Interruption

Je sais que ce blog compte quelques lecteurs fidèles. Sa fréquentation en mai-juin et depuis le mi-août est honorable et en progression, mais les vrais fans restent peu nombreux. Ce sont ces derniers que je prie particulièrement de bien vouloir m’excuser d’avoir suscité quelques espoirs que je vais décevoir aujourd’hui en suspendant/interrompant ce blog.

Le silence de ces deux derniers mois était certes du à des vacances bien remplies et à une activité hors écran naturellement plus importante qu’en plein mois de janvier…

Toutefois, depuis la mi-août, je dois reconnaître que la perspective d’une année scolaire chargée sur le plan personnel (notamment en compensation permanente, auprès de mes enfants, du naufrage méthodiquement organisé depuis 40 ans, et en « accélération », du système d’enseignement en France…) me dissuade de poursuivre la mise à jour de ce modeste blog.

Surtout au regard de l’évolution fort décevante et de plus en plus vide (y compris sur le plan purement tactique, électoraliste et « politicien ») du paysage politique français: la relance de la savonnette Macron (nouveau! parfum pêche), avec un certain succès, qui ne laisse pas de m’effarer; l’évolution sondagière Sarkozy-Juppé depuis août, simplement liée à un lancement médiatique et à une « attente » artificielle, mais sans aucun fond, c’est-à-dire aussi infondée que l’émergence de Trump; les pâmoisons des bobos et du business et les ouvertures d’un J.C. Lagarde vers Macron; l’atomisation absolue de la gauche, conséquence ultime du « poisson qui a pourri par la tête », entendez le zéro égocentrique et désinvolte qui sert de PR; l’incertitude sur nombre de candidatures importantes jusqu’en février, phagocytant le lancement de la vraie campagne, envoyant les hypothèses sondagières dans tous les sens et rendant le suivi d’un indicateur agrégé beaucoup moins pertinent; l’influence croissante des médias, alors que leur incapacité quasi-généralisée à l’impartialité, à la pondération et à la distance entraîne la disparition des médias qui ne sont pas « d’opinion »; l’impudeur des politiques, y compris dans leurs tactiques et leurs coups bas, qui se font quasiment en direct, rendant moins utile l’analyse et/ou la spéculation; la nullité croissante de l’électeur moyen, ballotté au gré des modes, prêt à moutonner malgré ses dénégations et ses grandes envolées critiques sur le « système » et pourtant insatisfait; la multiplication des candidatures d’un quart d’heure, à la recherche d’une gloriole warholienne; la disparition quasi-totale de la mémoire politique des électeurs et la substitution définitive des réflexes à la réflexion; le succès du toupet et de la mauvaise foi, qu’ils viennent d’un Sarkozy, d’un Copé, d’un Montebourg ou d’un Valls; la fin du sens commun et l’avènement de la volatilité en toutes matières…

Bref, alors que je dois me consacrer à ma famille, que je suis en retard dans mes lectures et ma culture, que quantité d’autres « missions » m’attendent, le spectacle désolant des médias et de quantité d’électeurs et l’atomisation et le déclin franc du paysage politique français (mais aussi américain, avec un Trump ayant « bousillé » la primaire républicaine et nous ayant frustrés d’une belle année électorale, même pas compensé chez les démocrates avec un affrontement caricatural entre une « machine » et un démago à l’européenne; mais aussi européen lorsque l’on voit la caricature des paysages politiques grec, italien, espagnol, voire allemand) ne m’incitent pas à faire l’effort de dormir un peu moins pour vous faire part de spéculations et d’analyses qui ont perdu de leur originalité et de leur intérêt et qui risqueraient d’en perdre encore davantage avec la motivation déclinante de votre serviteur.

Je suis désolé de faire ainsi « faux bond », ce que j’exècre. Mais il ne s’agissait ici que d’amusement et l’éventuel « engagement moral » de publier était faible. Je déçois cependant un certain nombre d’attentes (et je me déçois moi-même…), mais ce serait encore moins bien de ne poster que très épisodiquement et « à l’arrache ». D’autant plus que le caractère vraiment très artisanal de mes petits graphiques, tableaux et cartes est de plus en plus insupportable lorsque l’on voit les moyens techniques et statistiques déployés chez Nate Silver (même si ce n’est pas un gage de succès… leur statut de pundits de plus en plus « installés » leur ayant fait « manquer » la primaire républicaine).

En bref, pour ceux d’entre vous qui verseraient une larme ou pousseraient un petit cri de colère, si vous voulez planter des aiguilles dans les poupées des responsables de mon forfait, voici les noms: Hollande, Vallaud-Belkacem, les patrons des rédactions de 90% des grands médias nationaux et… moi-même!

God bless you.

 

Géographie électorale, déroulement et suites de la primaire de la droite et du centre

NB: manquant quelque peu de temps ces jours-ci, je repousse un tantinet la publication d’un article sur la primaire de la gauche de gouvernement et je vous propose de patienter en publiant cet article en « stock », avec mon exercice préféré de spéculation cartographique…

1. La primaire de la droite et du centre est réellement lancée avec l’entrée en lice de fait de Nicolas Sarkozy, même s’il en repousse l’officialisation autant que possible. Il lui fallait aborder la coupure estivale en ayant fait entendre une musique différente et en fragilisant la domination juppéiste. C’est chose faite, en enclenchant le story-telling sur le bulldozer prêt à démarrer, le seul à savoir faire campagne, le seul à se démarquer du discours centré sur l’emploi et l’économie et à adopter la thématique différente de l’identité et de la nation (plutôt bien joué conjoncturellement avec le Brexit), l’underdog, l’outsider prêt à remonter et à créer la surprise.

Notons par ailleurs qu’il prend le même risque qu’en 2012, d’une certaine manière. Il est évident qu’il bénéficie des moyens du parti pour réaliser sa propre campagne. Après tout, si les autres candidats le laissent faire et si les adhérents ne s’en offusquent pas, il aurait tort de s’en priver… Le « Sarkothon » de 2012 avait été un grand succès et permis de faire avaliser par des militants politiques d’un parti particulier, a posteriori, de manière volontaire et en monnaie sonnante et trébuchante, les dépassements un peu délirants et réalisés en tous les cas sans aucune vergogne par son équipe de campagne présidentielle. Aujourd’hui, alors que l’on est à moins d’un an de la présidentielle, si Sarkozy est candidat, ses dépenses actuelles (ou plutôt celles de LR, au moins en partie puisqu’il y a bien sûr une partie de son activité qui est bien celle de chef de parti) devraient être prises en compte dans le calcul des futures dépenses de campagne présidentielle…

Bien sûr, Sarkozy peut compter sur le fait qu’on imagine mal un Conseil constitutionnel quel qu’il soit annuler l’élection d’un président en place; mais, avec une majorité désormais nettement « à gauche » au Conseil et une dérive italienne, voire sud-américaine, du système politico-médiatique français, est-ce que Sarkozy est si sûr de son fait sur ce sujet?

Bien sûr, si la primaire fait des bénéfices, cela reviendra au candidat et pourrait compenser des dépenses reconstituées, effectuées en tant que président de LR; mais cela voudrait dire que Sarkozy compte sur une participation massive à la primaire, favorable à Juppé, ce qui n’est pas cohérent…

En réalité, il est probable, comme dans l' »affaire » Bygmalion (qui est surtout un scandale pour les adhérents du parti, en réalité, l’argent public remboursé au candidat étant de toute façon plafonné), qu’il ne se pose pas de questions et se contente de « foncer ». L’apathie des autres candidats (Fillon et Mariton ont timidement saisi la Haute Autorité de la primaire, qui a encore plus timidement répondu), le précédent Copé (qui avait perdu, avait réussi à « gagner » ensuite grâce à la faiblesse de Fillon et avait finalement perdu en raison de la volonté de Sarkozy de « tuer » tous ses rivaux potentiels et de profiter du chaos interne de l’UMP, savamment entretenue) et l’absence de conséquences politiques de Bygmalion et du financement de la campagne 2012 lui donnent finalement raison du strict point de vue de la tactique manœuvrière…

L’absence déjà soulignée de ralliements massifs à Juppé de responsables de premier ou de second rangs montre la capacité préservée de Sarkozy à impressionner et à annihiler une grande partie de l’adversité.

2. Comme déjà évoqué dans ce blog, la dispersion des (intentions de) candidatures peut arranger Sarkozy transitoirement, dans la mesure où elle brouille le message de Juppé, Fillon et Le Maire. Cependant, elle peut aussi avoir un effet centrifuge sur son électorat naturel, les Copé, Morano, Lefebvre, Guaino, Myard, Didier,… ayant davantage d’emprise sur ses électeurs potentiels que sur ceux de Juppé.

A la fin, peu parviendront cependant à réunir les 20 signatures et j’ai déjà indiqué que cela devrait se jouer à 6, voire à 7 ou 8, mais pas davantage, Mariton et Guaino pouvant peut-être espérer accrocher les différents seuils de parrainage. Le nouveau-venu Henri Guaino risque d’être concurrencé par Myard mais aussi par Michèle Alliot-Marie, qui hésite entre primaire et candidature directe. Il faut aussi compter avec les rancœurs internes contre Guaino, trop « personnel » et qui avait bénéficié d’une circonscription législative que beaucoup auraient bien aimé récupérer…

Pour accroître son poids, Guaino menace aussi de se présenter directement à la présidentielle, comme MAM. Comme elle également, sa capacité à réunir les 500 signatures paraît néanmoins incertaine, alors que Dupont-Aignan est déjà sur le créneau souverainiste et gaulliste et qu’un petit candidat comme Asselineau peut lui « voler » quelques signatures.

3. Une autre question liée aux aspects techniques de la primaire réside dans ses suites, surtout si Sarkozy perd.

Celui-ci se résignera-t-il à ne pas être candidat et quelle sera son attitude ? La pression sera forte car l’électeur de droite est légitimiste et se pliera probablement au résultat officiel. Les apparatchiks ne voudront pas non plus d’une situation à la Royal 2007, avec un parti peu dévoué à la candidate. L’envie de revenir au pouvoir sera également forte.

Toutefois, la personnalité de Sarkozy peut rendre la question pertinente… Son envie de revenir est telle qu’il aura peut-être quelque difficulté à accepter le résultat d’une primaire dont il ne voulait pas et qu’il peut encore saboter de multiples manières… Un déroulement chaotique du premier tour (parce que le nombre de bureaux de vote réels serait inférieur aux promesses, par exemple, entraînant des incidents et de l’attente; les 10 337 bureaux prévus seront-ils bien tous mis en place et surtout effectivement tenus toute la journée par suffisamment de volontaires ?) pourrait déboucher sur une annulation ou un report du second tour, « à la haïtienne », une crise totale.

Même s’il se plie au résultat, n’essaiera-t-il pas de contribuer à la défaite de Juppé? C’est bien possible. Il sera toutefois marginalisé et n’aura que peu d’influence sur l’électorat, mais l’exploitation médiatique de ses aigreurs, confidences, soupirs, levers de sourcils pourrait être dévastatrice pour Juppé. Surtout si la structure LR s’en mêle.

Car, lorsque Sarkozy aura démissionné, à la fin août au plus tard, c’est le tandem Wauquiez (vice-président délégué)-Woerth (secrétaire général) qui contrôlera le parti. Dans un premier temps, cela assure une neutralité très bienveillante de la structure du parti à l’égard de Sarkozy pendant la campagne… Ensuite, après le 27 novembre, l’article 39 des statuts peut être difficile à appliquer, car l’alinéa 4 prévoit que c’est le candidat désigné qui propose l’organisation de la direction du mouvement au bureau politique.

