des événements politiques par les médias et par beaucoup de citoyens eux-mêmes. Sur le fond, cet ordre d’arrivée pourra exercer une « pression » au désistement de la liste la moins bien placée pour affronter le FN. Mais ce phénomène ne devrait jouer qu’à la marge, l’avance des dames Le Pen semblant irrattrapable et la situation en Normandie, Bourgogne-Franche-Comté et Alsace-Lorraine-Champagne-Ardenne ne nécessitant pas de désistement pour battre le FN.

En revanche, une frange d’électeurs adoptera d’elle-même une attitude de « vote utile », d’autant plus que les têtes de liste en mesure de gagner seront acceptables par le camp d’en face : deux candidats UDI en Normandie et BFC, un Républicain modéré en ALCA, un socialiste modéré et discret en Normandie. L’ordre d’arrivée et l’écart entre droite et gauche sera donc essentiel pour l’analyse, région par région, du bloc qui bénéficiera de ce vote anti-FN.

A l’inverse, il n’est pas impossible que ce vote utile soit compensé, en tout ou partie, par une dynamique FN, dans les régions où il arriverait nettement en tête (en dehors de NPCP et de PACA, les régions LRMP voire ALCA sont à surveiller), qui aboutirait à « libérer » des électeurs, de gauche mais surtout de droite, de leurs dernières préventions à le rallier.

L’analyse locale se focalisera sur les régions compétitives, disputées :

– en Ile-de-France, l’écart entre les listes de droite et du PS devra être suffisant (plus de 10 points) pour que Valérie Pécresse ne soit pas rattrapée ; si le PS venait à terminer derrière le FN, il serait fini ;

– en Centre-Val-de-Loire, la configuration est similaire, le PS étant encore davantage en difficulté s’il termine 3e derrière le FN ;

– en Auvergne-Rhône-Alpes, il en est de même pour Laurent Wauquiez ; si celui-ci déçoit au 1er tour, en n’ayant pas une avance nettement supérieure à 5 points, il sera sans doute défait au 2nd ; si le FN passait devant le PS, Laurent Wauquiez serait en revanche fortement aidé ; de même, une liste de la gauche de la gauche au-delà de 10 % pourrait gêner le PS en le forçant à un accord déportant celui-ci vers sa gauche ;

– en Normandie et Bourgogne-Franche-Comté, c’est l’ordre d’arrivée qu’il faudra regarder, notamment entre droite et FN (le PS n’étant pas en mesure de finir mieux que 3e) : si le FN est en tête, cela peut paradoxalement avantager le candidat UDI par effet de vote utile de la part des électeurs de gauche ; l’écart entre gauche et droite sera également important, si la droite veut maintenir suffisamment de dynamique entre les deux tours ;

– en ALCA, l’arrivée du FN en tête au 1er tour peut, de la même manière, agir comme un catalyseur d’un soutien d’électeurs de gauche à la liste de droite ; en revanche, si Philippe Richert arrive à devancer ou à égaler le FN dès le 1er tour, il ne sera pas inquiété ;

– en Languedoc-Roussillon-Midi-Pyrénées, le score de la liste Onesta (qui peut dépasser les 10 % et est devenue manifestement la seule liste en dehors du « tripole » à pouvoir le faire en France continentale) et, accessoirement, celui de la liste Saurel, seront à surveiller pour estimer les difficultés éventuelles d’entre-deux-tours pour Carole Delga ; toutefois, en ces moments d’ »union nationale », il est peu probable qu’une division rédhibitoire se mette en place ; seul un score très important de Louis Aliot dès le 1er tour, au-delà des 35 %, pourrait lui permettre d’être une menace réelle ;

– en PACA, si l’écart est suffisant et/ou si le niveau absolu du FN est aussi élevé que dans les sondages, MMLP sera proche de la victoire.

Dans les autres régions, le suspense est très faible : la situation de la liste Troadec par rapport au seuil des 10 % peut être surveillée en Bretagne, même si son message gaucho-régionaliste est assez inaudible en ce moment et s’il risque quelques déperditions de la frange très rebelle de son électorat au profit du FN ; la ventilation des voix en NPCP aura évidemment une influence sur le débat national d’entre-deux-tours sur le « front républicain », mais pas sur les résultats locaux.

A cet égard, comme aux départementales, il y aura une effervescence médiatique et politique autour des désistements, retraits, fusions et autres fronts républicains. Dans la mesure où, de part et d’autre, il n’y a pas de réel souhait en ce sens au-delà des incantations de principe et où, de toute façon, ce serait un cadeau pour le discours et le positionnement du FN, il y a aura très probablement des triangulaires dans toutes les régions de France continentale. La droite pourra dire qu’elle est devant le PS, le PS pourra dire que le total gauche est au-dessus de la droite, les listes EELV et FG seront systématiquement en-dessous de 10 % et n’auront donc pas leur mot à dire : tout sera réuni pour que le débat s’éteigne sans résultat mardi soir, après avoir obstrué tout le champ médiatique jusqu’au dépôt des listes pour le 2nd tour.

3. Enfin, l’analyse des résultats devrait se faire par comparaison avec les élections régionales précédentes (2010): Tableau résultats rég 2010

Ainsi, au regard des sondages du moment, l’ensemble droite-centre-droit devrait peu progresser, voire stagner, ce qui n’est évidemment pas satisfaisant pour ce qui constitue normalement la principale force d’opposition au gouvernement et au président. L’échec risque d’avoir des conséquences très négatives sur le déroulement de l’année 2016. Ce blog y reviendra.

L’ensemble des gauches devrait s’effondrer de 10 à 15 points, ce qui est très mauvais, mais s’explique aisément par l’impopularité sans précédent et les performances jugées déplorables, tant sur les thèmes marqués à gauche que sur les thèmes plus « libéraux », du président et de son gouvernement.

Le principal gagnant serait alors le FN, en mesure de gagner une quinzaine de points. La base de départ lui est favorable, puisqu’il n’avait pas, en 2010, complètement récupéré de son traumatisme de 2007 et que le chef déjà vieillissant n’en finissait déjà plus de partir.

Même si la droite fait mieux que dans les sondages (ce qui est normalement le plus probable), son petit succès sera éclipsé par la forte victoire du FN. D’un certain point de vue, pour François Hollande, ce sera mieux que rien.

Ces analyses globales permettront surtout de déterminer en quoi le combat pour 2017, qui débutera dès le 1er janvier 2016, sera modifié. Sans anticiper, il est clair que la lutte est désormais celle pour l’unique place restante face à Marine Le Pen en mai 2017. Ce blog y reviendra longuement.

En attendant, après les dernières publications de sondages de ce vendredi, je ferai demain un pronostic personnel d’avant 1er tour, afin de justifier une tradition désormais bien établie… celle qui veut que je me trompe toujours en matière d’élections françaises…