Cependant, une défaite de Sarkozy ouvrirait réellement de nouvelles perspectives et les sarkozystes commenceraient de s’éparpiller et de rejoindre Juppé ou de conclure avec lui une alliance de raison et de circonstance. A l’inverse, Juppé aurait besoin de tous les réseaux et structures locales de LR et il ne pourrait remettre en cause trop d’investitures législatives déjà octroyées par Sarkozy (avec un certain succès local de ses partisans, apparemment, dès maintenant, face à une écurie Juppé insuffisamment organisée). La nouvelle direction provisoire de LR pourrait donc être un compromis.

Sans anticiper sur un futur article, Wauquiez (et Woerth, juppéo-compatible et même juppéiste à l’origine, même si meurtri, comme un vulgaire Baroin, de ce qu’il a estimé être un manque de soutien de Juppé lors de l’affaire Bettencourt) peut avoir intérêt à soutenir Juppé plus fortement que le PS et Hollande ne l’avaient fait à l’égard de Royal en 2006-2007. Car un futur président Juppé, engagé sur seulement 5 ans, trop porté à gauche, trop « impuissant », ouvrirait la voie à un positionnement de Wauquiez en candidat de « rupture », à l’identique de ce que Sarkozy avait réalisé sous le dernier mandat de Chirac, à l’égard de ce « roi fainéant »…

4. Venons-en au sujet principal du jour.

Malheureusement, cette primaire manque d’un aspect typiquement « américain », l’étalement du calendrier et la tenue d’élections successives dans les différents Etats. Six mois d’élections dans les différents départements français seraient la réalisation d’un rêve d’electoral nerd 😀  (avec l’Eure-et-Loir en Iowa et la Haute-Savoie en New Hampshire, par exemple !)… mais la réalité est plus dure; nous pourrons déjà être heureux si les résultats départementaux complets et fiables sont publiés après les 20 et 27 novembre prochains…

Quelles pourrait alors être la géographie départementale de la primaire ? Voici des tentatives pour le premier tour (en se contentant du candidat arrivé en tête)

Carte 1T primaire

 

et pour le second tour (dans l’hypothèse « classique » Juppé-Sarkozy)

 

Carte 2T primaire

L’exercice est plus délicat qu’il n’y paraît et il mêle cartographie et sociologie.

– Certes, l’électorat LR sera le cœur de celui de la primaire. Mais, déjà, cet électorat peut surprendre, si l’on se souvient de la carte Fillon-Copé de 2012. Pourquoi Copé avait-il autant réussi dans le sud-ouest, dans les Côtes-d’Armor, mais pas en Moselle ou dans le Pas-de-Calais ? J’avais alors émis de nombreuses hypothèses, mais l’une d’entre elles pourrait retrouver une actualité: les militants de droite impliqués, lorsqu’ils vivent depuis longtemps dans un département de gauche, perdant élection sur élection, peuvent avoir tendance à se radicaliser et à souhaiter un héraut plus combatif. Dans le Tarn-et-Garonne, la droite n’est pas forcément cassoulet à la base… (enfin, si, mais seulement sur le plan culinaire) D’une certaine manière, ce phénomène pourrait simplement expliquer que la carte Sarkozy épouse assez largement celle du FN, sans forcément que cela soit dû à un apport extérieur d’électeurs FN.

Au-delà de l’électorat LR, l’électorat « extérieur » peut contrecarrer les tendances du premier: les centristes empêcheront Sarkozy de prendre le Loir-et-Cher; le Rhône, l’Isère, l’Essonne, le Val-de-Marne voire les Hauts-de-Seine, départements urbains et de CSP+ favoriseront peut-être davantage Juppé, alors que l’électorat LR y est plutôt « dur ».

Dans les départements de gauche, la candidature Juppé ne sera pas forcément favorisée, car c’est davantage la nature sociologique et l’âge des électeurs qui sera en jeu. Dans l’Aude, on n’imagine pas un franc succès du vote Juppé… A l’inverse, des départements conservateurs ne tomberont pas forcément du côté de Sarkozy, si leur « européanisme » et la part des « élites » dans leur population les rapprochent de Juppé (Bas-Rhin ou même Rhône par exemple). Les départements « centristes » par nature (Pyrénées-Atlantiques, Bretagne) seront déjà sociologiquement plus enclins à rejoindre Juppé et l’effet sera donc plutôt cumulatif.

Plus généralement, il est peu probable que l’électorat FN et l’électorat de gauche se mobilisent fortement: signer une déclaration sur des « valeurs » et payer deux euros obligent quand même à un certain engagement personnel (en plus de faire l’effort de se déplacer dans un bureau de vote qui ne sera pas forcément tout près et qui sera éventuellement débordé et mal organisé…). En revanche, l’électorat centriste MoDem et UDI, ainsi que des personnes apolitiques ou « mouvantes », donneront quand même un léger avantage à Juppé. Le résultat se situera entre ce que les sondages annoncent pour l’électorat global et ce qu’ils annoncent pour l’électorat LR seul, plus proche de ce dernier, puisqu’en son sein, les sarkozystes se mobiliseront probablement davantage que les juppéistes, sans toutefois y être identique, la composante de l’âge et de la CSP, ainsi que la participation d’électeurs UDI privés de candidat, compensant (et probablement au-delà) le tropisme sarkozyste du cœur de l’électorat LR.

– En réalité, il est assez probable que la césure se joue sur quelque chose de similaire à la répartition « oui/non » des référendums européens de 1992 et 2005. Car le nœud du positionnement respectif des deux principaux candidats est là, même s’il ne s’agit en partie que de postures, les différences de fond n’étant pas si importantes (la pratique de Sarkozy est moins à droite que son discours, Juppé est historiquement plus à droite que son image actuelle): centre/périphérie, insider/outsider, euroréalisme/euroscepticisme, Europe/nation, intégration/assimilation, libéralisme/protectionnisme, urbain/péri-urbain,…

Cela devra être quelque peu mâtiné du vote en faveur de l' »enfant du pays » (d’où les seules occasions pour Fillon et Le Maire d’arracher des départements au 1er tour et la capacité de Juppé de gagner en territoire sociologiquement hostile, le sud-ouest intérieur, comme dans le Lot ou le Gers). En revanche, l’influence décisive de barons locaux paraît peu probable (même si Wauquiez a démontré à l’occasion des régionales une vraie plus-value personnelle en Haute-Loire) ou elle sera noyée dans la tendance générale du département (un Ciotti et un Estrosi dans les Alpes-Maritimes, un Baroin dans l’Aube ou un Bussereau en Charente-Maritime ne déplaceront pas des masses de voix d’un camp à l’autre). L’héritage chiraquien, à l’ouest du Massif Central, n’est en revanche pas à négliger.

Tous ces facteurs vont finalement se combiner et ce sera la participation relative des différents électorats qui décidera du résultat. Encore une affaire de mobilisation différentielle…

Beaucoup de départements seront passionnants à examiner, par exemple:

  • l’Isère tombera-t-elle côté Sarkozy, avec un électorat FN et de droite dure important dans les lointaines banlieues de Lyon et Grenoble et les territoires perdus aux extrémités des zones d’influence des deux métropoles, ou du côté des élites technologiques et universitaires avides de ski et de montagne, pro-européennes et aisées ?
  • la Marne suivra-t-elle Arnaud Robinet et la bourgeoisie rémoise ou champenoise, ou les paysans en difficulté, les militaires et les zones désindustrialisées et sinistrées de Châlons et de l’est du département (avec, en sens contraire, l’influence d’Apparu, histoire de « simplifier » le paysage…) ?
  • la Lozère suivra-t-elle la vieille tradition UDF rurale ou son électorat populaire des anciennes régions industrielles et minières ? Sera-t-elle plutôt Aveyron ou plutôt Gard ?
  • le Rhône verra-t-il gagner une coalition bourgeoisie conservatrice et catholique/électorat populaire oublié des couronnes lointaines de l’agglomération ou un mélange centrisme rural/électorat urbain bobo-écolo-moderniste ?
  • l’Eure suivra-t-elle le (probable) ralliement (personnel) de Le Maire à Juppé ou sa tendance FN de lointaine banlieue de Paris, de proche banlieue de Rouen et d’axe industriel de la Seine en difficulté ?

La Haute-Garonne (électorat populaire, esprit rebelle et rivalité anti-bordelaise vs tradition centriste, métropole moderne et tendance écolo-bobo), le Bas-Rhin (métropole pro-européenne vs conservatisme rural), la Meurthe-et-Moselle (métropole « éclairée », radicalisme et ouverture sur l’Europe vs électorat populaire des bassin miniers et industriels, droite tendance Morano et Debord et influence du FN), le Loir-et-Cher, la Val-de-Marne, etc., poseront des problèmes similaires.

Si les sondages de la primaire révèlent des évolutions significatives ou permettent, par miracle, de sentir quelle sera la physionomie de la participation et si les débats de l’automne changent la donne, ces cartes mériteront bien entendu d’être actualisées. Rien n’interdit aux lecteurs de ce blog de discuter et critiquer telle ou telle hypothèse locale, de faire leurs propres suggestions et d’établir leurs propres cartes 😉 .

Derniers sondages IPSOS et BVA pour le premier tour de la présidentielle 2017: faiblesse persistante de Hollande, stabilisation apparente de la droite, étiage élevé pour le FN

Sondage BVA pour Orange et la presse régionale, réalisé du 10 au 12 juin 2016 auprès d’un échantillon de 910 personnes sur un total de 1 001

Sondage IPSOS pour Le Monde et le CEVIPOF, réalisé du 13 au 22 mai 2016 auprès d’un échantillon de 1 134 personnes certaines d’aller voter sur un total de 19 455

Graphique sondages 1T 2017 Sarkozy-Hollande-Bayrou.png

Graphique sondages 1T 2017 Juppé-Hollande sans Bayrou.png

1. Bien sûr, l’affichage, à l’occasion du sondage BVA, d’un dépassement de Hollande par Mélenchon dans certains cas de figure ou, au moins, d’une égalité, est médiatiquement porteuse. Toutefois, l’écart s’étant déjà resserré, le croisement ponctuel des courbes n’était pas inatteignable. Comme lors du précédent resserrement, il convient de conserver une certaine distance et de constater que

  • les facteurs poussant Hollande à la baisse et Mélenchon à la hausse finiront par disparaître:
    les grèves et manifestations se dissolvent progressivement et, au plus tard, la coupure estivale et les bons vieux congés pays vont y mettre un terme;
    la « fronde » interne au PS ne s’incarne pas davantage qu’avant et ne peut se permettre d’aller jusqu’à risquer une crise politique majeure avec une chute du gouvernement, alors que les investitures pour les législatives commencent à se dessiner…;
    Hollande est tellement bas qu’il lui est difficile de poursuivre encore la décrue;
  • l’évolution sondagière à gauche connaîtra de nouveau l’enclenchement, comme en économie, de « stabilisateurs automatiques »:
    les électeurs de gauche modérée ne pourront rester insensibles à une trop longue période de faiblesse de leur candidat, même par défaut;
    l’émergence progressive du débat à droite dans le cadre de la primaire tendra à remobiliser l’électeur de gauche dans le cadre d’un vote utile, surtout si la primaire se focalise alternativement sur un programme économique libéral et sur un credo de défense de l’identité nationale, ce qui fait deux épouvantails pour le prix d’un pour le vieil électeur de gauche…

Mais, évidemment, l’affaiblissement partisan d’un Hollande déjà dépouillé de toute autorité internationale et nationale laissera des traces probablement rédhibitoires désormais. Il est difficile d’espérer gagner alors que l’on est déjà si faible en interne. Sa dérive sondagière ne peut en effet qu’entretenir l’agitation autour de Montebourg ou libérer encore davantage la parole de Hamon ou Lienemann et ne peut que le soumettre encore davantage aux divisions et aux pressions pour organiser une primaire.

Néanmoins, les fondamentaux restent:
les seuls en interne qui pourraient prétendre à la candidature, Montebourg et Valls, sont trop affaiblis dans les sondages ou ne susciteraient aucune unité suffisante (en particulier pas Montebourg, dont les aubrystes ne veulent pas et que les « frondeurs » n’ont pas réellement adopté, ainsi que nous l’avons déjà expliqué) pour inquiéter Hollande; ce dernier est trop faible pour gagner en 2017, mais reste suffisamment structuré en interne pour empêcher toute concurrence sérieuse;
à cet égard, la « victoire » prévisible en justice face au recours de 3 militants tentant de forcer l’organisation de la primaire du PS (les tribunaux refusant systématiquement de s’impliquer dans la vie interne des partis, malgré la clarté totale de ceux-ci au cas d’espèce: mais bon, une carrière de magistrat est si fragile…) confirme que la primaire n’aura jamais lieu, la godille permanente d’un Camabdélis qui contrôle totalement le processus et l’absence d’intérêt réel de quiconque à l’extérieur du PS à ce qu’elle soit organisée assurant bien que le président sortant n’aura pas à s’y soumettre.

2. La bonne santé de Mélenchon sera avérée s’il parvient à se rapprocher durablement des 20%. C’est peu probable et il convient de noter que son léger rebond tient aussi à l’extinction progressive de Duflot et pas seulement à la faiblesse insigne de Hollande. L’exploit mélenchonien est donc à relativiser, même si, en termes d’affichage, il reste appréciable pour lui.

L’absence d’émergence de Duflot, si elle était initialement, comme nous l’avons abondamment expliqué, un objectif de Hollande, est en train, comme anticipé, de finir par se retourner contre lui. Car l’hypothèse Hulot réémerge et est autrement plus dangereuse, en raison de son positionnement plus modéré et donc potentiellement plus concurrent de Hollande et en raison de l’effacement médiatique de Macron, qui laisse de nouveau un créneau libre pour un candidat (demi-) »surprise » (un peu sur le retour, mais les médias n’ont rien d’autre à se mettre sous la dent…).

Tout va être bon pour dissuader Hulot d’être candidat et l’intérêt de Cambadélis pour le personnage n’est certainement pas celui que nous décrivent les médias, au nom d’une soi-disant préférence pour une écologie moins punitive…

3. A droite, la stabilité est trompeuse. En effet, l’écart entre Juppé et Sarkozy tient maintenant uniquement à la présence ou à l’absence de Bayrou, qui reste un facteur incertain.

Surtout, la candidature Juppé semble s’essouffler:
– son équipe apparaît réduite et peu professionnelle; l’absence de ralliements de poids n’est bonne ni en termes d’image, ni en termes d’organisation; même si l’équipe Juppé en garde sûrement pour l’automne, c’est assez étonnant de voir que beaucoup d’élus continuent d’être très prudents, malgré les bons sondages de Juppé;
– les grèves et manifestations remémorent à beaucoup l’expérience douloureuse de l’échec humiliant de 1995 et de la difficulté personnelle de Juppé à le gérer; les mouvements actuels renvoient à la fois à la question de l’autorité (Sarkozy prenant alors un avantage comparatif) et à celle du renouvellement (Le Maire gagnant fortement dans les sondages qualitatifs sur le sujet);
– le mécontentement est tel à l’égard du pouvoir en place et les tensions, dues aux attentats et à l’agitation générale, sont telles que le sentiment de colère (qui a bénéficié à Trump, son électeur étant avant tout quelqu’un d’angry et de distrustful à l’égard de l’élite, en dehors de toute autre considération sociologique ou idéologique) devient plus prégnant à droite et favorise Sarkozy davantage que Juppé, qui ne peut « muscler » son discours (ce qu’il semble en train de commencer de faire) sans perdre un peu au centre;
– le dynamisme personnel de Sarkozy, l’arrogance naturelle de Juppé (toute justifiée qu’elle soit ponctuellement si elle s’applique à un Douillet, un Courtial, un Estrosi ou un Balkany…), l’accumulation, au cours du temps, de beaucoup d’inimitiés de la part de Juppé (et pas seulement de la part de l’opportuniste gâté qu’est Baroin), encore davantage que de la part de Sarkozy, et le moindre nombre de « vassaux » et de redevables de Juppé que de Sarkozy ne peuvent que bénéficier à ce dernier.

En plus de ces éléments structurels, Sarkozy bénéficie, en ce moment, de facilités de campagne réelles, par rapport aux petites écuries Juppé, Fillon et Le Maire; cette exploitation sans vergogne des moyens du parti rappelle celle de Copé en 2012 et il est incroyable que la naïveté des Fillon, Juppé et Le Maire se reproduise presque à l’identique. Le calendrier de candidature de Sarkozy, s’il présente le risque d’être trop tardif pour remonter tout son retard sondagier, fournit au moins l’avantage de lui permettre de trouver le créneau le plus porteur (la nation, l’identité, la sécurité), alors que tous ses adversaires ont déjà abattu leurs cartes et ont insisté sur des éléments moins favorables en termes d’opinion (la rigueur budgétaire, le libéralisme, la réforme institutionnelle ou la « méthode »).

Dans la mesure où l’été va vite venir, ces avantages conjoncturels ne seront peut-être pas suffisants pour Sarkozy. Mais ses adversaires ne devront pas oublier que Fillon avait dilapidé l’été 2012 et son avance dans son duel avec Copé, qui avait mis à profit la période pour labourer, s’organiser, structurer, faire le travail de l’ombre… Juppé semble en être conscient, qui parle sécurité, armée, terrorisme, autorité, laïcité, islam, etc. avec un peu plus d’entrain et de fermeté qu’il y a ne serait-ce que quelques semaines.

Bien entendu, il faut rappeler que les forces comparatives de Juppé persistent (electability, prédominance chez les électeurs âgés et CSP+ plus susceptibles de voter les 20 et 27 novembre, enjeu important d’une primaire qui sera peut-être la véritable élection, faveurs de l’oligarchie médiatico-intellectualo-politico-économique,…). De fait, son essoufflement est surtout sensible dans les sondages de popularité et dans les sondages qualitatifs (et dans le flux médiatique); l’effritement reste faible (primaire) ou inexistant (présidentielle) dans les sondages d’intentions de vote.

Mais le qualitatif précède souvent le quantitatif. Et la nouvelle progression de Le Maire dans les sondages qualitatifs crée une menace potentielle davantage tournée vers Juppé cette fois-ci (alors que, lors de l’annonce de sa candidature, Le Maire semblait davantage grignoter sur Sarkozy, quelque peu atone alors), d’autant plus qu’il est désormais, au premier tour de la présidentielle au même potentiel que Fillon et n’est donc plus menacé d’élimination par Hollande ou Bayrou. Il faudra donc surveiller Le Maire dans les prochaines enquêtes sur la primaire.

4. Si Marine Le Pen n’est plus à 30%, la consolidation de son potentiel électoral nettement au-dessus de 25% est notable.

En effet, cela se produit alors qu’elle est médiatiquement en retrait. En outre, les dissensions apparaissent de plus en plus nettement entre la tendance Marion et la tendance Philippot. Enfin, l’actualité n’est pas favorable et accroît encore les « grands écarts » et les risques de brouillage du message:
– comment ne pas s’aligner sur une CGT quasi-anarcho-révolutionnaire, sans toutefois revenir au vieux libéralisme économique de Papa Le Pen et paraître cautionner la loi sociale-libérale, c’est-à-dire reperdre le massif électorat populaire si durement acquis ?
– comment soutenir le Brexit sans cautionner une politique libérale et finalement réaliste à l’égard de l’UE ?

Le FN est de plus en plus écartelé et ses contradictions internes (idéologiques, sociologiques, personnelles) sont de plus en plus sensibles. La dynamique favorable au plan sondagier et électoral assure le maintien de l’unité pour le moment, mais la zone de danger commence de se rapprocher…

Il est certain que cet étiage de haut niveau peut tout aussi bien s’analyser comme un plafond. Marine Le Pen est peut-être trop haut trop tôt, sans possibilité de créer la surprise et la « dynamique », tant sa qualification pour le second tour est désormais intégrée par tous, politiques, médias et électeurs. La banalisation de la violence, l’accoutumance aux attentats, la fin de la grande vague migratoire, la difficulté à exploiter aisément sur le plan électoral l’abaissement européen devant la Turquie, le « vieillissement » de l’image de Marine Le Pen dans une société médiatique qui change perpétuellement, l’absence de ralliements de poids au FN sur le plan national, autant d’éléments qui empêchent d’envisager une progression supplémentaire, au-delà de 30%. Et les sondages de second tour sont totalement inintéressants, car Marine  Le Pen ne parvient pas à franchir les 40%, contre quelque candidat de droite que ce soit.

5. Enfin, dans la mesure où l’hypothèse Hulot n’est plus testée, où la visibilité de Bayrou est faible (son nom agissant essentiellement comme une « marque » d’un certain positionnement et non comme le réceptacle d’une réelle adhésion à une candidature) et où aucune candidature « surprise » n’émerge, aucun élément nouveau ne se manifeste dans ces derniers sondages… C’est, en soi, une caractéristique à relever.

Derniers sondages IPSOS, IFOP et OpinionWay pour la primaire de la droite et du centre: effritement de Juppé, stabilisation de Sarkozy, absence d’émergence de concurrence tierce

Sondage OpinionWay pour Marianne, réalisé du 19 au 23 mai 2016 auprès d’un échantillon de 808 électeurs se déclarant certains de participer et considérant important d’aller voter sur un total de 9 672

Sondage IFOP pour Paris Match, i-Télé et Sud Radio, réalisé du 28 avril au 20 mai 2016 auprès d’un échantillon de 808 personnes certaines d’aller voter sur un total de 8 604

Sondage IPSOS pour Le Monde et le CEVIPOF, réalisé du 13 au 22 mai 2016 auprès d’un échantillon de 1 134 personnes certaines d’aller voter sur un total de 19 455

1. La participation à la primaire de la droite et du centre reste une inconnue importante, depuis l’article précédent traitant notamment de ce sujet. Le taux de participation oscille de 6 à 12% selon les sondeurs, mais de 6 à 10% pour les sondeurs (IPSOS et IFOP) les plus rompus à l’exercice et disposant des échantillons les plus larges, ce qui, en l’occurrence, est un avantage au regard de l’étroitesse du corps électoral potentiel dans un échantillon habituel de sondés.

Cela donnerait un corps électoral de 2,5 à 4 millions de personnes. Le plus probable est que ce soit le point bas de la fourchette qui soit le plus proche de la réalité, les velléités de participation s’érodant vite lorsque l’échéance se présente finalement, un peu comme l’idée (sincèrement?) généreuse d’inviter pour le dîner la grand-tante Sidonie, si seule mais si… enfin bon.

Même si le corps électoral était réduit à 2 millions, cela dépasserait néanmoins le cœur militant des Républicains. Il faut aussi considérer qu’il est bien possible que la participation progresse d’un tour à l’autre, ceux qui auront été vaincus par la paresse le 20 novembre ou qui auront préféré réduire leur dépense aux 2 euros du second tour se déplaçant alors le 27 novembre.

L’écart sera probablement plus important que pour la primaire socialiste d’octobre 2011 (seulement +0,4 à 0,5 point d’un tour à l’autre) car
– en 2011, aucun candidat ne suscitait un rejet tel que celui suscité aujourd’hui par Nicolas Sarkozy, même dans une partie de la droite;
– en 2011, les électeurs de gauche non socialiste, du centre et de droite susceptibles de participer à la primaire n’avaient pas perdu tout espoir de voir leur candidat (Mélenchon, Bayrou, Sarkozy) bien figurer au 1er tour et/ou se qualifier pour le 2nd tour et/ou l’emporter; aujourd’hui, la qualification de Marine Le Pen paraît si sûre et la situation du sortant Hollande est si périlleuse qu’une partie des électeurs de centre et de centre-gauche, voire de gauche, peut considérer que la primaire de la droite et du centre sera leur seule possibilité d’influer sur l’issue de la présidentielle de 2017; c’est à la primaire de la droite et du centre que l’élection se jouera peut-être;
– il convient de répéter que le PS n’organisera pas de primaire, ce qui motivera peut-être d’autant plus une petite frange d’électeurs de gauche et de centre-gauche à s’exprimer dans la seule vraie primaire disponible. Si des adhérents du PS ont déclenché un contentieux, la direction, hollandaise de fait, peut encore gagner beaucoup de temps, en conditionnant cette primaire « ouverte et citoyenne » à la participation des autres structures de gauche (PCF, EELV, voire PG), ce qui est évidemment exclu. Ainsi, sa responsabilité, y compris juridique, pourrait se trouver exonérée, une situation de force majeure » pouvant être constatée… En outre, les tribunaux rechignent souvent à trop s’ingérer dans la vie interne de ce qui reste une association (sur le plan politique cependant, cet élément s’ajoutera toutefois à la loi El Khomri et aux sorties de Macron pour désespérer un peu plus la base de gauche, ce qui ne fera pas vraiment les affaires du président-candidat, qui compte se réorienter vers la gauche, pour minimiser la « mobilisation différentielle » par rapport à l’électorat de droite);
– la familiarisation avec la pratique des primaires (mais aussi des élections internes à la présidence d’un parti) fait progressivement entrer l’exercice dans les us et coutumes de l’électeur.

2. Pour ce qui est des intentions de vote, il apparaît que Juppé ne progresse plus et semble même s’effriter un peu. L’agitation sociale, les blocages et grèves rappellent le précédent de 1995 et sa gestion peu couronnée de succès par le pouvoir Chirac-Villepin-Juppé de l’époque… Certains électeurs, à droite, peuvent aussi se dire que la « méthode douce » n’est décidément pas la bonne, ce qui n’est comparativement pas favorable à Juppé. En revanche, le rappel que la droite est économiquement libérale, qui ravive la polarisation, ne peut que nuire à l’ensemble des candidats Républicains, sans vraiment toucher l’un plus que l’autre.

Graphique sondages primaire 2016 ensemble

Cet effritement de Juppé ne bénéficie cependant pas spécialement à Sarkozy. Si les petits candidats ne dépassent pas 1% (sauf Copé), NKM ne progresse pas non plus. C’est plutôt Le Maire qui semble en situation de reprendre un peu d’ascendant. Nous avions dit dès le début que la zone d’inflexion entre les deux candidats majeurs se situerait un peu en-deçà des 35% et il est peu probable que Juppé se rapproche des 40. Il n’y a donc là rien d’inquiétant pour lui à ce stade, même s’il est pour le moment peu audible.

Graphique sondages primaire 2016 LR.png

Sarkozy a stoppé son érosion et il reste fort parmi les sympathisants LR, à un niveau équivalent à celui de Juppé. Dans la mesure où le résultat final devrait se situer entre les deux courbes (sauf à ce que les sondeurs soient particulièrement performants et la participation particulièrement forte), c’est une base correcte de départ pour lui. Cependant, le temps disponible pour la campagne se réduit et, avec le championnat d’Europe de football, l’agitation sociale pérennisée et la coupure estivale, il restera 3 mois utiles après la fin août. Sarkozy dirait toutefois que c’est amplement suffisant… Mais la couverture médiatique sera-t-elle aussi généreuse que celle accordée au PS en 2011? C’est peu probable et le CSA, alors qu’il n’avait rien dit en 2011, sera « vigilant » cette fois-ci…

En outre, le PS ne commettra pas la même erreur que celle de Sarkozy et de l’UMP, proprement fascinés et muets pendant quasiment deux mois à l’automne 2011, devant la nouveauté d’une vraie grande primaire et ne sachant pas tellement comment réagir et intéresser les médias à autre chose. Quel cataclysme politique, social, international involontaire aura déclenché Hollande d’ici là? Quelle perturbation volontaire a-t-il déjà concoctée pour parasiter la primaire de la droite et du centre? Tout le monde l’ignore, mais la probabilité en est forte.

A ce stade, le favori reste Juppé. C’est d’autant plus vrai que, malgré son effritement, ni Le Maire, ni surtout Fillon ne s’imposent réellement comme une menace réelle pour le duo de tête. Le Maire est certes en position de tirer profit d’une faiblesse d’un deux « grands », étant correctement placé dans les seconds choix des électeurs potentiels des autres candidats, selon IPSOS. Le Maire, s’il se positionnait un peu plus à droite, pourrait profiter d’erreurs de Sarkozy.

Mais le premier « second choix » des électeurs de Sarkozy, c’est Juppé, ce qui valide d’ailleurs l’argument fort du critère d’electability  pour ces électeurs potentiels, Le Maire et Fillon n’ayant pas démontré une capacité à assurer une distance de sécurité suffisante à l’égard de Hollande ou Bayrou pour la qualification au second tour. En sens inverse, Sarkozy n’est que le troisième « second choix » des électeurs de Juppé, montrant que ces derniers adhèrent davantage à la personnalité et/ou aux idées. Cela signifie que Sarkozy ne bénéficierait pas forcément d’une décrue de Juppé et que Le Maire se positionnerait sûrement en alternative.

Juppé est d’ailleurs nettement en tête des seconds choix des électeurs Fillon (38 contre 23 vers Le Maire et 11 vers Sarkozy) et des électeurs Le Maire (40 contre 28 vers Sarkozy et 13 vers Fillon). La marge de progression de Sarkozy n’est donc pas majeure au-delà de son noyau, important, de fidèles.

Enfin, s’il devait y avoir des phénomènes de vote utile supplémentaires, ils bénéficieraient aux deux candidats les mieux placés. Juppé pourrait ainsi bénéficier d’un vote utile aux dépens de Fillon, notamment à l’occasion de ralliements qui, potentiellement, ainsi qu’il a déjà été exposé, toucheraient d’abord Fillon, qui part de très haut. Pour ceux qui rejettent le duopole Juppé-Sarkozy, c’est Le Maire qui pourrait devenir un meilleur pari que Fillon. D’ailleurs, la certitude du vote s’effrite chez les électeurs de Fillon, alors qu’elle progresse, pour devenir juste majoritaire, chez les électeurs de Le Maire et qu’elle est stabilisée à haut niveau (entre 60% et 2/3) chez les électeurs des deux grands candidats, selon IPSOS.

Ainsi, je continue de filer la comparaison (uniquement en termes de dynamique électorale, bien entendu) Hollande-Juppé, Aubry-Sarkozy, Montebourg-Le Maire, Royal-Fillon, voire Valls-NKM et Baylet-Poisson.

3. A cet égard, il faut souligner l’absence totale d’émergence des petits candidats, notamment NKM. Manifestement, son « décalage » permanent n’est pas bien ressenti, l’utilité de sa candidature n’est pas reconnue et elle pâtit d’un vote utile fort en faveur de Juppé. Quant aux autres, y compris Copé, ils n’existent pas médiatiquement et politiquement, se phagocytant les uns les autres.

Mais les débats télévisés de l’automne mettront en valeur, ipso facto, les candidats qui y participeront et un léger éparpillement sera inévitable, même si le précédent du score resté négligeable de Baylet et même le faible score de Valls montrent que l’avantage d’un « vu à la télé » n’est pas toujours décisif, loin s’en faut. Surtout, encore faut-il pouvoir être candidat! Or, il semble que la quête des 20 parrainages parlementaires soit vraiment difficile.

Si Poisson est assuré de sa participation au titre du PCD et si Copé a affirmé avoir les parrainages requis, NKM semble en difficulté et les autres soit en très grande difficulté (Mariton), soit déjà exclus (Myard, Didier, Lefebvre, Morano). Seuls Guaino ou MAM auraient encore les moyens de recueillir les 20 parrainages, mais uniquement si un seul des deux est candidat. A part NKM, toutes ces candidatures potentielles mordraient davantage sur Sarkozy que sur les autres grands et moyens candidats.

Au total, il devrait donc y avoir de 6 à 8 candidats et plutôt 6 que 7 et 7 que 8… L’expérience du PS en 2011 montre que 6 est probablement un maximum pour la clarté des débats. Rappelons que les débats en vue du premier tour sont fixés les jeudis 13 octobre (TF1, RTL, Le Figaro, LCP et Public Sénat), 3 novembre (BFM-TV et i-Télé) et 17 novembre (France Télévisions, Europe 1, LCP et Public Sénat). Pour le second tour, rien n’est fixé à ce jour.

4. Le second tour sera probablement serré, car il y a toujours un phénomène de resserrement naturel dans les compétitions électorales personnalisées et pas trop fortement polarisées (contrairement au second tour de la présidentielle de 2002). Cet écart est d’ailleurs déjà en très léger resserrement.

Graphique sondages primaire 2016 2T ensemble

Graphique sondages primaire 2016 2T LR

En dehors des faiblesses intrinsèques et structurelles de Sarkozy, négocier le second tour sera très délicat pour lui et Juppé reste là encore favori d’une courte tête.

S’il est devancé au premier, Sarkozy ne pourra probablement pas rattraper Juppé. S’il le devance, il bénéficiera du statut enviable de comeback kid et de « surprise divine » et saura en jouer pendant la petite semaine qui sépare les deux tours (soit une semaine de moins que pour une présidentielle). Toutefois, son éventuel succès de premier tour pourrait créer une sur-mobilisation différentielle, fondée, comme expliqué ci-dessus, sur le rejet personnel, favorable à Juppé. Il lui faudrait donc une dynamique très forte et un écart très substantiel.

Car l’écart parmi les électeurs fillonistes et lemairistes risque de lui être défavorable de 5 à 9 points. En effet, si les reports de voix ne sont malheureusement pas testés par tous les sondeurs, il y a désormais suffisamment de données pour réaliser un graphique, même sommaire. Il en ressort que, si les deux grands se partagent 70% et que Le Maire et Fillon se partagent 25 à 30% au premier tour, un différentiel de 20 à 30 points sur les reports de voix des deux moyens candidats vers Juppé et Sarkozy paraît devoir pénaliser lourdement ce dernier.

Graphique primaire 2016 reports 2T électeurs Fillon

Graphique primaire 2016 reports 2T électeurs Le Maire

Il peut également être noté que le rejet des électeurs de Fillon à l’égard de Sarkozy semble grandir, tandis que l’écart s’amoindrit légèrement chez les électeurs de Le Maire, qui sont plus nombreux et probablement en provenance de Sarkozy. Quoi qu’il en soit, les reports semblent se profiler à hauteur de 60/30/10 chez Fillon et 55/30/15 chez Le Maire et n’ont jamais été équilibrés ni, a fortiori, favorables à Sarkozy.

Bien entendu, Sarkozy n’a pas encore perdu. Il comptera surtout sur la personnalité de Juppé, qui peut très vite devenir arrogant et perdre sur deux ou trois phrases maladroites, pour rester poli. Les débats risquent fort d’être nettement plus agressifs que ceux du PS en 2011, lors desquels Aubry se retenait de peur d’apparaître comme source de division; ce sera moins les cas à l’automne prochain, les électeurs potentiels de droite n’ayant pas forcément une volonté de « consensus » mais plutôt d’en découdre avec Hollande. Juppé n’a pas non plus la même maîtrise du « traitement » des journalistes, alors que Sarkozy sait alterner onction et punition a tempo. Le biais positif du système médiatique en faveur de Juppé devrait toutefois le prémunir partiellement de toute « curée » journalistique à son encontre, même s’il trébuche, comme c’est assez probable.

Sarkozy peut aussi mettre Juppé en porte-à-faux à l’égard de la « vraie » droite, Juppé ne pouvant, en débat télévisé, complètement renier ses ouvertures centristes et « progressistes » sur les questions sociales, environnementales et sociétales; de ce point de vue, il est plus facile de se battre en outsider, en underdog. Il peut également utiliser le passé et le « passif », en faisant ressortir, non pas forcément des affaires (car le camp adverse, comme des juges anti-sarkozystes, pourraient lui servir sa propre part…) mais des situations d’échec politique (réforme de 1995, dissolution de 1997) pour dévaloriser les avantages électoraux supposés de Juppé.

Il peut enfin compter sur des structures plus fournies et plus aguerries, à même de relayer puissamment ses messages: il n’est de voir que la capacité à médiatiser le « ralliement » de Baroin (qui avait déjà rallié Sarkozy depuis bien longtemps…) pour comprendre que l’équipe réduite de Juppé, ses réseaux un peu usés ou encore trop épars, aura du mal à lutter à l’automne. Son utilisation de l’appareil de LR d’ici la fin août et les facilités que permettront Wauquiez et Woerth après sa démission de la présidence ne peuvent pas non plus nuire…

Juppé peut inversement se rassurer en constatant le rejet de Sarkozy et son identification à Hollande, d’une certaine manière.Ce rejet et les bons reports de second tour constituent sa force, avec, en premier lieu, sa sociologie électorale très favorable (personnes âgées, retraités, CSP+). Il est également le mieux placé, toujours nettement, dans les intentions de vote à la présidentielle, ce qui est rassurant pour l’électeur de droite ou même du centre ou de l’extrême-droite, dont le premier but est de se débarrasser de Hollande (dont le taux d’impopularité frôle parfois les 100% dans les électorats de droite et du FN… ce qui est proprement hallucinant et inédit). Il saura peut-être aussi valoriser des ralliements d’importance ou « surprises »: NKM voire Morano -par énervement « anti-Nicolas »- si elles ne parviennent pas à se présenter; Bertrand, même s’il devrait plus logiquement rallier Fillon (s’il soutient quelqu’un); Pécresse, si elle considère qu’elle peut mieux se valoriser auprès de Juppé en le soutenant dès le premier tour (même si, logiquement, elle devrait rester filloniste). Il est enfin le favori des pronostics des électeurs potentiels eux-mêmes, ce qui est toujours un atout car cela installe psychologiquement un ascendant.

Présidentielle 2017: monopole confirmé mais non pérenne de Marine Le Pen sur l’extrême-droite, la droite populiste et la droite souverainiste

Dans l’espace qui est classiquement situé à la droite des Républicains, malgré sa « richesse » historique de multiples courants et traditions, parfois farouchement opposés, la situation pour la présidentielle 2017 en termes de candidatures sera relativement simple, les complexités et les difficultés venant davantage du positionnement stratégique et de l’après-présidentielle.

1. Même si l’orientation Philippot lui donne un positionnement et un électorat presque plus à gauche, globalement, qu’à droite, le FN continue d’être placé à l’extrême-droite. Cela reste logique au regard des origines et des idées de nombre de ses cadres intermédiaires et d’une partie de la direction nationale (Aliot, Bay, Rachline, Ravier, etc.), qui se font plus discrets tant que la ligne Philippot produit des résultats électoraux.

Malgré sa consécration émergente au sein d’une tripolarité complexe, l’horizon n’est pas serein pour le FN. Prosaïquement, il perdra cette année un thème traditionnel de victimisation : la quête des 500 signatures. Avec ses succès électoraux aux municipales, départementales et régionales, il n’est désormais plus menacé d’être exclu de la présidentielle (ce qui ne s’est en réalité d’ailleurs produit qu’en 1981, à une époque groupusculaire et alors que le PFN de Pascal Gauchon faisait transitoirement un peu d’ombre).

L’évidence de la candidature de Marion Anne Perrine « Marine » Le Pen renvoie le débat de fond à la future défaite, en fonction du moment (1er ou 2nd tour), des circonstances (Juppé ou Sarkozy comme vainqueur) et de l’ampleur de celle-ci. Ce débat opposera alors les deux lignes, celles de Florian Philippot et de Marion Maréchal-Le Pen, fondées à la fois sur les différentes politiques (européenne, économique, sociale, sociétale, etc.) et sur la stratégie et la tactique électorales (alliance ou non avec la droite, recherche de nouveaux électorats à droite ou consolidation de l’ancrage populaire, etc.).

Déjà, l’émergence de velléités d’affirmation, voire de candidature, de la part de Robert Ménard ou de Renaud Camus, montrent que la « recette » magique du père Le Pen (parvenir à fédérer tous les courants d’extrême-droite, du solidarisme à l’élitisme fascisant, du paganisme à l’intégrisme catholique, des identitaires aux ex-chevènementistes, des nationalistes aux européanistes, des crypto-reaganiens aux ouvriéristes, des technocrates aux intellectuels,…) commence à ne plus fonctionner.

L’espace occupé est trop grand, trop vaste, trop difficile à maintenir durablement rassemblé. La proximité du pouvoir fait que, fonctionnellement, chaque tendance peut souhaiter s’imposer pour faire prévaloir sa ligne. D’une certaine manière, le PS (de Collomb à Filoche) ou LR (d’Apparu à Peltier) sont confrontés aux mêmes problèmes. Mais, pour le FN, c’est nouveau : il est « riche », désormais, et fait face aux problèmes correspondants.

Ayant gagné à gauche après 2011, en se renforçant encore chez les ouvriers et en progressant fortement chez les employés, mais aussi complétant ses succès sur la droite (déjà acquise dans l’électorat artisan, commerçant) en mordant sur les agriculteurs (ce qui est largement nouveau) et sur une partie de la bourgeoisie (ce qui s’était déjà vu dans les années 1980) et des catholiques (ce qui est totalement nouveau) avec le délitement sociétal, le risque terroriste et l’impopularité croissante de l’Europe, le FN a aujourd’hui probablement atteint un palier aux régionales. Peut-être pas un plafond si un Juppé président dégarnit sa droite, mais un ralentissement.

En tous les cas, son électorat s’est solidifié. Le plus volatil et le plus incertain jusqu’aux années 2000, il est devenu le plus solide et le plus fidèle, voire le plus mobilisé en cas de perspective de victoire, locale ou nationale (voir la différence entre sa déception aux départementales et sa bonne prestation aux régionales, par rapport aux sondages préélectoraux). Cela montre certes qu’il reste un électorat opportuniste et que le FN conserve une fonction utilitariste, de réceptacle des contestations.

Cependant, jusqu’en mai 2017, personne ne remettra en cause, en interne, le leadership de Marine Le Pen. Lorsqu’une dynamique est positive et que l’électorat et les positions de pouvoir s’élargissent, les critiques se taisent, tout le monde souhaitant bénéficier des retombées positives ; ne pas être accusé d’être un diviseur et d’être le responsable d’un éventuel échec ; hériter ou prendre possession, le moment venu, d’un outil fort. En outre, plus le temps passe, plus la structure partisane se renforce (même si les cadres locaux restent assez indigents), plus le financement public se solidifie, moins les dissidences seront probables.

Ainsi, en laissant, après les régionales et l’échec du 2nd tour (et de la stratégie de « splendide isolement » et le succès même précaire et baroque d’une sorte de cordon sanitaire anti-FN), perdurer la ligne Philippot, Marion Maréchal-Le Pen a su faire preuve de patience et se réserver pour l’analyse de l’échec futur de 2017. Elle pourra alors plus facilement critiquer l’incapacité à briser le « plafond de verre » et incarner une alternative interne, après la déception.

Au sein de l’espace occupé par le FN, une seule surprise serait ainsi envisageable : que… Jean-Marie Le Pen lui-même tente d’être candidat… pour continuer de harceler sa fille. Mais son état physique diminué, sa marginalisation au sein du monde du FN et l’absence de tout avantage comparatif en termes politiques et électoraux ne lui permettraient pas de réunir 500 signatures et d’empêcher sa fille de le faire. Toutefois, un petit épisode médiatique du « Menhir » n’est pas à exclure, avec la complicité des médias, friands d' »histoires » à nous conter… Après tout, cela nous changera un peu de Macron 😛

2 En ce qui concerne l’extrême-droite hors FN, son caractère groupusculaire et l’aspect folklorique de certains de ses impétrants ne laissent aucune chance aux Carl Lang ou Henry de Lesquen de parvenir à se présenter.

La force propre du FN et aussi de la « marque Le Pen », même transmutée de père en fille, ont été démontrées amplement par l’écrasement de Bruno Mégret et des relativement nombreux hiérarques du parti qui l’avaient rejoint au sein du MNR, promu sur le papier à un meilleur avenir que la boutique du vieux bonimenteur pro-Algérie française. Pourtant, aucune brèche sérieuse, MNR ou autre (Mégret, Le Gallou, Lang, Martinez, Bompard,…), n’a jamais pu entamer le monopole du FN depuis plus de 30 ans.

En outre, même un Carl Lang (Parti de la France) ou un Paul-Marie Coûteaux (son intime conviction de sa supériorité personnelle sera peut-être contrecarrée par son échec récurrent sur le plan purement pragmatique de la politique politicienne) ne pourraient compter sur des signatures de droite : celle-ci est trop légitimiste et d’ordre pour se risquer à soutenir des petites candidatures qui diviseraient, alors que la primaire est bien là (en théorie) pour rassembler et permettre l’expression de sensibilités qui mordent sur la droite de la droite (par souverainisme, par conservatisme social, par esprit sécuritaire). Les « jeux » dans l’espace auparavant occupé par Pasqua et le CNIP ne reprendront qu’après la présidentielle et en fonction du résultat de celle-ci et de l’anticipation du paysage des législatives. Nous y reviendrons.

3. Dans l’espace de la droite dure mais encore « responsable », c’est-à-dire issue du sérail et de l’élite même si les contestant fortement, les spéculations sur un retour de Villiers ou sur une candidature de Zemmour n’aboutiront pas. Sans force partisane suffisante, alors que la primaire de la droite et du centre absorbera en partie l’espace dévolu à cette zone (Sarkozy, Copé, voire Guaino) et que Ménard ou Collard ont préempté l’attention médiatique, il est déjà trop tard.

Si l’UPR de François Asselineau tentera de nouveau d’être présent, il est très peu probable qu’il parvienne à rassembler les 500 signatures, sa structure étant trop faible et presque résumée à un seul homme.

Qui plus est, la présence de Dupont-Aignan absorbe déjà une partie de l’espace gaullo-souverainiste. Nicolas Dupont-Aignan bénéficie d’une dynamique porteuse et peut espérer un remboursement de ses frais de campagne avec un score supérieur à 5 %. Il mord sur une partie de LR, comme aux régionales, le contexte terroriste, migratoire et européen l’avantageant. Tous les candidats potentiels de LR, même Sarkozy, apparaissent trop pro-européens aux yeux d’une frange conservatrice et souverainiste. Le  possible « Brexit » pourrait renforcer ce mouvement.

Il convient cependant d’être prudent, le vote utile pouvant jouer à droite, lorsque Hollande rebondira quelque peu ou lorsque Sarkozy, si c’est lui, entrera en campagne: l’électeur conservateur veut surtout se débarrasser de l’honni Hollande. Villiers lui-même, certes souverainiste mais pas gaulliste et donc sur un créneau différent, n’a jamais réussi à atteindre les 5 %.

Dupont-Aignan n’a d’ailleurs pas de spécificité suffisamment forte sur le souverainisme, par rapport au FN, pour s’imposer vraiment et être, à droite, l’égal d’un Mélenchon. Il agit surtout comme un « parasite » toléré et parfois utile de LR (comme EELV, jusqu’au ralliement partiel de fin 2015, ou le PCF pour les socialistes).

4. En fin de compte, la seule concurrence un peu sérieuse pour Marine Le Pen pourrait venir de… la gauche.

Si le président sortant va faire feu de tout bois à partir de l’automne pour flatter sa gauche (et a déjà commencé avec les cadeaux dignes des potentats du tiers-monde ou des autoritaires Erdogan ou Poutine : enseignants, SNCF, intermittents, outre-mer, tout en soignant les électorats communautaires : langue arabe à l’école, clins d’œil de Valls aux Juifs, commémorations « sectorielles » et instrumentalisées), l’agitation autour de la loi El-Khomri et les saillies de Macron (le costard, le tutoiement, l’ISF –celui des autres et le sien!-,…) vont remobiliser la gauche de la gauche et redonner un espace à Mélenchon.

Il n’est donc pas exclu que celui-ci parvienne à reprendre –un peu- au FN. Certes, son électorat est désormais peu « populaire » et surtout intermédiaire, enseignant, « secteur public », en partie bobo. Mais un petit retour de flamme « social », à l’ancienne, à la communiste, pourrait bien coûter 1 à 2 points à Marine Le Pen, dont le choix du silence médiatique est de plus en plus difficile à tenir.

Celle-ci ne peut décemment pencher davantage sur sa gauche au regard des tiraillements qu’expriment la liberté de parole de MMLP, les initiatives de Ménard ou l’apparition d’idées de candidatures de « renouvellement ». La CGT peut donc repartir à la conquête d’électeurs perdus pour le vieux communisme.

5. Pour conclure ce tour d’horizon général des candidatures possibles, le paysage semble peu porteur de surprises majeures.

J’opterai pour deux solutions alternatives:

Arthaud / Poutou / Mélenchon / Duflot / Hollande / Lassalle / Juppé / Dupont-Aignan / Le Pen
Arthaud / Poutou / Mélenchon / Duflot / Hollande / Bayrou / Sarkozy / Dupont-Aignan / Le Pen
avec des compléments possibles : Cheminade, Cavada, sans exclure une candidature exploitant l’ire des maires (Troadec, Mumbach) et une candidature « alternative » (Larrouturou?).
Je ne parviens en revanche pas à croire dans les Hulot, Macron, Montebourg et autres « surprises » ou faux dissidents, ainsi qu’exposé au fil des articles de ce blog.

Quoi qu’il en soit, souhaitons une décantation la plus rapide possible, afin que les sondages puissent être simplifiés, donc moins coûteux et donc plus nombreux… C’est évidemment un vœu pieux et je crains de ne pouvoir commencer à publier l’indicateur agrégé que le 28 novembre… 😡 Au moins pourrons-nous faire du rétrospectif et le calculer depuis la fin 2015.

A propos du nombre insuffisant et de la périodicité bien trop fragmentaire et erratique des sondages en France, je signale aux plus férus des lecteurs de ce blog que j’ai ajouté, en bordure droite, un lien vers un site allemand proposant une actualisation en quasi-quotidienne de la moyenne des sondages… Evidemment, le système parlementaire est plus simple à sonder… même si l’exemple britannique de 2015 et l’échec des sondeurs (et la quasi-disette de sondages depuis… même pas un par semaine : My goodness !) peuvent décevoir.

Toutefois, la primaire de la droite et du centre va peut-être enfin compenser cette rareté des sondages. Nous y reviendrons très rapidement, avec le possible début d’un effritement de Juppé.

Présidentielle 2017: le faible impact des candidatures du centre et des candidatures « autres »

L’article précédent soulignait la difficulté pour un candidat « surprise » d’émerger lors d’une élection présidentielle française.

Ce constat vaut également pour le « marais central » et pour les candidatures qui se veulent « ailleurs » ou hors de la dichotomie droite-gauche.

1. Il y a à cela plusieurs raisons. En premier lieu, le vrai centre historique, de fondement démocrate-chrétien, n’existe plus.

C’est vrai en termes de partis. L’UDI n’a pas réussi à recréer l’UDF, ni même le CDS, et n’est qu’un conglomérat de notables et de dissidents de la droite ou du MoDem en mal d’espace politique et médiatique personnel. Quant au MoDem, il n’est plus qu’un simple vecteur de la carrière politique personnelle de François Bayrou.

C’est également vrai en termes d’électorat, la composante chrétienne n’ayant plus d’importance que pour les vrais catholiques pratiquants, qui ont de toute façon toujours été situés dans les partis de la vraie droite (même membres de l’UDF) et qui, pour un peu plus visibles qu’ils soient, restent numériquement marginaux et désormais divisés entre LR (Sens commun, Droite forte et tendance Mariton), PCD et FN (tendance Marion).

En outre, la logique droite-gauche n’est certes plus aussi opérante idéologiquement, les axes d’analyse se multipliant et ne se recoupant pas forcément: d’« européen » à « protectionniste », de « libertaire » à « conservateur », d’ « interventionniste » à « ultra-libéral ». Mais elle reste très prégnante en termes institutionnels, partisans et électoraux. C’est d’autant plus vrai en France avec une élection présidentielle à deux tours et seulement deux candidats au second, ce qui force à une approche binaire. Le surréalisme du positionnement de Bayrou dans l’entre-deux-tours de 2007, participant à un débat bricolé avec Royal, comme les volte-faces successives du même Bayrou de 2007 à 2012 puis à aujourd’hui, illustrent bien cette difficulté persistante d’existence et de clarté pour le centre sous la Ve République.

De plus, l’avènement d’une sorte de tripolarité, avec un FN au moins à 25 %, rend d’autant plus durs les affrontements droite-gauche que leur espace s’est réduit et qu’ils ne veulent surtout pas d’un basculement vers une bipolarité centre/périphérie, élites/peuple, insiders/outsiders, qui leur laisserait moins de places et d’espaces de pouvoir à partager entre davantage d’impétrants… Dans ces conditions, la notion de centre se trouve écartelée et ne dispose pas d’espace suffisant pour exister fortement, la gauche ou la droite occupant alternativement, voire simultanément le terrain.

Enfin, la très forte personnalisation depuis 2002 (avec Bayrou) et la disparition de la plupart des partis successeurs de l’UDF ont rendu le centre totalement dépendant des hauts et des bas, des humeurs et des volontés d’un seul homme, ce qui est toujours assez aléatoire.

2. D’ailleurs, Bayrou lui-même semble entré dans une phase descendante de sa carrière, se donnant pour seule mission de gêner tel ou tel grand candidat dont il ne veut pas (Sarkozy) ou plus (Hollande). Il n’est même pas certain que les hypothèses Fillon ou Le Maire le gênent beaucoup. Mais, d’une certaine manière, ce seront aussi des considérations purement personnelles qui le décideront en décembre prochain : les temps familial et municipal, notamment.

Entre-temps, Bayrou s’économise et… économise. Sa seule notoriété personnelle et son accès aisé aux médias compensent le caractère désormais étique de sa formation politique, qui ne lui survivra probablement pas ou qui se retrouvera au niveau du CNI sans Pinay ou de Génération Ecologie sans Lalonde (mutatis mutandis…).

Par sa position actuelle de retrait, il rendra aussi son entrée en campagne éventuelle d’autant plus rentable car il deviendra subitement audible, au moins pour quelques semaines ou, s’il se rallie à Juppé, il pourra davantage encore monnayer sa décision (ministère des Affaires étrangères ou de la Justice ? Conseil constitutionnel ? organisation internationale ?).

Il est certain qu’il dispose d’un potentiel important, davantage lié aux déceptions d’un camp ou de l’autre (les socialistes lassés de l’indigence hollandaise, les électeurs LR rétifs à telle ou telle personnalité susceptible de remporter la primaire) et à l’insatisfaction à l’égard du système LR-PS qu’à une adhésion réelle à Bayrou lui-même.

S’il est candidat, il sera ainsi la variable d’ajustement des évolutions de Hollande et du candidat LR. S’il ne l’est pas, il laissera des troupes supplémentaires pour Juppé ou permettra à Hollande de ne pas trop perdre sur sa droite. Dans tous les cas, il n’est plus en mesure de « faire l’élection » ou de prétendre la faire, comme en 2007 et en 2012, même si ses positionnements respectifs n’ont probablement influencé que très peu d’électeurs, trop peu pour avoir décidé du second tour, quelle que soit la haine tenace d’une partie des hiérarques de droite à son endroit depuis 2012. Car, un peu comme Jospin en 2002 est le premier responsable de sa défaite, Sarkozy est le premier responsable en 2012. N’en déplaise à Hortefeux et consorts, il peut même être affirmé que Bayrou a nettement moins contribué à faire battre Sarkozy que Taubira et Chevènement n’ont gêné Jospin (même si c’est d’abord par sa propre faiblesse qu’il a perdu car, après tout, Chirac devait lui aussi compter avec Madelin, Saint-Josse et Boutin pour diluer son électorat potentiel).

3. Mais, sans Bayrou, le paysage politique cherchera probablement à présenter une autre figure pour occuper ce créneau central, à défaut d’être centriste. Car il existe bien un noyau de quelques pour cents qui refuse de rallier le PS ou LR. Ce ne sont pas des centristes au sens historique, mais bien des électeurs rejetant le système partisan qu’ils assimilent au duo, pourtant déclinant, LR-PS. Sans représentation, ils peuvent s’égailler (un peu) au FN, vers Mélenchon (et sa VIe République), sur Dupont-Aignan ou sur Duflot, en fonction des thèmes de campagne. Ils seraient surtout tentés par le vote blanc et l’abstention.

Mais peut-être aussi qu’une offre électorale nouvelle leur permettra de s’exprimer.

Le seul candidat qui pourrait, de ce point de vue, les rallier massivement serait Nicolas Hulot. Il convient toutefois d’être très sceptique sur la volonté de l’intéressé de mener une candidature à son terme, ainsi qu’il a déjà été exposé. En outre, les quelques structures, activistes et apparatchiks qui lui sont restés fidèles depuis son échec contre Eva Joly sont clairement dans la mouvance écologiste et auront peut-être quelque difficulté à aggraver encore les divisions et à défier Duflot, qui sera candidate quoi qu’il arrive (car « tel est son destin »). Hulot lui-même semble s’être « écologisé » et « gauchisé » avec le temps et il ne ferait pas forcément l’effort d’essayer de récupérer l’électorat bayrouiste

Sinon, Jean Lassalle pourrait fournir une candidature de substitution en mesure de réunir 3 à 4 % s’il veille à ne pas dire trop de bêtises (ce qui n’est pas gagné…). Néanmoins, malgré son tour de France à pied (qui avait peut-être déjà pour but de rencontrer de nombreux « petits » maires), il lui sera probablement difficile de réunir les 500 signatures. Le MoDem ne l’aidera pas beaucoup et son profil béarnais marqué ne lui facilitera peut-être pas la tâche dans d’autres zones rurales. En raison de son profil atypique et de la difficulté à anticiper de son impact sur le camp adverse et sur son propre camp, ni le PS ni LR n’auront probablement intérêt à pousser sa candidature : si Bayrou n’y va pas, ce n’est pas pour aider à la remplacer et aider à stériliser de nouveaux de précieuses voix.

La situation de Rama Yade lui assure une notoriété et un accès aux médias totalement disproportionnés par rapport à son poids politique propre, qui est nul : ce n’est pas qu’elle n’a pas réussi à s’imposer au sein de LR, ce n’est même pas qu’elle n’a pas réussi à s’imposer au sein de l’UDI, c’est qu’elle n’a même pas pu se faire accepter au sein du parti radical valoisien… Il est évident qu’elle ne réussira pas à obtenir les 500 signatures et qu’elle cherchera simplement à monnayer son soutien, ce qui ne marchera pas non plus.

Notons le souhait d’un maire fédéraliste du Haut-Rhin, Paul Mumbach, d’être candidat, en utilisant le mécontentement des maires ruraux contre la loi NOTRe. Sa thématique pourrait lui permettre de parvenir à être candidat, mais, dans ce cas, il serait probablement réduit à moins de 1 %. Il gênera en tous les cas Jean Lassalle et Christian Troadec (évoqué dans les articles sur la gauche) dans leurs propres quêtes de signatures.

4. A côté de l’hypothèse Hulot, l’autre possibilité forte de candidature vient des mouvements fallacieusement étiquetés « citoyens », dans cet horrible (et en réalité idéologique, au sens orwellien) usage d’un adjectif pour un substantif : « la primaire des Français », « la transition », « Nous citoyens », « Génération citoyens », etc. Dans les faits, c’est le regroupement Posternak-Jardin-de Foucauld, mais surtout Lepage-Cavada, qui compte. Loin d’une image non-partisane, voire apolitique ou non-politique, ce mouvement est en réalité très politique et émerge justement en raison de l’effacement de Bayrou qui, en 2006-2007, avait précisément suscité l’intérêt de jeunes, de geeks, de gens « impliqués », « disponibles », « dynamiques » et « généreux », prêts à « refonder » et à faire entrer la « société civile » et ses « expériences » dans le monde politique. C’est en réalité toujours la même rengaine de pseudo-refondation, qui existe à chaque génération, ou presque, aboutissant invariablement à l’échec. Le succès réel de Bayrou en 2007 était bien davantage dû à un socle encore existant de démocratie chrétienne, nettement renforcé par des électeurs de gauche sceptiques à l’égard de Royal et des électeurs de centre-droit déjà allergiques à Sarkozy.

L’initiative de Jean-Christophe Fromantin, ex-UDI, relève de la même logique que celle de « Nous citoyens », mais il a clairement indiqué se concentrer sur les seules législatives, probablement à la tête d’un futur mouvement de centre-droit.

Une tentative de récupération par un candidat UDI si les négociations avec LR tournaient mal n’a pas de chance de se réaliser. L’UDI ne parviendrait pas à se mettre d’accord sur un nom et elle est de toute façon trop assimilée à LR. Incapable d’absorber le MoDem, l’UDI est trop à droite organiquement pour pouvoir occuper ce centre un peu rebelle. En outre, Rama Yade a décrédibilisé par avance une telle tentative.

Plus largement, le créneau « renouvellement »-« refondation »-« hors des partis »-« au-dessus des partis »-« société civile » est pour le moment occupé par Macron. Pour prolonger nos articles précédents, était-ce d’ailleurs encore un autre but de Hollande en lançant M@cron©®TM (droits d’auteur réservés): stériliser l’espace « citoyen »? Ne lui prêtons peut-être pas trop d’objectifs: gêner Valls et Juppé, se repositionner vers la gauche, c’est déjà bien… Surtout, Macron serait un candidat fort acceptable, voire idéal, au regard du profil des dirigeants des mouvements « citoyens »: beaucoup de sociaux-libéraux et d’urbains favorisés à la recherche d’une société « libérée », post-partisane, ultra-connectée, ultra-post-moderne au plan économique et moral, avec une bonne conscience environnementale et culturalo-ethnique. Certes, Nouvelle Donne se situe clairement à gauche et son orientation rocardo-scandinave ne la place pas exactement sur le même créneau que les « amateurs » de la politique à la recherche de petits créneaux personnels ou que la ribambelle de jeunes créateurs d’entreprises des NTIC, de la logistique moderne, du service individualisé et parcellisé ou de la vente de produits… superflus.

Toutefois, il est clair que, en l’absence de Macron, Bayrou et Hulot, alors il existe un espace pour une candidature de ce type. Le problème, c’est que Lepage est un peu amortie et n’incarne pas le renouvellement et que Cavada est lui-même vieillissant (malgré son ambition et son autosatisfaction légendaires). Resterait une candidature de la « société civile », plus aisée à faire accepter en amont par la myriade de groupuscules et de personnalités de tous types qui composent cette mouvance (encore qu’un Denis Payre serait surement trop à droite ou qu’un Pierre Larrouturou serait trop à gauche), mais qui aurait peu de chances de réussir en aval et serait marginalisée. Elle n’influerait d’ailleurs pas sur les candidats PS et LR car elle ne leur prendrait rien ou leur prendrait à chacun de manière équilibrée.

Ce sera peut-être simplement le calendrier qui décidera d’une éventuelle candidature « citoyenne »: comme tout sera plus ou moins repoussé à l’après-primaire de la droite et du centre, à l’après-27 novembre (Hollande et Bayrou attendant cette échéance), y aura-t-il encore le temps de faire émerger une véritable « nouvelle » candidature ? C’est peu probable. En l’absence de Bayrou, un Cavada ou une Lepage auraient donc sûrement plus de facilités à rassembler les signatures, voire un Larrouturou, qu’un « vrai » représentant de la société civile.

5. Enfin, pour mémoire et puisque cet article s’intéresse aussi à l' »ailleurs », Jacques Cheminade tentera de nouveau d’être candidat. Sa capacité à obtenir 500 signatures laisse interdit. Mais son incapacité à dépasser un demi-point de pourcentage fait qu’il est déjà temps de ne plus s’y intéresser…

A l’issue de ce rapide tour d’horizon, qui ne révèle pas vraiment de possibilité ferme de candidature centrale décisive même si l’absence de Bayrou libérerait clairement un espace, le paradoxe est que, si le centre n’existe plus vraiment politiquement, c’est au centre que la présidentielle pourrait, de nouveau, se jouer en 2017. En réalité, c’est davantage un électorat « flottant », la règle de l’alternance et le « cordon sanitaire » imposé autour du FN qui font que, visuellement, l’élection devrait se gagner au centre. Ce sera l’objet d’un futur article. Mais nous terminerons d’abord le tour d’horizon politique avec l’extrême-droite et la droite nationaliste et souverainiste.

Derniers sondages ELABE, BVA et IFOP pour la présidentielle 2017: même très affaibli, Hollande ne devrait pas être inquiété par un « produit marketing » Macron éventuellement devenu autonome

Sondage IFOP pour Sud Radio, réalisé du 25 au 28 avril 2016 auprès d’un échantillon de 1 419 personnes, parmi un total de 1 550

Sondage ELABE pour Les Echos et Radio Classique, réalisé du 26 au 27 avril 2016 auprès d’un échantillon de 911 personnes, parmi un total de 1 000

Sondage BVA pour Orange et la presse régionale, réalisé du 13 au 16 mai 2016 auprès d’un échantillon de 927 personnes, parmi un total de 1 000

1. Le sondage IFOP n’avait pour vocation que de tester l’hypothèse Macron et il en sera question plus bas.

Graphique sondages 1T 2017 Sarkozy-Hollande-Bayrou

Quant aux sondages ELABE et BVA, ils viennent marquer, comme prévu, un très léger redressement de Hollande, tombé trop bas et qui reprend un peu par rapport à Mélenchon. Néanmoins, Duflot connaît un très léger frémissement (ce qui confirme l’article précédent sur le rôle d’EELV comme réceptacle de certains déçus du socialisme et sur la persistance, quelles que soient les tribulations, implosions et explosions écologistes, d’un socle électoral écologiste qui empêche l’annihilation totale souvent pronostiquée à leur égard).

Ces derniers sondages marquent un certain tassement d’une Le Pen muette, à qui le climat de « chienlit » ne semble pas profiter, et une bonne tenue confirmée pour Dupont-Aignan qui reste au-dessus de 5 %, grâce à l’exaspération d’une frange de la droite traditionnelle, que la surenchère économique libérale des principaux candidats à la primaire ne devrait pas faire retomber.

Ils montrent que les candidats de droite autres que Juppé ne bénéficient pas encore de « l’effet primaire », Fillon et Le Maire restant fragiles par rapport à Valls et surtout Macron, voire Bayrou en ce qui concerne Le Maire, Sarkozy pouvant même être menacé dans l’hypothèse Macron.

La relativement bonne performance de Bayrou illustre le problème récurrent de la droite écartelée entre centre et aile « dure », que seul Juppé est pour le moment en mesure de résoudre, sur le papier en tous les cas.

Graphique sondages 1T 2017 Juppé-Hollande sans Bayrou.png

Graphique sondages 1T 2017 Juppé-Hollande-Bayrou

Lorsque la situation se sera décantée (mais peut-être faudra-t-il attendre l’automne… 😦 ), il sera possible de discerner les biais des différents instituts, ce qui est encore impossible au regard du faible nombre de sondages et du trop grand nombre d’hypothèses testées.

Néanmoins, une certitude existe : la flambée sondagière Macron est artificielle et irréaliste.

2. Ce blog a déjà évoqué le parallèle Tapie-Macron dans la volonté respective de détruire Rocard (1994-95) et Valls (2015-16), en considérant toutefois que Hollande se serait moins débrouillé que Mitterrand car ayant perdu le contrôle de sa création. En réalité, il faut peut-être nuancer cette analyse.

D’abord, Tapie aurait tout aussi bien pu poursuivre l’idée d’une candidature présidentielle après son émergence politique en 1992 et son succès aux européennes de 1994, réalisant l’objectif mitterrandien de destruction d’un Rocard enfin à la tête du PS. Mais les « affaires », en 1993-95, en ont décidé autrement.

Ensuite, Macron réussit mieux, du point de vue de Hollande, que Tapie vis-à-vis du centre : l’hypothèse Delors (qui ne plaisait pas non plus à Mitterrand) a émergé malgré Tapie, alors que Macron rend encore plus inaudible Bayrou et vient gêner le centre-droit.

Ces éléments montrent peut-être que Hollande est en réalité peut-être toujours à la manœuvre derrière Macron.

3. Parmi toutes les tactiques passées ou en cours, je ne reviendrai pas sur l’utilisation des Hue, Bennahmias et dissidents d’EELV, déjà évoquée dans l’article précédent et parachevée par l’éclatement du groupe écologiste à l’Assemblée nationale. Pour toutes ces manœuvres, ce qui est intéressant pour Hollande, ce sont surtout les vraies-fausses candidatures ou les candidatures putatives (Taubira, Hulot, Macron), qui créent de la confusion et affaiblissent les candidatures potentielles sérieuses et les vraies candidatures (Mélenchon, Duflot, Juppé).

Le départ de Taubira du gouvernement n’a pas été un choix de principe de Hollande. Mais il a tenté, comme souvent, de tirer profit du calendrier et des modalités, en la retenant le plus longtemps possible et en lui permettant de partir correctement, afin de ne pas en faire une irréductible ennemie potentielle, tout en la « remettant en liberté » comme un obstacle potentiel pour Mélenchon.

La flatterie à l’égard de Hulot, bien volontaire celle-là, n’a pas fonctionné, n’écartant pas (par une inclusion au gouvernement) le risque de candidature de l’animateur de télévision, mais l’entretenant suffisamment dans l’ambiguïté pour qu’il s’abîme quelque peu sur le plan personnel (et soit donc potentiellement moins dangereux pour Hollande), tout en continuant à affaiblir la candidature à venir de Duflot.

Le lancement de Macron parmi les candidats potentiels est plus réussi en première phase. Il permet en réalité d’affaiblir au-delà de Valls. A priori, c’est le candidat du centre-droit, ou plus exactement le (peut-être) futur candidat de la droite classique en mesure d’attirer le centre et le centre-gauche, qui est maintenant visé : Juppé. A défaut, l’éternel centriste, Bayrou, se trouve ringardisé. Je l’ai dit, un effet positif du bazar (restons poli) ambiant du point de vue hollandais est que la droite est globalement inaudible : même ce blog, récemment, ne parle que de la gauche ! 😉

Entre l’émiettement sans fin des candidatures à la primaire (pourquoi pas Jean-Louis Debré, après tout, au point où nous en sommes ? ah non, c’est vrai, Debré, maintenant, est plutôt en concurrence avec le radicalisme version Tapie, anti-cléricalisme, décadence personnelle et impudence incluses) et le début des petites attaques sournoises (sur le vote des Français de l’étranger par exemple) ou des affrontements lourds (sur le programme économique et la « méthode »), la droite ne parvient pas, pour le moment, à occuper le terrain médiatique.

Jusqu’où Hollande maîtrise-t-il cette confusion ? La réponse est délicate et ne sera probablement donnée de manière certaine que postérieurement.

Mais les effets sont semble-t-il bien plus vastes, grâce à la complicité des médias et de la stupidité d’une bonne partie des électeurs (quand on entend « c’est bien, il faut du renouvellement » de la part d’électeurs du « peuple », on se pince… comme si un puceau politique encore accroché à une mère de substitution, élevé aux hormones de cabinet ministériel, c’est-à-dire de bureaucratie cheftaine –la sécurité du fonctionnaire sans sa soumission hiérarchique… le paradis !-, assis sur un tas d’or, adoubé par le patronat et les élites médiatiques, sans aucune expérience partisane et totalement déconnecté des réalités françaises, pouvait passer pour un gage de « renouveau »… bon, j’arrête là, mais cela fait du bien parfois de se lâcher! 😀 ), qu’initialement imaginé.

Ainsi, même l’extrême-droite est un peu troublée, grâce à une remarque sur Louis XVI et à une apparition lors d’une célébration johannique : de quoi attiser la crise interne qui grandit entre les tendances MMLP et Philippot.

La droite libérale dure est séduite par le jeune banquier aux dents longues (cf. Valeurs Actuelles et Kerdrel, ainsi que Geoffroy Didier).

La droite mainstream, qui fait assaut de programmes économiques libéraux (Fillon, puis Le Maire, puis Juppé), ne peut complètement rejeter le programme Macron, quand bien même il se réduit aujourd’hui à des mesurettes (les bonnes vieilles lignes de bus, comme dans les meilleurs films américains des années 50…).

D’ailleurs, dans le dernier sondage IFOP, la candidature Macron semble davantage faire reculer Le Pen que Juppé… Soit elle entraîne en réalité un décalage de certains électeurs sur leur gauche, du FN jusqu’au centre, chacun, à l’extrême-droite et à droite craignant un trop haut score de Macron. Soit l’électorat est encore volatil et le décalage de quelques semaines suffit à rendre les comparaisons avec les hypothèses Hollande ou Valls erronées. Soit, enfin, la stupidité de certains électeurs est telle que, par simple volonté de « renouvellement », de « changement », de « nouveauté », ils passent de Marine Le Pen, plus très « nouvelle », à Emmanuel Macron, alors même que, en termes de positionnement économique, social et européen, ils sont à l’exact opposé.

Cette « nouveauté », ce serait donc celle des shampooings qui contiennent davantage d’agents coiffants, celle de la nouvelle recette du flan au caramel ou celle de la nouvelle berline avec essuie-glaces pilotés par satellite… Mais, au regard de la malléabilité d’une partie du corps électoral, de l’influence grandissante des médias, d’une société caractérisée par le réflexe et l’instantanéité, l’éphémère et le jetable, la haine ou la peur de la « ringardise » et de l’opprobre qui y est associée, Macron constitue effectivement le dernier produit marketing à la mode.

Les effets positifs pour Hollande peuvent enfin se mesurer à gauche. L’hypothèse d’une concurrence de Manuel Valls, qui était envisagée, ne l’oublions pas, en 2014 (une éternité, hein…), est désormais écartée. Le Premier ministre est pleinement Premier ministre, coincé entre l’Elysée et l’ailleurs, obligé d’assumer tous les problèmes, contraint de parler et d’apparaître, empêché de s’autonomiser. Quant au positionnement de Hollande, il se trouve mécaniquement recentré par l’émergence de Macron. Ce serait ainsi une bonne introduction à la campagne formellement plus à gauche que prépare le président sortant (mâtinée aussi des bonnes vieilles recettes de l’antifascisme, bien entendu, et des clins d’œil terranoviens aux diverses catégories victimaires). Et un ralliement mis en scène de Macron parachèverait l’affaire en faisant réfléchir les ex-strauss-kahniens ou actuels juppéistes, les CSP+ qui veulent de l’efficacité et les « humanistes » horrifiés par le bling-bling (mais pas par la GPA 😡 ).

4. Mais évidemment, toutes ces manœuvres confusionnistes à la Hollande ont leur revers. Car si tous ces gens se présentaient réellement, ma foi, Hollande finirait peut-être à moins de 10 %… Mais si un seul se présentait, il ferait plus que prendre à celui qu’il est censé affaiblir et empièterait également sur le potentiel électoral hollandais.

La confusion doit donc durer jusqu’à la fin novembre mais ensuite, tout doit rentrer dans l’ordre. Toutefois, il sera peut-être difficile de faire rentrer tous les diables dans leurs boîtes, une fois tous sortis.

Hollande a la chance que les médias rentrent tous parfaitement dans son jeu, pour le moment. Mais il a face à lui de vraies forces, qui empêcheront probablement que son jeu ne fonctionne à plein.

D’abord, Mélenchon et le futur candidat de droite seront toujours là et la polarisation et la décantation à venir feront logiquement revenir les électeurs vers eux. L’intense et profonde impopularité du président et la difficulté de se repositionner à gauche en pleine loi El Khomri ne sont pas un gage d’avenir…

De même, Hollande est particulièrement affaibli à titre personnel et en termes d’autorité (si tant est que ce mot ait jamais pu lui être associé depuis 35 ans…). Et, de ce point de vue, les vagabondages de Macron (on parlait de « couacs » sous Ayrault, mais là, il n’y a plus de qualificatif, tant Macron se permet de contredire même le président dans les quelques minutes qui suivent ses déclarations), de Hulot, voire de Taubira (ou, en interne, de Montebourg) ne peuvent que renforcer son affaiblissement s’ils perdurent à l’excès.

Enfin, Macron, comme une rose « forcée » du Kénya destinée à un cadeau artificiel et éphémère d’un consommateur parisien, a trop vite émergé et pourrait ne plus faire effet dès l’été, ne perturbant finalement pas la primaire de la droite et du centre et ayant, dans l’intervalle, affaibli Hollande en renforçant l’image de « bazar » d’Etat.

5. Sauf, bien sûr, si Macron a bien échappé à son créateur, tel le pécheur originel (ce à quoi tout son être personnel et politique le renvoie d’ailleurs, soit dit en passant…) ou telle la créature de Frankenstein.

Dans ce cas de figure, Hollande aura été le plus imprudent des tacticiens politiques, même s’il faut relativiser les dégâts potentiels.

En effet, quand le schéma traditionnel aura repris ses droits, vers la fin novembre, Hollande sera le candidat du principal parti étiqueté à gauche, le PS. Et il aura face à lui la candidate du FN et le représentant de la droite et du centre-droit.

Surtout, même si Macron confirmait une candidature, il ne serait qu’une sorte de JJSS ou de Bayrou rajeuni. Quoi qu’il arrive, il aurait un candidat socialiste face à lui, soit Hollande, soit un(e) autre, réalisant évidemment l’unité du PS contre lui : ce n’est pas Collomb, Dray, Terrasse et quelques autres qui font la désignation du candidat, évidemment, et Valls et ses troupes se rangeraient plutôt derrière une Aubry perdante –et donc libérant la voie pour l’après-2017- plutôt que de soutenir le jeune rival direct ; quant au reste du PS, ma foi, avaler la loi El Khomri, après le tournant sécuritaire de novembre 2015, est bien entendu le maximum tolérable… Se rallier à une candidature Macron est proprement inconcevable.

Or, en dehors du PS, Macron n’a ni parti, ni structure forte et ancienne. « En marche! » n’est, pour le moment, rien du tout, quel que soit le battage médiatique effectué.

De plus, sa popularité est factice : tel un Kouchner populaire à droite ou une Veil populaire à gauche, il n’est pas si fort car le capital de popularité ou de sympathie ne se transformerait pas en votes sonnants et trébuchants.

En termes d’intentions de vote, les résultats des deux sondages IFOP et ELABE sont ainsi trompeurs : tester Macron comme candidat socialiste est proprement grotesque, car totalement irréaliste. S’il est candidat, Aubry, Montebourg, Valls, Hamon, peu importe, quelqu’un le sera contre lui, c’est une évidence, quand bien même il recevrait l’onction hollandaise (encore faudrait-il d’ailleurs que Le Foll, Cambadélis, Sapin, Le Drian ou Cazeneuve y consentent, ce qui est loin d’être garanti…).

Or, en cas d’hypothèse Aubry (ou Valls)-Macron-Bayrou contre Sarkozy, ou même Aubry (ou Valls)-Macron sans Bayrou face à Juppé, la division à gauche et au centre-gauche serait suffisante pour empêcher tout espoir d’éviter un duel de second tour FN-LR.

Les sondages sont essentiels et très utiles, sauf lorsqu’ils portent sur du vent, comme au cas d’espèce…

6. Plus largement, jusqu’à présent, le système politique n’a pas permis que l’émergence d’un candidat hors système partisan se transforme en succès présidentiel.

Avec Macron, l’élection de 2017 tient peut-être en effet son candidat « surprise ».

Car presque chaque élection a connu un emballement médiatique, voire sondagier, voire d’opinion, autour d’un nom qui tranche avec les candidats « institutionnels » et prévisibles, qui fait éventuellement « rêver » et qui, de plus en plus, se résume à un test avant lancement d’un nouveau produit…

De manière raisonnable, de tels emballements ont toujours échoué.

Parfois parce que la nouveauté fut diluée par l’institutionnel et le partisan,
déjà suffisamment nouveau en soi (Lecanuet en 1965, Giscard en 1974, Sarkozy et Bayrou en 2007, Le Pen et Mélenchon 2012),
ou faussement « hors système » ou « de renouveau » (Chaban en 1974 en réalité candidat par défaut du vieux gaullisme, Barre en 1988 en réalité candidat UDF, Balladur en 1995 en réalité candidat UDF),
ou suffisamment indécis pour maintenir en haleine médias et électeurs et empêcher les candidats « surprises » hors partis d’émerger (Delors en 1994-95, Villepin en 2005-06, Rocard en 1987-88).
L’élection de 1969 a constitué une exception, la candidature de Mendès-France n’ayant pu s’intégrer au jeu normal de la Ve République, par choix de principe.

Mais, plus sûrement, la nouveauté, la surprise, ont fait « pschitt » pour citer le président Chirac. Ainsi, Defferre (ou plutôt « Monsieur X » soutenu par JJSS) pour 1965, Coluche pour 1981, Juquin pour 1988, Tapie et Villiers pour 1995, Chevènement pour 2002, Bové et Hulot pour 2007, Villepin et Hulot pour 2012 ont tous bénéficié d’un emballement médiatique à un moment ou un autre, mais sans se muer en menace sérieuse.

Aujourd’hui, aucun candidat hors parti, ou issu de formations marginales, ou « citoyen » ne semble en mesure de s’imposer, car il est déjà presque trop tard : l’été approche, l’automne jusqu’en novembre sera « primaire », puis hollandais et éventuellement bayrouiste en décembre, puis la vraie campagne commencera, ne laissant plus, à partir de janvier, le champ libre qu’à des progressions surprises des grands ou moyens candidats déjà en lice. Et le mouvement social en cours, qui aurait pu porter une figure surprise, déjà faible dans un contexte économique rude et un contexte médiatique favorable au libéralisme bon teint (de Juppé à Macron en passant par Gattaz et Pigasse), se dilue sous les coups de boutoir de l’ultra-gauche (et des enfants glandeurs de l’élite bobo…).

Quant aux candidats des petits partis, ils manquent singulièrement de renouvellement, comme nous l’avons déjà remarqué à gauche et comme nous le soulignerons bientôt au centre et à droite.

Aussi, peut-être Macron sera-t-il le candidat surprise, le candidat virtuel mais jamais réel, le seul de cette élection. Le parallèle avec « Monsieur X », ou plutôt avec son concepteur, Jean-Jacques Servan-Schreiber, est d’ailleurs tentant… Mais ce centre-gauche moderniste n’a eu qu’une importance politique marginale, recyclé au centre, instrumentalisé par le giscardisme ou dissous dans la « deuxième gauche »…

Ces considérations nous amèneront naturellement à traiter prochainement du « marais central », avant de partir vers les contrées de l’extrême-droite et de la droite dure, qui promettent peu de surprises.